‹ Balzac et ses amiesChapitre 7 sur 17 · Mémoire!;. — Tome 1, p · texte numérisé non relu

Mémoire!;. — Tome 1, p

Cupidon avec le jeune Mclternich, ol le suivant à la chasse, elle s'était accrochée à une branche d'arbre, était tombéo sur les reins et s'était brisée l'épine dorsale. Un demi-cadavre élégant, voilà ce qu'était devenue cette belle, si éclatante de fraîcheur qu'au moment où elle mettait le i)i(.'d dans un salon, à vingt ans, sa robe nacarat tombant sur des épaules dignes du Titien, elle effaçait littéralement l'éclat des bougies. »

Rectifions quelques traits du portrait.

La vérité vraie est que cette chute faite à la chasse n'avait pas estropié la duchesse de Castries, ne i avait pas réduite à l'état de cadavre ambulant. Cette blessure avait endolori sa personne et communiqué à son visage une intéressante expression de mélancolie souriante, de souffrance voilée. Sa léte était demeurée belle, toujours couronnée de sa splendide chevelure vénitienne ; elle avait alors tiente-cinq ans environ, et de, toute sa personne se dégageait encore assez de séduction pour allumer le désir et l'amour.

Balzac avait déjà rencontré, dans le salon de la princesse Bagration, madame de Castries; mais il ne lui avait jamais parlé, et ne croyait pas avoir attiré son attention.

L'amour-propre de l'écrivain fui très flatté des avances épistolaircs de la grande dame, amsi que de la très gracieuse invitation de devenir un des Ilotes; du salon de l'hôtel de Castries.

Voici avec quelle effusion, il remercie la duchesse de sa sympathique invitation :

« Daignez agréer, Madame, mes remerciements affectueux et l'expression de ma profonde reconnaissance pour la marque de confiance qu'il vous a plu de me donner. 11 est si rare de rencontrer de nobles cœurs et de véritables amitiés; moi, surtout, je «uis si dénué d'appuis sincères sur lesquels je puisse me reposer, que j'accepte, au risque de perdre beaucoup cà être connu, votre offre gracieuse. . . Donc, à bientôt. Madame, et qu'il me soit permis de déposer ici un hommage aussi amical que respectueux. ))

On remarquera que Balzac, pour mieux s'insinuer dans la sympathie de la Duchesse, se fait beaucoup plus dénué d'amitié féminines qu'il ne l'était réellement.

Le romancier rendit plusieurs visites à l'hôtel de Castries, devint un des habitués du salon de la rue de Varenne. Ce type de femme aristocratique, qu'il n'avait pas encore connu dans l'intimité, Tempoigna.

Il se prit rapidement d'une franche amitié pour la duchesse. Chez lui, l'imagination avait du cœur, et il s'emballait vite.

Au moral, qu'était madame de Castries?

Une femme coquette, vaniteuse, fme, spirituelle, frottée d'un peu de sensibilité, de dévotion, de chaleur de salon; une vraie Parisienne avec toutes ses qualités brillantes de dehors ; qualités raffmées par

l'éducation, le luxe, l'aristocratie des milieux, mais aussi avec toutes ses sécheresses, ses défauts ; en un mot, une de ces femmes auxquelles il ne faut jamais demander de l'amitié, de l'amour, du dévouement au delà d'une légère couche, par la raison que la nature a créé des femmes moralement pauvres. Balzac ne s'aperçut que trop lard de la pauvreté de cœur de la duchesse... Longtemps, il eut l'imagination et la sensibilité trop prises pour sainement la juger.

Les romans, les lettres de Balzac avaient intéressé madame de Castries ; sa présence dans son salon, ses visites la flattèrent. Son amour-propre fut amusé par les assiduités d'un auteur à la mode qui avait, en outre, la réputation de si bien pénétrer le cœur féminin.

Elle n'eut jamais l'intention de le prendre pour amant ; mais elle lui prodigua des coquetteries, des amitiés de salon ; elle reçut ses confidences d'idées, lui témoigna de la sympathie pour son caractère et de la sollicitude pour ses efTorts ; toutes ces aménités gracieuses firent illusion au romancier sur la nature du sentiment qu'il croyait avoir inspiré.

Pendant l'hiver de 1832, il fut donc sons le charme.

Aussitôt il subit l'influence, le conlre-coup des idées et des opinions de sa nouvelle amie.

Elle lui fit sans doute quelque allusion discrète sur le néghgé de sa tenue, la modestie de son train de vie ; alors on voit Balzac transformer sa toilette. Il arbore des gilets blancs magnifiques ; il endosse un habit bleu à boutons dorés — resté dans le souvenir de ses intimes. — A l'opéra, il se montre dans la loge infernale, au milieu des dandys de l'époque, et il se promène avec cette célèbre canne à pommeau garni de turquoises, qui devait inspirer à madame de Girardin son roman intitulé : la Canne de M. de Balzac.

Le logis de l'écrivain subit une transformation pareille ; les objets d'art, les bibelots s'y entassent ; les murailles se couvrent d'étoffes.

Toutes les dettes — résultat de la débâcle commerciale de 1827 — étaient loin d'être soldées ; cependant Balzac prend deux domestiques, achète des chevaux, deux voitures, il se montre au Bois; enfin il a le train d'un mondain lancé. Madame Carraud est informée de la tranformation d'existence de son ami ; en personne raisonnable, elle le gronde un peu.

Alors l'auteur de la Comédie Humaine lui répond :

(( Je voue en supplie, comprenez-moi mieux. Vous donnez plus d'importance que je n'en accorde au frivole plaisir d'aller vite au Bois. C'est une fantaisie

d'artiste, un enfantillage. Mon appartement est un plaisir, un besoin, comme celui d'avoir du linge blanc, de me baigner. J'ai acquis le droit de me mettre dans la soie, parce que demain, s'il le faut, je retournerai sans regret, sans un soupir, dans la mansarde de l'artiste, la mansarde nue, pour ne pas céder à une chose honteuse, pour ne me vendre à personne. »

Très courageuse, très sincère, cette déclaration.

L'amitié de madame de Castries, la fréquentation de, son salon, les avances du duc de Fitz- James modifièrent un peu la ligne politique de Balzac. Il passa dans l'opposition légitimiste ; il voulut être le candidat libéral des royalistes.

Le bour^eoisisme, que dégageait déjà la monarchie de Juillet et les singulières persécutions infligées à la duchesse de Berry — après sa descente en Vendée — lurent également des motifs qui déterminèrent l'écrivain à se ranger d'ans l'opposition légitimiste.

Tout le faubourg Saint-Germain se félicita d'une pareille recrue.

Mais le coimnencement de l'été sépare madame de Castries et Balzac.

Celui-ci va en Touraine, dans le domaine de Sache, pour travailler à divers ouvrages commencés et promis. La duchesse doit aller au mois de septembre suivant, aux eaux d'Aix, en Savoie. Sur son désir, le romancier lui promet d'aller la rejoindre à celte

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époque, et de lui tenir compagnie pendant son séjour dans cette station thermale.

A Sache, la correspondance entre madame Carraud et Balzac devient très active. La proximité d'Angoulême lui donne grande envie d'aller rendre visite à son amie. Hélas ! il ne peut disposer de son temps ; il est cloué par le travail en Touraine. Il ne sait même pas s'il aura le loisir de venir la visiter à Angouléme vers la fin de son séjour. Il fait confidence à madame Carraud qu'il regrettte presque d'avoir promis à la duchesse de Castries d'aller la voir à Aix. Encore, si elle avait choisi les Pyrénées, en passant, il aurait visité ses amis d'Angoulême.

(( ^ Je ne pense jamais à vous que pour retrouver dans ma pensée de doux souvenirs. — Ah ! si l'on avait voulu aller aux Pyrénées, je vous aurais vue ; mais il faut que j'aille grimper à Aix, en Savoie, courir après quelqu'un qui se moque de moi peutêtre ; une de ces femmes aristocratiques que vous avez en horreur, sans doute ; une de ces beautés angéliques auxquelles on prête une belle âme, la vraie duchesse bien dédaigneuse , bien aiaiante, fine, spirituelle, coquette, rien de ce que j'ai vu encore ! un de ces phénomènes qui s'éclipsent' et qui dit m'aimer, qui veut me garder au fond d'un palais à Venise... (car je vous dis tout à vous!), et qui veut que je n'écrive plus que pour elle ; une de

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