DEMAIN
» Pas d'Iris encorel Se dérangerait-elle?,..
(Elle avait soixante-dix ans.) Je ne la vois jamais qu'à la volée et toujours si essoufflée qu'elle peut à peine me rendre compte du quart de ce que je voudrais savoir. Pensez-vous
à moi autant que je pense à vous? Criez-vous quelquefois au whist ou au boston ; « Honoré, où es-tu? » Je ne t'ai pas dit qu'avec Tincendie j'ai eu d'affreuses rages de dents. Elles ont été suivies d'une fluxion qui me rend présentement hideux.
» L'Iris messagère ne vient pas! J'achèverai demain cette lettre. »
» Qui dit : Fais arracher? Que diable! on tient à ses dents, et il faut mordre, d'ailleurs, quelquefois dans mon état, quand ce ne serait qu'au travail I
» J'entends le souille de la déesse. »
Son père alors avait perdu son emploi officiel; il n*avait de ressources que dans ses espérances; ses espérances problématiques ne reposaient que sur Tentreprise aléatoire et à longue échéance de la tontine La forge dont il était directeur. Il s'était retiré, après de longues et délicates contestations, dans une petite maison de campagne achetée non loin de Paris. Balzac commençait la vie par ce qu'il y a de plus difficile, gagner le moyen de vivre. Il avait quitté Tavoué et le notaire chez lesquels on Tavait placé : il n'y avait gagné que les connaissances techniques de législation pratique qui lui furent
62 BALZAC ET SBS CffiUVRES
utiles plus tard dans ses ouvrages, et le profond dégoût de ces occupations mercenaires que sa belle imagination dédaignait ; il commençait à penser à la gloire, premier et dernier rôve des grands cœurs.
XITI
Il conçut dans son grenier une tragédie de Cromwéll; mais il n'était pas né poëte, le vers Tembarrassait : il succomba sous l'effort.
a Ah I sœur, écrit-il, après l'épreuve d'une lecture sans succès, que j'ai de tourments! Je ferai une pétition au pape pour la première niche de martyr vacante I Je viens de découvrir à mon régicide un défaut de conformation et il fourmille de mauvais vers ! Je suis aujourd'hui un vrai Pater dolorosa. Si je suis un misérable rimailleur, il faut se pendre. Je ressemble, avec ma pauvre tragédie, à Perrette au pot au lait, et ma comparaison ne sera peut-être que trop
64 bâlzâg et ses oeuvres
réelle 1... Il faut pourtant réussir cette œuvre, et, coûte que coûte, avoir quelque chose de fini quand maman me demandera compte de mon temps I Je passe les nuits au travail ; ne lui ^en dis rien, car elle s'inquiéterait. Quelles peines donne l'amour de la gloire ! Vivent les épiciers, morbleu ! ils vendent tout le jour, comptent le soir leur gain, se délectent de temps à autre à quelque affreux mélodrame, et les voilà heureux!... Oui, mais ils passent leur temps entre le gruyère et le savon. Vivent plutôt les gens de lettres ; oui, mais ils sont tous gueux d'argent et seulement riches de morgue. Bah! laissons faire les uns et les autres, et vive tout le monde! »
Il se plaint à sa sœur de ce que Thuile de sa lampe lui coûte plus cher que son morceau de pain. Hais il aime toujours sa mansarde : « Le temps que j'y passerai sera pour moi une source de doux souvenirs. Vivre à ma fantaisie, travailler selon mon goût et à ma guise, ne rien faire de sérieux, m'endormir siir Favenir que je me fais beau, penser à vous en vous sachant heureuses, avoir pour maîtresse la Julie de Rousseau, La- Fontaine et Molière pour amis, Racine pour maître, le cimetière du Père Lachaise pour promenade!..* ahl si cela pouvait durer toujours?
» Je suis plus engoué que jamais de ma car^ rière par une foule de raisons dont je ne déduirai que celles que tu n'aperçois peut-être pas. Nos révolutions sont loin d'être terminées; à la manière dont les choses s'agitent, je prévois encore bien des orages. Bon ou mauvais, le système représentatif exige d'immenses talents, .les grands écrivains seront nécessairement recherchés dans les crises politiques; ne^ réunissent-ils pas à la science, l'esprit d'observation et la profonde connaissance du cœur humain.
» Si je suis un gaillard (c'est ce que nous ne savons pas encore, il est vrai), je puis avoir un jour autre chose que l'illustration littéraire; et ajouter au titre de grand écrivain celui de grand citoyen, est une ardbition qui peut tenter aussi!... 9
La tri$te épi'euYe de sa tragédie faite et acceptée, il tombe énervé, découragé, maigri, chez sa mère ; elle le garda quatre ans, mais non oisif. Ce fut alors qu'il fit seulement sa grande faute, pour vivre et donner à leur insu quelque aisance à ses parents. Il se lia avec des libraires, et sacrifia quelque temps sa conscience à ses besoins. Il écrivit ses Contez d^^ola* tiques, ouvrage de mosaïque très-habilement conçu et exécuté, qui lui firent une réputation de mauvajis aloi et quelque argent. Gomme langue, rien ne contribua plus à le former au tra-
vail difficile de parodier un siècle dans un autre siècle. C'était une gaîté triste au fond, un désespoir de verve gui lui donnait la conscietice de son prodigieux talent, mais le repentir de Tusage qu'il en faisait. Il faut, conune lui, glisser sur cette jeunesse qui passe comme un orage du matin. Ne reprochons pas à l'homme ce qu'il se reproche le premier, le prix un peu honteux que la vie lui coûte, prix d'autant plus cher qu'il est plus prêt à le regretter. En lisant ses Contes drolatiques, on se souvient de Mirabeau écrivant, à Vincennes, des romans orduriers pour envoyer à une femme purement adorée le prix du vice qui le rendait indigne d'elle.
Sa sœur s^était mariée à un homme distingué en Normandie, M. de Surville.
Il lui écrit à demi son mépris pour lui-même pendant qu'on imprime ses Contes à Paris. /, . n^
« Tu me demandes des détails des fêtes, et je n'ai aujourd'hui que des tristesses au cœur! Je me trouve le plus malheureux des malheureux qui vivotent sous cette belle calotte céleste que rÉtemel a brillantée de ses mains puissantes!
» Des fêtes!... c'est une triste litanie que j'ai à t'envoyer.
» Mon père, en revenant du mariage de Lan-
rence (il avait été célébré à Paris), a eu dans sa voiture l'œil gauche déchiré par le fouet de Louis^ triste présage... Le fouet de Louis toucher à cette belle vieillesse, notre joie et notre orgueil à tous! Le cœur saigne! On a cru d'abord le mal plus grand qu'il n'est, heureusement I Le calme apparent de mon père me faisait peine, j'aurais- préféré des plaintes, je me serais figuré que des plaintes l'auraient soulagé ! mais il est si fier, à bon droit, de sa force morale, que je n'osais même le consoler, et la douleur du vieillard fait autant souffrir que celle d'une femme I
» Je ne pouvais ni penser ni travailler; il f«ut pourtant écrire, écrire tous les jours pour conquérir l'indépendance qu'on me refuse ! Es* sayer de devenir libre à coup de romans, et quel romans ! Ah I Laure, quelle chute de mes projets de gloire 1
B A^vec quinze oests francs de rente assurés^, je pourrais travailler à nm célébrité, mais îl faut le temps pour de pareils travaux, et il tout vivre d'abord l Je n'ai donc que cet ignoMe moyen pour m'indépendantiser.
» Fais donc gémîr la presse, mauvais auteilt (et le mot n'a jamais été si vrai) I •
» Si je ne gagne pas promptement de l%r-
g&otj le spectare de la place repai^aitra, je ne serai pasnoiaire toutefois, car M. T,.. vient de mourir. Mais je crois que M» *** me cherche soardemâBt uue place : quel terrible homme 1 Gomptez-moi pour mort si ou me coiffe de cet éttignoir : je deviendrai uu cheval de manège qui fait ses trente ou quarante tours à Theure, mange, boit, dort à des Instants réglés d'avance.
» Et l'on appelle vivre cette rotation macbinale> ce perpétuel retour dés mômes choses l...
jp Encore si quelqu'un jetait un charme quelconque suar ma froide ^islencel Je n'ai pas les fleurs de la vie et je suis pourtant dans la saison et elles s'épanouissent ! A quoi bon la fortune ^ tes jouissance quand ma jeunesse sera passée î Qu'importe des hçibits d'acteur si l'cm ne joue plus âe rMe? Le vieillard est un homme qui a diaé et qui regarde les autres manger^ et moi, jeune^ mon assiette est vide et j?ai faim 1 Lauf et, Laure, nues deux seuls et im«menses désies^^e célèbre €AéûreÀdmé^ seront^ ils îasmôs ^sM&UitM.^. v
m 1b £ewfeie Aexst ncmveaux ouvrages; as s<nrt encore fort mauvaôsi et fetrt pm littéraires SQitoxit J Tu «tDOttvvraâ diais Ym: des deus (giel^
ques plaisanteries assez drôles et des espèces de caractères, mais un plan détestable.
» Le voile ne tombe, malheureusement qu'après l'impression, et, quant aux corrections, il n'y faut pas songer, elles coûteraient plus que le livre. Le seul mérite de ces deux romans, ma chère, est le millier de francs qu'ils me rapportent, mais la somme n'a été réglée qu'en billets à longues échéances? Seront-ils payés ?
» Je commence, toutefois, à tâter et reconnaître mes forces; sentir ce que je vaux et sacrifier la fleur de ses idées à de pareilles inepties I II y a de quoi pleurer.
» Ah I si j'avais ma pâtée, j'aurais bien vite ma niche et j'écrirais des livres qui resteraient peut-être I
X) Mes idées changent tellement que le faire changerait bientôt 1 Encore quelque tempS) et il y aura entre le moi d'aujourd'hui et le moi de demain la dififérence qui existe entre le jeune homme de vingt ans et l'homme de trente I Je réfléchis, mes idées mûrissent, je reconnais que la nature m'a traité favorablement en me donnant mon cœur et ma tête. Crois-moi, chère sœur, car j'ai besoin d'une croyante, je ne désespère pas d'être un jour quelque chose; car
je vois aujourd'hui que CromweU n'avait pas même le mérite d'être un embryon; quant à mes romans, ils ne valent pas le diable, mais ils ne sont pas si tentateurs. »
XVH
Il va à Bayeux chez son beau-frère. La misèrt Vy suit. Il veut teuter la lortuoe par une grande entreprise. Il s'associe à un vieil ami pour éditer des livres. Il échoue et perd les deux Jortunes. Sa double dette Tëcrase; il veut persévérer; sa famille lui donne par anticipation 4e quoi payer son, brevet d'imprimeur. Il échQiie plus irrémédiablement une seconde fois. Ou/Ie console en le reléguant dans les; ouvrages légeijs. Ce mépris Tirrite, : « U faudra que je meuse, écrit-il, pour gu'ou sache: ce que je vaux ! t
Il tombe dans le -découragement) non dei lui- ,m^9t mais de Ja .lîvtuaa. il néglige 4|alter
76 BALZAC £T SES OBUVEES
voir ses parents. Voici comment il s'excuse devant sa sœur :
f Ta lettre m'a donné deux détestables jours et deux détestables nuits. Je ruminais ma justification de point en point, comme le Mémoire de Mirabeau à son père, et je m'enflammais déjà à ce travail; mais je renomme à récrire, je n'ai pas le temps, ma sœur, et je ne me sens d'ailleurs aucun tort!...
» On me reproche l'arrangement de ma chambre ; mais les meubles qui y. sont m'appartenaient avant ma catastrophe 1 Je n'en ai pas acheté un seul I Cette tenture de percale bleue qui fait tant crier était dans ma chambre à l'imprimerie. C'est Latouche et moi qui Tavons clouée sur un affreux papier qu'il eût fallu changer ! Mes livres sont mes outils^ je ne puis les vendre ; le goût, qui met tout chez moi en harmonie, ne s'achète pas (malheureusement pour les riches); je tiens, au surplus, si peui toutes ces choses, que si l'un de mes créanciers veut me faire mettre secrètement à Sainte-Pélagie, j'y serai plus heureux, ma vie ne me coûtera rien, et je ne serai pas plus prisonnier que le travail ne me tient captif chez moi.
» Un port de lettre, un omnibus, s(mt des dépenses que je ne puis me permettre, et je ne
sors pas pour ne pas user d'habits ! Ceci est-il clair?
» Ne me contraignez donc plus à des voyages, à des démarches, à des visites qui me sont impossibles, n'oubliez pas que je n*ai plus que le temps et le travail pour richesse, et que je n*ai pas de quoi faire face aux dépenses les plus minimes.
» Si vous songiez aussi que je tiens toujours forcément la plume, vous n'auriez pas le courage d'exiger des correspondances 1 Écrire quand on a le cerveau fatigué et l'âme remplie de tourments î Je ne pourrais que vous affliger; à quoi bon?... Vous ne comprenez donc pas qu'avant de me mettre au travail, j'ai quelquefois à répondre à sept ou huit lettres d'affaires ?
» J'ai encore une quinzaine de jours à passer ^\a les Chouans ; jusque-là, pas d'Honoré; autant vaudrait déranger le fondeur pendant la coulée.
» Ne me crois aucun tort, chère sœur; si tu me donnais cette idée, j'en perdrais la cervelle. Si mon père était malade, tu m'avertirais, n'estce pas ? Tu sais bien qu'alors aucune considération humaine ne m'empocherait de me rendre près de lui.
» Il faut que je vive, ma sœur, sans jamais
rifen dematider à personne; il faut qne jeTirc pour travailler afin de m' acquitter envers tous! Mes Chouans terminés, je vous les porterai; njaîs je ne veux, en entendre parler ni en bien ni^en mal; une famille, des amis, sont incapables dfe juger' Tauteur.
» Mercr, cher champion dont la voix généreuse défend mes intentions. Vivrai-je assez^ pour payer aussi mes dettes de corar?;.. »
x.vni
n. vécut (si c'est là vivre) de cettaioisère jpqu'en 1833.
De 1333 à 1848, c'est sa moisson; retiré tantôt dans une solitude anonyme de Paris ou â0& environs, affectant quelqu^is un ceirtain luxe, pour imiter Walter Scott ^ et doubler ainsi à Toeil le prix de ses propres œuvres, il se.bâtit, à. Fiifeh (HAvray une maison en apparence idéale,;qiuf s'écroule bientôt s^près comme un rôvei Mais son talent grandit Xa liste de ses livres pendant ces fécondes années est longue. Tout est écrit de sa main, et recorrigé deux fois sous la main de l'imprimeur. Cela SttpiK)se un teavaîLqui fait reculer le calcul.
Il s'isole, il se dérobe, il écrit à sa sœur qui s'en plaint, il fuit quelquefois à la campagne auprès de Tours, chez des amis. Il y compose ses meilleurs volumes.* Il s'y apaise, il y respire, il y écrit à sa sœur :
« Merci, ipa sœur ; le dévoùment des cœurs aimés nous fait .tant [de Ibien ! Tu m'as rendu cette énergie qui m'a fait surmonter jusqu'ici les difficultés de ma vie 1 Oui, tu as raison, je ne m'arrêterai pas, j'avancerai, j'atteindrai le l)ut, et tu me verras un jour compté parmi les grandes intelligences de mon pays !
» Mais quels efforts [pour arriver làl ils brisent le corps, et, la fatigue venue, le découragement suit I
» Louis Lamherf m\ coûté tant de travaux !
Que d'ouvrages il m'a fallu relire pour écrire ce livre ! Il jettera peut-être un jour ou l'autre la science dans des voies'nouvelles. Si j'en avais fait une œuvre purement savante, il eût attiré l'attention des penseurs qui n'y jetteront pas les yeux. Mais si le hasard met, un jour ou l'autre, Louis Lambert entre leurs mains, ils en parleront peut-être 1...
> Je crois Louis Lambert un beau livre I Nos amis l'ont admiré ici, et tu sais qu'ils ne me trompent pas !
• Pourquoi revenir sur sa terminaison ? Tu connais la raison qui me Ta fait choisir ! Tu as toujours peur. Cette fin est probable, et de tristes exemples ne la justifient que trop : le docteur n'a-t-il pas dit que la folie est toujours à la porte des grandes intelligences qui fonctionnent trop?...
» Encore merci de ta lettre, et pardonne au pauvre artiste le découragement qui l'a rendue nécessaire. La partie engagée, je joue* si gros jeu 1 il faut toujours progresser. Mes livres sont les seules réponses que je veuille jamais faire à ceux qui commencent à m'attaquer.
» Que leurs critiques ne te préoccupent pas trop; elles sont de bons pronostics : on ne discute pas là médiocrité ! . . .
» Oui, tu as raison, mes progrès sont réels, et mon courage infernal sera récompensé. Persuade-le aussi à ma mère, chère sœur, dis-lui de me faire l'aumône de sa patience ; ses dévoûments lui seront comptés I Un jour, je l'espère. — un peu de gloire lui payera tout I Pauvre mère 1 cette imagination qu'elle m'a donnée la jette perpétuellement du nord au midi et du midi au nord : de tels voyages fatiguent ; je le sais aussi, moi 1
» Dis à ma mère que je l'aime comme lorsque
j'étais enftint. Des larmes raegagûent^n décrivant ces lignes, larmes de tendresse et de désespoir, car je sens Tavenir, et il me faut cette mère dévouée au jour du triomphe l Quanct ratteindraî-je î
» Soigne bien notre mère, Laure, pourle prfr* sent et pour l'avenir.
D Quant à toi et à ton mari, ne doutez jamais de mon cœur; si je ne pnis vous écrire, que votre tendresse soit indulgente, n'incriminez ja?» mais mon silence ; dites-vous : il pense à notisr, il nous parle ; entendez-moi, mes bons amis, vous, mes plus vieilles et mes plus sûres affiecr tions I
» En sortant de mes longues méditations, de mes travaux accablants, je me repose dan®^ vos cœurs comme dans un lieu délicieux où. rien? ne me blesse l
» Quelque jour, quand mes œuvres seront développées, vous verrez qu'il a fallu bien des heures pour avoir pensé et écrit tant de choses ; vous m'absoudrez alors de tout ce qui vous aura déplu, et vous pardonnerez, non l'égoïsme de l'homme (l'homme n'en a pas), mais l'égoïsme du penseur et du travailleur.
» Je t'embrasse, chère consolatrice qui m^apportes l'espérance, baiser de tendre recoiffîais-
Bi^LZÂC BT SSS OBUTASfi 88"^
sauce; ta lettre ia*arasii]»^; apr&s^ sa^ lecture, j'ai poussé un hourra joyeux* »
La liste de sesouvra^res^ aiiceo 1^4ate qu'il leur assiguau apsès. les avoir, remaniés »> pedSt seule faire comprendre la valeur de ses travattz,,car peu delecteui&ignorentriiftportance de ces livres :
1827. (Fin de) Les Chouans.
1828. Catherine de Médicis.
1829- La Physiologie db manager Gloire ^^ malheur, le Bal de Sceaux y U Vertiigo, la Paix du ménage. ^^gj
1830. La Vendetta f une Double Famille^ Étude
de femme j Gobseck, Autre Étude xbk.
femmey la Grande Bretèchey Adieu, VÉlixir de longue vie^ Sarraziris, la Peau de chagrin, ^ '^^^^
1831. Madame Firmiani^ le Requisitiortnai/re^
l'Auberge rouge, Maitre' Cornélius ^ les Proscrits, un Épisode sous la Te?rei9k^^ Jésus^Christ en Flandre. ^^^ •J*^8t
1832. La Bourse y la Femme abandonnée ^ la
GrefùodiJère j le Message, les MSm^Si^^ Louis Lambert^ rillusPreHaudiéiart, le colonel Chabert, une- Passitm ^kms le
,91 Déserty le Chef-d'œuvre inconnu, le Curé de Tours.
1833. Séraphita^ Eugénie Grandet, Ferragus^ ii'jjj le Médecin de campagne.
l8Wq Un Drame au ftord de la mer^ la Dip- -£il chessede Langeais^ la Fille aux yeux ooxijs. d'or, le Père Goriot, la Recherche de V absolu.
1835. Le Contrat de mariage, la Femme de trente ans, le Lis dans la Vallée, Melmoth réconcilié.
\^?ltki Vieille Fille, V Enfant maudit, Facino
x^^^^'^Cane, la Messe de r Athée, V Interdiction. 1837. Zô Cabinet (des antiques, la maison Nu-
^^ '^cingen, Gambara, César Birotteau.
Iw^^.?&ne FUle d'Eve ^ les Employés, ou la
^ .^ temme supérieure.
\^.^Fierre Grassou, les Secrets de la prin-
^'^\m\W^^ de Cadignan, MassimUa Doni^
i8ii^s?^s^arcas, la Revue parisienne.
18^1. Mémoires de deux jeunes mariés, Ursule
^ ^.^ouet, une Ténébreuse Affaire.
IS^^yj^ausse Maîtresse, Albert Savarus^ un
aS ^-xiMsk^^ ^^^^ '^ ^^» ^^ ^^naj'e de gar-
%\ zi^sSff^i ^ fe^ ^^^^ Frères.
l8iZ. Honorine j Splendeurs et Misères des courtisanes, Illusions perdues.
1844. BécUriœ, Modeste Mignon j GoAidissart 11.
1845. Un prince de la Bohême^ Esquisse
d'homme d'affaires^ Envers derkistoire contemporaine^ le Curé de village.
Il voyage deux fois en Italie et en Sardaigne pour une spéculation colossale sur les scories des mines antiques mal exploitées par les Roniains. Il croit tenir la richesse ; on la lui dérobe.
xra
Enfin il pense à renouer ses œuvres imiMrtelles par un lien qui leur donne Tunîté. Il conçoit la Comédie humaine y sujet que nousr avons tous conçu, le poëme épique xaÂif&:sBl sous forme de romans successifs. II s'y dév<me,; il s'y absorbe, il expire sans l'avoir terminée
c Je sois si triste aujourd'hui, qu'il doit, y avoir quelque sympathie souâ cette tristesse., Quelqu'un de ceux que j'aime serait-il malheur reux?Mamère est-elle souffrante ? ôùestmoiB; bon Surville? est-il bien de corps et d'àmeîi Avez-vous des nouvelles de Henri ? scmt^eUes bonnes ? Toi ou tfes petites, sérier- vous roah
ladesî Rassurez-moi vite sur tous ces çhers sujets.
» Mes essais de théâtre vont mal, il faut y renoncer pour le moment. Le drame historique • exige de grands effets de scène que je ne connais pas et qu'on ne trouve peut-être que sur place, avec des acteurs intelligents. Quant à la comédie, Molière, que je veux suivre, est un maître désespérant; il faut des jours sur des jours pour arriver à quelque chose de bien en ce genre, et c'est toujours le temps qui me manque. Il y a d'ailleurs d'innombrables difficultés à vaincre pour aborder n'importe quelle scène, et je n'ai pas le loisir de jouer des jambes et des coudes; un chef-d'œuvre seul, et mon nom m'en ouvrirait les portes; mais je n'en suis pas encore aux chefs-d'œuvre. Ne pouvant compromettre ma réputation, il faudrait trouver des prête-noms ; c'est du temps à perdre, et le fâcheux, c'est que je n'ai pas le moyen d'en perdre ! Je le regrette ; ces travaux, plus productifs que mes livres, m'auraient plus promptement tiré de peine. Mais il y a longtemps que les angoisses et moi nous nous sommes mesurés, je les ai domptées, je les dompterai encore. Si je succombe, c'est le ciel qui l'aura voulu, et non pas moi. •
» La vivacité d'impression que mes chagrins te causent devrait m'interdire de t'en parler, mais le moyen de ne pas épancher mon cœur trop plein près de toi? C'est mal, cependant; il faut une organisation robuste qui vous manque, à vous autres femmes, pour supporter les tourments de la vie de l'écrivain.
» Je travaille plus que je ne le voulais, que veux-tu? Quand je travaille, j'oublie mes peines, c'est ce qui me sauve; mais toi, tu n'oublies rien I II y a des gens qui s'offensent de cette faculté, ils redoublent mes tourments en ne me comprenant pas l
9 Je devrais faire assurer ma vie pour laisser, en cas de mort, une petite fortune à ma mère ; toutes dettes payées, pourrais-je supporter ces frais ? je verrai cela à mon retour.
» Le temps que durait jadis l'inspiration produite par le café diminue ; il ne donne plus maintenant que quinze jours d'excitation à mon cerveau, excitation fatale, car elle me cause d'horribles douleurs d'estomac. C'est au surplus le temps que Rossini lui assigne pour son compte.
» Laure, je fatiguerai tout le monde autour de moi et ne m'en étonnerai pas. QueUe existence d'auteur a été autrement ? mais j'ai au-
jcmrd'hui la conscieïïce de ce que je suis et de ceque je serai î
» Quelle énergîe ne faut-il pas pour gardet?' sa tête saine quand le cœur souflte autMtl' Travailler nuit et jour, se voir sans cesse attÈiqné quand il me faudrait la tranquillité du cloître pour mes travaux !' Quand Taurai-je?raiirai-je un seul jouri que dans la tombe peut^tre!... on me rendra justice alors, je^ v^ux respé!*er 1... Mes meilleures inspirations' ont toujours brillé, m surplus, aux heui^ d^trônaes angoîeses^; elles: vont dcAc luire^ encore!...
r Je w^tvéWy je» suîrtwp triste;* le cleldevalt un frSré plts heureux Se tme sesâr^i aflfeG^tronnéeK..»
Mon frère était alors- accablé par un grand cHagriti de' cœur ï je ne pcux^pubiiëi» de sa vt)lumtoéïse cortespbndance que ce qui a rapport à'ïnf ouâ'sesf deuvres, fet lie montîier que- sous- Tài^èt dte filfe ou dé frère; ces restriètlons' pttîTeîrt lé public de queîques' pages ihtêres^ sante», notamment de celles qu^ m'adi^essa après la mort d'une personne bien chère. Q'èst ' c&que j'ai lude plu» éloquent dans Texpression de -la doutent.
C'est vers ce temps qu'il imagina de prendre son rang, la gloire et la fortune d'assaut par un coup de main. Il écrivit deux drames : Vautrin et Mercadet. Deux pièces de Figaro. L'une échoua comme scandale ; l'autre expira de langueur. Il croyait fermement que Mercadet^ pris dans la passion industrielle de la bourgeoisie, serait le Figaro du siècle. Je me souviens (lu'il vint plusieurs fois ayant la lièvre de son succès chez moi pour me conjurer de l'entendre, de le voir, d'assister aux répétitions. Je consentis; 'allai aux répétitions. Je fus peu touché. Rien
/-tà.
^ ■■.-SfA-
ne put le désenchanter de son] illusion; on le joua sans succès. Il était comme] moi-même, mal né pour la scène : il n'y avait pas assez d'espace pour ses conceptions.
C'est peu de temps avant cette époque que la beauté, Tamour, Tesprit et la fortune parurent d'un seul coup vouloir dépasser par la réalité tous les rêves de son passé. Une jeune et aimable étrangère, une de ces femmes dont rimagination est une puissance, conçut pour lui une ardente passion. C'était une Polonaise, une Orientale, une personne attachée, dit-on, par devoir, à un vieil époux dont la santé expirante devait assurer bientôt la liberté. Elle adorait Balzac comme écrivain. Elle lui confirma par lettres le penchant de son cœur; il fut fas-
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ciné et enivré par une amitié qui ne coûtait rien à la vertu. J'ignore le lieu où ils se rencontrèrent. Était-ce à Milan? était-ce en Pologne ou en Russie? Rien n'est plus difficile que de percer le mystère des voyages de Balzac; ce que j'en sais, je ne le sais que de lui-môme, longtemps avant l'événement qui dénoua par un trop court mariage le nœud de sa vie.
Je le rencontrai un jour dans une des sombres allées d'arbres qui s'étendent solitaires entre la Chambre des députés et le palais des 'ij^;:^^ v^'-f .- ' Invalides. 11 m'aborda avec l'empressement d'un
homme heureux qui brûle de faire partager son bonheur encore caché à un ami. Que faitesvous? lui dis-je. c J'attends, me répondit-il, la félicité des anges ici-bas. J'aime^ je suis aimé par la plu8 charmante .femme inconniie iqui soit sur la terre. EHe est jeune, elle est libïe, elle a use fortune indépendante qni ne ^se oalcùle que par millions de revBim. Be icwi^s convenances Tempéchent ^euleside ine.jdoiifflfer sa main; nmis dans peu de mois elle /en est afifranchîe, et je suis aussi sûr de «non Jbootoir que de scm amour I
n) Voilà; mon éher ^Lamartiae^l!étaft oùje ^yis 'en ce moment; j'ai dû 'vous île >ca!2;beriju»iu'à ce jour, m»}8 malnte^M tneajuean^^oDiiftâDhefâe
BALZAC ET SBS OEUVJiaS S.5
me confier à votre amitié; vous voyez en moi. le plus heureux des homines ! »
J'avoue que je crus à un de ces songes gu'il avait si longtemps poursuivis^ et que je me séparai de lui incrédule, mais sans lui témoigner mon incrédulité. C'était moi qui me trompais. Peu de mois après ce jour, j'appris que Balzac était parti pour un voyage énigmatique, et qu'il était marié. A son retour, il vint me voir. J'allai lui rendre visite dans le magnifique hôtel du quartier Beaujon, où sa femme avait recueilli ce chevalier errant de tous les songes. Il n'était pas chez lui. Mais le luxe de l'ameublement, des jardins, des antichambres, attestait la réalité de ce qu'il m'avait confié quelques mois avant. Je me réjouis de ce miracle de l'amour. Hélas 1 comme tous les miracles, il ne devait durer qu'un moment.
Le bonheur de Balzac fut un éclair ; son travail assidu l'avait usé; un rêve lui enleva ce que tant de rêves lui avaient coûté. Il n'etit que la perspective du repos dans la gloire. Une maladie de cœur l'emporta. Il mourut au milieu des délices et des splendeurs auxquelles il avait aspiré. Homme d'imagination, récompensé en imagination. Mais au moins il ne mourut pas dans les angoisses qui avaient consumé sa vie.
96 bâlzâg et ses œuvres
Sa veuve avait acheté sur la route de Fontainebleau une belle colline boisée à Villeneuve-le- Roi, au sommet de laquelle elle habite avec Tombre de son mari, un grand nom qui grandira sans cesse.
Voilà rbomme dans Balzac.
Il avait eu, au milieu de beaucoup de chimères, un rare bon sens, celui de réduire sou ambition politique à sa juste valeur et de renoncer de bonne heure k cet axiome faux:
< J'ajouterai peut-être le titre de grand citoyen au titre d'homme littéraire. » Il avait espéré un moment que Testime de ses compatriotes le porterait à la députation : il n*en fût rien ; on reconnut promptement que son éloquence, toute de cœur, ne convenait pas au régime parlementaire, qui vit de parti et non de vérité. Je rai entendu souvent, chez madame de Girardin,
s'abandonner au torrent de sa belle et fougueuse indignation contre ces fausses fureurs et ces fausses promesses de^ oppositions aux gouvernements qui n'avaient d'autres crimes que de n'être pas aimés. Quant à lui, il était aisé de voir qu'il était de race et de sang légitimistes, c'est-à-dire qu'il croyait à la puissance de la tradition et des mœurs avant tout; le commandement et l'obéissance par l'habitude, c'était pour lui tout le gouvernement. Les théories, les systèmes, les socialismes, n'étaient rien pour lui; des expériences hasardées sur des millions d'hommes ignorants ou passionnés lui paraissaient des bêtises ou des crimes. Laissez cela à faire aux. ayocate et à priéûaniser aux jœiiaialistes^ deux espèces de publieistes pour ies^els il db dissirnukÂt pas .-son dédain, -p- •Le goii/vavnement {)tarl6n)eQ.taÂ?6,'âisaiiHiil fftivac L'ivûniê prùfônde <le. sa bonne > foi, est.lea^^ime àfi& gDptbistiss lou des bayaxdfi. ^lA^\i in'a ic^éé quiimte 'forme et qU'Uti;iiic)!yeiL/âe voloutée. c'est l'uaité. La idivergenae des J^oloutés, &a «efifet, c'est i'iaaam^bilité . ou d'aitôiarchie. L'a»arci;^e, c'est la jnûtft violente dje l'ieapèGe thum^ii^e. Ljiiamabilité, idefA ($a jmort lente. Si .rihomme •jetait r capable de jprofiter 4e i'expôrieacejjUrEe-
n'iB^ bôîi (pi'ât renverser sticcessi^ireiTOntî tous les ]rég$mes qui Factoiettent. Bs 1789; lé jottv où^ Mirabeau llutroduisM par ' s» pbrâse' ftn metise à-M. de Bïéisé': «>Â}l6z d$re à^ vetre^ nmit*-' tre^ (^ue n€U6 somisied icr p»r> la*- v^&té^ âu> peuple, et<ïne HOHB fl^ôu sertttOTg (jae^ pw la foréïe'âes^baïotiAéttes^ » la^ iië^lbttoii' es1;:fà(ite; Mii^abeaB^ se déslit>norê< et se^déipc^ntoise^e]! essayantde la dirig^^eiiiS^às inversée Loi»9 X.Yi tombe soui» ses^fUreut®;* les Critf^ïiâlnsiigëiisseQt^ poiiraveiri^fita Iia>nioâé¥er; NêrgmàM\MîSbi Danton, Camille^ DernimUnni RDHespierre kd^^ mênre, sont âéwrês^ papleï^ime^quîilfr ofit créé; la 0!onvea«iDû. estâédanëe parsaiptopre nature ; le Directoire exécutif» teratte vaineAiEasEt sœ^ coups d'Étalé contre Ië3 gouveimementi padementaire, Bonaparte, le renverse du. vent de son épée, il renverse lui-même Bonaparte en 1814. Les Bourbons reviennent, le gouvernement parlementaire les laisse tomber et fuir jusqu'à Gand; Waterloo les rend nécessaires pour sauver la nation ; le gouvernement parlementaire abandonne Bonaparte à Sainte-Hélène ; il fait du gouvernement de Louis XVIII un ti- ^ ^ . ^^ ralliement sans repos pendant tout son règne. ^"^' ' Le" gouvernement parlementaire provoque la lutte avec Charles X : le gouvernement parle-
mentaîrè triomphe et renvoie le rôi à l'exil. Le duc d'Orléans s'offre à ce régime, il est accepté avec enthousiasme; dix-huit ans après il est congédié avec plus d'enthousiasme encore; la république de nécessité sauve la France ; le gouvernement parlementaire se hâte de choisir parmi les candidats celui qui doit le renverser. La France redevient militaire et calme, sous un despotisme intelligent et modéré ; le gouver-nement parlementaire recommence à poindre dans les coalitions d'opinions incompatibles. Dix gouvernements renversés en un demi-siècle attestent en vain que ce gouvernement ne sait ni se fonder ni se défendre. Proclamez maintenant la perfection et la permanence d'un gouvernement qui ne sait ni s'établir ni durer! Voilà son histoire I Jugez-le par ses œuvres.
Mais jugez-le aussi par sa nature, contir' nuait-il
Quand une nation va périr et qu'elle le sent, que fait-elle? Elle invoque le remède, le pourvoir à une seule tète, la dictature.
L'armée, ou la volonté active de la nation, sa donne un dictateur; il frappe à droite et à.
gauche, il se défait des gouvernements parlementaires, obstacle à toutj au bien comme aa mal. Il règne : si c'est avec folie, il tombe enr traînant avec Idi armée et nation ; si c'est avec réflexion et mesure, il continue ou perpétue son règne, il peut même fonder une dynastie ou ^
une monarchie héréditaire. Que lui faut-il pour cela? — Un conseil d'État nommé^ar lui et une armée chez un peuple militaire.
Mais, le jour où il fonderait un gouvernement à deux ou trois têtes, un gouvernement parlementaire dans l'élection duquel il n'interviendrait pas, il pourrait mesurer sa déchéance au progrès fait par ce gouvernement. Le jour où le gouvernement parlementaire serait achevé, il créerait de nouveau la force contre la force, c'est-à-dire le gouvernement de quelques-uns contre un. La révolution serait faite 1
L'unité de volonté est nécessaire même dans la république. Le premier magistrat d'une république ^doit être un dictateur à temps; sans quoi il n'est rien.
Voyez TàrméeiQui fêfitsa* fbrcer CTest s(Mi général, soit pour un jour, sait pour un temps*. Mettez deux chete ou dix cheft avec à'e» droto égaux à: la tête de votre année : elle' cesse d'exister; elle a deaae esprits ou- dix volontës', c'est-à-dire pas une: Voilà pourquoi les geuvernements parlementaires les plus libres n'^ont jamais reconnu à Farmée sous les'afrmGS lë' droit électoral. Je me trompe; le gouvernement pa^ lementaire de fô49^ a nommé une Më dfeuît chefs efrdfeux armées: Pun de la rive gaiïclte
delà Seine scms le pariement^ Tautre de la rive droite sous le présiârat de la^ république. Qidii^ jours après, le gouvernement n'existait plusw Le coup d'État était devenu inévitable, le pouvoir parlementaire s'était suieidél Je Tavais prédit! Qubn lise mon avant-dernier numéro de mes Conseils au peuple!
Le gonvearaen^iiit est un^ mouûlQgue, pendit qu'il gouverne toute anarchie est un dialogue^ On délibère mec ua dialogue, on. ne gouverne pasw — Mais^dit-oû, la majorité sans cesse déplacée par un discours ou par une intrigue fait la loi? — Voyez la Belgique^ où. ni majorité ni minorité ne peuvent.en sortir. Le gouvernement parlementaire refuse de gouverner : la volonté nationale est paralysée par la nation elle-même. Qu!adviendrart-il ? ou un coup d'État ou une révolution. Voilà le gouvernement parlemeuitaire ou le gouvernement des factions. — La responsabilité n'est nulle part, et chaque faction dit : — Ce n'est pas moi ! —
Et voyez l'Amérique I — Nous ne pouvons pasnoBS gouverner? — Exterminons-nous!
Quoi î un tel état serait le dernier mot de la sagesse humaine? — Non, Dieu a donné par la nature des choses des règles instinctives aux peuples comme aux individus. — Cette règle est
l'unité de la volonté pour qu'elle soit obéiej — monarchie et république ont besoin de cette
unité.
Unité permanente : — Monarchie! Unité temporaire : — République!
Peu importe, pourvu que le monde puisse se gouverner.
I^ gouvernement, ce n'est pas seulement la forme, c'est la vie des nations. .
Le gouvernement des factions ou le gouvernement des intrigues, c'est le gouvernement parlementaire !
Essayez- en cinquante fois.
Cinquante fois il vous trompe encore.
On ne varie pas le thème divin.
Le thème divin, c'est l'unité.
Voilà ce que disait plus éloquemment Balzac ; je ne pouvais qu'applaudir à son discours, quoique jilors j'eusse fait la république pour détruire le gouvernement parlementaire. Je isentais la force de ses considérations et je me taisais, plus convaincu que lui que Dieu seul gouvernait les hommes, et qu'il les gouvernait par l'unité.
On sentait dans ces paroles hardies et convaincues un grand fonds de foi dans l'éteraelle^ sagesse, qui s'ajourne quelquefois, mais qui n& se dément jamais. « On ne voudrait pas m'entendre aujourd'hui, nous disait-il encore, mais le moment n'est pas loin où l'on m'entendra; car les nations se sauvent toujours et se perdent toujours, et quand elles veulent décidément se sauver elles remontent aux lois de Dieu I Ces lois de Dieu, c'est moi qui les sais^ ajoutait Balzac ; sous un régime ou sous un autre, vous^ reviendrez à la loi des lois, l'unité de volonté 1 »
Sa figure s'illuminait alors d'un éclat divin ^
On souriait} mais on récoutait, et on devait finir par le croire. 11 avait péché dans sa jeunesse malheureuse contre les mœurs, mais jamais contre le bon sens et moins encore contre Dieu.
11 était religieux comme sa mère et sa sœur ; la solitude et le bonheur le ramenaient à Dieu.
— Lisons maintenant ce grand moraliste.
Les trois caractères dominants du talent de Balzac sont la vérité, le pathétique et la moralité.
11 faut y ajouter l'invention dramatique, qui le rend en prose égal et souvent supérieur à Molière.
Je sais qu'à ce mot, un cri de scandale et de sacrilège va s'élever de toute la France ; mais, sans rien enlever à Fauteur du Misanthrope de ce que la perfection de son vers ajoute à l'originalité de son talent, et en le proclamant, comme tout le monde, l'incomparable et l'inimitable, mon enthousiasme pour le grand co-
mique du siècle de Louis XIV ne me rendra jamais injuste ni ingrat envers un autre homme inférieur en diction, égal, si ce n'est supérieur, en conception, incomparable aussi en fécondité : Balzac I Combien de fois, en le lisant et en déroulant avec lui les miraculeux et inépuisables méandres de son invention, ne me suis^je écrié tout bas : La France a deux Moliëres, le Molière en vers et le Molière en prose I
Je le dis, je le pense, ouvrons-le: c^est à lui de le prouver. Je commence par son chef-d'œuvre, Eugénie Grandet. Daignez me suivre.