XVI INTRODUCTION
a La Comédie humaine, écrit Brunetière, c'est la comédie que se joue l'humanité à elle-même, chacun de nous, tour à tour ou ensemble, y étant acteur ou spectateur. On naît, on vit, on peine, on aime, on hait, on pardonne et on se venge, on s'entr'aide et on se nuit, on se révolte et on se résigne, on rit et on pleure, on s'indigne et on se moque, on se dispute, on se bat, on s'agite, on s'apaise, — et on meurt. » Et il en est ainsi dans les romans de Balzac. Toutefois les divisions (1) sont peu heureuses. Il est bien difficile d'expliquer pourquoi Le Père Goriot se trouve dans les Scènes de la vie privée, tandis que César Birotteau a pris place dans les Scènes de la vie parisienne. Ces classifications sont factices. Mais l'ensemble de ses 97 romans écrits, sur 143 que devait comprendre l'œuvre une fois achevée, d'après le tableau des titres dressé par Balzac, répond bien au dessein gigantesque qu'il poursuivait. Il n'a pas été complet — c'était impossible — mais il a bien su représenter avec vérité la diversité et la complexité de la vie humaine, dans les cinq mille personnages qu'il a créés, tous vivants et intéressants par quelque endroit, et dont nous retrouvons les principaux de roman en roman, comme dans notre vie parfois réapparaissent des amis dont les circonstances nous avaient séparés et que des faits favorables ramènent en notre présence ; et « de même que l'individu n'existe qu'en fonction, par elle, en elle, et pour elle ; ainsi, chacun de ses romans n'a de sens, ou tout son sens, que dans son rapport avec la Comédie humaine. » C'est ce qu'a magnifiquement exprimé Balzac, au début de César Birotteau, dans une phrase qui pourrait servir d'épigraphe à son œuvre entière : o Puisse cette histoire être le poème des vicissitudes
(1) La comédie humaine se divise en trois parties : 1° Etudes de mœurs, divisées elles-mêmes en Scènes de la vie privée, de la vie de province, de la vie parisienne, de la vie militaire, de la vie politique, de la vie de campagne ; 2° Etudes philosophiques ; 3° Etudes analytiques. En 1911, a paru une œuvre posthume, l'Amour masqué, roman bizarre et scabreux.