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XVIII INTRODUCTION

«veillé. Je m'échauffais avec eux contre les chefs d'atelier qui les tyrannisaient, ou contre les mauvaises pratiques qui les faisait revenir plusieurs fois sans payer. Quitter ses habitudes, devenir un autre que soi par l'ivresse des facultés morales, et jouer ce jeu à volonté, telle était ma distraction. »

Une semblable passion explique son étonnante habileté à ressusciter les divers états de l'âme. D'autres étalent à plaisir sous nos yeux les idées banales, toujours les mêmes, que les hommes échangent dans leurs conversations ; ils se croient observateurs et psychologues : « Mais dans l'intérieur de toutes ces machines isolées, fait dire Musset à son étourdissant et spirituel Fantasio, quels replis, quels compartiments secrets ! C'est tout un monde que chacun porte en lui ! un monde ignoré, qui naît et qui meurt en silence ! » C'est ce monde intérieur que fait revivre Balzac, ayant su l'explorer d'abord, réalisant ce souhait chimérique du même Fantasio : « Si je pouvais être ce monsieur qui passe ! »

Aussi dans la foule des 5000 personnages qui représentent la Comédie humaine, on n'en trouverait pas deux qui se ressemblent ; ils ont chacun leurs vices, leurs passions, leurs vertus à eux ; ils vivent de leur vie propre, ont leur physionomie particulière qui les distingue à première vue et qu'ils gardent dans notre souvenir, quand nous avons fait leur connaissance, tant l'artiste a su pénétrer dans l'âme de ceux qui furent leurs modèles, les porter dans sa puissante imagination et les reproduire avec bonheur.

Il avait la patience du savant qui observe avant de décrire, la conscience de l'historien qui ne risque aucun détail sans l'avoir contrôlé. C'est à son œuvre surtout qu'on peut appliquer la formule des frères de Goncourt : « L'histoire est du roman qui a été ; le roman est de l'histoire qui aurait pu être. » Des critiques lui ont reproché d'avoir donné au bonhomme Grandet une fortune de 17 millions, et ils se récriaient sur le grave défaut de i'imagination balzacienne qui grossit tout jusqu'à d'enfantines invraisemblances. A Madame Carraud qui lui avait communiqué ces réflexions, Balzac répond :

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