‹ BalzacChapitre 15 sur 45 · XX INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XX INTRODUCTION

(Birotteau), de la haute banque (Nucingen), aux occupations d'un avoué (colonel Chabert). Ainsi le roman nous paraît plus vrai, plus naturaliste. Jamais d'ailleurs la question d'argent n'est ni le seul, ni le principal intérêt de l'œuvre, de même que dans la vie les hommes se préoccupent de gagner de l'argent pour subvenir à leurs besoins et à ceux de leur famille, les uns par des moyens honnêtes, les autres par tous les moyens, mais donnent à cet argent moins de valeur qu'à leurs idées, à leurs affections, à leurs passions.

C'est encore pour être plus vrai, que Balzac a rempli ses livres de longues et minutieuses descriptions. Avant d'arriver à l'homme, il nous promène dans le quartier, les rues avoisinantes, nous fait remarquer l'aspect des maisons, l'attitude des passants ; puis il nous arrête devant l'habitation où il nous mène ; il nous indique les détails du trottoir par lequel on accède à la porte, de la porte même, de l'escalier, du corridor ; il décrit avec complaisance les murs, les tableaux, l'ameublement j il en est à l'habitant : nous voyons son portrait physique, la couleur de ses cheveux, l'éclat de ses yeux, sa figure, ses habits, ses gestes. Alors il nous introduit dans son âme. Tout cela peut paraître long, et ne peut manquer d'ennuyer le lecteur qui cherche en vain une artistique description et n'a sous les yeux qu'un inventaire. Mais sans chercher ce que l'auteur n'y a pas mis, lisons tout simplement pour comprendre et retenir, en nous disant que peut-être ces détails nous seront utiles ensuite, et nous serons frappés du rapport intime qu'il y a entre les lieux et les personnes. Nous admirerons ce mépris absolu d'un certain art, mais aussi ce souci de l'observation complète et exacte qui aboutit à de si puissants effets : la restauration de la vie intégrale d'une âme, d'un ménage, d'une ville, d'une société. Car les descriptions ne sont jamais là pour elles seules, et l'auteur nous fait bien comprendre ensuite que son vrai but était de mieux mettre en lumière, pour notre vue courte et superficielle, l'intérieur des âmes : « Les événements de la vie humaine, écrit Balzac dans la Recherche de V Absolu, soit publique, soit privée, sont si intimement liés à

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