VIII. — Les idées philosophiques et religieuses
Balzac est un adversaire décidé de la théorie de l'art pour l'art. Il a même déclaré que nul n'est capable d'écrire un chef-d'œuvre littéraire sans être philosophe. C'est qu'il y avait en lui, destiné à s'épanouir à l'extérieur, un monde d'idées, fruit de ses lectures, de ses études, surtout d'un continuel travail de réflexion et de repliement sur lui-même. Parfois elles s'épanchent en longues dissertations, comme dans le Médecin de Campagne ; plus souvent elles s'incarnent dans des personnages bien vivants, qui animent une intrigue puissamment conçue, comme dans les Paysans ; car dans son cerveau les conceptions les plus abstraites prenaient naturellement la forme de l'art.
Sa méthode est celle du positivisme. La pratique de l'observation mise à la base de son œuvre, sa prédilection pour les sciences, l'avaient habitué à ne tenir compte que des faits. Mais il avait, chose qui nous éton ne singulier) ment de sa part, une foi entière aux phénomènes de magnétisme, ou dirions-nous aujourd'hui d'occultisme, et une foi si sûre, qu'il fit d'expériences de cette sorte, la base d'un de ses meilleurs romans, Ursule Mirouet. Surtout, libre de tout préjugé de secte ou d'école, il jugea antiscientifique de rejeter la question de Dieu et de nos rapports avec lui, sous prétexte qu'il est Y Inconnaissable. Si on veut dire par là que nous ne pouvons comprendre Dieu entièrement, Balzac en tombe d'accord. Il trouve même que c'est tout naturel, et qu'il ne peut pas en être autrement : « Le fini peut-il avoir une entière connaissance de l'infini ? » Mais il ne voit là aucune raison de ne pas chercher à savoir au moins ce qu'il est possible de connaître : o II est pour