XXVI INTRODUCTION
vous un fait évident qui se trouve en vous-même, dit Séraphita. En vous, la matière aboutit à l'intelligence ; et vous pensez que l'intelligence humaine aboutirait aux ténèbres, au doute, au néant ? » Cela ne peut être. Elle aboutit à Dieu : « Vous voyez, ajoute Séraphita, en toute chose purement physique, un conséquent et sublime ouvrier. Pourquoi sa logique s'arrêterait-elle à l'homme, sa création la plus achevée ?... Si vous niez Dieu, heureusement, afin d'établir vos doutes, vous reconnaissez des faits à double tranchant qui tuent tout aussi bien vos raisonnements que vos raisonnements tuent Dieu. »
Mais Balzac n'en reste pas à un vague déisme. La foi en Dieu ne va pas sans une religion bien définie, et la seule qui attire son attention est la religion catholique. Il a constaté la séduction qu'elle exerce sur les plus grands esprits qui ont été toute leur vie ses adversaires déterminés : le savant docteur matérialiste Minoret, une des plus belles créations de Balzac, se convertit dans sa vieillesse au catholicisme. Le docteur athée Desplein a fait une fondation de messes pour un pauvre Auvergnat, et Balzac exprime l'espoir qu'il aura bien fini par mourir en croyant.
En tant que romancier psychologue et moraliste, il trouve encore nécessaire la religion catholique, parce que seule elle peut donner la paix aux criminels dévorés de remords et leur rendre possible une vraie expiation de leurs fautes. Véronique Graslins, Minoret-Levrault renaissent moralement en consacrant leurs biens, leur santé, leur vie aux pauvres pour l'amour du Dieu qu'ils ont offensé. La religion peut préserver de chutes humainement inévitables. Une des plus angéliques figures de la Comédie humaine, le Lys dans la vallée, Henriette de Mortsauf, reste pure malgré une torturante passion, grâce à son attachement à ses pratiques religieuses. Les victimes de la vie, comme Eugénie Grandet, trouvent en Dieu leur consolation. Enfin, devant le triomphe de l'infamie des Rogron persécuteurs de la petite Pierrette, Balzac nous fait remarquer qu'une sanction définitive, celle de Dieu, fera justice.