VIII INTRODUCTION
plus effacée, avait une intelligence vive et un cœur très tendre.
Confié à une nourrice de campagne, Honoré entra à cinq ans à l'externat de Tours, puis en 1807 au collège de Vendôme, dirigé par des oratoriens. Il y passa six années, sans revoir une seule fois sa famille, les vacances étant inconnues dans ce collège à l'éducation monastique. Il s'est représenté lui-même dans Louis Lambert, cet enfant de santé faible, toujours souffrant, les mains couvertes d'engelures en hiver, montrant une répugnance invincible pour tout travail imposé, et pour ce motif hôte assidu des étroites cellules où les punis écrivaient leurs longs pensums avec le porte-plume à trois becs dont l'invention, paraît-il, est de Balzac : « Louis Lambert souffrit donc par tous les points où la douleur a prise sur l'âme et sur la chair. Attaché sur un banc à la glèbe de son pupitre, frappé par la férule, frappé par la maladie..., il se réfugia dans les cieux que lui entr'ouvrait sa pensée. Peut-être cette vie tout intérieure aida-t-elle à lui faire entrevoir les mystères auxquels il eut tant de foi ! »
Déjà dévoré du désir de l'action, il s'essaya à des devoirs plus difficiles que ceux de sa classe ; il lut tous les livres qu'il put se procurer ; il encombra sa cassette de compositions françaises écrites avec passion : il avait auprès des élèves, la réputation d'auteur. Mais sa santé souffrit beaucoup de ces excès : « Il ressemblait à ces somnambules qui dorment les yeux ouverts 5 il n'entendait pas la plupart des questions qu'on lui adressait, et ne savait que répondre, quand on lui demandait brusquement : a A quoi pensez-vous ? Où êtes-vous ? » Les professeurs s'effrayèrent ; le directeur du collège avertit la mère qui vint aussitôt rechercher son fils. Il avait 14 ans.
IL — La vocation de Balzac, Premiers romans
L'air pur de la campagne, les sauts et les gambades en compagnie de sa sœur Laure l'eurent bientôt rétabli.