‹ BalzacChapitre 3 sur 45 · INTRODUCTION IX · texte numérisé non relu

INTRODUCTION IX

Sa santé redevenue florissante, il travaille chez un avoué, puis chez un notaire. En 1819, son père lui déclare qu'il est temps de choisir un état de vie et qu'il n'y a rien de mieux pour lui que la profession de notaire. Balzac se récrie et proteste qu'il sera homme de lettres. Après de longues et orageuses discussions, de guerre lasse, le père accorde deux ans à Honoré pour tenter la chance, à condition de n'en parler à aucun ami de la famille. Le jeune homme s'installe dans une affreuse mansarde de la rue Lesdiguières, où il vit d'une pension qui peut tout juste l'empêcher de mourir de faim. Il écrit en septembre 1819 : « J'ai mangé deux melons, il faudra les payer à force de noix et de pain sec. » L'hiver est terrible dans sa chambre sans feu : « Il a fallu d'abord penser aux jambes qui souffrent le plus du froid ; je les enveloppe du carrick tourangeau que Grogniard, de boustiquante mémoire, cousillonna. Le susdit carrick n'arrivant qu'à mi-corps, reste le haut, mal défendu contre la gelée qui n'a que le toit et ma veste de molleton à traverser pour arriver à ma peau fraternelle, trop tendre, hélas ! pour le supporter ; de sorte que le froid me pipe. » Et il prie sa sœur de lui envoyer un châle. Il conserve la bonne humeur de ses vingt ans ; ses lettres sont charmantes : « Tu veux, ma chère sœur, des détails sur mon emménagement. J'ai pris un domestique ! — Un domestique ! Y penses-tu, mon frère ? — Oui, un domestique. Il a un nom aussi drôle que celui du docteur Nacquart : le sien s'appelle Tranquille, le mien s'appelle Moi-même. Mauvaise emplette vraiment ! Moi-même est paresseux, maladroit, imprévoyant. Son maître a faim, a soif : il n'a quelquefois ni pain ni eau à lui offrir... « Dès que je suis éveillé, je sonne Moi-même, et il fait mon Ht. Il se met à balayer et n'est guère adroit dans cet exercice. — Moi-même ! — Plaît-il, monsieur ? — Regardez donc cette toile d'araignée où cette grosse mouche pousse des cris à m'étourdir ! ces moutons qui se promènent sous le lit ! cette poussière sur lee vitres qui m'aveugle !... Il bat mes habits, balaye en chantant, chante en balayant, rit en causant, cause en riant. Au total, c'est un bon garçon. » Il travaille, plein de

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