‹ BalzacChapitre 22 sur 45 · INTRODUCTION XXIX · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XXIX

nous mettre dans le cadre et au point de vue qui conviennent. Si nous nous faisons d'un « ouvrage bien ^crit » l'idée que s'en faisaient nos plus purs écrivains classiques et surtout Buffon, nous serons déçus. Ecrit bien qui écrit correctement et purement, sans violer la grammaire ; qui n'emploie que des expressions claires ; qui évite les termes scientifiques et techniques, de mathématiques, de chimie, de zoologie, de botanique, <îe banque, d'usine, de terroir ; qui ne nomme les objets que par « les termes les plus généraux » ; qui choisit les mots les plus connus, à condition qu'ils soient de bonne compagnie ; qui ne risque une image que si elle ne choque personne et surprend à peine ; qui donne un tour élégant à sa phrase : en un mot, qui écrit pour le public mondain, pour les « honnêtes gens, » disait-on au xvne siècle.

Mais de ce genre de mérite Balzac n'a aucun souci, et la majorité de son public y est assez peu sensible. Ce n'est plus pour les hommes du monde qu'il écrit, mais pour un ensemble de lecteurs plus étendu et plus mêlé : pour des hommes politiques que n'effraient pas les périodes savantes et prétentieuses ; pour des artistes qui se plaisent aux images pittoresques et risquées \ pour des savants qui retrouvent avec plaisir, en se délassant à la lecture d'un roman, des termes scientifiques ; pour des industriels, des commerçants que ne choquent point les termes techniques ; pour de braves gens qui retrouvent volontiers dans certains personnages le ton vulgaire de leur conversation. Un tel public n'est pas sensible aux reproches ordinairement adressés au style de Balzac : termes trop spéciaux, prétention, incorrection, mauvais goût, vulgarité. Il sera charmé au contraire de voir s'exprimer avec tant de vérité, de naturel et de pittoresque les hommes d'Etat, les officiers, les bourgeois, les paysans, les domestiques j il les trouvera plus vrais et plus intéressants pour lui, que s'ils s'exprimaient tous dans une langue uniformément élégante et factice. Car Balzac, en dehors des dissertations répandues à travers son œuvre, n'a pas de style à lui : il a le style de ses personnages. Il a savait

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