‹ BalzacChapitre 27 sur 45 · XXXII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXXII INTRODUCTION

Puis ses travaux le reprennent tout entier : enfin il entreprend en 1843, le long et coûteux voyage de Saint- Pétersbourg. Il savoure avec délices ce repos si désiré. Il espère que Madame Hanska, devenue veuve, le rendra tout à fait heureux en l'épousant. Mais elle veut d'abord marier sa fille Anna ; puis le Tzar refuse son consentement à ce mariage d'une princesse russe avec un étranger, et puis... elle est moins pressée que lui. Cependant les trois mois qu'il passe en Russie lui semblent enchanteurs. Quand il faut s'éloigner, il a le cœur déchiré : « Je sais comment vous allez par la manière dont je vais, lui écrit-il de Berlin : je sens en moi un vide immense qui s'agrandit de plus en plus profondément, et dont rien ne me distrait... Le cœur a passé de l'excessive richesse à la pauvreté la plus absolue. La récap tulation des heures qui se sont envolées, hélas ! si rapidement, les rêveuses pensées qui les remplacent impriment une amère tristesse à un caractère naturellement gai et rieur. »

Il rentre à Paris en Octobre, toujours mélancolique, plus absorbé que jamais par le travail, effrayé par les rapides progrès de sa maladie de cœur. Son seul bonheur est de surveiller l'aménagement d'un riche hôtel, à Passy, où il recevra Madame Hanska. Il l'épouse enfin le 14 Mars 1850. Il goûte encore à cette occasion quelques dernières joies. Il oublie sa maladie pour concevoir de riants projets d'avenir. Il a trouvé, rue Fortunée, une maison qui lui plaît. « J'ai la maison de M. de Beaujon, disait-il à Victor Hugo, moins le jardin, mais avec la tribune sur la petite église du coin de la rue. J'ai là dans mon escalier une porte qui ouvre sur l'église. Un tour de clef et je suis à la messe. Je tiens plus à cette tribune qu'au jardin. » Hélas ! ces exercices religieux vont être bientôt sa seule joie. Sa maladie le torture et l'empêche d'écrire. Sa femme l'abandonne pour courir les fêtes, et cette affreuse découverte lui brise le cœur.

Il est seul aux prises avec d'atroces souffrances. Le 20 juin 1850, il donne de ses nouvelles à Théophile Gautier, et il ajoute de sa main, à la suite de la lettre

Page 1