XIII. — La mort
Le 18 Août 1850, dès le matin il ne parlait plus. On fit chercher un prêtre qui donna l'extrême-onction au moribond. Le soir, Victor Hugo vint rue Fortunée : « Nous traversâmes un corridor, écrit-il dans Choses vues, nous montâmes un escalier couvert d'un tapis rouge et encombré d'objets d'art, vases, statues, tableaux, crédences portant des émaux, puis un autre corridor, et j'aperçus une porte ouverte. J'entendis un râlement haut et sinistre. J'étais dans la chambre de Balzac.
« Un lit était au milieu de cette chambre... M. de Balzac était dans ce lit, la tête appuyée sur un monceau d'oreillers auxquels on avait ajouté des coussins de damas rouge empruntés au canapé de la chambre. Il avait la face violette, presque noire, inclinée à droite, la barbe non faite, les cheveux gris et coupés courts, l'œil ouvert et fixe. Je le voyais de profil, et il ressemblait ainsi à l'empereur.
« Une vieille femme, la garde, et un domestique se tenaient debout des deux côtés du lit. Une bougie brûlait derrière le chevet, sur une table, une autre sur une commode près de la porte. Un vase d'argent était posé sur la table de nuit. Cet homme et cette femme se taisaient avec une sorte de terreur et écoutaient le mourant râler avec bruit. »
La vieille femme était la mère de Balzac. L'épouse était absente. Victor Hugo revint le cœur navré. Balzac mourut dans la nuit.
Balzac avait eu la pleine conscience de son génie. Il ne s'est pas fait faute de se rendre justice à lui-même, et on le lui a lourdement reproché. Après tout ses plus