XXXIV INTRODUCTION
orgueilleuses boutades ne faisaient qu'exprimer la vérité. En 1844, il écrivait à Madame Hanska : « Quatre hommes auront eu, en ce demi-siècle, une influence ' immense : Napoléon, Cuvier, O'Connell ; je voudrais être le quatrième. Le premier a vécu du sang de l'Europe, il s'est inoculé des armées ; le second a épousé le globe ; le troisième s'est incarné un peuple ; moi, j'aurai porté une société toute entière dans ma tête. » Cette société est à jamais vivante dans la Comédie humaine qui est en prose l'œuvre la plus puissante du xixe siècle. Cette œuvre domine le roman contemporain et longtemps encore exercera son influence. C'est le chef du romantisme, Victor Hugo, qui prononça sur la tombe de Balzac les plus belles paroles à la louange de l'écrivain naturaliste, du « livre merveilleux que le poète a intitulé Comédie et qu'il aurait pu intituler Histoire, qui prend toutes les formes et tous les styles, qui dépasse Tacite et qui va jusqu'à Suétone, qui traverse Beaumarchais et qui va jusqu'à Rabelais... » — « N'est-il pas vrai, dit-il en terminant, vous tous qui m'écoutez ? De pareils cercueils démontrent l'immortalité : en présence de certains morts illustres, on sent plus distinctement les destinées divines de cette intelligence qui traverse la terre pour souffrir et se purifier et qu'on appelle l'homme ; et on se dit qu'il est impossible que ceux qui ont été des génies pendant leur vie ne soient pas des âmes après leur mort ! »
Ch. DÉFOSSEZ.