‹ BalzacChapitre 4 sur 45 · X INTRODUCTION · texte numérisé non relu

X INTRODUCTION

confiance dans l'avenir. En 1821, il réunit ses amis et sa famille pour la lecture de son premier chef-d'œuvre, la tragédie de Cromwell. Elle est écoutée dans un silence glacial : la déception est générale. Balzac remet son manuscrit à M. Surville, ancien professeur à l'Ecole polytechnique et attend le jugement du savant. Quinze jours après M. Surville prononçait doctoralement que V auteur de cette pièce devait faire quoi que ce soit, excepté de la littérature.

Balzac subit patiemment l'épreuve, sans d'ailleurs songer un instant à abandonner la carrière littéraire : « Les tragédies ne sont pas mon fait », dit-il, et il se mit au roman.

Son père lui a supprimé sa pension : il gagnera sa vie lui-même. En quelques années il publie un nombre effrayant de volumes. L'héritière de Birague lui rapporte 800 francs, Jean-Louis ou la fille trouvée 1300, Clotilde de Lusignan ou le beau Juif, 2000. Il écrit encore le Vicaire des Ardennes et Jane la Pâle, 1825. On rencontre dans ces œuvres populacières tous les procédés du mélodrame, des cachots, des naufrages, des tueries, des poignards, des poisons aux multiples effets, des élixirs merveilleux, des incognitos, des reconnaissances, des bandits déguisés et de vrais bandits, des horreurs, tout enfin, excepté une image vraie de la vie. L'auteur les appelait des inepties, de la cochonnerie littéraire. S'il les écrivait, c'est qu'il fallait vivre : « Il faut pourtant écrire, dit-il, à sa sœur, écrire tous les jours pour conquérir l'indépendance qu'on me refuse, essayer de redevenir libre à coups de romans, et quels romans ! Ah ! Laure, quelle chute de mes projets de gloire !.., Je n'ai que cet ignoble moyen de mindépendantiser. Fais donc gémir la presse, mauvais auteur ! » Dure nécessité, de se sentir un talent vrai, et de l'abaisser à d'indignes travaux qu'il est honteux de signer, et qui paraissent sous le pseudonyme de Lord R'hoone ! Après avoir maudit sa mauvaise étoile, il revenait à sa gaîté charmante et signait ses lettres : « Honoré, écrivain public et poète français à deux francs la page. »

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