INTRODUCTION XI
Ces travaux ne purent que le faire vivre misérablement. Il résolut de chercher dans les affaires la fortune et la brillante indépendance qu'il rêvait. Il forma en avril 1825 une société pour l'entreprise des œuvres de La Fontaine, de Molière, puis successivement des autres grands écrivains français. Il écrivit lui-même deux introductions, surveilla l'impression, et sûr du succès, ne songea pas à faire la moindre propagande. Aussi la vente, au lieu de s'élever aux centaines de mille volumes que lui faisait entrevoir son imagination grossissante, ne dépassa pas vingt exemplaires en une année.
Pour se tirer des embarras financiers où l'a mis cette fâcheuse affaire, il fonde avec un prote de ses amis, Barbier, une magnifique imprimerie, rue des Maraissaint-Germain. Il apparaît bientôt que la maison ne pourra pas tenir. Alors il y joint une fonderie de caractères. Hélas ! plus il s'obstine à créer de nouvelles entreprises, plus il creuse profond le gouffre ouvert sous ses pas. En vain, Madame de Berny, l'amie tendre et dévouée de Balzac, lui apporte une partie de sa fortune : le 16 avril 1828 s'opère la liquidation. Grâce à la famille et aux amis de Balzac, l'honneur reste sauf : mais la dette à payer est colossale. L'affaire seule de l'imprimerie a coûté 45.000 francs. Pour s'acquitter, Balzac va- se livrer à un labeur effrayant. Quand viendront les succès de gloire et d'argent, il se laissera entraîner à de nouvelles entreprises, à de folles dépenses ; et cette dette, jamais entièrement payée, sera le cauchemar de sa vie, troublera ses plus douces joies, mêlera de l'amertume à ses plus enivrants triomphes, hantera son imagination jusqu'à sa mort.
Balzac a repris la plume courageusement. Son premier chef-d'œuvre paraît en 1823, les Chouans. Jusqu'en