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Epilogue

En 1837, Emile Blondet, nommé préfet, traverse le pays en voiture.

Il prit la route où se trouvait autrefois les Aiguës, et il fit arrêter dans l'endroit où étaient

jadis les deux pavillons, voulant visiter la commune de Blangy, peuplée de si doux souvenirs pour les deux voyageurs. Le pays n'était plus reconnaissable. Les bois mystérieux, les avenues du parc, tout avait été défriché ; la campagne ressemblait à la carte d'échantillons d'un tailleur. Le paysan avait pris possession de la terre en vainqueur et en conquérant. Elle était déjà divisée en plus de mille lots, et la population avait triplé entre Gonches et Blangy. La mise en culture de ce beau parc, si soigné, si voluptueux naguère, avait dégagé le pavillon du Rendez-vous, devenu la villa il Buen-Retiro de dame Isaure Gaubertin ; c*était le seul bâtiment resté debout et qui dominait le paysage. Cette construction ressemblait à un château, tant étaient misérables les maisonnettes bâties tout alentour, comme bâtissent les paysans.

— Voilà le progrès I s'écria Emile... C'est une page du Contrat social de Jean- Jacques I Et moi, je suis attelé à la machine sociale qui fonctionne ainsi !... Mon Dieu I que deviendront les rois dans peu ? Mais que deviendront, avec cet état de choses, les nations elles-mêmes dans cinquante ans ?... (1)

(1) Ce roman, le plui pessimiste, de Balzac, finit par l'ex pression d'un profond découragement. Mais il faut corriger cette impression par d'autres plus consolantes qu'il a mises dans plusieurs de ses chefs-d'œuvre.

La cousine Bette

Les deux frères

Lisbeth Fischer — la cousine Bette — jalouse de ses parents, et le baron Hulot par sa vie de désordre, font le désespoir de leur famille. Le baron, directeur au ministère de la guerre, a détourné deux cent mille francs. Il est mandé au cabinet du maréchal Cottin, ministre de la guerre.

Le maréchal, alors âgé de soixante-dix ans, les cheveux entièrement blancs, la figure tannée comme celle des vieillards de cet âge, se recommandait par un front d'une ampleur telle, que l'imagination y voyait un champ de bataille. Sous cette coupole grise, chargée de neige, brillaient, assombris par la saillie très prononcée des deux arcades sourcillières, des yeux d'un bleu napoléonien, ordinairement tristes, pleins de pensées amères et de regrets. Ce rival de Bernadotte avait espéré se reposer sur un trône. Mais ses yeux devenaient de formidables éclairs lorsqu'un grand sentiment s'y peignait. La voix, presque toujours caverneuse, jetait alors des éclats stridents. En colère, le prince redevenait soldat, il parlait le langage du sous-lieutenant Cottin : il ne ménageait plus rien. Hulot d'Ervy aperçut ce vieux lion, les cheveux épars comme une crinière, debout à la cheminée, les sourcils contractés, le

dos appuyé au chambranle et les yeux distraits en apparence.

— Me voici à l'ordre, mon prince ! dit Hulot gracieusement et d'un air dégagé.

Le maréchal regarda fixement le directeur sans mot dire pendant tout le temps qu'il mit à venir du seuil de la porte à quelques pas de lui. Ce regard de plomb fut comme le regard de Dieu, Hulot ne le supporta pas, il baissa les yeux d'un air confus. Il sait tout, pensa-t-il.

— Votre conscience ne vous dit-elle rien ? demanda le maréchal de sa voix sourde et grave.

— Elle me dit, mon prince, que j'ai probablement tort de faire, sans vous en parler, des razzias en Algérie. A mon âge et avec mes goûts, après quarante-cinq ans de services, je suis sans fortune. Vous connaissez les principes des quatre cents élus de la France. Ces messieurs envient toutes les positions, ils ont rogné le traitement des ministres, c'est tout dire !... allez donc leur demander de l'argent pour un vieux serviteur !... Qu'attendre de gens qui payent aussi mal qu'elle l'est la magistrature ? qui donnent trente sous par jour aux ouvriers du port de Toulon, quand il y a impossibilité d'y vivre à moins de quarante sous pour une famille ? qui ne réfléchissent pas à l'atrocité des traitements d'employés à six cents, à mille et à douze cents francs dans Paris, et qui pour eux veulent nos places quand les appointements sont de quarante mille francs ?...

— Vous avez volé l'Etat, vous vous êtes mis dans le cas d'aller en cour d'assises, dit le maréchal, comme ce caissier du trésor, et vous prenez cela, monsieur, avec cette légèreté ?...

— Quelle différence, monseigneur I s'écria le

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