‹ Balzac ignoré (volume 2)Chapitre 12 sur 16 · de Baljac, par Th. (iautier. p. 13P · texte numérisé non relu

de Baljac, par Th. (iautier. p. 13P

il lui reste de Vendôme un autre camarade, également adonné aux études philosophiques, M. Berchon de Penhoën, auquel oous devons

déjà de beaux travaux sur Fichte, sur M. Ballanche, et qui i -rail

attester au besoin combien fut précocechez M. de Balzac le germe du syslémt physiologique, autour duquel voltige encore sa pensée, mais où viennent se rattacher par essaims les conceptions qui peuvent paraître isolées. De ces premières études a donc surgi une œuvre scientifique, dont nous aurions volontiers développé le but, mais que les confidents de l'auteur nous ont conseillé de tenir dans l'ombre, jusqu'au jour où il l'aura suffisamment méditée et où elle pourra sans danger se produire dans toute sou étendue.

Ses connaissances aussi variées qu'étendues transpirèrent el teignirent si vigoureusement ses premiers q :ertaines personnes, auxquelles l'auteur île la l'In, h Mariage était inconnu, attribuaient ce livre à un vieux médecin ou a quelque vieillard enfin veuf : Ainsi que nous le disions, le jour ou l'artiste a quitté l'envers de sa tapisserie pour voir le dessin de son lil et ce que produisaient ses couleurs, il s'est aperçu que, malgré lui peut-être, il développait le texte qu'il avait dans l'âme, qu'il déduisait les preuves de sa science cachée : qu'il faisait une œuvre analytique, dont il portail la synthèse en lui-même, qu'il exprimait le drame el la poésii- de son monde, avant d'en mettre au jour les . tiques1...

Nous n'entreprendrons pas la critique il m système, dit physiologique, île Balzac ; nous ne voulons que noter une des laces de celle physionomie complexe. Nous aurions, au reste, sans chercher bien loin, pu trouver facilement matière à raillerie ; mais pourquoi poursuivre à la loupe le- verrues 'lu génie, quand l'harmonie de l'œuvre qu'il a conçue n'en esl point troublée?

Balzac, on l'a ilil bien île- lui-, croyait aux sciences-occultes : il était très préoccupé île magnétisme, «le chiromancie el môme de cartomancie *■ Dans -a bibliothèq m ébène, a grands

Histoire des Œuvres de lial^ac. par. M. Lovenjoul. p. 181-190. •Th. Gautier. H. de Baljac, p. 165.

panneaux ornés de glaces, sculptée par un habile ciseau, » on remarquait toute une collection curieuse île presque tous les auteurs, qui, comme Swedenborg, dont Balzac se proclamait hautement l'admirateur passionné, uni écrit sur le mysticisme, les sciences occultes et les croyances religieuses de tous les peuples l.

Balzac alors s'était épris du magnétisme avec ce fol enthousiasme qu'il apportait à toutes choses nouvelles. Son zèle était ardent, sa foi entière, son assurance imperturbable. 11 suivait les exercicesdes magnétiseurs, étudiait leurs poses et dévorait leurs livres. « <>ui. s'écriait-il un jour en présence d'un de ses visiteurs, j'approche du but. Encore quelques efforts et je l'atteindrai. Le magnétisme n'est que I ascendant irrésistible de l'esprit sur la matière, d'une volonté forte et immuable sur une àme ouverte à toutes les impressions. Avant peu, je posséderai les secrets de cette puissance mystérieuse. Je contraindrai tous les hommes à m'obéir, toutes les femmes à m'aimer. Voyez, continuait-il en s'échanllanl de plus en plus, cette jolie personne qui baille près d'une table d'écarté... Eh bien, par la seule fascination '-' de mon regard, je la forcerai de traverser ce salon, et de venir se jeter dans mes bras :) ».

On ne parlait pas. à l'époque, de suggestion hypnotique. mais si le mot n'existait pas, Balzac est bien près d'avoir deviné la chose.

On va voir comment, il y a plus de soixante ans. dans une de ses magistrales éludes de mœurs, l'auteur de la Comédie humaine jugeait le magnétisme el l'hypnotisme, qu'on étudie aujourd'hui plus que jamais dans les hôpitaux, dans les livres

1 Baliac, parWerdet, p 330.

»« La fascination, c'est le seul mot qui convienne pour caractériser la sorte «l'influence que Balzac exerce sur ceux qui le goûtent vraiment... », écrivait naguère PaulBourget.

3 De Lovenjoul, Histoire des Œuvres de B.tl^ac. p. S'i.

et dans les journaux. On a fail I tour à d'autres écrivains,

aotan ni à .1. Claretie, dans Jean Mornas el le Roman d'un

Interne, a G. Duruy, qui a écrii Le Garde du corps, de ce qui revient légitimement à Balzac. G'esl Balzac, le premier, qui a

introduit l'hypnotisn I le magnétisme dan.s le roman : qu'on

en juge plutôt :

— « Diable !, reprit le juge d'instruction Popinot, que 'li^-iu de cela toi, docteur ? Ces faits là -<<>nl bien étranges

— « Ils pourraient être, répondit le célèbre docteur Horace Bianchon, un effet ilu pouvoir magnétique.

— ■ Tu crois donc aux bêtises de Mesmer, à son baquet, a la vue au travers des murailles ?

— « Oui, mon oncle, dit gravement le docteur. En vous entendant lire cette requête, j'y pensais. Je vous déclare que j'ai vérifié dans une autre sphère d'action plusieurs faits analogues, relativement à l'empire sans bornes qu'un homme peut acquérir sur un autre. Je -uis. contrairement à l'opinion de mes confrères, entièrement convaincu de la puissance de la volonté, considérée comme une force motrice : j'ai vu, tout compérage et charlatanisme à part, les effets de cette possession. Les actes promis au magnétiseur par Le magnétisé pendant le sommeil ont été scrupuleusement accomplis dans l'état de veille. La volonté de l'un était devenue la volonté de l'autre.

— « Toute espèce d'acte ?

— o Oui.

— (i Même criminel ?

— Même criminel.

— « Il faut que ce soit toi pour (pie je l'écoute.

— a Je vousen rendrai témoin, » dit Bianchon '.

N'est-ce pas d'un voyant ces dernières lignes qui, hier encore, étaient d'une saisissante actualité '.'

I, 'auteur .h' la Comédie humaine a refait, pour la seconde

1 II.de Balzac, Scènes de la Vie privée. — L'Interdiction étude datée de Paris, lévrier 1336.)

fois, dans le Cou&inPons, l'exposé de sa croyance au magnétisme et à la science de Lavater. Sa dissertation est une apologie des héros obscurs des sciences occultes, qu'on a malheureusement trop souvent l'occasion de confondre avec les escrocs. Quoi qu'on puisse penser de la théorie de Balzac, renouveléede celle de Mesmer, il faut reconnaître que la façon dont il l'explique est intéressante au plu- haul degré, etqu'il y a peut-être, comme nous l'avons déjà dit, quelques lumières à tirerde ses commentaires fort savants '.

Si nous ouvrons la Peau de Chagrin, nous y trouvons, dans la confession de Raphaël, les phrases suivantes :

« Toi seul admiras ma Théorie delà Volonté, ce longouvrage pour lequel j'avais appris les langues orientales, Vanatomie, la physiologie, auquel j'avais consacré la plus grande partie de mon temps, œuvre qui, si je ne me trompe, complétera les Iravaux de Mesmer, de Lavater. de Gall '-'. de Bichat :i. en ouvrant une nouvelle route à la scien» e humaine ».

Séraphita est d'un mysticisme encore plus obscur ', un u-

1 Marcel Barrière, L'Œuvre de Balzac, p. 251-252.

- Balzac écrivait a M. William Duckett, directeur de la Biographie Micliaud, la lettre suivante, de l'aris. juillet 1835 : « J'avais demandé Gall, que mes connaissances me mettraient plus a même de traiter, et qui vous aurait peut-être l'ait mon débiteur... ». Correspondance de H. de Balzac.

' Y. Balzac, par Th. Gautier, p. 114.

4 11 écrivait à .Mme llanska. de l'aris. les vendredi 1" août et lundi 4 août 1834 :

o ... Je suis un peu chagrin. Les imbéciles de l'aris me déclarent fou, sur le vu du deuxième article de Sérapliita, tandis que quelques esprits élevés me jalousent secrètement. Je suis abattu par mes travaux. Trop est trop. Voici trois jours que je suis pris par d'invincibles sommeils, qui annoncent le dernier degré de la fatigue cérébrale. Je n'ose vous dire quel effort je bus pour vous écrire -bai une plumophobie, une encrophobie, qui va jusqu'à la souffrance, J'espère néanmoins avoir terminé pour le 15 aonl ma

vit quon pourrai) dire forcée '•! malsaine. Cependant l'auteur en raffolait. C'était un beau livre, à son avis; il l'avait fait, défait, refait avec amour, el il espérait bien qu'une fois publié, il grandirait rapidement dans la faveur publique '.

Ce sera, disait-il, le livre de ceux qui aiment à se perdre dans les espaces infinis. Il \ .1 un chapitre que j'intitule le Chepour aller à Dieu, qui m'attachera pour toujours les âmes vraiment pieuses

Ces) à croire que les auteurs préfèrent, de tous leurs ouvrages, ceux qui son) le |iln> défectueux, semblables en cela aux mères, qui entourent d'une affection plus vive les enfants disgraciés par la nature.

fous ceux qui "ni lu les œuvres de Balzac, tous ceux surtout qui "lit été impressionnés par son /.nu/s Lambert et sa Seraphi ta, savent combien le grand évocateur croyait à la mystérieuse action de la pensée, exerçant ses effets malgré l'éloignenii'iit el l'espace. Au point de vue scientifique, la suggestion <-\

le magnétisme trouvèrent en lui I le leurs premiers adeptes.

S ' prescience devança, sur ce point comme sur tant d'autres, non seulement ses contemporains immédiats, mais encore leurs successeurs. <hi peut donc imaginer de quelle émotion il fut saisi en présence de l'envoi, anonyme naturellement, fait par \l Hanska, d'une Imitation de Jésus-Christ, reliée en maroquin vert, qui, dû f I de l'I kraine sans doute, ou peut-être de

Vienne, vinl tomber entre ses main-. .1 l'heure mém l'idée

du Médecin de campagne commençail à prendre corps sous sa

troisième livraison des Etudes .'<■ moeurs. Elle m'aura beaucoup coiUé Vussi ai-Je peur de quelque lourdeur dans l Is la conception.

Voua en Jugerez Revue Je Paris, janvier-févi

1 Revue Britannique, I-

plume. Celte rencontre de deux pensées qui, aune telle distance l'une de l'autre, se portaient en même temps, pour chacune d'elles, sur les côtésles plus élevés de l'àme, frappa de plus en |>ln> Balzac el augmenta encore son désir de connaître son insaisissable correspondante '.

■• Le vice et le génie, ;i dit Balzac, produisent des effets semblables. Le génie n'est-il pas un constant excès qui dévore le temps, l'argent, le corps, el qui mène à l'hôpital plus rapidement que les passions mauvaises? » C'est le développement de cette profonde el amère pensée que contient la Recherche de Vàbsolu. Balthazar Claés est un chimiste, élèvede Lavoisicr, qui) sur lr> inspirations d'un officier polonais, Adam de Wierzcho-^ winiir. cherche à prouver par l'analyse chimique l'unité de composition de la matière. La découverte de cette loi, simplement pressentie par la chimie moderne et à laquelle le savant donne le nom d' « absolu », doil faire la fortune et la gloire de son auteur. Aussi Claes sacrifie-t-il sans hésitation à l'entreprise de travaux ruineux ses devoirs d'époux, de père, d'homme privé enfin, espérant que les résultats de ses recherches lui permettront de réparer, dans un avenir qu'il croit toujours proche, les funestes conséquences de la conduite que lui impose -<>n goût déréglé pour la chimie.

I tans la Recherche de l'absolu. Balzac profitede son sujet pour s étendre complaisamment sur l'étude des probabilités que donne I analyse chimique, à propos de l'origine et de la constitution de la matière.

! \ icomte de Lovenjoul, Un Roman d'amour, p. 45-Jù.

Pour Balzac c|ui fail parler ici Balthazar Claès . [pscinquanlc

trois corps, jusqu'à présenl reconnus simples, qui for ni la

matière des mondes, Onl un principe i raun, modilié fadis par

l'action d'une puissance inconnue aujourd'hui, mais que le gé nie humain doit fail revi\ re.

Il croit, par exemple, que l'azote esl déc posable, el que les

progrès incessants de la chimie réduironl de |>lu> en pi 1 1 -- le nombre 'les corps simples, métaux nu métalloïdes, au lieu de L'augmenter

A ceuxque surprendraienl la sûreté el la précision des détails fournis par Balzac dans ce roman, nous apprendrons que, outre Berzélius, donl il avait lu el médité l'œuvre savante, il étail allé documenter», comme on ilil aujourd'hui, auprès de personnes compétentes '-'. Il avail notamment demandé des rensei gnements a Erncsl Laugier, un chimiste distingué de l'époque el à un autre membre de l'Institut donl le nom ne nous esl pas parvenu 3.

La Recherche de l'absolu lui coûta beaucoup de travail et il

1 M. Barrière. L'Œuvre de Balzac, p. 109-410

Il étail sérieux dans toutes ses pensi es il 11 ne faul pas s'imagl comme on l'a fait, que tontes ces sciences auxquelles il a touché rus pour lui aussi vile oubliées qu'apprises. Quand il savait, il ne savait pas superficiellement ; quand il ignorait, il avouait naïvement sou ignorance. Aussi, lorsqu'il avail à traiter certains sujets qu'il n'avait pu approfondir, allait-il consulter les gens spéciaux, à qui il rendait h alternent la pari qu'ils avalent dans quelques-unes uvres Balzac, par M"' Sur-

ville, p. 170-171

Il écrivait à M • ll.mska, en 1834:

Sa1 - ; pouvez-\ i •' qu'un éditeur m. mis i ause de souf

es en lançant mal dans le monde un livre qui nous coûte cenl nuits,

lonime la Recherche de l'Absolu'. Deux membres de l'Académie 'les sclenr n'ont appris la chimie pour laisser le livre vrai scientifiquement. IN m'ont fait remanier mes épreuves Jusqu'à <ti\ à douze fo arrêt

pondance de Balzac,

dut, quand il l'eut terminé, aller se reposer quelques jours à la campagne ', afin de ne pas succomber2 à la tâche.

Nous avons touché plus liaul quelques mots de 1 opinion que Balzac professait à l'égard du magnétisme ; nous allons y revenu' et nous compléter, cl le sujet sera loin d'être épuisé.

Balzac s'était demandé commenl on pouvait expliquer l'expérience de la transmission de la pensée d'un cerveau à un autre, sans gestes ni paroles, si on n'admet pas que la pensée est un fluide transmissible par la volonté. Cette mystérieuse action de la pensée se t'ait plus facilement quand le sujet magnétisé est endormi : Pourquoi ? se di1 Balzac. Est-cequej pendant le sommeil, l'esprit peu! quitter le corps mieux que pendant la veille ? Mais cela n'atleste-t-il pas je ne sais quelle faculté locomotive de la pensée, ou des effets équivalents à ceux de la Locomotion? Le sommeil, le rêve, accusent, aussi bien que la l'acuité de voui

1 II écrit à M"° Hanska, à Vienne :

Paris, samedi 18 et dimanche 19 octobre 1834

« Madame, « Je suis allé passer quinze jours à Sache, en Touraine. Après l'Absolu, M. Nacquart m'a trouvé si abattu, que, ne voulant pas, suivant sa louangeuse expression, que je meure sur le dernier gradin, il m'a ordonné L'air natal, en m'enjoignant de ne rien écrire, ne rien lire, ne rien faire et ne penser à rien... si je pouvais, m'a-t-il dit en riant. Je suis allé eu Touraine, mais j'y ai travaillé... »

- Dans une lettre à Mme Hanska (11 août 1834), nous relevons :

«...La Recherche de l'Absolu me tue. C'est un immense sujet, le plus beau

livre que je puisse faire, disent aucuns. Hélas! je ne puis pas en être

quitte avant le20 de ce mois, dans neuf jours. Après, j'étends mes ailes et

je prends vingt jours de congé, car ma tête ne supporterait pas une idée ».

Du même à la même :

Mardi, 20 août 1834.

«... Aujourd'hui, j'ai tini la Recherche de l'Absolu. Fasse le Ciel que ce livre soit bon et beau ! Je ne puis pas le juger ; je ^uis trop las de travail, trop épuisé parles fatigues de la conception... »

intérieurement, qui constitue l'imagination et le sou venir, la double \ ic de l'homme eJ Lu aature de la pensée

Ailleurs, Balzac relate un rail assez curieux pourôtre rapporte?

ici : un individu, spécialemenl d ■. prie le premier venu de lui

donner mentalementun ordre ou de désirer que tel acte bien défini

-"il arc pli. Aussitôt, lesujet qui doitexécuter l'ordreou faire

l'acte désiré, prend la main de l'homme i| 'don i <|ui désire, et, recevanl par ce simple contact la pensée d'autrui, il accompli! exaclcmcnl le fail imaginé par cette pensée. De cette expérience, Balzac conclu) que la force entière d'un homme doil avoir le pouvoir de réagir sur les autres el de les pénétrer d'une essence étrangère à la leur, s'ils ne se défendenl contre celte agression. En mi mot, la pensée, véritable force vive, peut, par an mouvement tout contractile de l'être intérieur, s'amasser, |iui-, par un autre mouvement, être projetée au dehors et même être confiée à des objets matériels '.

N'est-ce pas, Monsieur de Rochas, que vous reconnaissez là vos théories d'extériorisation de la pensée, que vous avez, à la vérité, il>'\ eloppées avec autrement d'ampleur el de uetteté que Balzac ?

Mais Balzac ne s'en est pas tenu à des considérations théoriques : il a encore recherché quelles pourraient être les applications pratiques de cette •■ force \ itale . dont il avait deviné, par nue intuition géniale, toute la puissance. Grâce à une circonstance fortuite, il lui lui donné d'assister h une véritable cure par

le magnétis t, depuis ce moment, nul ne se montra adepte

|ilu> convaincu dés doctrines mesmériennes.

Il avait été lui-môme témoin oculaire d'un miracle, qui avai! eu pour objel sa propre mère; il racontai! la chose à qui voulait l'entendre.

■ Marcel Barrière, L'Œuvre de Raljac, \> <Sâ-48fi

Vers 1821, tout Paris s'occupail d'une personnalité étrange, in\ stérieuse, brusquement apparue au milieu du scepticisme et de l'indifférence générales, pour renouveler les miracles des premiers apôtres. Le prince de Hohenlohe-Waldenbourg-Schillingfurst, chanoine du Gr. Varadin, évêque de Sardica, vint à Paris pini-la première l'ois en 1821, et y lil des séjours successifs jusqu'en 1829. Il obtenait la guérison «les maladies les plus graves au moyen de prières cl par la simple imposition des mains. Cette imposition même n'était pas toujours nécessaire : lorsque les malades étaient éloignés, il suffisait qu'ils communiassent avec lui, eu priant aux mêmes jours et aux mêmes heures.

Ce prélat n'acceptait jamais de présents pour lui-même, mais lorsque le malade était riche.il lui fixait la somme qu'il aurait à donner aux hôpitaux après sa complète guérison. La vicascétique du prince, sun désintéressement, le nombre vraiment extraordinaire de guérisons miraculeuses obtenues par lui, sous les yeux d'un monde incrédule, le rendirent bien vite célèbre: il ne pouvait suffire aux sollicitations qui pleuvaient chez lui de tous ci'dés.

Or, il advint que. pendant un des séjours de l'évêque à Paris, M"1' Balzac s'y trouva, en compagnie de sun lils Honoré. La vieille dame souffrait depuis Longtemps d'une singulière maladie : elle aimait passionnément les fruits crûs, mais toutes les luis qu'il lui arrivait d'en manger, le ventre lui enflait énormément (c'est l'expression même de Balzac).

Tous les traitements médicaux avaient échoué contre cette gênante infirmité. Mil par la curiosité, plus que par l'espoir d'une guérison, Balzac se décida à se mettre en rapport avec le prince Hohenlohe et eut bientôt l'ail la complète du saint homme '.

1 Balzac écrivait à M. le sérierai baron de Pommèrent, à Fougères (Illeet-Vilaine) :

Versailles, 1828.

« Vous pourriez certifier ;'i Mme de Pommeroul que mon homme aux

Il l'amena chez M Balzac. Le prélat luidil : « Madame, croyez- \ ous en Dieu ?

— I Mu. prince.

— Croyez-vous qu'il ;iit la puissance de vous guérir ?

— Oui, certainement.

— Kh bien, j'espère que vous serez guérie '. ■

Et alors il lui imposa les deux mains sur le ventre. Depuis lors .M"" Balzac mangea des Fruits crusà sa Fantaisie, c'est-à-dire beaucoup, el jamais plus elle n'eut d'enflure au ventre '.

On pense combien une imagination prompte a s'échauffer, c me l'était celle de Balzac, pril aisément feu. Son enthousiasme ne connut bientôt plus de bornes, et de ce jour, il s'insti tua magnétiseur consultant '-'.

A M"1 Z. Carraud, qui lui avait annoncé la maladie de son en Fant, il n'hésite pas à conseiller... le magnétisme.

Les oaux dp Vichy pour votre cher enfant me semblent bonnes mais attendez l'effet de Frapesle. En tout cas. songez au magnétisme. Ma sœur a été guérie de la même maladie qu'a Mme Nivet, par un traitement magnétique, par la simple action répétée, deux heures tous

miracles en vient de faire de tels que je suis resté, à mon arrivée, confondu, et si on me donnait votre demoiselle malade, après sa guérison radicale je n'attendrais pas huit jouis Au surplus, il lui vient maintenant des incurables des quatre bouts delà France... i Balzac en Bretagne, p, 41-42.

1 Balzac en Bretagne, par R. du Pontavicc de Heussey, p. 30-32. -' Extrait d'une lettre de Balzac à M"" Hanska :

i... Voici des pages tristes : J'ai quelque espérance, Mme de B. a une si riche constitution ! mais l'âge me fait trembler : un cœur si jeune dans un corps de soixante ans bientôt. C'est un contraste violent. Klle a des Inflammations affreuses entre le cœur el les poumons: ma main, quand je la magnétisais, augmentait l'inflammation 11 a fallu renoncera ce moyen de guérison, car, je vous l'ai écrit, j'ai pu, 'lans les derniers Jours de juillet y aller passer dix jours, i Correspondance de H, de BalfM.

les jours, de ma mère. C'est un fait irrécusable. Magnétisez donc Ivan... '

Quelques mois plus tard, il recommande encore à la même correspondante sa médication de choix, le magnétisme :

Je vous réponds sur-le-champ, sous le coup des émotions que m'a

causées votre lettre. Eh quoi ! vous souffrez ! songez bien à moi, au magnétisme, qui n'est pas une illusion. Je ferais cent lieues pour venir vous ôter nue douleur de deux jours ! a

L'année suivante (1834), il se proposera lui-même à Madame Hanska comme médecin magnétiseur. Nous aurions mauvaise grâce à commenter un document, dont la reproduction seule esl par elle-même si suggestive :

A Madame de (lanska. à Florence.

Paris, lundi 28 avril 1834.

« ... Ce que vous m'avez dit de votre saule, de celle de M. Hanski, m'a fait sauter sur ma chaise. Madame, au nom du sentiment et de l'affection sincère que je vous porte, je vous en supplie, quand vous mi M. de Hanski, ou votre Anna, seront malades, écrivez-moi. Ne vous moquez pas de ce que je vais vous dire. A Issoudun, des faits tout récents m'ont prouvé que je possède un bien grand pouvoir magnétique, et que, soit par une somnambule, soit par moi-même, je puis guérir les personnes qui me sont chères. Ainsi donc, ayez recours à moi. .le quitterai tout pour aller à vous. Je me consacrerai avec la pieuse chaleur d'un dévouement vrai, aux soins que veulent les souffrances, et je pourrai vous donner d'irrécusables preuves de cette puissance inouïe. Ainsi, mettez-moi bien à même de savoir comment vous allez. Ne me trompez pas et ne niez pas3. »

1 Lettre du 2<> mai 1833.

- Lettre du 2 août 1833.

3 Correspondance de Balzac.

Mais on in' conseille pas avec tanl d'insistance une médi tion, sans être soi-même convaincu de son efficacité. Quand les médecins y ont perdu leur latin, ne rcste-t-il pas la ressource du magnétisme ? Balzac n'hésite pas à répondre affirmativement, même quand il esl le -~ 1 1 j < • l mis en cause :

A propos, ma douleur au côté persiste : mais j'ai si grand'peur des sangsues, du cataplasme el >1 être entravé de manière à ne plus

pouvoir achever ce que je tiens, que j aj 'ne... Si cela devenait trop

tort, imiis nous verrions, moi el le D1 Nacquart, ou le magnétisme '.

C'est toujours à M" Hanska que Balzac mande, à la veille de partir pour l'Italie :

Je pourrai rester de huit a ili\ jours a Rome sans faire tort a mes affaires, car, somnambules >i médecins, tous sont unanimes pour me supplier d'opposer un mois de distraction à un mois de travail -'.

Sa foi dans les efFets curatifc du somnambulisme étail si sincère, qu'en 1832, au momenl de la terrible épidémie de choléra, Balzac écrivii à un médecin, le Dr Chapelain, pour lui proposer d'essayer cette bizarre médication contre le terrible fléau ! Bien que cette lettre ligure dans la dernière édition de la correspondance du romancier, elle trouve trop naturellemenl sa place dans une étude sur Balzac occultiste, pour que nous l'omettions.

Monsieur l Ihapelain, médecin,

21, rue Poissonnière, Paris.

Monsieur, la puissance «lu somnambulisme m'attire. Comment n'aves-vous pas cherché quelque somnambule bien lucide pour la mettre au* prises avec les causes 'lu ûéau; la science '-si intéressée a cela. Ce

1 Un Roman d'amour, par M. de Lovenjoul, p 87. -' Taine, loc. cit. [Nouveaux Kssais, p. tJfi

serait notre honneur éternel. Si je n'étais pas depuis huit jours au lit, et dans un état qui ne me permet pas de sortir, j'aurais, moi, théoricien, descendu ou plutôt monté aux honneurs de la pratique, cherché une somnambule et tâché de me convaincre du néant ou de la puissance de notre découverte, afin de savoir si elle est bornée ou infinie.

Excusez-moi, Monsieur, mais pardonnez à ma curiosité cette lettre, et attribuez-la au désir que j'ai de savoir si nous ne nous abusons pas nous-mêmes.

Agréez, etc.

De Balzac, 1, nie Cassini.

Après une telle épître, ne trouvez-voifs pas qu'il serait superflu, presque malséant, de formuler îles conclusions ?

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