LA MANIE \MI'.I LATOIRE DE BALZ KC
C'est le hasard des circonstances, aous l'avons dit, (|iii lil naître à Tours, le 1" prairial an VII de la République 20 mai ITii'.t . relui qui devait illustrer le nom de Balzac.
Ainsi que t'indiquent les lettres .V IV K. nourri par étrangère . inscrites en marge sur le registre de l'état civil, l'enfant lui confié, aussitôt après sa naissance, auN -<>ins d'une noun icc mercenaire '. qui le garda jusqu'à l'âge de quatre ans.
Le jeune Honoré, sorti des main- de -a nourrice et rentré dans la maison paternelle, fréquenta de bonne heure l'extcrnal Leguay, considéré alors comme la meilleure mai-un d'éducation de la ville : il s li i ! envoyé jusqu'à l'âge de sept an-.
lui quittant la pension Leguay, il lui conduit au collège de Vendôme, dirigé par les Oratoriens, et Fort célèbre à cette époque '-'. Il cuira à ce collège le 22 juin iSi iT :|.
Balzac nous a donné île précieuses indications sur ses premières années dans son roman de Louis lambert Louis Lamberl ci lui m' font qu'un : c'est Balzac en deux personnes '. <lil sa sa'ur .
1 Madame Siirville nous en donne la raison : sa mère avait perdu sua premier enfant on voulant l'allaiter,
1 Statue de Balzac a Tours, par le D' Fournies, p. 2.">. Y. pour le- détails, là brochure sur Le Collège de Vendôme de i S i 3 à r.si.s (Extrait des Mémoires de M Edouard de Vasson . publiée par M. Derouln, Secrétaire généra] île l'Assistance Publique, et non mise dan- le commerce. Nous en avons en communication, grâce •> l'obligeance empressée de son auteur. C'est notre distingué confrère, M Lucien Descaves, qui nous avait signalé l'existence de l'opuscule.
ou lit dans le registre d'entrée : « Honoré llal^ac, âgé de buil ans et cinq mois, a eu la petite vérole, sans infirmités ; caractère sanguin, s'ériiauiïaut facilement, e-i sujet a quelques lièvres de chaleur. Entré au pensionnat le 22 juin 1807. S'adressera M Balzac, son père, a 'l'ours. % Edmond Biré, Honoré de Balzac, p
* « Le souvenir de ci- temps lui inspira la pri mière parie1 'lu livre di
Nous ne saurions donc mieux faire que de nous en référer à Balzac lui-même, pour avoir les informations les plus complètes cl les plu- sûres sur l'éducation, la discipline, le régime d'études et l'hygiène particulière, qui étaienl appliquées dans l'institution où l'auteur de Louis Lambert passa ses années d'enfance.
Pendant le premier mois de son séjour a Vendôme, Louis Lambert ' est-à-dire Balzac! devint la proie d'une maladie, dont les symptômes lurent imperceptibles à l'œil de nos surveillants, et qui gêna nécessairement l'exercice (lèses liantes facultés. Accoutume au grand air, à l'indépendance d'une éducation laissée au hasard, caresse par les tendres soins d'un vieillard qui le chérissait, habitue à penser sous le soleil, il lui l'ut bien difficile de se pliera la règle du collège, de marcher dans le rang, de vivre entre les quatre murs d'une Salle ou quatre-vingts jeunes gens étaient silencieux, assis sur un banc de bois, devant son pupitre. Ses sens possédaient une exquise délicatesse, il tou( souffrit chez lui de cette vie en commun.
Les exhalaisons par Lesquelles l'air était corrompu, mêlées à la senleur d'une classe toujours sale cl encombrée des débris de nos déjeuners ou de nos goûters, affectèrent son odorat : ce sens qui, plus directement en rapport que les autres avec le système cérébral, doit causer par ses altérations d'invisibles ébranlements aux organes de la pensée... Outre ces causes de corruption atmosphérique* il se trouvait dans nos salles d'étude des baraques où chacun niellait sou butin, les pigeonSi lues pour los jours de fête, ou les mets dérobés au réfectoire. Enfin nos salles contenaient encore une pierre immense' ou restaient eu tout temps deux seaux pleins d'eau, espèoG d'abreuvoir ou nous allions chaque malin nous débarbouiller le visage el nous laver les mains à tour de rôle en présence du maître. Delà, nous passions a une table où des femmes nous peignaient et nous poudraient. Nettoyé une seule fois par jour, avant notre réveil, notre local demeurait toujours malpropre. Luis, malgré le nombre des ie-
I.oitts Lambert. Dans cette première partie, Louis Lambert et lui ne l'ont iru 'un, c'est Balzac en deux personnes, La vie de collège, les petits événements île ses jours, ce qu'il y sonll'ril et y pensa, ton! est vrai. ' Balfac,
par Madame Surville, p. 20,
oèlres ei la hauteur de la porte, l sir y était incessamment n i «- i« • par les émanations du lavoir, par la peignerie, par La baraque, par les mille indastries de chaque écolier, sans compter dos quatre vingts corps entassés. Cette espèce d'humus collégial, mêlé Bans c — s 6 la boue que noua rapportions des cours, formai! un fumier d'une insupportable puanteur.. .
La privation de l'air par et parfumé dos campagne* dans lequel il avait jusqn alors vécu, Le changement de ses babitudes, la discipline, toul contrista Lambert..
Aux difficultés morales que Lamberl éprouvait à s'acclimater dans le collège se joignit encore ud apprentissage non moins rade et par lequel nous avions passé tous, celui des douleurs corporelles qui pour nous variaient a l'infini. < 'In/ les enfants, la délicatesse de Cépiderme exige des seins minutieux, surtout en biver où... ils quittent la jrlaciale atmosphère d'une cour I»on> •> i -,. • pour la chaude température des classes. Aussi, faute des attentions maternelles qui manquaient aux Petits >-t aux Minimes, étaient-ils dévorés d'engelures et de crevasses si douloureuses, que ces maux nécessitaient pendant Le déjeuner un pansement particulier, mais très imparfait à 'anse du grand nombrede mains, de pieds, de talons endolori»
- n teint de femme, la peau de ses oreilles, ses lèvres se gerçaient au moindre froid. Ses main-, -i molles, si blanches, devenaient rouges et Lnrgides. 11 s'enrhumait constamment. Louis fut dune enveloppé de souffrances jusqu'à ce qu'il eût accoutumé sa \ i.' aux mœurs vendômoises..
Que 1 "ii considère Louis Lamberl comme un personnage liilil. mu que l'on admette son existence réelle, il esl évidenl qae l'histoire de sa douloureuse enfance esl faite des souvenirs de la propre enfance de Balzac, et que celui-ci a mis, dans ces récits profondément navrants, tous les ressentiments de -un âme blessée, de son corps torturé par la claustration ei les pénii mees, de - sspril opprimé par la routine de la pédagogie '.
1 Julien Lemer, Balzac, |>. 25.
1 Baljac, par Madame Surville, p. 20-21.
- i tpuscule du D' Fournier, p. il, auquel nous empruntons la plupart des détails qui vont suivre.
Balzac avait quatorze ans Lorsque, sur l'invitation du directeur du collège, M. Mareschal-Duplessis, sa mère alla le cherchera Vendôme pour le ramener dans sa famille. Il était atteint, nous dit ~a sœur, d'une sorte de coma, que ses maîtres ne pouvaient attribuer à la fatigue cérébrale d'un écolier qu'ils avaient toujours noté comme un élève incapable du moindre effort.
Balzac, plus clairvoyant que ses maîtres, avait bien deviné la véritable cause de cet état maladif, et quand il fera plus tard un retour sur le passé, il écrira avec beaucoup de clairvoyance qu'il fut atteint, à cette époque, d'une sorte de congestion d'idées. produite par l'excès de lecture auquel il s'était livré.
A s'en rapporter au portrait que nous a laissé de son frère Madame Surville, le diagnostic de Balzac devait èlre exact. « Devenu maigre et chétif, écrit ce témoin de la vie du romancier. Honoré ressemblait à ces somnambules qui dorment les yeux ouverts : il n'entendait pas la plupart des questions qu'on lui adressait et ne savait que répondre quand on lui demandait brusquement : " À quoi pensez-vous ? Où êtes-vous ? »
d Cet état surprenant, dont plus tard il se rendit compte, provenait d'une espèce de congestion d'idées pour répéter ses expressions : il avail lu, à l'insu de ses professeurs, une grande partie de la riche bibliothèque du collège '. »
Le jeune Balzac était victime de ce que nous avons nommé depuis le surmenage cérébral.
Balzac était resté sept ans au collège de Vendôme. 11 l'avait quitté dans le cours de sa seconde, : peu de temps après, il entrait comme externe au collège de Toi M. Chrétien ; il v redoubla sa troisième2.
\ la (in de 181 I. M. Balzac père élait appelé à Parisà la direction des vivres de la première division militaire. Honoré l'avail accompagné. Il acheva ses études chez M. Lepitre, rue Sainl- Louis, "ù il retrouva SauteLet, son ancien condisciple du collège de Vendôme : e( chez MM. Sganzer et Beuzelin, rue de Thorigny, au Marais, <>ù demeurai! sa famille.
Il ne montra pas plus d'aptitudes dans ces deux institutions
H I ; * 11— les précédentes et il termina ainsi se- classes en 1816;
il avait alors dix-sept ans et demi,
Son père exigea qu'il lit son droil el que, pcndanl les trois années de ses cours, il restât successivement attaché à l'étude d'un avoué ii à celle d'un notaire. L'avoué choisi lui M Guillonnet- Merville1, que Scribe venait de quitter : Balzac \ passa dix-huit mois; puis il lui admis chez M' Passez, notaire, où il lit un stage d'égale durée. A vingl et un .-in- 1820 . il avail terminé -nu droit ri passé ses examens.
Le moment était venu pour Honoré de penser à son avenir et de choisir une carrière. Son père, qui rêvait pour lui la suc cession du notaire Passez, avec lequel il s'était au préalable entendu, se décida à lui communiquer son projet. La stupéfaction ilu fils lui grande à cette révélation : Honoré déclara liuit net que -a vocation le portait 'lu côté «les lettres, ^près une vive discussion, cl malgré toutes les observations il'1 ses parents, il demeura inébranlable dans sa détermination. En présence de l'invincible obstination d'Honoré, il lut convenu de part el d'autre qu'il serait laissé seul à Paris ri que deux années seulement lui seraient accordées pour faire H ses essais H ses preuves dans son nouveau métier de littérateur.
1 C'est .i M Guillonnet-Mervillo que Balzac dédia Un Episode sous la Terreur.
On lui loua une mansarde ' rue Lesdiguières, 9, près de I Arsenal ■'. ei on lui accorda une pension suffisante peine aux plus slriil- besoins, dan- l'espoir qu'un peu de cache enrayée le rendrait plus sage3-.
La chambre qu'il occupait élail 1res exposée aux courants d'air, el il y fut souvent en butte aux maux de dents et aux fluxions4* Il contait ses peines à sa sieur, mais il refusait de se soigner, prétendant que « les loups n'ayant jamais recours aux dentistes, les hommes devaient être comme le- loups"' >..
« Fais-les arracher •>. lui conseillait sa sœur ; ce à quoi le grand frère répliquait : « Fais arracher ! que diable ! on lient à ses dents, el il tant mordre, d'ailleurs, quelquefois, dans mon étal, quand ce ne sérail qu'au travail ! B ».
Le -('jour de la mansarde" où il habitait depuis quinze mois. l'avait tellement amaigri que sa mère ne voulut pas qu'il \ restât plus longtemps, et elle le reprit auprès d'elle pour lui donner les soins dont il avait besoin8.
I « La nouvelle de Facino Cane, datée de Paris, mars 1836, et dédiée à I. miise », contient quelques indications précieuses sur l'existence que
menait dans ce nid aérien le jeune aspirant à la gloire. » Balzac, par Théophile Gautier, p. 34.
- La maison a disparu dans le tracé du Boulevard Henri IV. (V. Renie indépendante, 18S4, p. 505.)
3 Dr Fournier, op. cit.
' h Je ne t'ai pas dit qu'avec l'incendie j'ai eu aussi d'affreuses rages de dents. Elles ont été suivies d'une lluxion qui me rend présentement hideux. » Correspondance de Balzac avec sa sieur.
II souffrait encore des dents sur la lin de sa vie ; le 9 janvier 1849, il arrivait a Madame Surville, de Vierzchownia :
« Hélas ! ma chère sœur, mes deux dents de devant, celles d'en bas, sont tout à fait perdues. L'une est tombée comme un fruit mur, et l'autre sera tombée quand tu recevras cette lettre ; ainsi, nous ne pourrons plus nous mordre dans nos grandes petites querelles. »
;; De Mirecourt, Balzac, p. 56.
6 Balzac, par Madame Surville, p. 48.
' Cf. l'ouvrage très documenté de M. Ed. Pire sur H. de Balzac, p. 99.
6 Statue de Balzac, par le D' Fournier, p. 29.
On était en 1823: Balzac avail alors près de vingt-cinq ans. Ici ->' place le commencement des désastres qui décidèrent des malheurs de sa \ ie .
Las d'attendre que la renommée lui vienne '. Balzac entreprend non |iln~ d'écrire des livres, mais de les vendre. Il ne semble |>;i> que cette tentative industrielle l'ail enrichi, bien au contraire.
Il avait trouvé l'occasion d'acheter avantageusement une im-
primerie, r les Marais-Saint-Germain. nc 17-: il s'adjoignil
un associé, el lil consentir son père 8 lui remettre les fonds nécessaires à son commerce ;.
Balzac, malgré les espérances d'une prospérité prévue, fut bientôt obligé de vendre à vil |>ii\ son matériel, et d'abandonner ainsi 1827 une spéculation cpii devait faire la fortune de ses successeurs ' .
En sortant de l'imprimerie, Balzac retrouva sa chambre, rue de Tournon, 2 : la maison existe encore 'au coin de la rue Saint- Sulpice *. Il resta là jusqu'en 1829.
1 « Suivent cinq années, passées dans la famille à VUleparisls Seine -el Marne) et, temporairement a Paris, rue du Roi-Doré, probablement : petite rue qui va de la rue de Turenne à la rue Thorigny t. Revue indépendante. lOC. '-H., p. 50.
- Il établit une imprimerie, puis une fonderie de caractères, rue des Marais-8aint- Germain, aujourd'hui rue Vlsconti, ni".
La maison est restée telle quelle ; elle est encore occupée par la fonderie de caractères Debemy (mi'rae nom que le modèle de Mme de Mortsauf). Revue indépendante, loc. Cit., p
1 Opuscule du Dr Fournier, précité Y. dans Le Livre Quantin éditeur), un article de M. A.-.l Pons sur Balzac, éditeur, imprimeur et fondeur de caractères ; et l'Intermédiaire, III, 106, 137: \ 'i ' . VI 162 [X, 685, 748; X, 10, 203; XIV Î67, 5 ■: 616,1
Balzac vint habiter une petite chambre située à un étage supérieur d'une maison de la rue de Tournon. Notre ami Anatole i erfberr, l'érudil balzacien, a bien voulu nous apprendre que cette maison existe encore Elle porte le n* i , elle est place.' à l'angle des rues Saint-Sulpice et l ournon. C'est une bâtisse spacieuse, carrée massive, datant du milieu du siècle dernier ». Article de O. Perry, dans le Monde Moderne, Juin 1897. LrUcle de J. Christophe, dans la Revue indépendante.
Dans I 'automne de 18'28, Balzac s'était évadé quelque temps de Paris et était allé passer quelques mois à Fougères, chez son ami le général de Pommereul. C'esl là que furent commencés et presque terminés Les Cliouahs '. Dans une brochure, qui est d'une certaine rareté, M. du Pontavice de Heussey nous a fait connaître de curieux détails sur le séjour de Balzac en Bretagne. .Nous lui emprunterons quelques traits.
Balzac se présenta clic/. ses amis de province avec un chapeau tellement pileux qu'on lui obligé de le mener séance tenante à la boutique de l'unique chapelier de Fougères. <à-t estimable industriel se donna des peines infinies avant de découvrir un couvre-chef assez large pour abriter la boîte osseuse qui contenait la Comédie humaine ! '-'
Après un laps de cinquante-six années, la vieille baronne de Pommereul se souvenait eu cure des faits el gestes de son étrange visiteur.
Celait un petit homme avec nue grosse taille, qu'un vêtement mal rail rendait encore plus grossière; ses mains étaient magnifiques : il avait un bien vilain chapeau, mais aussitôt qu'il se découvrit tout le reste s'effaça. Je ne regardai plus que sa tête... Vous ne pouvez pas comprendre ce front et ces yeux-la. vous qui ne les avez pas vus : un grand front où il y avait un reflet de lampe et des yeux bruns remplis d'or, qui exprimaient tout avec autant de netteté que la parole. Il avait un gros nez carré, une bouche énorme, qui riait toujours malgré ses vilaines dents : il portail la moustache épaisse et ses cheveux lies longs rejetés en arrière : k cette époque, surtout quand il nous arriva, il était plutôt maigre et nous parut affamé... Il dévorait. le pauvre garçon... Enfin, que vous dirai-je ? Il y avait dans tout son ensemble, dans ses gestes, dans sa manière de parler, de se tenir, tant de bonté, tant de naïveté, tant de franchise. qu"il était impossible de le connaître sans l'aimer. Et puis, ce qu'il y avait de plus
1 Biré, livre cité, p. 108 >i>>/< .
■ Balzac en Bretagne, par M. du Pontavice de Heussey, p. 14.
extraordinaire chez lui. cetail sa perpétuelle bonne humeur, tellement exubérante qu'elle devenait contagieuse. En dépil des malheurs i|u il venait de suliir. il n'avait pas été un quarl d'heure au milieu de nous, nous ue lui avions pas encore montré sa chambre, el déjà il nous avait l'ail rire aux larmes, le général et moi'...
Balzac avait goûté auprès de ses amis il.' Bretagne un repos réconfortant ; c'esl à regret qu'il reprit le chemin de la capitale*.
Il n a lia il pas larder à quitter son domicile de la rue de Tournon | • un logis plus éloigné du centre autant pour s*e sous-
traire à des créanciers importuns3, «]<■<- pour pouvoir travailler à loisir, Balzac alla fixer -a demeure sur l'autre rive de la Seine rue Cassini, n 6, au Faubourg Saint-Jacques,
Pendant cette période de 1827 à ]s:;:;. il commença la formidable série qui devait, par la suite, comprendre plus de cent volumes. San> citer toutes les œuvres de Balzac, écloses dans cet intervalle, "n peut rappeler : Gobseck, la Grande-Brelèche, Jésus-Christ en Flandre, le Chef-d'œuvre inconnu, le Colonel Chabert, Tlllustre Gaudissart, 1rs Cent Contes drolatiques, Eugénie Grandet, Ferragus, les Employés, etc., etc.
1 lial^ac en Bretagne, p. 21-22 .
\ pria»' rentré ■> Paris, il .-.rivait a ses amis .1.- Bretagne : Bêlas ' cet embonpoint .■( cette fraîcheur, .jui me faisaient trembler de n'être plus compté parmi les amoureox et les (feus -. sentiment, ont ilisparu comme par ma^ie en trois jours passés .. Paris. Donnez-vous donc la peine d'engraisser un Parisien ' Si Mme de Pommereul me voyait. je crois qu'elle serait capable de renoncer A son surnom de lady Bourrant! » Balzac en Bretagne, p. 11-12.
3 « C'est dans cette tnébalde, a 200 mètres de la place Saint-Jacques, ou avaient lieu les exécutions capitales que Balzac oubliait ses créanciers
et .-savait de s.- faire oublier d'eux. Il prenait le plus mauvais moyen pour cela, puisqu'à .ha. pie trimestre son ie.ui el ses œuvres emplissaient Paris i, Le Parisien Je /'ans. 29 mai 1'
C'esl pendant son séjour près de l'Observatoire qu'il découvrit la pension Vauquer, et établit le type du célèbre Vautrin'.
La maison habitée par le romancier porte aujourd'hui le n° 3 : elle esl occupée actuellement ? par la communauté des Sœurs de Notre- Dame de l'Assistance, supérieure sœur Justine, sorte de déesse I.ueine, formidable et joyeuse, qui préside à des accouchements. Le logis balz.icicn a gardé toute son ancienne apparence ; c'est un pavillon discret, qui se présente perpendiculairement à la rue, un long et étroit jardin le suit3 ; au bout, une porte secrète communiquait, autrefois, avec l'Observatoire, et par cette ouverture le romancier avait, dit-on. des rapports avec les servants de la muse Uranie \
Dans Ferragus, écril en ce logis de la rue Cassini (1833), Balzac a dégagé la poésie ilu milieu.
Là, Paris n'est plus, et là, Paris est encore. Autour de ce lieu sans nom s'élèvent les Enfants-Trouvés, la Bourbe, l'hôpital Cochin, les Capucins, l'hospice La Rochefoucauld, les Sourds-Muets, l'hôpital du Val-de-Gràce, enfin tous les vices et tous les malheurs de Paris ont là leur asile ; et, pour que rien ne manquât à cette enceinte philanthropique, la science y étudie les marées et les longitudes : M. de Chateaubriand y a mis l'infirmerie Marie-Thérèse, et les Carmélites y ont fondé un couvent. Les grandes situations de la vie sont représentées
1 Le Parisien de Paris, loc. cit.
- L'article ici reproduit a été écrit en 1883.
3 o Une porte charretière donne accès dans une cour humide et peu claire, entourée de bâtiments très peu élevés, deux étages : les pièces sont vastes, carrées, sous de hauts plafonds. De l'aile gauche, où Balzac eut sua appartement, au rez-de-chaussée, je crois, on plonge par-dessus la rue Cassini, dans ■ les jardins d'un couvent, et dans ceux de l'Observatoire. De ce rez-de-chaussée, on descend, par un perron, dans un jardin assez étendu et qui se termine au fond par un pavillon. Ce jardin lit partie autrefois de celui de la Maternité, dont il n'est séparé que par un mur peu élevé » Le Parisien de Paris, loc. cit.
* Revue Indépendante, loc. Ht.
parles cloches qui 3onnenl incessamment dans ce désert, el pour la mère qui accouche, et pour l'enfanl qui nait, el pour le vice qui succombe, el pour I "U\ rier qui meurt, et pour la vierge qui prie, et pour le vieillard qui a froid, el pour le génie qui se trompe...
Pendanl ^<>\\ séjour rue Cassini, Balzac se déplaça beaucoup; uiir partie des ouvrages plus haul cités a été écrite à Saint-Firiiiiii (Oise . surla Nonette, près de Senlis, à Mal (lier s (Seine-et- Oise), près d'Ecouen, à la Bouleauniere, petite terre près de Ne ir- <■[ enfin a Sache '.
Le séjour de Balzac au château de Sache nous procure l'occasion de produire certains détails peu connus sur la manière ilcviviv de Balzac à la campagne. Nous en devons la connaissance a M. le l)' A. Fournier*.
D'ordinaire, à Sache, Balzac se levait de bonne heure et s'en allait suit par le bourg, soit à travers la campagne, s'adressant à tel ou tel, l'interrogeant et se renseignant sur ses affaires personnelles, sur celles de ses voisins ou sur celles de la commune.
Parfois Balzac se renfermait dans sa chambre el j restait plusieurs jours. C'est alors que, plongé dans une sorte d'extase, el armé d'une plume de corbeau, il écrivait nuit et jour, s'abstenant de nourriture et se contentant de décoctions de café qu il préparait lui-même '.
1 Revue Indépendante, lac. cit.
'- Op. cit.. p. 32-33.
3 C'est de Sache (1834) qu'est datée la lettre de Italzacà sa sreur, reproduite ci-dessous :
« Le temps que durait jadis l'inspiration produite par le café diminue: il ne donne plus maintenant que quinze jours d'excitation à mon cerveau; excitation fatale, car elle me cause d'horribles douleurs d'estomac. C'est au surplus le temps que Rossini lui assigne pour son compte...
« Laure, je fatiguerai tout le monde autour de moi et ne m'en étonnerai pas. Quelle existence d'auteur a été autrement ? mais j'ai la conscience de ce que Je suis et de ce que je serai
Quelle énergie ne faut-il pas pour garder sa tête saine, quand le cœur soutire autant ! Travailler nuil el |our, me voir sans cesse attaqué quand il me faudrait la tranquillité du clottre pour mes travaux ' Quand l'aurai-
La personne qui nous a renseigné ajoute que Balzac ne pouvait demeurer longtemps dans le même lieu. Ce besoin de changement était chez lui si prononcé, que souvent ni ses parents, ni ses amis ne cou naissaient sa résidence essentiellement temporaire. C'est ainsi qu'il fut impossible de le trouver, lorsqu'on l'appela pour faire son service dans la garde nationale.
C'est bien, en effet, une sorte de « manie ambulatoire», quelque peu pathologique peut-être, qui poussait Balzac à quitter un endroit pour l'autre, sans jamais se fixer ; qui lui faisait quitter Sache pour Paris, Paris pour Angoulême, etc. Encore, pour expliquer son voyage à Angoulême, avait-il le prétexte d'y aller retrouver de bons amis.
Balzac passa à Angoulême quelques semaines de la fin de juillet e| du commencement d'août 1832 ' ; il était alors fatigué « comme un galérien de plume el d'encre », l'expression es! de lui.
La cause de celte grande lassitude était l'élaboration de Louis Lambert, un ouvrage qui lui avait coûté beaucoup de recherches, et une grosse besogne préparatoire.
je ?l'aurai-je un seul jour? que dans la tombe, peut-être !.. On me rendra justice alors, je veux l'espérer !... Mes meilleures inspirations ont toujours brillé, au surplus, aux heures d'extrêmes angoisses ; elles vont donc luire encore ?
a Je m'arrête; je suis trop triste. Le Ciel devait un frère plus heureux ;'t une soeur si affectionnée. »
1 Le 2" août de cette même année, il écrivait à sa mère :
« Aix, 21 août 1838.
a Ma bonne et excellente mère.
« Ce voyage que tu m'as mis à même de faire m'était bien nécessaire, j'avais un besoin absolu de distraction. J'étais accablé de la fatigue que m'a causée Louis Lambert ; j'avais passé beaucoup de nuits et fait un tel abus de café, que j'éprouvais des douleurs d'estomac qui allaient jusqu'aux crampes. Louis Lambert est peut-être un chef-d'œuvre ; il m'a coûté cher : six semaines d'un travail obstiné à Sache et dix jours à Angoulême. Pour le coup, certains amis me prendront peut-être pour un homme de quelque valeur... »
A la snih' de celte contention d'esprit, il ressentit des douleurs de tête -i ;« ÎLi 1 1 « -~-. qu'il craignil même une attaque de folie1. Pour se remettre de ses Fatigues, il parti) pour Aix-les-Bains. Est-ce à
s «tour ou pendant qu'il était à Angoulé - qu'il alla passer
quelques jours à Limoges ? nous pencherions plutâl pour cette dernière hj pothèse.
Le premier séjour de Balzac dans la cité des porcelaines passa presque inaperçu. Il échappa a la presse hua le qui, vers le même temps, signalail le passage de George Sand, venant d'explorer les montagnes du Bas-Limousin el de l'Auvergne et se rendant à Montluçon cl à Saint-Amand, afin d'j recueillir certains détails topographiques pour la confection d'un roman. Les Béjours ultérieurs de Balzac à Limoges restèrent toul aussi ignorés du grand public8. C'est probablement dans celle ville qu'il connut le personnage, longtemps énigraatique, qui l'accompagna dans un voyage que Balzac lit en lia lie an mois d'avril I83ti Costumé en page et répondant au aom de Marcel, M"1 Caroline Marbout\ qui a signé ses productions littéraires «lu pseudonyme de Claire Brunne . intrigua tout le monde, \ compris les diplomates : certains la prirent même pour G ge Sa ml. ce dont elle
se munira très flattée.
Mais c'est a><e/ parler d'un bas-bleu obscur; rêve i- à Balzac.
1 G. Ferry, Balzac et ses amies, p. 71-72
! C'est à Angoulême qu'il écrivit ou dont il data plusieurs de ses ouvrages, entre autres Le Médecin de campagne. Y . Balzac à Limoges, par \ Kray-Fournier, p. 7.)
1 Brochure de M Fray-Fournier, p. 8. M. l'i iv-Fournier. dans sa plaquette, d'une lecture si attachante >■< si riche de faits nouveaux, a révélé de bien intéressantes particularités sur Clair.' Brunne el sur le passage de Balzac â Limoges, particularités que les biographes de 1 t.i l z;i< ■ ont, ■> notre connaissant e omis de signaler.
En quittant la rue Casaini (1834), Balzac étail allr> habiter ruo des Bataines », n° 12.
Celte rue, qui continuait la rue de Chaillot8, n'existe plus: elle est déterminée aujourd'hui par le commencement de la rue Pierre-Charron, la place et l'avenue d'Iéna, I ne seule maison, |e h 1 de la ruo Pierre-Charron, en contre-bas, indique le tract'1 de l'ancienne rue îles Batailles3.
Au linut de quelques mois, Balzac déménageait de nouveau pour échapper aux poursuites des recors. (Test alors qu'il acheta la fameuse propriété des Jardies, qu'après lui Gambetta At-\ ait rendre célèbre ,1 839
1 « La rue des Batailles, partant de la barrière, allait rejoindre la rue de Chaillot en un carrefour qui est devenu la place d'Iéna. La rue des Batailles traversait donc d'abord les terrains vagues du Trocadéro, et remontait vers Paris, selon une direction qui serait celle de l'avenue d'Iéna. Les numéros de la rue des Batailles devaient être à peu près ceux qui désignent aujourd'hui les premiers immeubles de l'avenue d'Iéna. Le numéro 12 où habita Balzac, a dû. selon les vraisemblances et les calculs, occuper l'emplacement où s'élève aujourd'hui le magnifique palais du prince Rolanr] Bonaparte. » Le Parisien de Paris, 10 octobre IS97; article de M. de Royaumont.
D'après M. G. Ferry, l'appartement habité par Balzac, rue des Batailles, lui avait été désigné par Jules Sandeau. qui aurait lui-même occupé une chambrette dans la maison. C'était un poste de domination, comme Balzac les a toujours cherchés
Gautier a décrit ainsi le logis de la rue des Batailles : « Après la mansarde de la rue de Lesdiguières, il alla habiter à Chaillot, rue des Batailles, une maison d'où l'on découvrait une vue admirable, le cours de la Seine, le Champ de Mars, l'École militaire, le dôme des Invalides, une grande portion de Paris, et plus loin les coteaux de Meudon.»
- Il écrit, à cette date 1834 . à sa sœur : « Ton mari et Sophie sont venus hier taire un détestable dîner dans ma garçonnière de Chaillot ; le procédé était d'autant plus malséant que le bon frère avait couru toute la journée pour moi voir une maison que je veux acheter. » Revue indépendante. 1S84. p. ">09.
■ Y. Lettre à Madame flanska, août 1830. in Revue de Paris, 1" mai 1899, page 80-81. a Bien des années plus tard, Gambetta, séduit par la beauté du site impressionné par le grand souvenir de Balzac, acheta les Jardies. On sait qu'il y mourut le 31 décembre 1882. Mais à l'époque où Gambetta se rendit acquéreur des Jardies, la maison primitivement construite par Bal-
Ett même temps, il avait un logis aérien dans Paris, au cinquième étage de l'ancienne maison de jeu Krascati, au coin de la rue de Richelieu etdu boalevard Montmartre,
Vers le milieu de juillet 1841, Balzac fut obligé de se défaire des Jardies à un prix bien inférieur ft celui qu'il lavait payé. Il alla alors se lixi*r à Passy, rue Basse1, n° 19, aujourd'hui rue Baynouard, n° 17, par suite du percement de la rue Delessert, Détail à ne pas omettre : le cabine) de travail donnail surin maison de santé du docteur Blanche9.
Balzac reste rue Basse jusqu'en Isit. Cette année même, au mois d'octobre, il va rejoindre a Vierzchow nia Bussie . celle qui deviendra -a femme, cette Evelina qu'il avait connue dès 1833.
Il rentre à Paris le II février 1848, assez tôt pour assister à la Révolution du 24 février. Il prend possession du petit hôtel oïl, deux ans plus tard, ildevail mourir, au n°l I delà rue Fortunée3,
tac avait été transformée, modifiée, agrandie par les propriétaires précédents ; une partie de la plantation actuelle demeure L'œuvre du romancier. " Le Monde moderne, juin 1897, p. $45.
' A cette époque, Passy était considéré comme village parisien. En dépit de sa dénomination, la rue Basse était une voie montante, mal pavée, solitaire et située dans celte partie de Passy qui regarde la Seine. Cette rue a disparu dans les transformations de ce quartier. Le financier Bol ir, autrefois directeur du journal F Epoque, a fait, dans ses Mémoires, une intéressante description île la maison occupée par Balzac à Passy. ■ Le Monde moderne, loc. cit.
1 Le pavillon qu'occupa Balzac, rue Basse, avait été habité, avant lui, par l'actrice Contai, devenue Madame de Parny.
Bn 184 3, l'hôtel de la rue Haynouard et le pavillon qui en dépendait étaient alors la propriété d'un M. Crandemain, qui habitait lui-même l'hôtel et louait le pavillon a Balzac au prix de 600 francs par an. Cette propriété appartient actuellement 1897] à la lilic de M. (irandemniu,
Madame Barbier, qui occupe le pavillon même de Balzac. (Royt t
Dans la rue Fortunée, entre le haut du faubourg Saint-Honoré el les Champs-Elysées, se dressait un pavillon, dépendance de la magnifique habitation bâtie, au siècle dernier par le financier Beaujon.
I •■ pavillon conservait des vestiges de l'architecture du XVIII* siècle ; composait d'un rez-de-chaussée à deux étages de plus, n était en touré d'un Jardinet très suffisant pour Paris.
aujourd'hui rue Balzac ' : il repart quelques mois plus tard, et no retourne en France qu'au mois de mai 1850. Depuis le 14 mars (1850), il était marié avec Madame veuve Hanska, chargée do quarante-cinq printemps8 et d'au moins autant de rhumatismes. (iinq mois après son mariage, Balzac trouvait au Père-Lachaise le repos qu'après une vie errante il avait si bien gagné!
« Balzac jugea qu'avec quelques améliorations peu coûteuses, il transformerait cette dépendance en hôtel à son usage, il se dépêcha donc de s'en rendre acquéreur
« On peut voir, au musée Carnavalet, deux portes provenant de l'hôtel Balzac et données par Mme Salomon de Rothschild, ainsi qu'un album de photographies représentant les aspects intérieurs et extérieurs de la maison de la rue Fortunée, photographies exactes, exécutées avant la démolition de la demeure du grand romancier. » Le Monde moderne, loc. cit.
1 II y a quelque temps, la Ville de Paris a fait placer rue Balzac, sur le mur qui sert de clôture à la propriété de la baronne Salomon de Rothschild, une plaque en marbre blanc, sur laquelle on lit l'inscription qui suit:
Ici s'élevait l'hôtel
oii mourut
le r S août i 8 5o
Honore de Balzac
auteur de la Comédie humaine
né à Tours
le 2o mai i ~'ig.
C'est bien en effet dans cet endroit que s'élevait le petit hôtel acheté et habité pur Balzac.
A ce propos, rectifions une erreur, une légende qui a cours dans le public. On croit généralement qu'après la mort de la veuve de l'auteur de la Comédie humaine, M"" Salomon de Rothschild, ayant acheté la propriété de Balzac, donna ordre de la démolir aussitôt, pour faire bâtir sur son emplacement le somptueux hôtel — un quasi palais — dont l'entrée et la façade se dressent aujourd'hui rue Berryer.
Eh bien, ceci n'est pas exact ; voici la vérité :
Après la guerre. M"" Salomon de Rothschild acheta au marquis de Bercy, qui en était propriétaire, une grande bâtisse du siècle dernier, appelée dans le quartier Saint-llonoré le château de Beaujon ; elle acheta aussi au peintre de marine Gudin son petit hôtel, attenant au château de Beaujon. Puis, ces constructions démolies, elle lit bâtir l'hôtel actuel, dont l'architecte fut M. Ohnet, lepère de l'auteur du Maître de Forges. (V. Le Monde moderne, juin 1897, p. 837.)
2 Madame Hanska, née le 6 janvier 1804, avait épousé, en 1818, M. W. de llanski, né lui-même en 1778, en Volhynie, dans ses terres. Elle devint veuve, pour la première fois, le 10 novembre 1817. Elle mourut le s avril 1882,