Lemer, Balzac, p
"• Léon Gozlan, Balzac en pantoufles, p. 31.
Madame Barbier se rappelle encore le> allures singulières de la maison, les fenêtres fermées nue partie des jours et Balzac travaillant aux boutfies, do minuit à 8 heures du matin, de dix heures à cinq heures du soir... et sa vie d'une sobriété légendaire donl le seul luxe étall l'abondance des fruits en toute saison. »M. de Royaumont, H.il-,ac à Passy.
tdiit i. Il était superbe de pantagruélisme végétal, sa cravate ûtee, sa chemise ouverte, son couteau à fruits à la main, riant, buvant de ['eau, tranchant dans la pulpe d'une poire de Doyenné, je voudrais ajouter et causant : niais Balzac causait peu a table. Il laissait causer, riant de loin en loin, en silence, à la manière sauvage de Bas-de- Cuir, ou bien il éclatait, comme une bombe, si le mot lui plaisait. Il le lui fallait bien salé; il ne l'était jamais trop. Alors, sa poitrine s'enflait, sis épaules dansaient sous son menton réjoui. Le franc Tourangeau remontait à la surface. Nous croyions voir Rabelais à la Manse de l'abbaye deThélème. Il se fondait de bonheur, surtout à l'explosion d'un calembour bien niais, bien stupide, inspiré par ses vins, qui étaient pourtant délicieux-'.
Comment Balzac a-t-il pu mener à bien son œuvre gigantesque ? Comment arriva-t- il à pouvoir travailler la nuit sans suc comberau sommeil ? On l'a déjà deviné : par une consommation immodérée de café. Il élail convaincu que cela lui faisait mal; il en convenait volontiers3, et néanmoins, il ne putjamais se sevrer de celle fâcheuse habitude : c'est qu'il était persuadé que le cale était, si l'on peut ainsi s'exprimer, un sécréteur d'idées.
Dans s, ,u Traité des excitants modernes ', le génial romancier a décrit, avec l'intensité d'analyse qui lui est habituelle, l'étal cérébral îles gens qui ont pi is «lu café avec excès :
Ce café, dit-il avec quelque emphase, tombe dans votre estomac.'
1 « Sa contenance à table tenait du Gargantua. Ses biographes citent un menu d'un dîner qu'il commanda chez Véry, pour lui seul. Sur cette carte figurent un cent d'huîtres d'Ostende, douze côtelettes de présalé au naturel, un caneton aux navets, une paire de perdreaux rôtis, une sole normande, sans compter les hors d'œuvre, les entremets, les fruits, entre autres les poires de Doyenné qui délitèrent à la douzaine, puis vins fins, vins renommés, café et liqueurs. C'était une noce, et cependant tout y passa sans miséricorde. >< Louis Nicolardot, Histoire de la Table, p. 4H. Gozlan, Balzac en pantoufles, p. 32.
1 V. Balzac, par Madame Surville, p. 1">7.
* Renie de Paris, avril 1852.
Ti. -s lors, loul s'agite, les idées s ébranlent, comme les bataillons de
la Qrande An sur le terrain d'une bataille et la bataille a lieu.
Les souvenirs arrivent au pas de charge, enseignes déployées ; la cavalerie légère des comparaisons se développe i>ar un magnifique galop ; l'artillerie de la logique aecourl avec sou train el ses gargousses : les traits d'espril arrivent en tirailleurs, l«'s figures se
dressent, le papier se c vre d'encre, car la lutte commence h finit
par des torrents d'eau noire, comme la bataille par sa poudre noire...
Balzac, qui se Fail avec lanl il ardeur le champion tin café, le prenait généraleroenl sans sucre el il tenait à le préparer luimême
H a donné diverses recettes |» 'faire du bon café, indiquant,
avec un soin qui allai! jusqu'à la minutie, la quantité cl la tem pérature de l'eau, la durée de cuisson, le mode de préparation. Il l'aisail valoir les avantages comparés iln café concassé à la turque, de l'infusion ou de la décoction, le conseillant, suivant les cas. à jeun ou après les repas.
Il allail lui-même acheter son cale. Il lui fallait les trois espèces de café de Minore) ' et, pour n'être pas trompé sur la qualité, il avait la précaution d'acheter les trois cafés dans trois quartiers différents2.
1 Dans Ursule Mirouet, Balzac insiste sur cette habitude de Minorel le tuteur de l'héroïne du roman : « Le docteur offrit, telle était sa grande marque d'intimité, une tasse de son café moka, mélangé de café Bourbon et de café Martinique brûlé, moulu, l'ail par lui-môme dans une cal d'argent, dite à la Chaptal C'est le portrait de Balzac par lui-même. i composait de trois sortes de grains : bourbon, martinique
et moka. Le bourbon, il l'achetait r lu Mont-Blanc (Chaussée-d'Antin);
le martinique, rue des Vieilles- \udriettes, chez un épicier de la rue de l'Université, par exemple je ne sais plus trop lequel, quoique j'aie accompagné Balzac une ou deux fois dans ses voyages à la recherche du bon café. Ce n'était pas moins d'une demi-journée de courses à travers Paris. Mais un bon café vaut cela et même davantage ». Balzac en pantoufles, par !.. Gozlnn, p. 34.
Le café était la boisson préférée de Balzac, sa liqueur favorite, après son thé toutefois.
Ce I lié, fin comme du tabac de Latakieh, jaune comme de l'or vénitien, répondait sans doute aux éloges dont Balzac le parfumait avant de vniis permettre d'y goûter : mais véritablement il fallait subir une espèce d'initiation pour jouir de ce droit de dégustation. Jamais il n'en donnait aux profanes... Aux fêles carillonnées seulement, il le sortait de la boite kamtschadale, où il était renfermé comme une relique, et il le dégageai! lentement de l'enveloppe de papier de soie, couverte de caraclères hiéroglyphiques.
Alors Balzac recommençait, toujours avec un nouveau plaisir pour bii et pour nous, l'histoire de ce fameux thé d'or. Le soleil ne le mûrissait que pour l'empereur de la Chine, disait-il ; des mandarins de première classe étaient chargés, comme par un privilège de naissance, de l'arroser et de le soigner sur sa tige. C'étaient des jeunes filles vierges qui le cueillaient avant le lever du soleil et le portaient en chantant aux pieds de l'empereur. La Chine ne produisait ce thé enchanté que dans une seule de ses provinces, et cette province sacrée n'en fournissait que quelques livres destinées à Sa Majesté Impériale et aux fils aînés de son auguste maison.
Par gràre spéciale, l'empereur de la Chine, dans ses jours de largesse, en envoyait par les caravanes quelques rares poignées à l'empereur de Russie.
C'était par le ministre de '.'autocrate que Balzac, de ministre en ambassadeur, tenait celui dont il nous favorisait à son tour.
Le dernier envoi, celui d'où procédait le thé jaune d'or, donné à Balzac par M. de liumboldt. avait failli rester en route. Il était arrosé de sang humain. Des Kirguises et des Tartares Nogaïs avaient attaqué la caravane russe à son retour, et ce n'est qu'après un combat iris long et très meurtrier qu'elle était parvenue à Moscou, sa destination. C'était, comme on le voit, une espèce de thé des Argonautes. L'histoire de l'expédition que nous abrégeons beaucoup ne finissait pas absolument là: celle de ses étonnantes propriétés y faisait suite : trop étonnantes! Si lou prend trois fois de ce thé d'or, prétendait Balzac, on devient borgne, six fois, on devient aveugle : il faut se ci insulter. Aussi, lorsque Laurent Jan se disposait à boire une tasse
de thé, digne de figurer dans les endroits les plus bleus des H
une nuits, il disait :
— Je risque on œil : servez ' :
Théophile Gautier prétend que le grand Gœthe avait trois choses en horreur; une de ces choses étail la Fumée de tabac.
Balzac, comme le Jupiter de L'Olympe poétique allemand, ne pouvait souffrir le tabac, sous quelque forme qui ce fût : il analhématisait la pipe et proscrivait le cigare*. Il n'admettait même pas le léger papclito espagnol : le narguilhé asiatique trouvait seul grâce devant lui, et encore ne le souffrait-il que comme bibelot curieux et à cause de sa couleur locale. Dans ses philippiques contre l'herbe de Nient. il n'imitait pas ce docteur qui, pendant une dissertation sur les incon vénients du tabac, ne cessait de puiser d'amples prises à une large tabatière placée près de lui : il ne fuma ja mais. Sa Théorie des excitant* contient un réquisitoire en forme à l'endroit du tabac, et nul doute que, s'il eût été sultan comme Arourath, il n'eût fait couper la tête aux fumeurs relaps et obstinés. Il réservait toutes ses prédilections pour le café, qui lui lit tant de mal et le tua peut-être, quoiqu'il fut organisé pour devenir centenaire '.
1 Balzac en pantoufles, p. 34-33.
- Il écrivait à Madame Hanska :
« Paris, lin mars 1833.
«... .le ne bois que du café. Je n'ai jamais connu l'ivresse que par un cigare, qu'Eugène Sue m'a fait fumer malgré moi, et c'est ce qui m'a donné les moyens de peindre l'ivresse aux Italiens, que vous me reprochez dans le Voyagea Java ■ Revue de Pans, ls'.'i
Dans l'étude qu'il a consacrée à Balzac p. 1T . Lamartine a écrit cette phrase : Mal/, ic avait « les dents Inégales, ébréetaées, noircies Far la fumée du cigare ». Ce n'est évidemment là qu'une supposition de la part du poète qui. au contraire de Gautier, n'avait Jamais vécu dans l'intimité de Balzac
*Bal\ac. par Th. Gautier, p. 146.
Il esl désormais1 prouvé que Balzac avait uno aversion réelle pour le tabac : à maintes reprises, (huis ses ouvrages, il a stigmatisé les Fumeurs8 et quand il estobligé, pour la vraisemblance du récit, de laisser un deses personnages s'adonnera celte habitude funeste, sa phrase brève et dédaigneuse trahit un blâme secret : « Quanta de Marsay, dit-il, il était occupée fumer ses cigares : ,. El il faut qu'il aime bien ce condottiere du dandysme pour lui permettre de fumer dan- -un œuvre3.
l'as plus que du tabac, Balzac n'abusa d'un excitant cérébral autrement actif, le haschich ou extrait de chanvre indien, C'est Gautier qui avait essayé de lui en faire prendre.
Le bon Théo amena un jour le grand romancier à l'hôtel l'imodan, et le lit participera l'une de ces séances, dont notre poète a raconté lui-même les détails dans le Club des Hachicliins et dans sa Notice sur Charles Baudelaire*. Mais la furie tète de Balzac résista au poison, el il n'éprouva point les sensations. annoncées5.
J'ai résisté au haschich, écrivait-il à Madame Hanska, le 23 décembre 184.") : du moins je n'ai éprouvé aucun des phénomènes dont on m'avait parlé. Mon cerveau est si solide, qu'il fallait, à ce qu'on m'a dit, que la dose lût plus fort'1. Néanmoins, j'ai entendu des voix célestes et j'ai vu des peintures divines, puis j'ai descendu pendant vingt ans L'escalier de Lauzun ; j'ai vu les dorures et les peintures du salon dans une splendeur féerique. Mais, ce matin, depuis mon réveil, je dors toujours el je suis sans force et sans volonté ".
' Y. Chronique médicale. 1897. p. 629.
- Y. Chronique médicale. 18(>s, p. 488. 'Balzac, par Th. (iautier. p. 147.
Notice de 1*75.
!De Lovenjoul, Autour de H. de Baljac.
"Théophile (iautier a fait le récit de cette soirée. (Voir Portraits et Souvenirs littéraires, Notice sur Baudelaire, 1875.)
Balzac s'en tint heureusement là et plus jamais no m m lui re-
c mencer I expérience : l;i première épreuve l'avait guéri de sa
Curiosité .
C'est, je crois bien, encore Gautier qui a le plus contribué à accréditer cette légende — que Balzac ne démentait pas, bien au contrain — de la chasteté de l'auteur de Béatvix.
Il ne .us prêchait, écrit Gautier, une étrange hygiène littéraire, il (allait nous cloîtrer pendant deux ou trois ans, boire de l'eau, manger des lupins détrempés comme Protogène, nous coucher à six heures du -.ou-, nous lever à minuit, et travailler jusqu'au malin... vivre surtout dans ta chasteté la plus absolue ; il insistait beaucoup mu- cette dernière recommandation, très rigoureuse pour un jeune homme de vingt-quatre ou vingt-cinq ans. Selon lui, la chasteté réelle développait au plus haut degré les puissances de l'esprit, el donnait à ceux qui la pratiquaient des facultés inconnues. Nous objections timidement que les plus grands génies ne s'étaient interdit ni l'amour, ni ta
passion, ni même le plaisir, *-i nous citions des i is illustres '. Balzuc
hochait la tête el répondait : Ils auraient fait bien autre chose sans
1rs fcinmes ! . Toute la concession qu'il put nous accorder, el e v
la regrettait-il, l'ut de voir la personne aimée une demi-heure chaque année. Il permettait les lettres : cela formait le style'.
Il esl certain que Balzac écrn il beaucoup aux femmes dans -a vie. Etait-ce seulement pour se former le style ? Mous serions plutôt disposé ii croire que ses effusions étaient comme un dériva-
1 Dans une lettre à Madame Hanska, Balzac disait, en partant de \ Hugo: ■ Il a beaucoup perdu de Bes qualités, de sa force, de sa valeur, par is vie qu'il a menée. Il a considérablement a i Revue de Paris, l" mal If
'Baljac, par Th. Gautier, p. 56-57.
lit' de son exubérance sentimentale1. Il faut pourtant rendre à Balzac cotte justice que lui. d'ordinaire si débordant, si expansif quand il s'agissait de projets littéraires ou d'idées d'affaires, fut toujours très discret sur ses amitiés féminines2. De ce côté au moins, il ne pécha point par la fatuité3.
Dans ses. lettres à Madame Hanska, ainsi que l'a t'ait remarquer avec beaucoup de pénétration d'esprit et dejugement, M. le vicomte Sp. de Lovenjoul, un point surtout est soigneusement dissimulé.
Balzac se garde de faire allusion, sans une raison majeure, aux héroïnes de ses autres aventures d'amour, dont il cache avec soin l'existence et le nombre.
Leur multiplicité ne l'empêchait nullement, d'ailleurs, de se vanter. à l'occasion, d'une fidélité sans défaillance, aussi bien — quand l'argument lui semblait opportun — que d'une chasteté pratiquée pendant plusieurs années. Mais au même moment, dans ses confidences à sa sœur, il avouait... qu'il menait uni' existence bien dilférente ! Balzac tenta l'impossible pour créer la légende, trop bien établie aujourd'hui, de ses mœurs d'anachorète. Aussi, répondit-il à chacune des nombreuses jalouses qu'il rencontra, et à toutes les jalousies qu'il éveilla sur sa route, en affirmant que sa vie était immaculée et sans tache, comme celle d'un cénobite. Il a toujours et partout, à propos de la fidélité qu'il assurait garder à ses amantes, essayé d'abuser de la crédulité de celles qui crurent conquérir son unique amour \
1 Balzac était, avant tout, un sentimental, ce qui n'exclut pas l'amour matériel. Il avait trente-trois ans quand il écrivait à une de ses habituelles correspondantes, Madame '/.. Carraud, (il venait de corriger son roman de Laïus Lambert :
« Comme une ourse, j'ai léché mon petit... En somme, je suis satisfait. C'est une œuvre de profonde mélancolie et de science. Vrai, je mérite bien d'avoir une maîtresse et tous les jours mon chagrin s'accroît de n'en point avoir, parce que l'amour, c'est ma vie et mon essence. .. a t,)ue veut-on de plus explicite ?
;Cf. dans les .Xouveaux Essais sur Balzac, de M. Paul Fiat, le chapitre : Balzac féministe.
1 <;. Ferry, Balzac et ses amies, p. 24.
• Vicomte de Lovenjoul, Un Roman d'amour, p. 62-63.
C'est ce qu'avait dit, aux termes près, la sœur de Balzac, Mu dame Surville :
Je crois qu'il aurait pu rire le plus fat delous les Inunmes. s il n'en avait pas été le plus discret.
Lui. si confiant pour lout ce qui le regardait, ne commit jamais aucune indiscrétion dans ses relations et gardait Qdëlement les secrets des autres, s'il ne savait pas garder les Biens1.
\ la lin de la notice qu'elle consacre à son frère*, Madame Surville, Imit en reconnaissant que G. Sand a rendu hommage au grand lalmit de Balzac, qui l'appelait -mi grand frère George, ajoute que l'auteur A'Indiana s'esl trompée sur un seul point, sur l'extrême sagesse qu'elle attribue à Balzac : • il ne mérite pas, ajoute-t-clle, cei éloge : hors le travail qui primail tout, il aimait cl goûtai! I « >i i - les plaisirs de ce monde. »
Voici ce que George Sand avait écril à ce propos :
Sobre à tons autres égards, il avait 1rs mœurs les plus pures : ayant toujours redoute le désordre comme l'ennemi du talent, et chéri presque toujours les femmes uniquement par le cœur on par la léte, même
ilans sa j, mi.
Il aimait la chasteté comme nue recherche et n'attaquait le sexe
que par curiosité. Quand il trouvait une curiosité égale à la -ici
il exploitait cette mine d'observations avec un cynisme de confesseur ; c'est ainsi qu'il s'exprimait -m- ce chapitre. Mais quand il rencontrait la « santé de l'esprit et du corps •, je répète sou langage, il se trouvait heureux comme un enfant, de pouvoir parler de l'amour vrai et de s élever dans les hautes régions du sentiment3.
Les amours à Heur de peau ne tentaient pas le romancier,
1 /!j/,-jf. par Madame SurVille, p. 196 191 - Baljac, par Madame Surville, toc. cit.
; Italie, par .1 lanicr, p, 1- •
mais cela ne l'empochait pas de se conduire, à l'occasion, en vrai disciple de Rabelais ' : quand on a écril les Contes drolatiques, on doil pouvoir soutenir vaillamment la lutte au jeu d'Eros.
Balzac a beau entonner des hymnes en l'honneur de la chasteté, nous avons de la méfiance2.
N'est-ce pas dans La Cousine Belleqae se trouve cet étonnant passage, véritable hbsannah à la virginité :
l'our quiconque observe le monde social, ce sera toujours un objet d'admiration que la plénitude et la rapidité îles conceptions chez les natures vierges. La virginité, comme toutes les monstruosités, a des richesses spéciales, des grandeurs absorbantes.
La vie dont les forces sont économisées a pris, chez l'individu vierge, une qualité de résistance et de durée incalculable. Le cerveau s'est enrichi dans l'ensemble de ses qualités réservées.
Lorsque des gens chastes ont besoin de leur corps ou de leur âme. qu ils recourent à l'action ou a la pensée, ils trouvent alors de l'acier dans leurs muscles, ou de la science infuse dans leur intelligence, une force diabolique, ou la magie noire de la volonté.
La virginité3, mère des grandes choses,
Magna parens rerum,
1 Y., clans le livre de M. de Lovenjoul précité, une lettre très significative de Balzac à su sœur.
' Relisez les lettres si brûlantes à Madame Hanska, notamment celles des 11 mars et 30 juillet 1834. Jamais ne lurent écrites dans notre langue d'épitres plus passionnées.
Dans un autre endroit des œuvres de Balzac, nous avons cueilli les lignes quisuivenl ; c'était décidément chez lui une idée fixe : o Appelez la vie an cerveau parités travaux intellectuels constants, la force s'y déploie^ elle en élargit les délicates membranes, elle en enrichit la pulpe ; mais elle aura si bien déserté l'entresol, que l'homme de génie y rencontrera la maladie décemment nommée frigidité par la médecine. Au rebours, passez-vous votre vie aux pieds des divans sur lesquels il y a des femmes infiniment charmantes, èles-vous intrépidement amoureux, vous devenez un vrai cordelier sans froc. L'intelligence est incapable de fonctionner dans les hautes sphères de la conception. La vraie force est entre ces deux excès. Quand on mine de front la vie intellectuelle et la vie amoureuse, l'homme de génie meurt comme sont morts Raphaël et lord -Byron... »
lient dans ses belles mains blanches la clef des mondes supérieurs
Enfin cette grandiose >■! terrible excepti nérile tous les honneurs
dont l'entoure l'Eglise catholique '.
Dans sa spirituelle, mais peut-ôlre fantaisiste biographie de Balzac -. Léon Gozlan .1 conté qu'un petit journal d'étudiants publia un jour une caricature tellemenl injurieuse pour l'auteur de la Peau de cliagrin, de qui elle travestissait outrageusement 1rs mœurs chastes el réglées, qu'il se fâcha sérieusement i't déposa au parquet <ln procureur <lu roi uni' plainte en calomnie, en m' portant partie ci> ile. Il ne sedécida à renoncer à la poursuite, que lorsqu'on lui cul fait comprendre qu'il Fallait bien se résigner à subir les inconvénients inséparables de la notoriété.
Cette indignation n'était-ellc pas un peu factice et n'avonsnous pas le droit d'en sourire, sans rire taxé d'irrespect, aujourd'hui qu'il n'es! plus permis d'ignorer que Balzac se \>rv mettait parfois nu accroc à des théories que, dans smi for intérieur, il devait être le premier à juger bien absolues?
1 Les Parents pauvres, première partie : La Cousine Bette. • lialjac clie; lui, par L. Gozlan.
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