SABLE
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vement brusque, une parole dite sur un ton trop haut, lui causaient de pénibles souffrances.
On revint à Wierzchownia en mars 1849. L'écrivain se remit entre les mains du docteur Knothé, pour le traitement de cette maladie de cœur qui offrait tous les caractères d'une hypertrophie.
Le docteur Knoth^ était établi à Wierzchownia, où son père exerçait en même temps que lui (1). C'était l'un des meilleurs élèves du fameux Franck, et Balzac paraissait avoir une absolue confiance en ses lumières.
Le praticien avait reconnu, chez son célèbre patient, outre une lésion du cœur, des points congestifs au poumon ; par surcroît, il s'était greffé sur le
étouffements à propos de tout, même d'une parole dite sur un ton trop élevé. Pourtant, ce dernier rhume tire à sa fin, et nous allons tâcher maintenant de remédier à cette atonie musculaire ; autrement, le voyage serait bien difficile. Déjà l'état où je suis m'oblige à prendre un domestique, étant, quant à moi, incapable de porter un paquet et de faire des mouvements tant soit peu violents. »
(1) Les deux docteurs Knothé ont donné leurs soins à Balzac; mais tandis que le père laissait entrevoir la guérison, le fils, « imbu de nos idées françaises », tenait son cas pour désespéré. Le traitement infligé à Balzac paraît assez singulier ; on lui faisait prendre deux fois par jour du citron pur, ce qui détermina des vomissements, qui firent renoncer à ce bizarre remède. Le docteur Knothé lui fit, plus tard, absorber une mixture (?) « quatre fois dans la journée, les jours pairs, et deux fois une poudre, les jour impairs », sur la composition desquelles nous ne sommes que très imparfaitement renseignés.
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1 de Fontenay-Sacquart),
tout une ophtalmie (1) et des accès de fièvre intermittente !
Trente-quatre jours durant, Balzac a vécu dans l'appréhension d'une fièvre cérébrale imminente ; enfin, il est guéri de cette atteinte au cerveau ; mais les remèdes employés ont retardé la guérison des poumons et du cœur, qui ont regagné en mal le terrain que le traitement leur avait fait perdre (2).
A ce moment, il n'a qu'une hantise, la crainte d'avoir la maladie dont est mort Frédéric Soulié : heureusement l'Esculape de Wierzchownia est là pour le tirer d'affaire (3).
Sur ces entrefaites, la fille de Mme Hanska contracte la rougeole ; le départ de Balzac pour la France s'en trouve retardé. Grâce à une médication énergique, le docteur Knoth^ met son malade en état d'entreprendre le long voyage qui doit le ramener des steppes de l'Ukraine aux rives de la Seine.
Le 15 mars 1850 est un jour de grande joie pour le pauvre patient : on bénissait à l'église paroissiale de Berditchef l'union de Mme de Hanska avec
(1) Dans une lettre à sa mère, du 14 septembre 1849, il se plaint d'avoir toujours « la respiration crépitante », et ajoute que ses yeux sont devenus faibles, par suite de la maladie et du mode de traitement.
(2) Cf. lettre à Mme Laure Surville (20 octobre 1849).
(3) Correspondance de Balzac, p. 416.
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M. Honoré de Balzac. En annonçant l'heureuse nouvelle à sa sœur, ce n'est pas de sa santé, pourtant bien chancelante, qu'il se préoccupe, l'infortuné grand homme, qui se sait pourtant mortellement frappé ; il n'a qu'un souci, c'est la maladie de sa femme.
Malheureusement, écrit-il à sa sœur chérie, elle est, depuis plusieurs années, atteinte d'une affection des plus douloureuses, une goutte arthritique qui travaille la lymphe, maladie dont est morte sa mère, mais qui peut encore se guérir. Les pieds et les mains enflent au point de ne pas lui permettre de remuer les doigts et de marcher. Il y a certitude de guérison à Paris, car elle y pourra faire de l'exercice — ce qui n'est pas possible ici pendant six mois de l'année — et suivre un traitement déjà prescrit par Chélius, de Heidelberg, et Hedenius, de Dresde, deux célèbres docteurs allemands.
Quant à lui, il s'apprête à rentrer en France, ayant hâte de retrouver les bons amis qui l'attendent et qu'il n'oublie pas au milieu de ses souffrances (1).
Ceux qui n'avaient pas vu Balzac depuis près de
(1) De Dresde, le 11 mai 1850, il écrivait au docteur Véron : « ...J'ai une maladie nerveuse qui s'est jetée sur les yeux et sur le cœur ; je suis dans un état affreux pour un homme nouvellement marié ; mais il y a, dans cette misérable alfaire, une compensation, c'est que je puisse me rappeler à votre bon souvenir à travers mon voyage. Mille amitiés et à bientôt ; je vous remercierai moi-même dans les Tuileries, car je ne peux pas monter plus de vingt marches, le cœur s'y oppose. J'espère que vous et le Constitutionnel, vous allez bien. » Mémoires, d'uîi Bourgeois de Paris, t. I.
deux ans qu'avait duré son absence durent le trouver considérablement changé : il n'était plus que l'ombre de lui-même ! Outre qu'il avait beaucoup maigri, son visage était d'une pâleur spectrale. Seuls, les veux avaient conservé leur vivacité.
Les deux époux étaient arrivés à Paris dans le mois de mai (1850). Ils se faisaient une fête de rentrer dans ce délicieux hôtel de la rue Fortunée (aujourd'hui rue Balzac), où le génial écrivain allait enfin jouir de la tranquillité d'esprit et de la paix du cœur que la fortune et l'amour lui assuraient désormais. Quelle désillusion l'attendait !
Et d'abord, ce fut tout un drame que l'arrivée.
« Il était tard, a conté M. de Lovenjoul (1), dans une page inoubliable, lorsque Balzac et sa femme arrivèrent en voiture devant la porte de leur logis. Cependant, à leur véritable effroi, malgré les coups de sonnette les plus retentissants, personne de l'intérieur ne se présenta pour leur ouvrir et les recevoir, lia maison, pourtant, était habitée, puisque, à travers les vitres des fenêtres, on pouvait voir toutes les pièces illuminées et ornées de fleurs. Malgré l'heure avancée et l'épuisement des voyageurs, il fallut donc chercher un serrurier et quand ils purent enfin pénétrer chez eux, un étrange spectacle s'offrit à leurs yeux : entre le départ de la mère et
li) Un Roman d'amour.