LIT D\NS LEQUEL EST MORT U. DE BALZAC
{^Bdssin à îa plume de G. Payraud)
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l'arrivée du fils, le domestique qui gardait la maison et attendait ses maîtres était devenu subitement fou !... ))
A dater de ce moment, la vie de Balzac ne sera qu'une agonie prolongée. L'amélioration passagère obtenue par le traitement du médecin russe n'avait été que de courte durée ; les suffocations étaient revenues, ainsi que la bronchite et l'engorgement hépatique.
Fatale inspiration, on conseilla au malade d'aller respirer l'air salin : il partit, avec Mme de Balzac, pour Biarritz. Une rechute, plus grave que les précédentes, le mit à deux doigts de la fin.
Le 20 juin, il écrivait à Théophile Gautier qu'il était « à l'état de momie, privé de la parole et du mouvement ». Néanmoins, il continuait à s'illusionner, bien que les remèdes n'eussent plus d'action sur son corps usé, voué à une mort prochaine.
Toutefois, de vagues pressentiments l'agitaient ; il exigea de son médecin qu'il lui fît connaître la vérité sur le temps qui lui restait à vivre.
Alors se produisit, entre l'homme de science et l'illustre écrivain, une scène profondément pathétique, dans sa simplicité tragique (1).
(1) V. le Figaro du 20 août 1883, où l'on trouvera le récit détaillé de cette entrevue, par Arsène Houssaye, Tout réel que semble être le fond du récit, la transcription en est peut-être un peu trop... ingénieuse.
Tout espoir devait être abandonné ; l'homme de science avait prononcé le suprême arrêt. Balzac avait non pas un mois, non une semaine, non une journée : quelques heures seulement lui restaient pour prendre ses dispositions.
Ce fut un effondrement ; nul doute que cette annonce brutale ait contribué à précipiter le dénouement. Il se sentit désormais condamné sans retour.
Une des dernières visites que reçut le moribond fut celle de Victor Hugo. Le poète de génie s'est improvisé, pour la circonstance, reporter ; mais quoi reportage équivaudrait à ces lignes d'une émotion si poignante (1) :
Le 18 août 1850, ma femme, qui avait été dans la journée pour voir Mme de Balzac, me dit que M. de Balzac se mourait. J'y courus...
Le 18 août, j'avais mon oncle, le général Louis Hugo, à dîner. Sitôt levé de table, je le quittai et je pris un fiacre qui me mena avenue Fortunée, n° 14, dans le quartier Beaujon... Je sonnai... La rue était déserte. On ne vint pas. Je sonnai une seconde fois. La porte s'ouvrit. Une servante m'apparut avec une chandelle.
— Que veut monsieur ? dit-elle. Elle pleurait. Je dis mon nom. Elle me fit entrer au salon qui était au rez-de-chaussée... Une autre femme vint qui pleurait aussi et qui me dit : — « Il se meurt. Madame est rentrée choz elle. Les médecins Vont abandonné depuis hier. Il a une plaie à la jambe gauche. La gangrène y est. Les médecins ne savent ce qu'ils font. Ils disaient que l'hydropisie de Monsieur
(1) V. Hugo, Choses vues, pp. 283 et suivantes.
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était une hydropisie couenneuse, une infiltration, c'est leur mot, que la peau et la chair étaient comme du lard et qu'il était impossible de lui faire la ponction.
Eh bien, le mois dernier, en se couchant, Monsieur s'est heurté à un meuble historié, la peau s'est déchirée, et toute l'eau qu'il avait dans le corps a coulé. Les médecins ont dit : Tiens ! Cela les a étonnés et depuis ce temps-là ils lui ont fait la ponction. Ils ont dit : imitons la nature. Mais il est venu un abcès à la jambe. C'est M. Roux qui Ta opéré. Hier on a levé l'appareil. La plaie, au lieu d'avoir suppuré, était rouge, sèche et brûlante. Alors ils ont dit : il est perdu ! et ne sont plus revenus. On est allé chez quatre ou cinq inutilement. Tous ont répondu : il n'y a rien à faire... »
Victor Hugo avait demandé à voir l'agonisant. Après avoir traversé un corridor, monté « un escalier couvert d'un tapis rouge et encombré d'objets d'art », il aperçoit une porte ouverte ; il entend un paiement « haut et sinistre » : il est dans la chambre de Balzac.
Un lit était au milieu de cette chambre, un lit d'acajou, ayant au pied et à la tête des traverses et des courroies, qui indiquaient un appareil de suspension destiné à mouvoir le malade. M. de Balzac était dans ce lit, la tête appuyée sur un monceau d'oreillers, auxquels on avait ajouté des coussins de damas rouge empruntés au canapé de la chambre. Il avait la face violette, presque noire, inclinée à droite, la barbe non faite, les cheveux gris et coupés courts, l'œil ouvert et fixe... Il ressemblait ainsi à l'Empereur {sic).
Une vieille femme (c'était la mère du romancier), la garde et un domestique se tenaient debout des deux côtés du lit... Une odeur insupportable s'exhalait du lit.
Ce détail est à retenir. La gangrène poursuivait son œuvre de destruction et si nous nous en tenons à la description, merveilleuse de précision, du sublime reporter qui vient de nous livrer ses impressions de visu, nous arrivons à cette conclusion : qu'un phlegmon gangreneux fut le stade ultime de l'afTection cardiaque à laquelle succombait Balzac.
C'est à ce diagnostic que s'arrête également notre distingué confrère, le docteur Arthur Galand (de Cambrai), dans une communication récente à la Revue des Hôpitaux :
Nous n'avons pas sous les yeux, écrit-il, le certificat de décès de l'auteur de la Comédie humaine ; mais, si nous nous en rapportons à la description, faite par sa servante, des symptômes objectifs de la maladie à laquelle succomb son maître, nous sommes tentés de conclure que Balzac mourut des suites d'un phlegmon gangreneux. Rappelonsnous, en effet, que « Monsieur s'est heurté — un mois auparavant — à un meuble historié », que « la peau s'est déchirée », que « la plaie au lieu d'avoir suppuré était rouge, sèche et brûlante » et enfin, « que la peau et la chair étaient comme du lard et qu'il était impossible de lui faire une « ponction ». Un regard sur le visage nous le montre terreux et grippé. La main est brûlante et toute en sueur. Ne sont-ce pas là les signes de l'infection gangreneuse, et (( Thydropisie couenneusc », « l'infiltration » des médecins de Balzac, ne vous paraissent-elles pas ressembler singulièrement au terrible phlegmon diffus ?
Quelqu'un a eu la curiosité de demander au pharmacien qui avait Balzac pour client, de lui confier
{Musée Balzac MAIN DE BALZAC