L ERUPTION LITTERAIRE
Les deux années 1830 et 1831 sont celles qui paraissent de beaucoup les plus fécondes en raison du nombre des titres d'ouvrages et d'articles. La première comprend soixante-dix numéros, la seconde soixante-quinze. Et je remarque, parmi ces numéros :
En 1830, El Verdugo, — Étude de femme, — la Paix du ménage^ — la Maison du Cliat-qui-pelote, — le Bal de Sceaux, — la Vendetta, — Gobseck, — Une double Famille, — Adieu, — les Deux Rêves, — Etudes publiées dans le feuilleton des journaux politiques (un recueil hebdomadaire fondé par Balzac en société avec Emile de Girardin, Varaigne et Hippolyte Auger, où il publia quarante-neuf articles de critique littéraire, scientifique, philosophique, historique et théâtrale, entre autres une longue et violente diatribe contre Jlcrnani). — Jésus -Christ en Flandre, — Une Passion dans le désert, — Un Episode sous la Terreur, — Lettres sur Paris.
En 1831, la Femme de trente ans, — la fin des Lettres sur Paris, — VEnfant maudit, — le Réquisitionnaire, — les Proscrits, — la Peau de chagrin, — VAuber'ge rouge, — le Chef-d'œuvre inconnu, — la belle Impéria (conte drolatique), — la Comédie du Diable, — Maître Cornélius.
Évidemment Balzac a passé les deux années qui ont précédé cette merveilleuse éclosion, non seulement à la préparer, mais aussi à s'étudier, à se chercher lui-même.
Ainsi je lis, dans une très belle lettre adressée par lui à madame la duchesse d'Abrantès le 22 juillet 1828, quelques passages où son âme et son caractère se peignent avec une remarquable précision :
« Je puis vous assurer, madame, que, si j'ai une qualité, c'est, je crois, celle que vous me verrez le plus souvent refuser, celle que tous ceux qui croient me connaître me dénient, l'énergie. Vous devez avoir éprouvé vous-même combien les malheurs développent chez nous cette terrible faculté de se raidir contre la tempête et d'opposer à l'adversité un front calme, immobile. Moi (excusez-moi de parler toujours à la première personne, mais vous my forcez malgré toute ma répugnance), j'ai contracté l'habitude d'y sourire. Et il n'y a qu'une seule occasion pour moi de me moquer, c'est quand le sort me tourmente, et il n'a pas encore cessé. Je suis vieux de souffrances, et vous n'auriez jamais présumé mon âge d'après ma figure gaie. Je n'ai même pas eu de revers, j'ai toujours été courbé sous un poids terrible. Ceci peut vous paraître une exagération, une manière d'attirer sur moi votre intérêt;
non, car rien ne peut vous donner une idée de ma vie jusqu'à vingt-deux ans. Je suis tout étonné de n'avoir plus à combattre que la fortune. Vous interrogeriez tout autour de moi, vous n'obtiendriez aucune lumière sur la nature de mes malheurs. Il y a des gens qui meurent sans que le médecin ait pu dire quelle maladie les a emportés.
» Tout ceci n'est à autre fin que de vous assurer que, de la dure contrainte dans laquelle j'ai vécu, il est au moins résulté une sauvage énergie et une horreur pour tout ce qui sent le joug dont vous ne pouvez pas avoir l'idée. L'habitude du commandement doit vous faire souffrir un refus comme le plus grand mal; eh bien, je ne parle pas des refus (il n'y a rien de philosophique au monde comme un refus ou un mépris non mérité), mais d'une domination ! Une domination m'est insupportable ; j'ai tout refusé, en fait de places, à cause de la subordination, et, sur cet article, je suis un vrai sauvage...
» Au surplus, madame, comme je ne veux plus avoir à vous parler de moi, car rien ne m'est plus à charge et n'est plus ridicule, je vous dirai que vous ne pouvez rien conclure de moi, contre moi ; que j'ai le caractère le plus singulier que je connaisse. Je m'étudie moi-même comme je pourrais le faire pour un autre. Je renferme dans mes cinq pieds deux pouces toutes les incohérences, tous les contrastes possibles, et ceux qui me croiront vain, prodigue, entêté, léger, sans suite dans les idées, fat, négligent, paresseux, inappliqué, sans réflexion, sans aucune constance, bavard, sans tact, malappris, impoli, quinteux, inégal d'humeur, auront tout autant raison que ceux qui pourraient dire que
je suis économe, modeste, courageux, tenace, énergique , négligé , travailleur , constant , taciturne, plein de finesse, poli, toujours gai ; celui qui dira que je suis poltron n'aura pas plus tort que celui qui dira que je suis extrêmement brave, enfin savant ou ignorant, plein de talents ou inepte ; rien ne m'étonne plus de moi-même. Je finis par croire que je ne suis plus qu'un instrument dont les circonstances jouent.
» Ce kaléidoscope-là vient-il de ce que, dans l'âme de ceux qui prétendent vouloir peindre toutes les affections et le cœur humain, le hasard jette toutes ces affections mêmes, afin qu'ils puissent par la force de leur imagination, ressentir ce qu'ils peignent? et l'observation ne serait-elle qu'une sorte de mémoire propre à aider cette mobile imagination ? Je commence à le croire. »
Si j'ai emprunté une si longue citation à cette belle lettre, c'est parce que j'y ai trouvé non seulement des indications sur le caractère de Balzac qui expliquent bien des événements de sa vie, mais encore quelques vues psychologiques qui me mettent sur la voie de ses procédés de composition littéraire, d'observation physiologique et de conduite de caractères.
A tort ou à raison, je me figure qu'il s'appliquait à lui-même la théorie curieuse du docteur Richard sur les hallucinations volontaires.
Le docteur disait que, si Talnia exprimait d'une façon si saisissante l'horreur qu'il éprouvait, au moment où il entrait en scène au cinquième acte d'Andro Iliaque, c'est qu'il s'était mis lui-même en proie à une horreur terrible au moyen d'une hallu-
cination volontaire qui lui faisait réellement voir la salle tendue de noir et peuplée de squelettes et de têtes de mort.
Eh bien, ne peut-on pas admettre que Balzac, par une force intense de volonté et de concentration cérébrale, en arrivât à ce degré d'hallucination mentale de se croire lui-même un ou successivement plusieurs des personnages créés par son imagination, de pénétrer dans le fond de leurs âmes, d'entrer dans leurs caractères, de s'affubler de leurs costumes, de leurs travers, de leurs ridicules, de s'inoculer leurs vices, d'assister enfin, témoin attentif et observateur, aux scènes dramatiques ou comiques résultant du contact de leurs personnes ou du choc de leurs passions ?
Ne se plaisait-il pas peut-être, cet immense artiste, — qui ne reculait devant aucun effort pour atteindre cette perfection de vérité vraie qui, depuis l'âge de trente ans, fut toujours son objectif, — à entrer, comme on dit en argot de coulisses, dans la peau des bonhommes qu'il créait et. à se demander : Voyons, si j'étais un tel, puis un tel, puis tel autre, avec leurs caractères, leur passé, leurs ambitions, leurs desseins, qu'est-ce que je ferais, étant donnée telle situation? Quels événements pourraient résulter de la rencontre de ces personnages? Comment doivent-ils agir? Comment agirais-je si j'étais eux?
Ne serait-ce pas un admirable et quelque peu héroïque moyen d'essayer de traiter les maladies, les épidémies morales d'une société ou d'une fraction de société en se les inoculant à soi-même, afin de pouvoir observer, étudier les ravages que fait leur
virus dans la conscience et dans les organes de l'intelligence, et chercher des curatifs ou des préservatifs contre la propagation de ces fléaux, commencer tout au moins par la description des phénomènes produits par la contagion de cet état pathologique ?
Quant à moi, je ne doute pas que Balzac ait expérimenté cette méthode. Plus je revois dans ma mémoire tous les personnages de la Comédie humaine, ■ — plus je lis et relis sa Correspondance qui me permet, malgré ses nombreuses lacunes, de reconstituer ou de deviner les principales scènes du drame de sa vie, — plus je demeure convaincu que ce grand pathologiste a vécu ou essayé de vivre courageusement plusieurs personnages de son œuvre.
Je ne crois pas devoir indiquer ici lesquels. Ceux de mes lecteurs qui possèdent bien leur Balzac et qui se sont bien pénétrés de sa Correspondance, me comprendront suffisamment.
Au moment où Balzac écrivait à madame d'Abrantès cette belle lettre, dont l'idée culminante est sa répulsion, son aversion inéluctable pour tout joug, pour toute subordination, à ce point qu'on le sent prêt à s'écrier comme La Fontaine, comme s'est écrié, depuis, si énergiquement Proudhon :
Notre ennemi, c'est notre maître, Je vous le dis en bon français !
à ce moment il avait, depuis près d'un an. quitté son imprimerie de la rue des Marais-Saint-Germain pour aller habiter un petit entresol de la rue de Tournon, et il s'était trouvé là en relations de voi-
sinage et de littérature avec un homme d'une valeur assez considérable comme poêle, comme romancier et comme journaliste.
Henri de Latouche avait eu l'honneur d'exhumer et de publier le premier les poésies posthumes d'André Chénier. Le bruit a même été répandu et s'est fort accrédité, pendant un certain temps, qu'il avait lui-même composé ce recueil de poèmes admirables qui est resté pendant plusieurs années le bréviaire de la jeune école de poésie romantique. Toutefois, les vers qu'il publia avec sa signature sont loin d'avoir la haute saveur poétique de ceux qui portent le nom d'André Chénier.
Quoi qu'il en soit, il dut à cette exhumation et à l'introduction qu'il plaça en tête du volume, une renommée littéraire qui le mit en vedette et lui ouvrit les portes des bureaux de rédaction de tous les recueils et de tous les journaux.
Une étroite amitié lia bientôt les deux voisins. La date de 1829, placée à la fin de l'article de Balzac sur Fragoletta, nous indique l'époque où cette amitié était dans toute sa fleur. Comme cette année 1829 est celle même où Balzac débuta dans divers journaux, j'ai quelque lieu de penser que l'influence d'Henri de Latouche ne fut pas étrangère à la facilité avec laquelle le jeune et ardent écrivain, encore inconnu, fut admis à la collaboration de divers recueils périodiques.
De Latouche exerçait alors, et exerça encore durant plusieurs années, une sorte de patronage sur les nouveaux venus de la littérature et du journalisme à Paris. Doué d'un flair particulier, il pressentait, devinait les vocations littéraires et les déter-
minait pour ainsi dire au moyen de l'initiation par laquelle il consacrait les aspirations des jeunes adeptes. Il s'était fait à peu près introducteur de débutants.
Assurément, il n'accomplit pas un énorme tour de force de divination en pressentant un Balzac, un George Sand, un Jules Sandeau. En devina-t-il d'autres? Je ne le sais. En tout cas il n'en introduisit point d'aussi marquants dans le monde des lettres et des lettrés.
Je ne sais quelle fut la cause de la brouihe de Ralzac et de son ami.
Madame Surville nous dit que de Latouche devint l'ennemi le plus acharné de son frère. Le fait est que Balzac lui-même a publié en 1840, dans sa Revue PARISIENNE, un article sur Léo^ roman de de Latouche, qui respire presque la haine, sentiment très rare dans ses critiques littéraires.
Plusieurs fois, pendant nos quarante-cinq ans de vive et réciproque amitié, j'ai demandé à Jules Sandeau les motifs de ces refroidissements qui s'étaient produits dans les relations d'Henri de Latouche avec les écrivains qu'il avait paru le plus aimer ; il m'a toujours répondu avec une réserve qui me laissait deviner que, lui aussi, il avait eu à se plaindre de celui qui avait guidé ses premiers pas sur le terrain du journalisme, mais que la reconnaissance lui faisait un devoir de n'en point parler.
Mais le caractère assez dominateur de de Latouche qui, probablement, tenait à garder à l'égard de ses protégés littéraires les allures d'un protecteur à la Cromwell, opposé au caractère indépendant de Bal-
zac, peut expliquer en partie les premiers nuages qui troublèrent cette amitié.
Ce qui dut achever de mettre la discorde entre eux, ce fut la divergence de leurs opinions politiques. De Latouche était républicain. Je crois qu'aucun doute n'est permis sur la fermeté et la sincérité de ses convictions. Son remarquable roman de Gra?igeneuve fait foi de son admiration pour notre première Révolution et de ses ardentes sympathies pour le parti girondin.
Or Balzac, qui venait d'écrire sa première version des Chouans et s'était vraisemblablement enthousiasmé de ses héros en vivant de leur vie, en pensant de leur pensée, en faisant entrer leur âme dans la sienne, se disait et se croyait bien certainement royaliste et partisan de l'ancien régime.
L'auteur de Fragoletta usa-t-il, abusa-t-il de son autorité d'ancien et de protecteur pour essayer de régenter le jeune et fougueux auteur des Chouans ? Ses observations furent-elles mal accueillies par le débutant littéraire qui professait une si invincible horreur pour la subordination? C'est ce que personne ne sait, mais ce qu'on est en droit de supposer, en raison des deux caractères des deux amis dissidents.
Ce qu'il y a de certain, c'est qu'ils cessèrent de se voir et furent bientôt en hostilité ouverte, hostilité qui n'empêcha point Balzac de débuter presqu'aussitôt comme rédacteur attitré au journal hebdomadaire la Caricature , où de Latouche devait avoir des accointances et dont la rédaction avait des tendances républicaines assez nettement accusées. Je ne veux pas rechercher ce que furent, au point
de vue politique, les centaines d'articles que Balzac publia dans ce recueil et dans divers autres en 1830. Il est évident que, comme la plupart de ses congénères, il dut çà et là être entraîné par des courants opposés.
Il venait d'achever une œuvre sérieuse et soigneusement étudiée, et véritablement originale : la Physiologie du mariage^ et ses premières lectrices, les femmes de son entourage, les amies de sa famille, avaient fort mal accueilli cette étude ou plutôt ne l'avaient pas comprise, ce qui ne l'avait point empêché de vider son sac de provisions littéraires et romanesques dès le mois d'avril, de cette année 1830, la Paix du ménage, — ■ la Maison du Chat -qui -pelote, — le Bal de Sceaux, — la Vendetta, etc., en même temps qu'il continuait le métier de littérateur en une foule d'articles de journaux sur les sujets tour à tour les plus graves et les plus légers, cherchant surtout à gagner de l'argent pour satisfaire aux lourds engagements pécuniaires qu'il a contractés, — tout en étudiant lui-même les cordes variées de sa lyre d'écrivain et de penseur, — socialiste humanitaire, avant-coureur dans VOisif elle Travailleur, — anticlérical dans Madame Toutendieu, — mondain dans les Mots à la mode, la Nouvelle théorie du déjeuner, la Physiologie de la toilette, etc., etc., critiquant les mœurs politiques, les aspirations, les jugements, les goûts littéraires de son temps.
Le dernier article qu'il publie en cette mémorable année 1830 avant la révolution de Juillet porte la date du 29 mai. C'est sous la forme d'une lettre adressée à une dame de Tours, madame la comtesse
d'0....t, qui lui a demandé des renseignements pour écrire un livre, une sorte d'introduction à une série de révélations sur les sanctuaires des petits grands /lommes du jour.
Vous allez voir comment il traite ce public fantasque à qui il faut « aujourd'hui des feux d'artifice en littérature, comme un monde élégant et toujours paré, comme des boutiques brillantes et des bazars magiques », ce public cependant qui, avec sa manie d'acheter des bons livres, a eu la simplicité de prendre soixante mille exemplaires de Lamartine et quarante mille exemplaires de Béranger. »
Après avoir parlé de l'institution de Vencensement mutuel ou camaraderie et des auteurs qui se font chacun un petit public à son usage, il ajoute :
« Vous viendriez donc au milieu d'une crise sans exemple, et au moment où le public manque aux auteurs, où la littérature est mesquine devant la politique, où la poésie succombe sous les événements, vous arriveriez au milieu des charlatans qui ont tous un paillasse, une grosse caisse, une clarinette et vous seriez seule avec quelque ouvrage naturel parm.i des gens qui font des tours de force.. . »
« Probablement, une oisiveté de quinze années nous pèse, et nous avions une impatience d'avenir qui nous fait tous piaffer, caracoler, tout essayer, tout laisser. C'est toujours cette même France, constante dans son inconstance, difficile à captiver. Sa littérature n'a pas de but: Voilà le grand mot. Elle n'a rien à démolir, rien à construire. Nous avons mis la poésie dans la prose, et nous sommes tout étonnés de ne plus avoir de poésie ; nous avons fatigué toutes les situations, et nous voulons du drame;
nous ne croyons plus à rien, et nous voulons des croyances. Bref, un homme de génie est presque impossible au milieu d'une foule aussi puissamment intelligente. Napoléon commandait à des soldats silencieux, tandis qu'en littérature chacun s'adresse à des gens qui raisonnent. Or, quand chacun en sait assez pour se faire une opinion, il n'y a plus d'unité possible dans les doctrines, chaque homme est une opinion, nous voulons tous notre piédestal. »
On le voit, tout en dépeignant cette espèce d'anarchie du goût à laquelle le public parisien est en proie, en déplorant que la littérature n'ait pas de but (il compte peut-être bien déjà en donner un à la littérature qu'il apprête et qu'il vient de commencer !) il semble prévoir la révolution qui signalera cette année féconde en événements et qui se prépare déjà.
Cependant, où est-il ce révolutionnaire inconscient au moment où cette révolution s'accomplit? Il est à la Grenadière, où il étudie probablement le théâtre de la merveilleuse nouvelle qui a pour titre le nom de ce cottage (car il visite et il visitera toujours les lieux dans lesquels il encadrera les mises en scène de ses romans, de ses nouvelles !) C'est de là, de la Grenadière qu'il date, le 21 juillet 1830, une étonnante lettre adressée à Victor Ratier, directeur du journal la Si7/ioiie^fe, dans lequel il a écrit de nombreux articles...
« Oh ? lui écrit-il, si vous saviez ce que c'est que la Touraine 1... On y oublie tout. Je pardonne bien aux habitants d'être bêtes, ils sont si heureux 1 Or, vous savez que les gens qui jouissent beaucoup
sont naturellement stupides. La Touraine explique admirablement bien le lazzarone. J'en suis arrivé à regarder la gloire, la Chambre, la politique, l'avenir, la littérature comme de véritables boulettes à tueries chiens errants et sans domicile, et je dis: La vertu, le bonheur, la vie, c'est six cents francs de rente au bord de la Loire... »
... La Touraine me fait l'effet d'un pâté de foie gras où l'on est jusqu'au menton, et son vin délicieux, au lieu de griser, vous bêtifie et vous béatifie. Aussi ai -je loué une maisonnette pour jusqu'au mois de novembre, car, en fermant mes fenêtres, je travaille, et je ne veux revoir ce luxurieux Paris qu'armé de provisions littéraires.
a Figurez- vous ensuite que j'ai fait le plus poétique voyage qui soit possible en France ! Aller d'ici au fond de la Bretagne, à la mer, par eau, pas cher, trois ou quatre sous par lieue, en passant par les plus riantes rives du monde ; je sentais mes pensées grandir avec ce fleuve, qui, près de la mer, devient immense. Oh ! mener une vie de Mohican, courir sur les rochers, nager en mer, respirer en plein air le soleil ! Oh ! que j'ai conçu le sauvage ! Oh ! que j'ai admirablement compris les corsaires, les aventuriers, les vies d'opposition ; et là, je me disais : « La vie, c'est du courage, de bonnes carabines, l'art de se diriger en pleine mer et la haine de l'homme (de l'Anglais par exemple) « Oh ! trente gaillards qui s'entendraient... et mettraient bas les préjugés... »
Puis, après ce bel élan de sauvagerie, le voilà qui retombe dans les réalités de la vie pratique.
« Figurez-vous maintenant un homme aussi vagahonnant qui part d'un article intitulé Traité de la vie