LA COMEDIE HUMAINE
L'ouvrage comporte d'abord trois grandes divisions : Première partie : Etudes de mœurs. — Deuxième partie : Études philosophiques, — Troisième PARTIE : Etudes analytiques.
La première de ces parties est elle-même subdivisée en dix livres :
Le premier, Scènes de la Vie privée, comprend trente-deux études, portant chacune son numéro de classement.
Les trois premières : les Enfants, — un Pensionnat de DemoiselleSj — Intérieur de Collège, n*ont point été écrites. C'était les premiers âges de la vie que Balzac comptait peindre dans ces trois études. Les lettres de Renée de Lestorade, de nombreuses pages de Louis Lambert témoignent assez de la façon dont l'auteur comprenait l'éducation de la jeunesse.
4. La Maison du Chat qui pelote. — C'est encore la jeunesse, la charmante éclosion d'un premier amour
au milieu d'un intérieur patriarcal de commerçants de Paris. Mais cette sincère sympathie des cœurs ne fait que produire une mésalliance de milieux, d'esprits, d'éducation, d'intelligences en unissant deux éléments sociaux presque toujours irréconciliables, l'art et le négoce. Faute de se comprendre, ils se choquent et se brisent.
5. Le Bal de Sceaux. — Que de grâce et d'esprit dans cette courte nouvelle ! Mais aussi quelle amère et éloquente critique des préjugés aristocratiques dans cette histoire d'une jeune fille noble et spirituelle qui renonce à un amour vrai et manque le bonheur de sa vie par dédain pour la profession de commerçant de celui qu'elle aime.
Ici l'auteur se montre bien l'apologiste du travail qu'il a toujours été; mais on sent déjà poindre, sous le défenseur des institutions aristocratiques, le démocrate sans le vouloir, entraîné par le sentiment, de la Vérité et de la Justice modernes.
6. Mémoires de deux jeunes mariées. — Le plus suave parfum d'honnêteté, la moralité la plus saine, la plus élevée, se dégagent de ce livre exquis.
Quelle conception magnifique dans sa simplicité que ce contraste entre deux caractères de jeunes filles toutes deux également honnêtes, également élevées au couvent, mais chacune avec un idéal diff'érent I
L'une, la sage Renée de Maucombe, — « docteur en corset », comme l'appelle sa folle amie, sorte de Tibergede ce Desgrieux en jupons, Louise de Chaulieu, — veut chercher dans le mariage la vie de famille, le bonheur calme et paisible, les devoirs et les douceurs de la maternité, elle se marie sans
amour avec un homme estimable et presque nul.
L'autre tend à faire de sa vie un roman. Il lui faut être aimée avec passion. Elle se fait adorer d'un proscrit espagnol laid, mais supérieur par Ténergie du caractère, qu'elle finit par épouser et dont elle fait son esclave.
Toutes deux s'écrivent leurs impressions de mariage. Pendant que Renée devient épouse dévouée, mère sublime, voit son bonheur s'accroître de jour en jour, à mesure qu'elle fait de son mari, sans lui laisser sentir sa pression, un homme utile et distingué, Louise, insatiable de domination, rend son Espagnol très malheureux. — Elle le perd.
Presque aussitôt, au bout de quelques mois de veuvage, elle s'éprend d'un jeune poète pauvre et veut, après avoir été aimée follement de son premier mari, aimer passionnément à son tour. Elle Tépouse mystérieusement, s'exile avec lui de Paris, l'enferme avec elle à Ville-d' Avray dans une sorte d'Eden délicieux, ignoré de tout le monde, où elle s'applique à lui prodiguer toutes les satisfactions matérielles, morales, intellectuelles que peuvent rêver une âme et des sens de poète. Elle pousse l'amour de l'amour presque jusqu'à la dépravation.
Cette existence ne dure pas longtemps. La pauvre Louise, dévorée par une fiévreuse jalousie, finit par succomber à la fleur de l'âge, sans avoir connu le véritable bonheur.
On trouve dans ce livre admirable des aperçus d'une merveilleuse finesse sur les devoirs de la femme dans le mariage, sur les soins et les délices de la maternité.
C'est le catéchisme du mariage I
7. La Bourse. — C'est encore une surprise de trouver, dans cette brève nouvelle d'un apologiste de la Restauration, un tableau de quelques-unes des iniquités de ce gouvernement à l'égard des Français coupables de ne pas avoir émigré et d'être restés au service de leur pays.
« Lorsque, dernièrement, dit madame de Rouville, je sollicitai de nouveau une pension, le ministre me dit avec dureté que si le baron de Rouville eût émigré, je l'aurais conservé, qu'il serait aujourd'hui contre-amiral. »
Balzac, en dépit de ses opinions politiques, est toujours affamé de justice et de vérité.
Et quelle délicate peinture de la. naissance de l'amour dans le cœur de Schinner pour Adélaïde ! quelle hauteur de vues dans cette fraternité de l'art et de la noblesse!
8. Modeste Mignon. — Cette aventure d'une jeune fille instruite, mais saturée de lectures romanesques et avide de poésie, qui s'éprend en lisant ses œuvres, en se laissant enthousiasmer par le récit de ses succès littéraires et politiques, — de la personne d'un poète, en même temps homme d'État, le célèbre Canalis, est un irait de mœurs caractéristique particulier à la première moitié, ou plutôt au deuxième quart du dix-neuvième siècle.
Cette étude devrait^ à la rigueur, être classée parmi les Scènes de la Vie de Province, car elle a pour théâtres successivement la Normandie et la Provence. Mais l'auteur a choisi de préférence, pour les ranger dans cette première partie de son œuvre, les peintures de sentiments naïfs, purs et chastes.
Or, quoi de plus frais, de plus charmant que le tableau de cette passion idéale pour un grand poète envahissant le cœur et enflammant, en même temps, rimagination d'une jeune fille bien douée, pour qui la poésie est la première, la plus haute des manifestations du génie humain ?
On trouve, dans ce livre si touchant à la fois et si fécond en enseignements, en quelques pages, une discussion d'une très haute portée sur les divers génies qui contribuent, soit à éclairer l'humanité,soit à riionorer, soit à perfectionner son âme et son esprit, soit à charmer ses sens, soit à accroître la somme de son bien-être. Chacun y raisonne selon sa situation, y parle le langage propre à son caractère, à ses sentiments, à ses passions. Qu'on me permette d'en citer quelques lignes.
Canalis vient d'affirmer que l'invention est surtout la qualité constitutive du génie.
«Entre Beethoven et la Catalani, conclut-il, vous me permettrez de décerner à l'un l'immortelle couronne du génie et du martyre, et à l'autre beaucoup de pièces de cent sous; avec l'une nous sommes quittes, tandis que le monde reste toujours le débiteur de l'autre! Nous nous endettons chaque jour avec Molière, et nous avons trop payé Baron.
a — Je crois, mon ami, dit La Brière, le secrétaire de Canalis, — qui, ayant voulu tromper Modeste en se faisant passer pour le grand poète, s'était pris lui-même à son propre piège et était devenu passionnément amoureux d'elle, — .ie crois que tu fais la part des idées trop belle... Le génie doit être estimé, surtout, en raison de son utilité. Parmentier, Jacquart et Papin, à qui l'on élèvera des statues
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quelque jour, sont aussi des gens de génie. Ils ont changé ou changeront la face des États en un sens...
« Il suffisait que cette opinion fut émise par Ernest pour que Modeste voulût la combattre.
« — A ce compte, dit-elle, monsieur, celui qui trouverait le moyen de faucher le blé sans gâter la paille, par une machine qui ferait l'ouvrage de dix moissonneurs, serait un homme de génie?
(( — Oh ! oui, ma fille, dit madame Mignon, il serait béni du pauvre dont le pain coûterait alors moins cher, et celui que bénissent les pauvres est béni de Dieu!
— C'est donner le pas à l'utile sur l'art, répondit Modeste en hochant la tête.
« — Sans l'utile, dit Charles Mignon, où prendraiton l'art? Sur quoi s'appuierait, de quoi vivrait, où s'abriterait et qui payerait le poète?
(c — Ohl moucher père, cette opinion est bien capitaine au long cours, épicier, bonnet de coton !... Que Gobenheim et monsieur le Référendaire, dit-elle en montrant LaBrière, qui sont intéressés à la solution de ce problème social, le soutiennent, je le conçois; mais vous, dont la vie a été la plus inutile de ce siècle, puisque votre sang répandu sur TEurope, et vos énormes souffrances exigées par un colosse, n'ont pas empêché la France de perdre dix départements conquis par la République, comment donnez-vous dans ce raisonnement excesstvement perruque, comme disent les romantiques?... On voit bien que vous revenez de la Chine. »
Les parents et les amis font observer à la jeune fille que peu s'en est fallu qu'elle manquât de respect à son père.
Alors Canalis se lève et se pose à la cheminée dans une des plus belles attitudes de sa collection de mines, et reprend ainsi:
« — Dieu, dans sa prévoyance, a donné des aliments et des vêtements à l'homme, et il ne lui a pas directement donné l'art ! Il a dit à l'homme :
« — Pour vivre, tu te courberas vers la terre ; pour penser, tu t'élèveras vers moi ! Nous avons autant besoin de la vie de Tàme que de celle du corps. De là, deux utilités. Ainsi, bien "certainement l'on ne se chaussera pas d'un livre; un chant d'épopée ne vaut pas, au point de vue utilitaire, une soupe économique du bureau de bienfaisance. La plus belle idée remplacerait difficilement la voile d'un vaisseau. Certes, une marmite autoclave, en se soulevant de deux pouces sur elle-même, nous procure le calicot à cinq sous le mètre meilleur marché; mais cette machine et les perfections de l'industrie ne soufflent pas la vie à un peuple, et ne diront pas à l'avenir qu'il a existé; tandis que l'art égyptien, l'art mexicain, l'art grec, l'art romain avec leurs chefs-d'œuvre taxés d'inutiles, ont attesté l'existence de ces peuples dans le vaste espace du temps, là où de grandes nations intermédiaires dénuées d'hommes de génie ont disparu, sans laisser sur le globe leur carte de visite! Toutes les œuvres du génie sont le summuvn d'une civilisation, et présupposent une immense utilité. Certes, une paire de bottes ne l'emporte pas à vos yeux sur une pièce de théâtre, et vous ne préférerez pas un moulin à l'église de Saint-Ouen? Eh! bien, un peuple est animé du même sentiment qu'un homme, et l'homme a pour idée favorite de se survivre à lui-
même moralement, comme il se reproduit physiquement. La survie d'un peuple est l'œuvre de ses hommes de génie. En ce moment, la France prouve énergiquement la vérité de cette thèse. Assurément elle est primée en industrie, en commerce, en navigation par l'Angleterre, et, néanmoins, elle est, je le crois, à la tête du' monde par ses artistes, par ses hommes de talent, par le goût de ses produits. Il n'est pas d'artiste, ni d'intelligence qui ne vienne demandera Paris ses lettres de maîtrise. Il n'y a d'école de peinture en ce moment qu'en France, et nous régnerons par le Livre peut-être plus sûrement que par le Glaive. Dans le système d^Ernest, on supprimerait les fleurs de luxe, la beauté de la femme, la musique, la peinture et la poésie ; assurément la Société ne serait pas renversée, mais je demande qui voudrait accepter la vie ainsi? Tout ce qui est utile est affreux et laid. La cuisine est indispensable dans une maison; mais vous vous gardez bien d'y séjourner, et vous vivez dans un salon, que voas ornez, comme celai-ci, de choses parfaitement superflues. A quoi ces charmantes peintures, ces bois façonnés servent-ils? Il n'y a de beau que ce qui nous semble inutile! Nous avons nommé le seizième siècle, la Renaissance, avec une admirable justesse d'expression. Ce siècle fut l'aurore d'un monde nouveau. Les hommes en parleront encore qu'on ne se souviendra plus de quelques siècles antérieurs, dont tout le mérite sera d'avoir existé, comme ces millions d'êtres qui ne comptent pas dans une génération! »
La discussion continue pendant quelques instants, puis elle tourne et revient à son point de départ.
Enfin Canalis sentant qu'il en est arrivé à être, sans s'en apercevoir, du même avis que La Brière, la conclut ainsi :
« — Oh ! dit-il avec un geste de grand homme, que prouvons-nous dans toutes nos discussions? l'éternelle vérité de cet axiome : Tout est vrai et tout est faux! Il y a pour les vérités morales, comme pour les créatures, des milieux où elles changent d'aspect au point d'être méconnaissables. »
Que de pensées agitent dépareilles pages! Quels problèmes toujours actuels elles soulèvent! Quel monde d'idées elles éveillent chez le lecteur!
Et voilà comment les livres de Balzac font penser !
Évidemment une telle discussion offre plus d'intérêt à des esprits sérieux que la question de savoir comment le petit bossu Butscha, le clerc de notaire,
— type curieux, très ingénieusement imaginé, — animé d'une passion aussi secrète que dévouée pour l'héroïne, réussit, à force de subtilité d'esprit, à démasquer les calculs cupides du poète, à désabuser Modeste de son enthousiasme poétique, de ses illusions et se résigne à immoler son propre amour sans espoir, pour assurer le bonheur de la jeune fille en déterminant son mariage avec La Brière qui l'aime sincèrement et a tout ce qu'il faut pour rendre une femme heureuse.
9. Un début dans la vie. — C'est aussi une histoire de jeunesse que cette aventure ou plutôt cette série d'aventures du petit Oscar Husson qui, — en cherchant à se poser avec cette prétention si fréquente chez les adolescents, commet sottises sur sottises,
— se fait bafouer, compromet sa mère et tous ses
protecteurs, et finit par se faire soldat pour revenir glorieusement mutilé.
C'est une des études les plus gaies de la Comédie humaine. On y voit paraître pour la première fois Joseph Bridau, le grand peintre, et le spirituel rapin Léon de Lora, sous son surnom d'atelier Mistigris, avec ses calembours et ses proverbes retournés qu'il mit si fort à la mode vers 1843.
10. Albert Savarus. — La passion de mademoiselle Philomène de Watteville pour l'avocat Albert Savarus me parait la seconde face de l'idée qui a enfanté la Fausse maîtresse.
Seulement l'amour qui fait de Thaddée un héros de stoïcisme et de dévouement engendre chez Philomène une sorte d'hystérie de l'imagination qui lui suggère les crimes les plus odieux : violation du secret des lettres, faux, etc. C'est ce qui fait qu'elle cesse d'être intéressante.
Non seulement elle est punie en voyant celui qu'elle aime réduit à se faire chartreux, mais encore elle expie cruellement ses forfaits d'amour par la mutilation accidentelle de son corps et la perte de sa beauté.
Quel tableau des folies auxquelles une femme peut être entraînée par une passion désordonnée, et quelle peinture des mœurs et des ridicules d'une grande ville de province éloignée de Paris!
1 1 . La Vendetta. — Ce drame poignant, dont la publication remonte à 1830, est un des plus purs chefsd'œuvre de la jeunesse de Balzac.
La scène, qui tient en quelques pages, se passe à Paris sous la Restauration.
Ainsi que son titre Findique , elle a pour acteurs principaux des Corses et pour motif l'obstacle que suscite à l'amour d'un jeune homme et d'une jeune fille la fidélité sauvage du père de celle-ci aux vieilles lois inexorables de la vendetta.
Cette étude, pleine de mouvement, composée et écrite avec une merveilleuse sobriété de moyens, se termine par un dénouement terrible et sublime dans sa simplicité tragique. Mais quel démenti elle donne à la théorie de l'infaillibilité de la puissance paternelle, si souvent préconisée par l'auteur comme une garantie nécessaire de la conservation de la famille !
12. Une double famille. — C'est encore une de ces études presque parfaites par lesquelles débuta l'auteur de la Comédie humaine. Elle est datée de mars 1830 et elle porte l'empreinte des opinions anticléricales qui avaient cours à cette époque.
M. le comte de Granville, magistrat grave et éclairé, parle et agit en véritable libre-penseur. Il a commis la faute d'épouser une dévote, et, après avoir essayé vainement d'obtenir d'elle une renonciation à ses habitudes de bigoterie et de pudibonderie outrée, il est amené à prendre une maîtresse et à avoir un second ménage.
Quels tableaux que ceux de ces deux ménages comparés : l'un, empoisonné des pratiques les plus rigoureuses de la bigoterie la plus outrée, l'autre charmant, réunissant toutes les attractions d'un amour partagé, d'une vie aisée, d'un intérieur confortable, élégant, luxueux même. Ce qu'il y a de particulièrement remarquable dans ce roman d'un
écrivain qui a voulu passer pour un défenseur « du trône et de l'autel », c'est la vivacité de la critique des mœurs dévotes et de leur influence sur la vie de famille. On ne trouve rien de plus véhément dans l'athée Stendhal, ni dans le sceptique Mérimée.
Quant au dénouement qui fait expier au comte de Granville les joies de son ménage irrégulier par les vices et les crimes d'un fils issu de ce faux mariage, c'est le châtiment fiital de l'adultère, presque toujours crime social!
Ainsi conclut Granville :
« Le défaut d'union entre deux époux, par quelque cause qu'il soit produit, amène d'effroyables malheurs : nous sommes tôt ou tard punis de n'avoir pas obéi aux lois sociales. »
N'est-ce pas là la saine, la vraie, la grande morale?
13. La Paix du ménage. — Ce n'est qu'un charmant marivaudage encadré dans les mœurs du pre~ mier empire, une de ces nouvelles en cinquante pages où Balzac excellait vers 1829. La mise en scène et le dialogue sont d'une finesse exquise.
14. Madame Firmiani. — Un délicieux tableau de chevalet que cette étude d'une femme aussi supérieure par l'âme et par l'esprit que par l'élégance.
Gérard Dow, Miéris, les grands maîtres de la minutieuse vérité flamande, n'ont pas plus de délicatesse de touche. Le contraste entre l'amour sous l'ancien régime et l'amour moderne y apparaît d'une façon saisissante.
Octave vit luxueusement d'un patrimoine opulent. Madame Firmiani, qui l'aime, le décide, par
une lettre qui est un chef-d'œuvre, à renoncer à cette fortune pour payer une dette de son père. Elle l'épouse aussitôt qu'elle reçoit la nouvelle de la mort de son premier mari. M. de Bourbonne, oncle d'Octave, appartenant au genre fossile, est néanmoins touché jusqu'aux larmes des actions et des paroles de madame Firmiani.
— Ma nièce, lui dit-il, autrefois nous faisions l'amour, aujourd'hui vous aimez !
Et dire qu'on a souvent accusé Balzac de ne créer que des types de femmes vicieuses, perverses, dépravées! Il est vrai qu'on lui a souvent reproché aussi de trop regretter l'ancien régime.
15. Étude de femme. — Cette femme, c'est madame de Listomère, une très vertueuse jeune femme aussi, qui cependant voudrait bien se trouver offensée d'avoir reçu par erreur une lettre de Rastignac destinée à madame de Nucingen.
C'est encore un spirituel marivaudage de la fin de la Restauration. Agréable sujet pour une saynète à la de Musset. Malheureusement, au théâtre, ce dénouement ne suffirait pas.
16. La fausse maîtresse. — Conception admirable. Un ami dévoué, qui, en se sentant pris d'amour
pour la femme de son ami, avec laquelle il est journellement en contact, brûle ses vaisseaux en feignant d'avoir une maîtresse, — une jolie écuyère qui n'y comprend rien, — se donne des ridicules, s'immole héroïquement, simule un exil volontaire pour laisser à son idole une lettre sublime, vivre obscurément à Paris, et surveiller la femme aimée
et la sauver de ses imprudentes curiosités de fille d'Eve.
Tel est Thaddée Paz, ce magnifique héros de la vie privée.
Tout aussi parfaite est l'exécution de ce drame intime où la lutte de l'amour à la fois idéal et sensuel contre le devoir sacré de l'amitié donne lieu à des scènes d'un intérêt puissant.
17. Une fille d'Eve. — Belle étude d'une passion vraie de la femme pour l'idéal et l'extraordinaire, conséquence d'une enfance dévote et d'une jeunesse comprimée. — Madame de Vandenesse est une des filles de madame de Granville.
On voit, dans ce récit émouvant, jusqu'où peuvent être entraînés une femme et un homme attirés l'un vers l'autre par la Vanité, l'un des mobiles les plus actifs de l'Amour. — Superbe portrait de Raoul Nathan, le triste héros de cette aventure, fine esquisse du banquier du Tillet, beau-frère de madame de Vandenesse, merveilleuse peinture des mœurs de la presse politique en 1840, — ravissant crayon de Florine et de la vie d'une actrice célèbre et médiocre; — délicieux profil du naïf musicien Schmuke, enfin burin très profondément fouillé de Félix Vandenesse, le diplomate habile et expérimenté surtout en matière d'amour et de philosophie conjugale, qui trouve moyen de dissiper les illusions de sa femme, de faire descendre la statue du faux grand homme du piédestal où l'imprudente l'avait hissée, et pousse la générosité jusqu'à accuser sa propre légèreté de la faiblesse de sa femme, pour ne pas avoir à l'humilier par un pardon.
Ce roman de concentration se distingue surtout par la rapidité, la multiplicité des faits, des situations et par des qualités incomparables de facture. Si, dans les Mémoires de deux jeunes mariées, on trouve une véritable école des femmes, on peut dire qu'Une Fille d'Eue est une véritable école des maris.
18. Le ColonelGtiabert. — J'étais bien jeune lorsque ce roman parut, cependant je me rappelle encore Teffet énorme qu'il produisit. Le cachet de vérité était tel qu'on crut généralement que le fond de l'histoire était réel, que les personnages avaient existé, existaient peut-être encore, et dans le monde des rhétoriciens que démangeait le prurit des prétentions littéraires, on s'émerveillait fort de la singulière audace de cet auteur qui osait ainsi s'emparer de faits de la vie privée d'une famille pour les livrer aux commentaires du public.
Trois ans plus tard, lorsqu'en faisant mon droit, je travaillai dans une étude d'avoué à Paris, j'y trouvai encore vivant le souvenir du colonel Chabert, de Godeschal, de Desroches, de la comtesse. Le roman était devenu un classique des clercs d'avoué, un véritable livre d'étude. On était si convaincu que « cela était arrivé » et devait arriver encore, que quand il entrait dans l'étude quelque vieillard inconnu, un peu déjeté et maigrement vêtu, l'on se demandait si ce n'était pas encore quelque colonel Cliahert, mal tué à Eylau, à la Moskowa ou àLeipzick, qui venait réclamer son état-civil, sa femme et sa fortune.
Aujourd'hui, ce que j'admire surtout dans cette histoire, touchante à arracher des larmes à un
huissier, c'est la sublime noblesse de caractère de cet héroïque martyr; ce que je tiens à signaler surtout c'est que, dans cette belle étude, Balzac, le prétendu champion de l'Aristocratie, met les plus hautes vertus dans l'âme d'un homme du peuple, né, pour ainsi dire, aux Enfants-Trouvés, destiné à mourir à l'hospice des Vieillards abandonnés. Sa vie se sera passée, de son aurore à son déclin, entre les deux asiles de la misère.
C'est ainsi qu'il lui arrive souvent de trouver chez les déshérités de la vie les plus admirables héroïsmes de cœur.
19. Le Message. — Une diligence versée, un jeune homme mourant des suites de sa chute, qui confie à son voisin de banquette la mission d'aller chercher dans son secrétaire les lettres d'amour de sa maîtresse, une femme mariée, de les lui rendre en lui annonçant avec tous les ménagements possibles la perte qu'elle vient de faire !
Écrire en quinze pages le récit sobre et profondément saisissant de l'accomplissement de cette mission, de façon à vous faire passer des frissons, n'est-ce pas faire œuvre de maître? N'est-ce pas le comble de l'art ?
20. La Grenadière. — Autre merveille, en vingt pages celle-ci!
Un admirable paysage de Touraine aux vastes horizons, un de ces paysages à la fois riants, poétiques et profonds, comme en ont peint Corot, Français et Daubigny, encadrant un tableau de famille d'une suave et poignante mélancolie : une
femme jeune encore, mais portant sur son visage et dans sa démarche les stigmates évidents d'un mal incurable, d'une mort prochaine, entourant de la sollicitude la plus tendre, la plus passionnée, ses deux fils sans père, qu'elle valaisser sur cette terre, sans nom, sans fortune, — Louis-Gaston, l'aîné — et l'autre Marie-Gaston, destiné à devenir le poète aimé de la belle Louise de Chaulieu; la mort pieusement sublime de cette femme d'élite entre ses deux enfants, à qui elle lègue pour héritage une simple lettre à écrire à lord Brandon, à Londres.
« Votrefemme est morte... Elle vous a pardonné. »
Telle est la nouvelle qui a pour titre La Grena-
dière. Cruelle expiation par cette mère touchante de
quelque faute mystérieuse dont elle n'était pas seule
coupable!
21. La femme abandonnée. — Comme quoi la duchesse de Beauséant, abandonnée par M. d'Ajuda- Pinto tenté par un riche mariage, se retira dans une petite ville de Normandie, c'est ce qu'on voit dans le Père Goriot.
Mais ce que nous dit la Femme abandonnée, c'est comment il se lit que cette créature d'élite, si merveilleusement organisée pour l'amour, parfaitement résolue à rester étrangère au monde, voulant éviter les entreprises galantes de M. Gaston de Nueil, s'enfuit vers la Suisse, mais ne put résister à ce jeune passionné en voyant qu'il l'avait suivie, de poste en poste, jusqu'à Genève, — qu'après trois ans du bonheur le plus délicieux en Suisse et six ans de l'ivresse la plus complète de l'àme et des sens dans leur château de Normandie, ces deux êtres si bien
faits pour s'adorer se séparent, parce que Gaston a trente ans et la duchesse quarante, parce que Gaston ne sait pas se défendre contre les exigences de madame de Nueil qui veut que son fils se marie et fasse souche; — comment il se fait enfin que, madame de Beauséant, une seconde fois abandonnée, ayant déjoué les tentatives de Gaston pour la revoir, celui-ci, pris d'un accès de désespoir, se fait sauter la cervelle.
Avec quel charme entraînant, quelle grâce pénétrante l'auteur raconte ces épisodes de la vie d'une femme supérieure, je le laisse à deviner à ceux qui apprécient la valeur des nouvelles du grand romancier, la fleur du panier de son œuvre !
22. Honorine. — Ici il y a encore une femme abandonnée, mais ce n'est pas là qu'est le sujet de celte étude puissamment originale. II y a aussi un mari abandonné par sa femme, qui a quitté la maison conjugale pour fuir avec un autre, par qui elle a été bientôt elle-même délaissée.
Les héros de ce drame de l'adultère dont le mari, le comte Octave, qui n'a pas cessé d'adorer sa femme, et espère la déterminer un jour à revenir chez lui, — la femme, Honorine, qui, conservant au fond du cœur la plus grande estime et une véritable tendresse pour son mari, se résigne à vivre de la vie d'une ouvrière dans un quartier de Paris retiré. Il est vrai que ce mari, grave magistrat, fait les plus grandes folies pour mettre Honorine à même de vivre ainsi dans l'aisance, même avec un certain luxe relatif; il l'entoure de gens dévoués qui lui surfont le prix de son travail de fleuriste et lui
dissimulent le prix des objets qu'ils achètent pour elle.
Cette existence a duré plusieurs années, lorsque le comte, après diverses tentatives vaines, essaie de placer, auprès d'elle un jeune secrétaire de confiance qui réussit à obtenir l'amitié de la jeune femme et à se faire écouter en plaidant la cause du comte, mais il ne peut parvenir à fléchir sa résolution. Enfin, à bout d'arguments, il lui propose d'eniendre son oncle, l'abbé Loraux, vénérable prêtre.
Elle demande à réfléchir et lui répond le lendemain par une lettre merveilleusement femme, où elle déduit les motifs de son refus et de sa résistance. Quelques fragments de cette lettre donneront une idée de Tensemble.
« :.. Ainsi Dieu, la Loi, la Société, tout est d'accord. Contre quoi vous mutinez-vous? me dit-on du haut du ciel, de la chaire, du tribunal et du trône dont l'auguste intervention serait au besoin invoquée par le comte. A^otre oncle me parlera même au besoin d'une certaine grâce céleste qui m'inondera le cœur alors que j'éprouverai le plaisir d'avoir fait mon devoir... Je bois la coupe amère des expiations, mais en la buvantj'ai terriblement épelé cette sentence : a Expier n'est pas eff"acer. » Dans mon pavillon, seule, je mange un pain trempé de mes pleurs ; mais personne ne me voit le manger, ne me voit pleurant. Rentrer chez Octave? c'est renoncer aux larmes, mes larmes l'offenseraient. Oh! monsieur, combien de vertus faut-il fouler aux pieds pour, non pas se donner, mais se rendre à un mari qu'on a trompé? Qui peut les compter? Dieu seul, car lui seul est le confident et le promoteur de ces horribles
délicatesses qui doivent faire pâlir ses anges. Tenez, j'irai plus loin. Une femme a du courage devant un mari qui ne sait rien; elle déploie alors dans ses hypocrisies une force sauvage, elle trompe pour donner un double bonheur. Mais une mutuelle certitude n'est-elle pas avilissante? Moi, j'échangerais les humiliations contre des extases ? Octave ne finirait-il point par trouver de la dépravation dans mes consentements? Le mariage est fondé sur l'estime, sur des sacrifices faits de part et d'autre; mais ni Octave ni moi nous ne pouvons nous estimer le lendemain de notre réunion : il m'aura déshonorée par quelque amour de vieillard pour une courtisane, et moi, j'aurai la honte perpétuelle d'être une chose au lieu d'être une Dame. Je ne serai pas la vertu, je serai le plaisir dans sa maison. Voilà les fruits amers d'une faute. Je me suis fait un lit conjugal où je ne puis que me retourner sur des charbons, un lit sans sommeil. Ici j'ai des heures de tranquillité, des heures pendant lesquelles j'oublie; mais dans mon hôtel, tout me rappellera la tache qui déshonore ma robe d'épousée. Quand je souffre ici, je bénis mes souffrances, je dis à Dieu: Merci! Mais chez lui, je serai pleine d'effroi, goûtant des joies qui ne me seront pas dues. Tout ceci, monsieur, n'est pas du raisonnement, c'est le sentiment d'une âme bien vaste, car elle est creusée depuis sept ans par la douleur... »
Où a-t-on lu réprobation plus éloquente de l'adultère que dans ces lignes qui tendent à démontrer l'impossibilité de Texpiation et à faire de ce crime social le fait irréparable, irréparable comme la mort? Evidemment le grand esprit qui conçut,
sentit et écrivit cette page incomparable voit au delà des horizons de toute religion humaine !
Cependant, après cette lettre, Honorine prend en pitié les souffrances de son mari et se résigne à subir l'épreuve. Elle rentre sous le toit conjugal, où elle est reçue comme l'enfant prodigue.
Mais, quelques mois après, elle écrit à Maurice :
« Je meurs, quoique mère, et peut-être parce que je suis mère. J'ai bien joué mon rôle de femme ; j'ai trompé mon mari, j'ai eu des joies aussi vraies que les larmes répandues au théâtre par les actrices. Je meurs pour la société, pour la famille, pour le mariage comme les premiers chrétiens mouraient pour Dieu. Je ne sais pas de quoi je meurs, je le cherche avec bonne foi, car je ne suis pas entêtée; mais je tiens à vous expliquer mon mal, à vous qui avez amené le chirurgien céleste, votre oncle, à la parole de qui je me suis rendue; il a été mon confesseur, je l'ai gardé dans sa dernière maladie, et il m'a montré le ciel en m'ordonnant de faire mon devoir. Et j'ai fait mon devoir... »
« — Tout ceci n'est pas la vie, dit mademoiselle des Touches, après avoir entendu le récit de cette tragique histoire. Cette femme est une des plus rares exceptions et peut-être la plus monstrueuse de l'intelligence, une perle. »
Puis elle s'écria, un instant après : Il se trouve donc encore de grandes âmes dans ce siècle! »
23. Béatrix. — Il s'écoula six ans entre la publication de la première partie de ce roman et l'impression de la troisième. Cependant, malgré quelques inégalités d'exécution et de style, on ne s'aperçoit
pas trop de la différence des milieux et des impressions qui ont pu influer sur la composition, tan était grande la puissance du cerveau fécond qui savait imprimer un si profond cachet d'unité à la conception et à la gestation de ses œuvres.
Les deux premières parties sont consacrées au tableau de la vie d'une famille patriarcale aux environs de Guérande, à l'histoire de l'éducation d'un jeune héritier d'une famille noble, au portrait d'une femme de lettres, mademoiselle des Touches, dite Camille Maupin, au récit de la rivalité de cette femme célèbre et de la marquise de Rochefide, enfin aux premières amours du jeune breton Calyste.
Je ne sache rien de plus consciencieusement étudié et minutieusement touché que cette peinture de mœurs bretonnes, qui semble nous ramener en arrière d'un siècle et qui contraste si vigoareusement avec la superbe intelligence et le caractère élevé de mademoiselle des Touches. C'est un merveilleux travail d'artiste. Le portrait du musicien Conti se détache aussi en un relief saisissant. La lutte des passions n'est pas moins intéressante; les séductions qu'exerce la marquise sur le cœur et les sens de Calyste sont aussi entraînantes. Enfin les manèges de coquetterie conjugale que met en œuvre, dans la troisième partie, Sabine de Grandieu, devenue la femme de Calyste, pour arracher son mari, lorsqu'il a retrouvé Béatrix, aux délices de l'adultère rétrospectif, offrent des détails bien piquants de stratégie féminine.
En somme, roman d'amour, où se heurtent les passions les plus ardentes et les plus sincères et que domine la grande figure de Félicité des Touches.
Les contemporains ont cru ou voulu reconnaître en cette noble femme la personnalité de George Sand, en Claude Vignon Gustave Planche ; en madame de Rochefide la comtesse d'Agoult, en Conti Frantz Liszt.
Je cite ce fait pour donner acte au passé de ses fantaisies d'assimilation de créations fictives à des êtres existants. Elles prouvent seulement l'intensité de vie réelle que Balzac savait donner à ses fictions.
24. Gobseck. — On a dit d'Harpagon : Ce n'est pas seulement V Avare, c'est l'avarice; — de Tartufe, ce n'est pas l'hypocrite, c'est l'hypocrisie; de même il faut dire de Gobseck : Ce n'est pas un usurier, c'est l'Usure.
Quel splendide Rembrandt que la description de l'intérieur de ce terrible escompteur, qui spécule sur tout, prête sur toutes choses, vend de toutes choses, depuis des colliers de diamants jusqu'à du tabac de contrebande, depuis des pâtés de foies gras jusqu'à des coupons d'indemnités de Saint-Domingue I
Balzac aimait beaucoup ce nom de Gobseck, il était très fier de l'avoir inventé.
Il a fait une scène très pénétrante de l'agonie de ce millionnaire qui se dit atteint de la carphologie, parce qu'il a cru voir sa chambre pleine d'or vivant.
Cette étude peut servir de prologue à la série d'histoires où figure Esther, dite la Torpille; car c'est à cette fille de la belle Hollandaise du Palais-Royal qu'il lègue tous ses trésors par l'intermédiaire de l'honnête avoué Derville.
25. La femme de trente ans. — La composilion et rexécution de ce roman embrassent une période de seize années, 1828 à 1844. C'est une des rares œuvres de Balzac auxquelles il ait conservé une division en chapitres dans ïédilion delà. Comédie /lumaine faite sous sa direction ; mais il faut dire que ces chapitres sont autant d'épisodes conçus et écrits à des époques différentes, peut-être même étrangers originairement les uns aux autres, et rattachés ensemble avec un art assez ingénieux, de façon à former un tout et à conduire à cette moralité finale : Le châtiment de la femme adultère, à divers degrés jusqu'à ce summum : l'inceste de la fille adultérine avec son frère consanguin.
Ces épisodes ont paru à diverses époques et sous des titres divers : La femme de trente ans; — Le Rendez-vous; — Les deux rencontres; — La vieillesse d'une mère coupable.
On sent que toutes ces parties ne sont pas issues de la même inspiration, qu'elles ont été conçues et composées dans des milieux divers, sous des impressions différentes.
Ainsi Tétude psychologique deTâme de Julie, de ses combats de vertu de la première partie, des aspirations vers l'amour idéal et comprimé, du sentiment profond des joies de Tamour partage, étude délicate qui témoigne d'une méditation approfondie de Stendhal, de Sénancour, de l^enjamin Constant et des autres physiologistes de l'amour, n'appartient évidemment pas au même ordre d'idées que l'épisode si dramatique des Deux rencontres, et que le dénouement si terriblement tragique de la Vieillesse d'une mère coupable.
« Maman, dit Moïna à sa mère, je ne te croyais jalouse que du père...
— Ma fille, répond la marquise d'une voix gravement altérée, vous avez été plus impitoyable envers votre mère que ne le fut Thomme offensé par elle, plus que ne le sera Dieu peut-être !... »
Et ce mot fait passer un frisson dans les veines du lecteur.
Il s'en faut aussi que le d'Aiglemont de la fin soit le même homme que celui de la première partie.
Il y a dêins ce livre composite quelque chose d'hybride, ce qui arrive fort rarement dans la Comédie humaine. Aussi n'est-ce pas sans quelque raison que Sainte-Beuve a pu dire que Balzac avait gâté cette œuvre remarquable en la retouchant.