Corr., p
2. « Sdipiic ta sanl('', itia iik'tc; il faiil (pic In vives pmii' (\\.u\ jf j)iiiss(' rri"ac(|uitt('r oiivcrs lui. Oh! coiiitiic je ['(Miilirasscrais si lu dais là! (Jiiollc praliludc n'ai-jc pas jioiir les bons cti'urs (|iii arraclicnl (nicltincs (•|)in('s do ma vin et aciniicisscnt le clutiiin par leur alTn'li(tn! Mais, force' do lu lier sans ocsso contre le sort. je n'ai pas toujours le lomps pour exprimer un sentiment. .le n'ai pas voulu toutefois ([u'un jour se passAl sans que tu saches ([uelle tendresse! les derniers dévouements excitent en moi. (»n met plusieurs l'ois ses enfants au monde, n'est-ce pas, ma mère? .. {(]orr., p. 13")). Voir aussi la lettre à sa sœur dont je cite plus loin quel- (|ues lipnes.
chagrin prêt à enjamber le parapet du pont Royal, ses lettres attestent qu'il fut prompt à tourner le dos à la Seine et à recouvrer toute son énergie. 11 sentait sa force et n'était pas de ceux qui cèdent au destin. Il va reprendre haleine un instant en Bretagne, chez un vieil ami de sa famille, le général baron de Pommereul ' ; puis, il rentre à Paris, se loge tant liicn que mal rue Cassini, dans un quartier encore désert, entre le Luxembourg et l'Observatoire, et en 1829 il publie les Chouans, le premier de ses écrits qu'il ait signé de son nom, le premier en date de tous ceux qui formeront la Comédie humaine. La même année, il fait paraître la Physiologie du mariage, qui obtient un succès de scandale. Son éditeur le présente à Emile de Girardin, rédacteur en chef de la Mode ; des journaux, des revues commencent à solliciter sa collaboration ; et désormais, sans trêve ni relâche, les œuvres vont succéder aux œuvres.
C'est le moment de pénétrer un peu plus avant dans
1. La page dans laquelle M'"" de Pommereul a raconté son arrivée est le plus vivant portrait que nous possédions de Balzac jeune : " C'était, dit-elle, un tout petit homme avec une grosse taille, ([u'un vêlement mal lait rendait encore plus grossière; ses mains étaient magnifiques; il avait un bien vilain chapeau; mais aussitôt (lu'il se découvrit, tout le reste s'elîaça. Je ne regardai plus que sa tête;... vous ne [)ouvez pas comprendre ce Iront et ces yeux-là, vous qui ne les avez ])as vus : un grand front où il y avait comme un rellet de lampe et des yeux hruns remplis d'or, (jui e.\|)rimaient tout avec autant de netteté (jue la parole.... Que vous dirai-je? 11 y avait dans tout .son ensemble, dans ses gestes, dans sa manière de ])arler, de se tenir, tant de confiance, tant de bonté, tant de naïveté, tant de franchise qu'il était impossible de 1(! coniiaitre sans l'aimer,... une bonne humeur tellement exubérante qu'elle devenait contagieuse. En dépit des malheurs ({u'il venait de subir, il n'avait i)as été un quart d'heure au milieu de nous, nous ne lui avions pas encore montré sa chambre, et déjà il nous avait fait rire aux larmes, le général et moi. ■■ (Bfdzac en brelai/ue, par M. du Ponlavice de Heussey.)
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son intimité, d'analyser le tempérament de l'homme, et de marquer les traits essentiels de sa physionomie.
Deux de ces traits se voient et frappent dès le premier abord : l'un est la vulgarité, l'autre, la force.
Les airs penchés qu'il aime à se donner, ne sauraient faire illusion. Par nature, par tempérament, Balzac est un homme positif, matériel, foncièrement prosaïque et commun; et pourquoi se ferait-on scrupule de le dii'e, puisque de là vient en partie son originalité, puisque, s'il avait eu la distinction d'un Lamartine, la fine désinvolture d'un Musset, rélévation d'esprit et les pudeurs d'àme d'un Vigtiy, il n'eût pas été le grand réaliste qu'il est par moments et que nous admirons en lui?
Au physique, il était laid. Ne le jugeons pas sur le portrait l'ort idéalisé qu'il a tracé de lui-nu'me dans Albert Saixirus, niais sur ceux qu'avaient peints Louis Boulanger et Devéria',ou, plus sûrement encore, sur le daguerréotype de 1842 reproduit par la gi'avure au tome XXIV de l'édilion (h'-finitive. 11 est laid : uiu' grosse tète, des cheveux noirs, gras et plats, qui laiss(>nt à peine deviner le large développement du front; des joues épaisses, comme bouffies; des yeux hardis et francs"-; un sourire moqueur sous une toul(» pelile nu)uslac[ie
1. L(^ porlrail pciiil |);ir Dcvcii.i csl n'|ii(i(liiil dans Balzac huprimeur. C'est Balzac; au.x environs de la vingl-cimiiiiètnt' année; laid, cela va sans dire. Mais ((uels lieanx yeux, (|ue!le honne (Igure ouverte, (léhoniantf^ d(! vie, et eomiiien la jeunesse est aimable, inthnf! sous les traits di; l'e gros gari;on d'Honoré!
2. « Quant ù ses yeux, il n'en exista jamais de pareils, lis avaient une vie, une lumirre, un ma^rnétisme inconcevables. • (Théophile (iaulier. l'urlmils cuitlcnipurdins.)
noire; plusieurs mentons. Au repos, une face de Bouddha; s'il s'anime, s'il rit, une face de bon géant, de Gargantua ou de Pantagruel; s'il s'irrite, la face léonine, le mufle frémissant d'un Mirabeau ou d'un Danton. Là-dessous, une encolure d'athlète, de fort de la Halle; des épaules, comme on dit, à porter un monde et qui, en effet, en ont porté un. Il a, le mot est de lui, une santé de taureau. 11 est gros, court et pataud; jeune, il essaie d'apprendre à danser, et se jette parterre à son premier bal. Dès 1834, les petits journaux plaisantent de son embonpoint; un de ses éditeurs, Hetzel, l'appelle : « Mon gros père », ou : « Votre Grosseur ». Il parle fort, et rittrèshaut. Il est naturellement gai, d'une gaîté tutoyeuse et débraillée, joviale et lourde, qui se répand en calembours, queues de mots, gauloiseries, charges de rapin ou de saute-ruisseau'. Son mol est exubérant, débordant; il livre les secrets qu'il aurait le plus d'intérêt à garder '-. Une conversation n'est pour lui qu'un long monologue, de même que dans ses lettres il n'est ques-
1. Dans une de ses lettres de 1822 à sa sœur : » Dans peu, lord R'hoonc sera l'homme à la mode, l'auteur le plus fécond, le plus aimable, et les dames l'aimeront comme la prunelle de leurs yeux. Alors, le petit brisquet d'Honoré arrivera en équipage, la tête liante, le regard fier et le gousset plein; à son approche, on murmurera de ce murmure llatteur d'un puldic idolâtre et l'on dira : C'est le Irère de M'"" Surville! — Alors, les hommes, les femmes, les enfants et les embryons sauteront comme des collines. Kt j'aurai des bonnes fortunes en foule; c'est dans cette vue que j'économise pour user au besoin. Depuis hier, j'ai renoncé aux douairières, et je me rabats sur les veuves de trente ans. Expédie toutes celles que lu trouveras à «. lord ll'hoone, à Paris », cela suffit! 11 est connu aux barrières ! Nota : Les envoyer franches déport, sans fêlure ni soudure; qu'elles soient riches, aimables; pour jolies, on n'y lient pas. Le vernis passe, et le fond du pot reste! » — C'est déjà la verve canaille des boniments de Vautrin.
2. Par exemjjle, dans l'aU'aire des mines de Sardaigne, dont il sera (juestion j)lus loin.
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tion que de lui. Il a une vanité énorme, puérile, affamée de réclame et de bruit ; il accable le public de prospectus, de notices et d'annonces, où les mots : « chef-d'œuvre, — prodige de l'esprit, — narration ravissante, — quel conteur! — quel analyste! », etc., sont ceux qui lui servent à juger ses œuvres et à se définir. Et il lui paraît tout simple d'écrire à M"io Hanska : «■ Beethoven est le seul homme qui me fasse connaître la jalousie. »
« Savez-vous ce que c'est qu'un butor de génie? demandait Latouche à Henri Monnier en le conduisant chez Balzac. Je prétends vous en montrer un. »
Ce qu'il y a de vulgaire en lui, n'apparaît jamais mieux que lorsqu'il vise à l'élégance, au dandysme aristocratique. Il y a visé fréquemment, en particulier à l'époque où il essayait de plaire à la duchesse de Castries. On le voit alors traîner à sa suite dans les rues du faubourg Saint-Germain un petit Savoyard dont il a fait son groom, et ({u'il alfulde de l)ottes à revers, d'un chapeau haut d(^ lorme, et du nom d'Anchise. Le soir, il passe une heure ou deux à l'Opéra, dans la « loge des Tigres », où les pi'inces de la mode viennent étaler leurs grâces. II a les clieveux 1res longs, (|iioi(|ur loujours très plats, et I air aussi fatal <juele permettent sa corpulence et son C(doris; il est vêtu dun lial)it l)leu à boutons cror; enlin, il lient dans sa main une grosse canne à pomuH; d"or ciselée et enrichit; de turquoises, « à él)ullitionde tur(nu>ises », eaïuie fastueuse, canne légendaire, ({ni a ins|iir('- nn petit roman à M""' de (lirai-din, et à hupielle j(; ne sais i)liis (piel jeune fou (leiiiaiidail un soir la permission d(! pn'senter sa |)ropi'e cainie '. Si ou en veut savoii- davanlagti sur le goût de .M. de lîal/.ae, qunii
i. Scciiiiilc ludi'icr (lu l.i/s dans Ui uiilléc.
lise dans la Fille aux yeux d'or la description qn'il y a donnée, en 1833, de son mirifique salon blanc et rouge *.
Mais si la vulgarité n'est chez lui que trop apparente, elle n'est qu'un aspect, Taspect déplaisant de cette forte nature. Elle n'est que la rançon de sa puissance. Elle se compense en force, en activité passionnée, en inépuisables ardeurs. Ce gros homme endimanché est le même qui écrivait, en août 1822, à M"^*^ Surville :
Merci, ma sœur; le dévouement des cœurs aimés nous fait tant de bien ! Tu m"as rendu celte énergie qui m'a fait surmonter jusqu'ici les difficultés de ma vie! Oui, tu as raison, je ne m'arrêterai pas, j'avancerai, j'atteindrai le but, et tu me verras un jour compté parmi les grandes intelligences de mon pays!...
J'espère avoir achevé bientôt la Balaillc et les Conrersalions entre onze heures et minuit. L'argent qui m'en reviendra doit suffire à tout. Après ce grand et exorbitant travail, je ferai un voyage à pied. Il le faudra pour ma santé. Puis, au lieu de repo;^, là où j'aurai trouvé un gîte, je commencerai les Trois cardinaux, (pie j'entrelacerai de petits contes drolatiques. C'est tout ce que je puis faire d'ici à cet hiver; et cet hiver, si ma position n'est pas changée, je suis décidé à faire du théâtre, et à sortir ma pauvre mère de sa situation. Je lui sacrifierai mon avenir politique; ne lui en dis rien...
Dis à ma mère que je l'aime comme lorsque j'étais enfant. Des larmes me gagnent en t'écrivant ces lignes, larmes de tendresse et de désespoir, car je sens l'avenir, et il me faut cette mèie dévouée au jour du triomphe!...
Je l'embrasse, chère consolatrice qui m'apitortes l'esjtérancc, baiser de tendre reconnaissance : ta lettre m'a ranimé ; après sa lecture, j'ai poussé un hourra joyeux et crié : En avant, lrou|>ier! jette-toi en travers dans la bataille!
i. Il (Ml eut un jtlus tard. rii(> Fdrliinét', de damns linntim d'or. Voir, dans les Lettres à VKliangih'e, p. il."), la (lt'scri|)tiun do son f^riis encrier de malachite, (irni- d'éldilos et de devises sentimentales.
C'est là, c'est dans la bataille qu'il faut suivre Balzac, et non dans la « loge des Tigres », où il n'a fait, en somme, que de brèves apparitions. II faut le suivre dans le cabinet de travail où s'est écoulée presque toute sa vie. Là, il est tel qu'il avait posé devant le peintre Boulanger, tel que le sculpteur Rodin a récemment essayé de nous le rendre; là, il est véritablement Balzac, le grand ouvrier de lettres, le lutteur intrépide aux prises avec la pauvreté, avec la haine et l'envie, avec toutes les difficultés et toutes les angoisses de la création. 11 porte une ample robe blanche, de cachemire ou de grosse laine, qu'une corde noue autour de ses reins, robe de moine sous laquelle il n'est pas sans ressembler à frère Jean des Entomeures, le gaillard et héroïque moine de Rabelais. Il est levé depuis minuit; depuis minuit il travaille, couvrant des pages et des pages de sa petite écriture hâtive. 11 travaillera ainsi jusfiu'à cinq heures du soir, dînera sobrement, d'une faible quantité d'aliments pesés avec soin, sans une goutte de vin ni de liqueur *, se couchera aussitôt, « avec son dîner dans le bec ». et après six heures de sommeil se relèvera de nouveau à minuit, l)0ur recommencer le lendemain et pendant dos vingtcinq et trente jours de suite le même tour de force. Autour de lui s'(;mpilent les manuscrits et les liasses d'épreuves fraîches; sa table est usée à reM(h(>il où le bras qui lient la plume va et vient continuellement; en 18.'}'}, il en est à son second fauteuil « tué sous lui ». De
t. il ^(■ rallia liait à ses jours de loisir, l'I sa prossi' nalurc rcprcnail lo dessus. Daus Porlrail iiilime de lialztic, l^duMind Wordct doiind le menu d'un dîner coiiiinnndc clioz Vorv pour Bai/nc ol son (•(lilcur cl ciifiiouli prcs(|Ui' tout entier par llalzac : un cent d'huîtres d'Osteude, douze côtelctles de lué snlc, un catieton au.\ navets, deux |ierdreau.\, une sole normande, une douzaine de [)oires, etc.
temps en temps, il se lève, il s'accoude cinq minutes à l'appui de la croisée, un peu pour aspirer une bouffée d'air, plus encore pour écouter la respiration de la grande ville endormie, et voir à ses pieds, comme naguère du haut du Père-la-Chaise, « ce Paris qu'il veut dominer », « qu'il veut se soumettre un jour »: puis, il reprend sa tâche, allant au travail « comme le joueur au jeu » *.
Dira-t-on encore qu'il est commun et qu'il est laid? Je crois, au contraire, qu'on le trouvera très beau et très grand.
Il n'y a presque aucune exagération à dire que telle a été sa vie depuis 1829, sinon môme depuis 1822 -. Ses fugues à Sache, à Angoulême, à Frapesle, à la Bouleaunière, n'étaient jamais bien longues; vite, il revenait à son établi. Qu'on feuillette sa Correspondance; on verra que son régime n"a guère varié. En 1831 : « Je me lève à minuit, et je travaille seize heures de suite. » — En 1833 : « Je ne dors que cinq heures; de minuit à midi, je travaille à mes compositions, et de midi à quatre heures je corrige mes épreuves. » — En 1834 : a Je ne dors plus que cinq heures, j'en travaille dixhuit. » — Et il en va ainsi d'année en année, d'un bout à lautre du recueil. En 1840, quatre ans avant sa mort, on le voit encore se lever chaque jour à une heure et demie (hi matin. 11 hii ari'ive de rester vingt-cinq heures de suite à son bureau. 11 ne se soutient qu'à force de café ^, et n'échappe à la congestion cérébrale qui le
1. Lctlrcs à i'Klraiiffère cl Coriespondance, paxsim; Balzac en pantou/len, par Léon Gozliiii.
2. Dans unt; li'ltre du IS aoùl 1S22 : « J'ai Wann-C/ilore à fournir pour oilohrc! à llulicrl; j'ai à l'aire h; Vicaire des Ardennes il mesure qu'on Piniprirnera, el à corriger le Savant (le Centenaire) sur les epicuvcs. »
3. L'euipreinle île sa lasse à calé resle visible sur ses inanus-
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guette qu'à force de bains ou même de sinapismes et de sangsues.
Je sais qu'il ne faut pas toujours le croire sur parole; je sais qu'il est du Midi, qu'il y a des fanfaronnades dans ses lettres, qu'il aime à se poser en « Cyclope du travail » et à faire admirer ses biceps. Mais quand nous n'aurions pas le témoignage de sa sœur et de tous ses amis pour confirmer le sien, quand nous n'aurions pour nous renseigner rien que ses manuscrits zébrés de ratures, rien que ses épreuves surchargées d'additions et de corrections*, rien môme que la liste de ses œuvres, ne serait-ce pas plus qu'il n'en faut pour nous remplir d'étonnementet je dirais presque pour nous épouvanter?
La liste de ses œuvres, une simple table alphabétique, une suite de titres, occupe dans le livre de M. de Spo;lberch de Lovenjoul quatorze grandes pages. Rien que pour l'année 1830, cotte liste coni[)rend 97 numéros; elle en comprend S'> pour l'année suivante. El aussi bien, un peu d'arithmétique ne sera pas de trop ici; les chiffres ont leur éloquence. Oulre ses OEnvrcs de jeunesse, incomplètement rassemblées anjourd'hui en 10 volumes, outre la Comédie huinaiiw <[xn est la réunion de W ouvrages (liffé'nMits -, Hal/ac a produil '■'> pir('es de lli('';\lre, — il en
crils; dans celui do Sérnpliild, cerlairics [in^cs (nil jus(|i]"ii (|ii.ilro ou ciiuj d(! CCS ronds hruiis.
1. Voir lu fuc-sirnilc d'une de ics ciireuves corrigées par lui dans Balzac, sa mi-.lluxle de Iraoail, par Chaïupilcury.
2. M. de S|)(clljercli de Lnjenvoul n'en compte que ,8(). Mais l)lusieurs romans de la (Joinédie /iiiniaine en ci)m|)rennenl deux, Irois, ou nièmc! ([ualre, (|ui oui paru separémenl. (|ui ont leur lilre distinct; cl puis(|ue les CiHihataircs (l'ierrelie, le Curé de Tours, la Ikiliouilleuse), comptent pour trois dans le calcul du savant hihliograplie, on ne voit |)as |)ouri|uoi d'autres groupes de romans, les Parents pauvres, l'ilisloire des Treize, etc., ne comitlcraieiit (pie pour un.
comptant l'École des ménages qui n"a jamais été publiée, mais dont le texte existe, — 30 Contes drolatiques, et 314 articles en opuscules, les uns réimprimés sous le titre général d'OEuvres diverses clans l'édition définitive, les autres recueillis dans l'Histoire des œuvres. Parmi ces articlesou opuscules, il en est de très courts; mais les Souvenirs d'un paria ont 184 pages in-8°; la Théorie de la démarche en a 50; le Code des gens honnêtes, 112; le Petit dictionnaire des enseignes de Paris, 74; VHistoire impartiale des jésuites, 80, et les trois numéros de la Revue parisienne, revue dont il constituait à lui seul toute la rédaction, ont 220 pages*. Or, sauf les dix volumes des Œuvres de jeunesse et six opuscules qui datent du même temps, Balzac a produit cette énorme masse d'écrits en moins de vingt ans, de 1829 à 1848 ^. C'est une moyenne de quatre à cinq volumes par an, c'est une moyenne de deux mille pages par an pendant dix-neuf ans, — et il n'est pas un de ces volumes, il n'est ptud-ètre pas une de ces pages qu'il ait écrite de premier jet : pour Pierrette, par exemple, un de ses moindres récits, il n'a délivré le bon à tirer que sur la vingt-septième épreuve ^.
Avouons qu'il avait qualité pour parler du rôle que joue la volonté dans la création de l'œuvre d'art. « Il n'existe i)as de grands talents sans une grande volonté », avnit-il dil en 1843 dans la Muse du département; et il disait, en I8î(i, dans In Cousine Bette :
1. iin'^nc/. à (cl.i ."l'iU Icllrcs (|iii fuiincnl deux i^ros vdluiiics in-S", et des cenla'ines (fuiilrcs lettres encore im'dites i|ui stuit entre les mains de M. i\i\ Spielhercli do Lovenjoul.
2. Dans les deux dernières années de sa'^vie, en 184U et 18.")0, alisent de Paris et très malade, il n"a rien publié.
'■\. Voir Monsieur de lialzac, jtar Pesnoiresterres, et Portraits cnnlrmporains, par Th. Gautier.
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Le travail moral, la chasse dans les hautes régions de l'intelligence, est un des plus grands efforts de l'homme. Ce qui doit mériter la gloire dans l'art, car il faut comprendre sous ce mot toutes les créations de la pensée, c'est surtout le courage, un courage dont le vulgaire ne se doute pas, et qui peut-être est expliqué j^our la première fois ici... Penser, rêver, concevoir de belles œuvres est une occupation délicieuse... L'œuvre apparaît alors dans la grâce de l'enfance, dans la joie folle de la génération, avec les couleurs embaumées de la fleur et les sucs rapides du fruit dégusté par avance. Telle est la conception et ses plaisirs. Celui qui peut dessiner son i)lan par la parole passe déjà pour un homme extraordinaire. Celte faculté, tous les artistes et les écrivains la possèdent. Mais produire! mais accoucher! mais élever laborieusement l'enfant, le gorger de lait tous les soirs, l'embrasser tous les matins avec le cœur inéi)uisé de la mère, le lécher sale, le vêtir cent fois des plus belles jaquettes qu'il déchire incessamment; mais ne i)as se rebuter de cette folle vie et en faire le chef-d'œuvre animé qui parle à tous les regards en sculpture, à toutes les intelligences en liltéralure, à tous les souvenirs en peinture, à tous les cœurs en musique, c'est l'exécution et ses travaux... Oue les ignorants le sachent! Si l'artiste ne se précipite pas dans son œuvre, comme Curtius dans le goulïre, c(jmnie le soldat dans la redoute, sans réfléchir; et si, dans ce cratère, il ne travaille pas comme le mineur enfoui sous un éboulciiient; s'il contemple, enfin, les difficultés au lieu de les vaincre une à une, à l'exemple de ces amoureux des féeries qui, pour obtenir leui's princesses, combattaient des enchantements renaissants, l'reuvre reste inachevée, elle périt au fond de l'atelier où la reproduction devient impossible, et l'artiste assiste au suicide de son talent.
Je suis bien Unii d"av(jir dil Icnil ce (juii y avait eu lui de ténacité et de passion, de vie intense et de volonté. Pour en donner une idt-e juste, il l'audrait raconter sa vie entier*' année par année, jour pai* jour. Il faudrait le inoidi'er se déballant au milieu des usuriers, îles recors, voire même des land)ours de la ^'ai'de nationale (\\i\ le Irafpieid cl le pourcliassent. lenani tt'te à la meule des joiinialisics ipii alioiciit a[)rès lui, cl duii ciiui)
d'épaule, d"un coup de boutoir, les rejetant dans la boue. Il faudrait rappeler ses incessants procès, que plus dune fois il a plaides lui-même, avec les directeurs de revues ou de journaux, avec les libraires ou les contrefacteurs; sa bruyante intervention dans l'affaire Peytel; ses démêlés avec la Société des gens de lettres, et ses allées et venues, ses pétitions aux Chambres, ses appels à l'opinion, ses efforts endiablés, pour obtenir du législateur une loi qui garantît la propriété littéraire. Après quoi il resterait encore à constater qu'à travers tant de soucis, de travaux et de combats, il trouvait le temps d'écrire de longues lettres cordiales et vibrantes, d'explorer tous les mondes, de visiter tous les quartiers de Paris, de faire des voyages aux quatre coins de la France ou même aux quatre coins de l'Europe... La tête tourne à considéi*er trop longtemps et de trop près ce qu'il appelait en riant « la furie balzacienne ï. Regarder dans un pareil cerveau, c'est pénétrer dans une usine à vapeur où cinquante machines marchent à la fois avec un fracas assourdissant.
Le secret de sa force était moins dans la vigueur do son tempérament que dans la puissance de son imagination. Imagination prodigieuse, qui s'est développée sur ce fonds d'instincts i»ositifs et vulgaires, et développée presque jus(|ii":'i l;i folie.
L'imagination de IJalzac est un de ces dons de nature, une de ces mystérieuses formes de l'atavisme qui échaf)peiil ;'i l'analyse; mais, (huis nue eerlahie mesure, elle est aussi le produit des circonstances au milieu desquelles il a grandi. Il api)articnt à la génération ilc
Hugo, de Michelet, de Dumas père, de M'"" Sand, disons encore de Saint-Simon et de Fourier qui, par la date de leurs ouvrages, sinon par celle de leur naissance, sont bien du même temps. Il appartient à une génération qui avait grandi dans la fièvre. Comment s'étonner qu'elle ait compté tant de sublimes rêveurs, tant de fous généreux et de visionnaires, cette génération élevée avec des récits d'épopée qui semblent des fables et qui étaient de l'histoire? Enfant, Balzac avait entendu raconter les grandes scènes de la Révolution par des gens qui en avaient été les acteurs ou les témoins; il avait vu venir chez son père, en ISlîi, Bertrand de Molleville, un des derniers ministres de Louis XVI ' ; il avait connu des « aristocrates » naguère prisonniers à la Force ou aux Madelonnettes. A l'hôpital militaire de Tours et plus tard dans les rues de Paris, il avait rencontré les soldats d'Austerlitz et de Wagram; et quand on est né, qu'on a vécu en de pareils jours, quand, à seize ans, on a vu le retour de l'île d'Elbe et le départ pour Sainte-Hélène, on a le droit d'avoir la tête un peu troublée et de croire tout possible.
De toutes les âmes qu'avait enivrées Napoléon, il n'en est guère chez qui l'ivresse ait été plus forte et plus durable que chez Balzac. La redingote grise apparaît mainte fois dans son œuvre, dans les Souvenirs d'un paria, la Vendetta, la Femme de trente ans, Une ténébreuse affaire, etc.; et que serait-ce, s'il avait assez vécu pour achever la (Comédie humaine, pour rédiger ces Scènes de la vie militaire dont il n'a laissé que les titres : les Français en Egypte, la Garde consulaire, la Plaine de Wagram, la Campagne de France, le Dernier champ de halnillc, (Me? AilhMU's,