‹ Balzac, l'homme et l'œuvreChapitre 3 sur 69 · Cone.spoii<l(tncA'. di; II. dn liahar, p · texte numérisé non relu

Cone.spoii<l(tncA'. di; II. dn liahar, p

2. Vitir, dans la Coi-respoudmice, les lettres relatives au Croi/nrpll et au Vicaire îles Ardeiines. I>2n ISU."}, elle l'aide à « souder » les Deit.r rencontres aux autres (chapitres de la Femme de trente ans; en 1842, il lui demande des sujets, el elle lui fournit eolui de In di'hal. dans lu rie, s\\'\i\\. (|u"elle a repris ensuite et développé à sa l'aeon dans un petit récit intitulé le Vniiiuje en rniicou.

'A. Lettres à V Etraniji^re, |). 20i. 2.">'.l.

4. « llien ne peut duntier une id('e de ma vie jusiprà viufrldeu.\ ans ■• (Curr., p. TiO). Lettres à l'I'.trdmjih-e, p. :iS et 128.

de ses romans. L'histoire de ses jeunes années y est contée d'un ton un peu trop larmoyant, il y faut faire la part de l'arrangement littéraire et du désir, chez lui trop manifeste, de poétiser sa propre image, de se poser en jeune frère de René, en « enfant sublime » et en génie martyr; à cela près, l'histoire est exacte, elle est même des plus circonstanciées.

Confié d'abord, selon l'usage du xviii'^ siècle, à une nourrice de campagne chez laquelle il passa ses trois premières années, dès l'âge de cinq ans il commença sa vie d'écolier dans l'externat de Tours que nous fait connaître une page du Lys dans la vallée, puis fut envoyé, en 1807, au collège de Vendôme. Dans Louis Lambert, il décrit ce vieux collège d'Oratoriens qui conservait l'aspect, la règle et les habitudes d'un établissement quasi monastique. Il en dit les rigueurs, — et elles étaient réelles, puisque les élèves ne pouvaient quitter le collège qu'à la fin de leurs études, et qu'il a passé six ans sans revoir un seul jour le logis familial. II en dit la discipline sévère, les lettres aux parents et la confession obligatoires à de certains jours, les coups de férule, les séjours au cachot. Mais il en dit aussi les douceurs et les plaisirs, l'immense jardin où chaque élève avait sa cabane et ses pigeons, les représentations théâtrales aux jours de fête, les séances académiques, les courses à échasses, les glissades, les joyeux bavardages du réfectoire, et les échanges de jdals entre amateurs de dessert et amateurs de haricots rouges. Tout cela est i)cint grassement et conté avec bonhonii(\ l'jisuilc, les choses se gâtent un peu. Après avoir parlé en son nom, évoqué ses souvenirs, il introduit en scène son héros, Louis Lambert, et il entend bien que nous le reconnaissions sous les traits de Lambert, de l'adoles-

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cent rêveur et pensif dont l'intelligence effraie ses maîtres, qui rédige à douze ou treize ans un traité de la volonté destiné à renouveler la science, et qui promène sur la vie un regard si désenchanté. Déjà, dans la Peau de chagrin, il avait parlé de ce Ti^aité de la volonté, et sa sœur affirme qu'il en avait réellement écrit un à Vendôme ^ Néanmoins, la réalité est ici un peu moins poétique que ne le ferait supposer son récit, et il y a lieu de croire qu'il ne s'était fait remarquer à Vendôme ni par des éclairs de génie, ni par sa grâce rêveuse et son précoce désenchantement. En 18*J5, le directeur du collège de Vendôme adressait à Armand Baschetune lettre qu'il n'est pas mauvais de relire après Louis Lambert :

Monsieur,

... Je répondrai par ordre à vos huit questions.

" 1" En quelle année, etc. »

Le vieux registre d'entrée que j'ai conservé porte tcxtiiellelement : n" 400. Honoré Balzac, âgé de huit ans et cinq moi?: a eu la petite vérole; sans infirmités; caractère sanguin, s'échaulïant facilement; est sujet à quelques fièvres de chaleur. Entré au pensionnat le 22 juin 1807. S'adresser à M. Balzac, son père, à Tours.

Sorti lo 22 avril 181.'}.

« 2° Quelle classe, etc. »

Huitième, septième, sixième, cinquième, quatrième, troisième et partie de la seconde.

" 3° Avait-il un goût réel pour l'étude? •

Pendant les deux premières années, on ne pouvait rien tirer de lui, ni leçons, ni devoirs; répugnance invincible à s'occuper d'aucun travail commandé. Il a passé une partie do ce temps en pénitence, soit dans sa cellule, soit dans un l)ùchcr où il fut emprisonné une semaine entière. On le regardait comme l'inventeur, du moins potu" le collège de Vendôme, de la plume ;i trois i)ecs avec lacpiellc il avait coutume de faire ses j)cniiiim!i. Il lui vint ensuite la pensée de devancer

1. \oir aussi le Lijs ddiis la vullér, p. :i'.)8-400 (édition déllnitivo).

les occupations des classes de grammaire par des coni|)ositions anticipées, telles qu'il en voyait faire ou en entendait lire aux séances publiques par les seconds ou les rhéloriciens. Aussi, dès la quatrième son pupitre était comble de paperasses; sa réputation d'auteur était faite par ceux de sa classe ou des classes inférieures, mais contestée par les classes plus élevées, qui se plaisaient à répéter un essai malheureux qu'il avait fait d'un poème sur les Incas, dont le vers suivant est resté :

O Inca, ô roi infortuné et malheureux! i

« 4' Se faisait-il remarquer sous un point de vue quelconque? »

Ce qui précède était le plus remarquable...

« 8° Sa tournure et son caractère? >■

Un gros enfant joufflu et rouge de visage. L'hiver, couvert d'engelures aux doigts et aux pieds. La férule, alors quelque peu encore en usage, fut obligée de l'épargner assez souvent en raison de cette incommodité : et la peine était commuée en détention. Grande insouciance, laciturnité, pas de méchanceté, originalité complète "-.

Un gros enfant ronge, joufflu, couvert d'engelures, mauvais écolier aux yeux de ses maîtres, déjà grand auteur aux yeux de ses jeunes camarades, voilà, selon toute vraiscnd^lance, comment il faut se figurer Balzac à Vendôme, J'ajoute qu'il lisait avec passion, avec frénésie, grâce à la complaisance ou à la faiblesse du bibliothécaire' qui lui laissait enqiorter à son gré tous

1. Dans Louis Lambert, Ual/ac a gahnf'nt avoué ce poème et ce vers.

2. Uis/oire des œuvres de //. de Balzac, par M. le Vicomte de S|iii'll)erch de Lovcnjoul. En citant pour lu première fois ici cet excellent ouvrage que j'aurai à citer sans cesse, je prie l'auteur d'agréer l'expression de ma gratitude. Je ne saurais oublier ni ce (jue je dois à ses travaux d'i-rudition l)al/acicnne, ni la bonne grâce avec hwpielie il m'a ouvert ses précieuses archives.

'■i. Celui-ci lui (Idimail lies leç(uis parliculières de niatliéfnaliijues; voir Louis Ltuu/irrl.

les livres de la vieille et riche bibliothèque, romans, drames, traités de chimie ou même d'alchimie, livres d'histoire, livres mystiques, etc. 11 lisait tout, il lisait à s'en rendre malade ; et soudain, en 1813, il maigrit, pâlit, tomba dans une espèce de coma si inquiétant qu'il fallut en toute hâte le rendre à sa famille. 11 avait eu, selon la spirituelle expression de M"^^ Surville, une congestion d'idées : « Il ressemblait à ces somnambules qui dorment les yeux ouverts; il n'entendait pas la plupart des questions qu'on lui adressait, et ne savait que répondre, quand on lui demandait brusquement : à quoi pensez-vous? où étes-vous ' ? »

Après quelques mois de liberté, de grand air, de jeux et de gambades avec sa sœur Laure, il est rétabli. Il achève ses études, cette fois en qualité d'externe, au collège de Tours, puis à Paris, à la pension Lepitrc -. En 1810, il commence son droit ; il travaille dix-huit mois chez un avoué, M. Guillonnet-Mervillc, qui déjà parmi ses clercs avait compté Eugène Scribe, et dix-huit autres mois ('hez un notaire, M. Passez. Jusqu'alors, on ne faisait i»as gi-nnd fonds sur lui dans son entourage, et seule sa so'ur Laure, sa gian(h) amie, ne riait pas quand il annonçait qu'il remplirait l'univers de son nom. On le considérait comme un bon garçon, gai, facile à vivre, sans avenir, (jui i)Ourrait à la rigueur être expéditionnaire dans (piehpie bureau, parce (pi'il avait « une l»ell(^ main »... Pauvre Balzac! Kn voyant ce (piéhiil dcxcune son <'critur(^ «piinze ou vingt ans phis tard à force de noircir des milliers et des milliers de pages, qui se dou-

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