‹ Balzac, l'homme et l'œuvreChapitre 45 sur 69 · Vnir pins liJiiil. |). :{S · texte numérisé non relu

Vnir pins liJiiil. |). :{S

2. Lctlrcs ù l'Llidiu/ère, ]>. 34i; Corr., p. 2G7; — la ■• IcUri' iiii-ililc - est dans les iinliivi's di' M. do Sprelbcrch de Lovciijoul.

l'observation dans '< LA COMÉDIE HUMAINE » 161

parisienne, rencontre M™f= de Beauséant , naguère délaissée par le marquis d'Adjuda-Pinto; il s'attache à elle, quoiqu'elle soit bien plus âgée que lui; ils vivent une dizaine d'années côte à côte; puis il la délaisse à son tour, se marie, et presque aussitôt, en proie au remords de sa trahison ou plutôt au regret du bonheur perdu, il se fait sauter la cervelle. Sauf le dénouement, et sauf qu'entre eux la disproportion d'âge était plus grande encore, c'est à peu de chose près le roman de Palzac et de la Dilecla. 11 y avait eu, dit-on, un Adjuda- Pinto dans la vie de M"^'^ de Bcrny, et l'année 1822 est celle où Balzac vînt jouer auprès d'elle le rôle de Gaston de NuciP, celle où, pour l'éloigner d'elle, ses parents l'envoyèrent quelque temps à Bayeux chez sa sœur. Dix ans plus tard, la Dilecla dut éprouver, dut écrire tout ce que M™^ de Beauséant écrit à son jeune amant en lui rendant la liberté; et si la lettre de iM"^^ de Beauséant est admirable, si cette lettre qui veut èlre un adieu et qui est une caresse, si cette lettre qui voudrait signifier : « Sois liljre », et où chaque ligne cric : « Je taimc! » est une des rares pages de la Comédie humaine où Balzac ait su parler le langage vrai de la j)assion, c'est peut-être

l.Datc qu'il nous fournit hii-mômo dans la dédicace de Louis Lambert (promiiTc édition) : Et nunc ol semper dilect;p dicatum, 18'i"2-183'i. — M. Un notaiix s'est domaudé, on lisant Une passion au colli-f/e, histoire d'un coiiépien auioiircux de la uièrc d'un de ses (■ondisci|)les, si l'amour de Balzac pour la Dilerta ne datait pas du temps où il était encore au cidlèpc. .\ supposer que celte historiette assez ridicule contienne une allusion à Balzac et à M""" d(; nernj', il ne semble pas f|u'elle puisse prouver cela. Balzac était depuis loufitemps sdili du c(dléf;-e (piaud ses parents se (Ixèrent ii Villeparisis cl ipril y lit la connaissance; des Berny; il n'avait pas eu pour c(iiulisci|de le lils de la Dilccln, •• le petit de Berny », cninnu- il l'a[)pelle; mais en 1S22 il le faisait travailler, il lui faisait " la class(> », et ainsi s'expli(|U(> peul-èlre la scène finale de Vnr passion au collriji'.

DALZAC. il

qu'elle n'est qu'une copie, ou c"est, à tout le moins, qu'en récrivant il avait encore dans l'oreille le timbre et le rythme d'une chère voix mouillée de larmes. La date inscrite à la fin du récit ' en accuse le caractèi-e quasi confidentiel, elle en trahit l'intention secrète; en dépit de la dédicace à M""' d'Abrantès, elle dit à qui ce récit s'adressait. Lorsque Balzac l'a composé, en août et septembre 1832, à Angoulème, il venait de dénouer doucement le lien qui l'enchaînait, et il voyageait depuis trois mois, par crainte des rechutes. 11 l'a composé afin de consoler celle qu'il fuyait '^, et afin de rendre la rupture définitive en effrayant un peu sa tendresse. 11 a fait en sorte qu'elle le reconnût en ce Gaston de Nueil qui adore sa maîtresse au moment même où il la quitte, et qui meurt de l'avoir quittée. 11 savait que, dès qu'elle pourrait craindre de lui devenir funeste, au lieu de le rappeler dans ses bras elle ne songerait plus qu'à

1, Uislûirc des œuvres.

2. La même intention s'accuse dans Louis Lambert qu'il venait d'écrire au château de Sai'lié, et où il disait : <■ Louis Lambert est l'être (jui m'adonne l'idée la i)lus poétique et la plus vraie de la créalMrc que nous appelons un ange, en e.xceptant toulelois une femme de ([ui je voudrais dérober au monde le nom, les traits, la personne et la vie, alln d'avoir été seul dans le secret de son existence et de pouvoir Penstnelir au fond d(^ n)on ('(pur. » — Bien des mois d'amour, dans les lettres de Louis Lambert à sa fiancée, étaient, .](; pense, des mois vrais, des nu)ts de W""'de Berny (juc Balzac n'oubliait pas même en la fuyant : « Tu m'as dit ces enivrantes paroles : j(! veux tes peines. — Ne m'as-tu pas dit ce mot délicieux : Maintenant et toujours! Et 7uinc et senipir! — Si nos regards sont de vivantes paroles, ne faut-il pas nous voir pour entendre par les yeux ces interrogations et ces réponses du cœur si vives, si pénétrantes, ipie lu m'as dit un soir : Taisez-vous! quand je ne parlais pas? — Chérie aimée, il se rencontre tel elfet de lumière sur tes cheveux noirs ([ui me ferait rester, les larmes dans 1(!S yeux, piuidanl de longues heures, occupé à voir ta clière personne, si lu ne me disais pas en le retournant : Finis, lu u\v rends himteuse! ■>

s'effacer, qu'à le guérir de son amour. Voilà pourquoi M. de Nueil se tue. — Quant à M. de Balzac, il n'avait, au fond, nulle envie de se tuer. Mais il lui tardait d'être libre, et de faire tranquillement sa cour à M'"*^ de Castries qui l'attendait à Aix-les-Bains.

« Moi seul, a-t-il dit, sais ce qu'il y a d'horril)le dans la Duchesse de Langeais'. » Ce qu'il y avait d'horrible pour lui là dedans, c'était le rappel et l'exacte analyse de toutes les coquetteries ou roueries par lesquelles M™" de Castries l'avait naguère attiré et séduit; c'était cet art de jouer avec un conir, et de s'offrir, et de ne point se donner, art ^ju'il prête à .M""^ de Langeais et où il savait troj) bien que M""' de Castries excellait. Il était si naïvement tondjé dans le piège! Il avait été si troublé, si ravi, quand il s'était cru aimé d'une grande dame, d'une très grande dame! « La vraie duchesse, bien dédaigneuse, bien aimante, luie, spirituelle, coquette, rien de ce que j'ai encore vu! un de ces phénomènes qui s'éclijjsent, et ([ui dit m'aimer. (pii veut me garder au fond d'un palais à \enise! la femme des rêves! k — Arrivé auprès d'(;lle à Aix, en septembre 1832, il s'aperçut bientôt ({ue le plnMiomène s'éclipsait et s'éclipserait toujours au moment décisif; son désappointement fut extrême, les vraies duchesses lui devinrent odieuses, 1(^ iiioiidc lui sciiihia iii('-prisalilc. 11 ('(juqjrit l'ermite, il ai»prouva le- trai)piste, il envia le curé de village; il rêva de retraite, d'existence champêtre, de dévoucnx-iil aux humbles, — et cuniiiKMKia le Médecin de campiujiie. Il y peignit les beaux pays (jue son séjour à Ai.x lui avait [)crnus de visiter et qui, à défaut d'une Klvire, lui avaient du moins offert « lacs, ro('hers nuu^ts, grottes,

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