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forêts obscures » ; il y formula son rêve de vie évangélique et rustique. Il créa ce docteur Benassis qu'une grande douleur a conduit à fuir le monde, à se retirer dans le voisinage de la Grande-Chartreuse, et qui ne vit plus que pour les pauvres gens '. A l'origine, dans le chapitre iv qui est comme la clé de l'ouvrage et dans lequel Benassis explique sa vie actuelle par les malheurs de sa jeunesse, Balzac se proposait de conter sa récente déception, d'exhaler son chagrin et sa rancune, et de châtier la perfide qui s'était jouée de lui -. 11 eut le tort de ne pas s'en tenir à sa première intention. Il inventa pour ce chapitre iv une fade histoire d'amour contrarié dont la banalité dépare son beau livre, et de sa trop réelle déception, de la déception qui avait été « un des plus grands chagrins de sa vie ^ », il fît un autre livre, la Duchesse de Langeais. Ou plutôt il en fît deux autres, car les Secrets de la princesse de Cadignan où il se met en scène sous le nom de l'écrivain d'Arthez amoureux et dupe d'une comédienne de salon, ne sont qu'une seconde version, moins romanesque, mais aussi ou plus amère, de la Duchesse de Langeais.
D'autres amours ont laissé leur trace dans son œuvre.
Le Lys dans la vallée, qui est un dernier hommage à M"""- de Berny. est en même temps l'écho de tous les orages dont la vie sentimentale de Balzac était faite lorsqu'il l'a pul)]ié.Non seulement, dans ce roman écrit à la première [)crsonnc, en forme de mémoires, le voca-
1. L'original de Hcnassis csl le ddclcur l'iaiik, (juc lial/ac avait l'oiiiHi jadis aux ciniioris de l'Islc-Adani, cl (jui clait Ii' hicnraik'iir du jiays [Corr., |i. (il'.l; Italzac, iiar M'"»^ Surville).
2. (Jcla rt-suilc de li'llrcs (|ii(' possède M. de SiKrlIicrrli de Lovenjoul.
:t. Corr., p. 2.")K. - il aLlrihiiail aux ■■ airoeités » <le M"'" de Castrii's la maladie de eirnir doril il esl tuorl (Co/t., p. (i20).
l'observation dans « LA COMEDIE HUMAINE » 165
bulaire est le même que dans ses lettres d"amour, mais la situation du héros, de Vandenesse, pris entre son pur amour pour M'"'' de Mortsauf et son très matériel amour pour lady Dudley, est très exactement la sienne en 1833, 1834 et années suivantes ', entre M'"*^ Hanska qu'il appelait « sa chère étoile », « son ange de la terre », qu'il adorait à distance, et plusieurs autres femmes, moins angéliques, qu'il a aimées à la même époque un peu moins pieusement. Laquelle, parmi celles-là, ressemblait à lady Dudley? Quel nom mettre au-dessous du sien? Est-elle quelqu'une des mystérieuses inconnues dont nous ne savons que le prénom de Louise ou de Maria, imprimé en grands caractères sur la première page de tel ou tel de ses romans? Ou ne serait-elle pas, comme l'ont cru les premiers lecteurs du Lys et en dépit de ses dénégations, la belle comtesse Yisconti, Anglaise de naissance, dont M'"" Hanska fut un moment jalouse et non sans raison -?
Naturellement, à i)arlir du jour où .M""' Hanska entre dans sa vie, c'est elle surtout dont la pensée le hante au milieu de ses travaux. Tantôt, il donne son nom d'Evelina à la jeune (illc (pi'il fait a[)parailre dans le Médecin de campagne; tantôt, du nom de sa propriété de Wierzcliownia il fait le nom de l'oflicier i»olonais qui, dans la Recherche de iabsolu, inspire à (Jaës Tamour de la chimie ou de ralfhimic; et s'il lait dire à M""- \'aii(iuer, dans le Père Goriot, des lieuillcs pour des tilleuls, c'est (pie M""= Hanska prononçait le mot ainsi et qu'il en a ri avec elle. H y u dam^ Albcrl Sararas le souvenir dr Irurs pr(>mières rcnronlrcs de 1833 en Suisse, et Savaius n'est