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tromper. » Un autre se moquait de ceux qui avaient vu en Nucingen le baron James de Rothschild, mais signalait une parenté « incontestable » entre Adolphe Thiers et Rastignac... Et Balzac riait de son gros rire, se frottait les mains, criait : « J'en suis à la soixante-douzième femme qui a eu l'impertinence de se reconnaître en Fœdora ' ! i
Les chercheurs de ressemblances n'avaient ni tout à fait tort, ni tout à fait raison. Il est certain qu'il a travaillé les yeux fixés sur la réalité, et ses proches tremblaient, dit sa sœur, que ses portraits ne lui fissent de mortels ennemis. 11 a puisé à pleines mains dans la vie d'autrui comme dans sa propre vie. Et pourtant, il n'est aucun de ses romans cpi soit sa confession, il n'en est aucun qui soit un roman à clé 2. Il y avait bien, je pense, un peu de malice de sa part à dédier un de ses ouvrages au baron de Rothschild après avoir créé Nucingen, ou à confier l'illustration des £'mp/ojrâ à Henri Monnier qu'on y avait reconnu dans la falotte personne de Bixiou : il y avait à cela moins de malice que de fierté. Balzac avait conscience d'avoir fait tout autre
1. Lettres à l'Étranrjèfe, jt. 9. La princesse Bagration et M"" Récaiiiier étaient, dit-il, de ces •• impertinentes ». M. de Sprclbercli de Lovenjoul semble admetlrc {Une par/e perdue..., p. 28) que Firdora est Olympe Pélissicr, depuis M"" Hossini, que Balzac l'a aimée, et qu'un soir, comme Ua|)linël de Valentin, il s'était caché dans sa chanihie jxiur assister à son coucher. 11 est vrai (|u'cn 1S:}3, alors qu'elle était la maîtresse d'Eugène Sue, il fré- ([uriilait chez elle (A.c<<r(7s « l'Etrangère, p. 18); mais la connaissail-il dès le temps où a jiaru la Peau de chagrin'?
2. Il elîaçait et corrifieait avec le plus grand soin, en se relisant, ce (|ue ses ])ortrails ixnivaienl avoir de Irop individuel; voir, dans Une par/e perdue..., les transformations qu'il a fait subird'édition en édition au personnage de C.analis. i|ui d'ahortl ressemlilail Iroj) il Lamartine.
chose que de la satire personnelle, et d être véritablement un créateur :
Le fait vrai qui a servi à l'auteur dans la composition du Cabinet des antiques, dit la préface de ce roman, a eu quelque chose d'horrible. Le jeune homme a paru en cour d'assises, a élé condamné, a été marqué ; mais il s'est présenté dans une autre circonstance, à peu près semblable, des détails, moins dramatiques peut-être, mais qui peignaient mieux la vie de province. Ainsi, le commencement d'un l'ait et la fin d'un autre ont composé ce tout. Cette manière de procéder doit être celle d'un historien des mœurs : sa tâche consiste à fondre les faits analogues dans un seul tableau ; n'est-il pas tenu de donner plutôt l'esprit que la lettre des événements? il les synthétise. Souvent il est nécessaire de prendre plusieurs caractères semblables pour arriver à en composer un seul, de même qu'il se rencontre des originaux où le ridicule abonde si bien, qu'en les dédoublant ils fournissent deux personnages. Souvent la tête d'un drame est très éloignée de sa queue. La nature qui avait très bien commencé son œuvre à Paris et l'y avait finie d'une manière vulgaire, l'a supérieurement achevée ailleurs. Il existe un proverbe italien qui rend à merveille cette observation : « Cette queue n'est |)as de ce chat. >• {Queslu coda non è di fjiiesto galto.) La littérature se sert du procédé qu'emploie la peinture, qui, pour faire une belle figure, prend les mains de tel modèle, le pied de tel autre, la poitrine de celui-ci, les épaules de celui-là. L'affaire du peintre est de donner la vie à ces membres choisis et de la rendre probable. S'il vous copiait une femme vraie, vous détourneriez la tête.
Ainsi parlait déjà Molière dans l' Impromptu de Versailles, ainsi parlait La Hruyérc, ainsi parlent tous les grands peintres de la vie humaine, et Balzac avait le droit de parler comme eux. Un roman de lui csl une création bonne ou mauvaise, mais toujours une création. Plus on étudie les sources et les originaux de la Comédie humaine, jtlus on s'applique à y raii'(> la pari du l'éel, et pinson sent combien cc-lh- de l'invcnlion y est considérabl(\ Et j(! n'entends pas seulement par là cette inven-