‹ Balzac: l'homme et l'œuvreChapitre 22 sur 73 · Le Lys dans la vallée, la Peau de chagrin · texte numérisé non relu

Le Lys dans la vallée, la Peau de chagrin

Certains biographes se sont évertués à poétiser cette première liaison de Balzac ; ils ont évoqué le souvenir de Rousseau et de M™« de Warens *. Imprudente évocation! Avec sa pauvre longue figure tendre et fatiguée, M™ede Berny ne ressemble guère au < visage pétri de grâce » qu'une page des Confessions a doué d'une éternelle jeunesse. Celle que Balzac appelait la Dilecta, était mère de neuf enfants ; elle avait vingt-deux ans de plus que lui, elle en avait quarante-cinq quand ils se lièrent, cinquante-cinq quand le lien se dénoua, et ce sont là des réalités dont Jean-Jacques lui-même n'eût pu faire de la poésie.

Mais il faut parler d'elle sans ironie et sans dureté, parce qu'elle fut malheureuse et parce qu'elle fut bonne. Elle fut maternelle à son jeune amant. Elle ne se borna pas à le consoler aux heures de détresse; elle disciplina un peu celte force brute, et l'affina... autant qu'il était possible de l'affiner. Si on ne sait trop que penser des services d'argent qu'il accepta d'elle dans ses jours difficiles de la rue des Marais-Saint-Germain, s'il est assez déconcertant d'apprendre que des 90000 francs qu'il devait en 1828, il lui en devait, à elle, la moitié, on ne peut nier qu'elle ait eu sur le développement de son génie une heureuse influence. Elle relisait ses manuscrits, corrigeait avec lui ses épreuves, et « quand il y avait quelque chose de bien mauvais, elle ne discutait pas, elle mettait : mauvais, ou : phrase à refaire^ ». Fille d'un maître de harpe de Marie-Antoinette, belle-fille du chevalier de Jarjayes, très renseignée sur la société de

1. Balzac imprimeur, MM. Hanotaux et Vicaire ont donné dans leur livre, avec beaucoup de détails sur M""* de Berny, la reproduction d'un portrait d'elle qui avait appartenu à Balzac.

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