Lettres à VÊtrangère, p
Tancien régime et de l'émigration, elle aida l'informe barbouilleur de VHéritière de Birague et de Jean-Louis à devenir le grand peintre des Chouans; et par la suite, lorsqu'il s'égarait de nouveau, elle s'efforça de le ramener dans la bonne voie. Elle ne lui cacha point qu'elle ne goûtait ni le cynisme de la Physiologie du mariagCy ni le romantisme échevelé de ta Peau de chagrin, ni le galimatias mystique de Séraphita ; tout en admirant un peu trop le Lys dans la vallée, elle demandait que M"»® de Mortsauf mourante exprimât moins crûment à Vandenesse son regret de ne lui avoir pas appartenu *. Peu de maîtresses eussent été assez clairvoyantes et assez courageuses pour écrire comme elle au prétentieux auteur de Louis Lambert : < Fais, mon chéri, que toute la foule t'aperçoive de partout par la hauteur où tu le seras placé, mais ne lui crié pas de t'admirer 2. »
Elle est, au fond, la seule femme qu'il ait aimée ; il l'aima ardemment, pieusement, de tout son cœur. Il ne l'oublia, ne la renia jamais. Il souffrit des malheurs qui s'abattaient sur elle dans les derniers temps de sa vie ; la nouvelle de sa mort, en 1836, l'accabla; longtemps après il ne prononçait son nom qu'avec larmes ^. Il avait pourtant fini par s'apercevoir qu'elle ne lui donnait qu'un bonheur incomplet, un bonheur trop calme. Il se croyait destiné aux grandes passions de même qu'aux plus hautes fortunes : < Comme la nature m'a fait pour l'amour! » s'écrie-t-il le plus sérieusement du monde dans une de ses lettres; et, depuis 1832, il s'était remis en quête d'une Béatrice.
Il en eut plusieurs, successivement ou en même temps,