Lettres à Vatrangère, p. 107, 187, 282, 340, 418, etc
car il était homme à mener de front plusieurs grandes passions. Il soupira pour la blonde et languissante duchesse de Castries qui s'amusa un moment à le traîner après elle de salon en salon et de Paris jusqu'à Aix-les- Bains, mais qui se déroba dès qu'il se montra trop pressant*. Ensuite vinrent M'"^ Hanska, Louise... Mais qu'on remarque un détail qui a son importance : c'est toujours par correspondance que s'engagent ces galantes aventures. Balzac s'éprend avant d'avoir vu celle dont il se croit épris. Il n'a pas besoin de la voir ; il suffît de quelques billets anonymes, il suffit d'un peu d'écriture féminine, de quelques lignes tendres, coquettes ou mélancoliques, pour que sa tête travaille et se monte. M"**^ de Castries avait commencé à lui écrire, sans signer ses lettres, le 5 octobre 1831 ; elle ne se démasqua, elle ne lui fit savoir qui elle était, qu'en février 1832, et à cette date il était déjà ivre d'amour. Quant à Louise, si nous ne savons que son prénom, c'est qu'à la vérité il n'en a jamais su davantage. Il a correspondu avec elle, en 1836 et 1837, sans l'avoir une seule fois aperçue, sans connaître son vrai nom. Elle lui avait écrit la première, en anglais, et ne lui avait rien appris d'elle-même, sinon qu'elle n'était pas heureuse et qu'elle admirait passionnément son génie; il lui adressait ses réponses sous le nom d'emprunt qu'elle s'était choisi; et cet échange de lettres s'est ainsi prolongé pendant deux ans, jusqu'au jour où Louise est brusquement rentrée dans l'ombre et le silence 2.
Même avec M™« Hanska, les choses, au début, ne se sont point passées autrement. Elle était Polonaise et