Lettres à l'Étrangère, p
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dans un de ses romans, non sans les idéaliser de son mieux :
Une tête superbe : cheveux noirs, mélangés déjà de quelques cheveux blancs, des cheveux comme en ont les Saint-Pierre et les Saint-Paul de nos tableaux, à boucles touffues et luisantes, des cheveux durs comme des crins, un cou blanc et rond comme celui d'une femme, un front magnifique séparé par ce sillon puissant que les grands projets, les grandes pensées, les fortes méditations inscrivent au front des grands hommes ; un teint olivâtre marbré de taches rouges, un nez carré, des yeux de feu, puis les joues creusées, marquées de deux rides longues pleines de souffrance, une bouche à sourire sarde et un petit menton mince et trop court; la patte d^oie aux tempes, les yeux caves, roulant sous des arcades sourcilières comme deux globes ardents ; mais, malgré tous ces indices de passions violentes, un air calme...
Voilà le portrait physique. Quant au portrait moral, il n'est presque aucune de ses grandes créations à laquelle il n'ait prêté un peu de son âme; et Claës, Gobseck, Vautrin sont ses fils par leur imagination dévorante, par la force de leur vouloir, — comme aussi, hélas ! Gaudissart ou Lousteau, par leur bonne humeur et leur vulgarité.
Avec cela, personne n'a plus souvent que lui et plus curieusement regardé chez le voisin, et la Comédie humaine renferme plus d'une histoire vraie qui n'est pas la sienne, plus d'un portrait d'après nature qui n'est pas le sien.
Les héros des Chouans, le Gars, Marche à-terre, Gudin, M™e du Gua, avaient existé. 11 avait pu les voir en 1828, aux environs de Fougères, ou, tout au ipoins^ il avait
entendu parler d'eux par M. de Pommereul, témoin oculaire des guerres de chouannerie*.
Une ténébreuse affaire a son point de départ dans une affaire très authentique, quoique très ténébreuse, qui avait fait grand bruit sous le Consulat, — celle du sénateur Clémens de Ris, enlevé le 23 septembre 1800, près de Tours, par six hommes masqués, conduit par eux au fond d'un souterrain, et retrouvé, après huit jours de recherches, dans la forêt de Loches. Les hommes masqués étaient des agents de Fouché ; ils se trompèrent en s'emparant de Clémens de Ris : ce n'était pas lui que Fouché voulait prendre. De dépit, et pour détourner les soupçons, il fît arrêter des innocents, d'anciens Chouans ; plusieurs furent exécutés 2.
Un récit épisodique, dans VEnvers de Vhistoire contemporaine, rappelle et de plus près encore une autre affaire du même genre, l'affaire Le Chevalier. En 1807, M™« Aquet de Férolles, égarée par ses sentiments royalistes et sa haine de Napoléon, avait aidé Le Chevalier et sa bande de chauffeurs à s'emparer d'une somme de 63 000 francs envoyée àCaen par les receveurs d'Argentan et d'Alençon. Elle fut arrêtée avec ses complices et condamnée à mort. En vain elle se déclara enceinte pour obtenir un sursis ; en vain sa grâce fut demandée à l'Empereur : elle périt sur l'échafaud. Sa mère, M™« Hélie de Combray, dont le seul crime était de ne pas l'avoir dénoncée, fut