‹ BalzacChapitre 3 sur 9 · F. AI.ZAC · texte numérisé non relu

F. AI.ZAC

en 1816. 11 avait alors dix-sept ans et demi.

Ma mère faisait du travail la base de toute éducation et s'entendait merveilleusement à l'emploi du temps ; elle ne laissa donc pas un instant son fils oisif. Il reçut des leç'ons sur toutes les sciences négligées au collège et suivit les cours de la Sorbonne.

Je me souviens encore de l'enthousiasme que lui causaient les éloquentes improvisations des Villemain, des Guizot, des Cousin, (rétait la tête en feu qu'il nous les redisai^t pour nous associer à ses joies et nous les faire comprendre. Il courait travailler dans les bibliothèques publiques afin de mieux profiter des enseignements de ses illustres professeurs.

Pendant ses pérégrinations au quartier latin, il achetait sur les quais des livres rares et précieux qu'il savait choisir. Ce fut là l'origine de cette belle bibliothèque que ses constantes relations avec les libraires rendirent si complète, et qu'il voulait léguer à sa ville natale; niais l'indifférence de ses

compatriotes pour lui lors de ses voyages à Tours le blessa si profondément, qu'il renonça à ce projet.

M. Brun, préfet actuel dTndre-et-Loire, ancien camarade d'Honoré au collège de Vendôme, d'accord avec le maire, M. Marne, frère du célèbre Hbraire qui édi(a les premières œuvres de Balzac, dont il comprit aussitôt l'avenir, ont fait placer une inscription sur la maison où l'auteur de la Comédie HLMALNE cst né. Ce n'est toutefois pas celle où il passa son enfance. La maison de mon père appartient aujourd'hui à M"^^ la comtesse d'Outremont, amie de notre famille, et portait autrefois le numéro 29 de cette rue qui partage la ville et la traverse, depuis le |)ont jusqu'à l'avenue de Grammont.

On eût bien étonné les parents et les amis de Balzac si on leur eût dit, en 1817 et même plus tard, qu'il mériterait un jour cethonneur rendu à sa mémoire, si on leur eût annoncé enfin qu'on donnerait son nom à la rue (|u'il habitait à Paris lors de sa mort, et qu'un

imposant cortège le suivrait à sa dernière demeure. Ils n'auraient pas eu assez d'incrédulité à opposer à de telles prophéties, car, malgré la vivacité d\m esprit qui commençait à se faire jour, nul ne croyait encore à la haute intelligence d'Honoré; il est vrai qu'il pailait beaucoup, s'amusait de niaiseries comme les enfants, et avait une bonhomie et parfois des naïvetés qui le faisaient souvent notre dupe. Il eût été facile néanmoins de remarquer l'attrait qu'il avait pour les gens d'esprit et pour les conversations substantielles. Il se plaisait surtout auprès d'une vieille amie de notre grand'mère, M"^ de R..., qui avait été liée intimement avec Beaumarchais, et qui demeurait dans la même maison que nous. Mon frère la faisait causer sur cet homme célèbre dont, grâce à ces détails, il connut si bien l'existence, qu'il eût pu fournir les matériaux de la belle biographie que M. de Loménie vient de publier sur lui.

Mon père voulut qu'Honoré fît son droit,

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subît tous ses examens, et passât les trois années de son cours chez l'avoué et le notaire, afin cFy apprendre les détails de la j)rocédure, et la forme et la teneur d(3 tous les actes. L'éducation d'un homme n'était pas complète, selon mon père, s'il ne connaissait pas les législations anciennes et modernes et surtout les lois de son pays.

Honoré entra dans l'étude de M. de Merville, notre ami. M. Scril)e venait de la quitter. Après dix-huit mois de séjour chez cet avoué, il fut reçu chez M. Passez, notaire, où il resta le même temps. M. Passez habitait la maison où nous demeurions et était aussi Fun de nos intimes.

Ces circonstances expliquent la fidélité des descriptions d'intérieur d'études qu'on remarque dans la CoMf:DiE humaine , et la profonde connaissance des lois qu'elle révèle. J'ai trouvé chez un avoué de Paris le livre de César Birott eau au milieu des œuvres des légistes; il m'assura que cet ouvrage était excellent à consulter en matière de faillites.

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iMon frère était fort occupé à celte époque, car, indépendamment de son cours de droit et des travaux dont le chargeaient ses patrons, il avait encore à se préparer pour ses examens successifs; mais son activité, sa mémoire, sa facilité étaient telles, qu'il trouvait encore le temps d'achever ses soirées à la table de boston ou de ^vhist de ma grand'^ mère, où cette douce et aimable femme lui faisait gagner, à force d'imprudences ou de distractions volontaires, l'argent qu'il consacrait à l'acquisition de ses livres. 11 aima toujours ces jeux en mémoire d'elle; il s'y rappelait ses paroles, et un de ses gestes retrouvé lui semblait un bonheur arraché à la tombe !

Mon frère nous accomi)agnait aussi quelquefois au bal, mais s'y étant laissé choir malencontreusement, malgré les leçons qu'il recevait d'un maître de danse de l'Opéra, il renonça à la danse, tant le sourire des femmes qui suivit sa chute lui resta sur le cœur; il se promit niors de dominer la société au-

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Irement que par des grâces et des lalents de salon, et devint seulement spectateur de ces fêtes dont plus tard il utilisa les souvenirs.

A vingt et un ans, il avait terminé son droit et passé ses examens. Mon père lui confia les projets qu'il avait pour son avenir et qui eussent conduit Honoré à la fortune; mais la fortune était alors le moindre de ses soucis.

Mon père avait protégé jadis un homme qu'il avait retrouvé, en 1814, notaire à Paris. Celui-ci, reconnaissant et pour rendre au fils le service qu'il avait reçu du père, offrait de prendre Honoré dans son étude et de la lui laisser après quelques années de stage; la caution de mon père pour une partie de la charge, un beau mariage, des prélèvements successifs sur les brillants revenus de l'étude, auraient acquitté mon frère en peu d'années.

Mais Balzac, courbé dix ans, peut-être, sur des contrats de vente, des contrats de

mariage ou sur des inventaires!... lui qui aspirait secrètement à la gloire littéraire!

Sa stupéfaction fut grande à cette révélation; il déclara nettement ses désirs, et ce fut au tour de notre père d'être stupéfait.

Une vive discussion suivit. Honoré combattit éloquemment les puissantes raisons qu'on lui donnait, et ses regards, ses paroles, son accent révélaient une telle vocation, que mon père lui accorda deux ans pour faire ses preuves de talent.

Cette belle chance perdue explique la sévérité dont on usa envers lui et la rancune qu'il conserva contre le notariat, rancune qui perce dans quelques-unes de ses œuvres.

Mon père, ne céda pas, toutefois, aux désirs d'Honoré sans regrets \ des événements fâcheux les augmentaient encore. Il venait d'être mis à la retraite et de subir des pertes d'argent dans deux entreprises. Enfin nous allions vivre dans une maison de campagne qu'il venait d'acheter à six lieues de Paris.

Les chefs de famille comprendront les inquiétudes de nos parents en cette circonstance. Mon frère n'avait encore donné aucune preuve de talent littéraire, et il avait sa fortune à faire; il était donc rationnel de désirer pour lui un état moins problématique que celui de littérateur ! Pour une vocation telle que celle d'Honoré, vocation qu'il justifia si grandement , que de médiocrités ont été jetées en des voies malheureuses par une semblable condescendance! Aussi, celle de mon père envers son fils fut-elle traitée de faiblesse et généralement blâmée par tous ceux qui s'intéressaient à nous.

(c On allait faire perdre à mon frère un temps précieux; l'état de littérateur pouvait-il , en aucun cas, mener à la fortune? Honoré avait-il l'étofTe d'un homme de génie? Tous en doutaient... »

Qu'eût-on dit à mon père, s'il eût mis ses amis dans la confidence des offres qui lui avaient été faites?

Un intime, un peu brusque et fort absolu^

déclaia que, pour lui, Honoré n'était bon qu'à faire un expéditionnaire ! Le malheureux avait une belle main, selon l'expression du maître d'écriture qu'on lui avait donné à sa sortie du collège.

— A votre place, ajouta cet ami, je n'hésiterais pas à mettre Honoré dans quelque administration oii, avec votre protection, il arriverait promptement à se suffire.

Mon père jugeait alors son fils autrement que cet intime, et, ses théories aidant, il croyait à l'intelligence de ses enfants; il se contenta donc de sourire à cette sortie, tint bon et passa outre.

Il est à présumer que ses amis se séparèrent, ce soir-là, en déplorant entre eux l'aveuglement paternel...

Ma mère, moins confiante que son mari, pensa qu'un peu de misère ramènerait promptement Honoré à la soumission.

Elle l'installa donc, avant notre départ de Paris, dans une mansarde qu'il choisit près de la bibliothèque de l'Arsenal, la seule qu'il

ne connût pas et ou il se proposait d'aller travailler ; elle meubla strictement sa chambre cVun lit, d'une table et de quelques chaises, et la pension qu'elle lui alloua pour y vivre n'eût certainement pas suffi à ses besoins les plus rigoureux, si notre mère n'eût pas laissé à Paris une vieille femme, attachée depuis vingt ans au service de la famille, qu'elle chargea de veiller sur lui. C'est cette femme qu'il appelle, dans ses lettres, VIris messagère.

Passer subitement de l'intérieur d'une maison où il trouvait l'abondance, à la solitude d'un grenier où tout bien-être lui manquait, certes la transition était dure ! Il ne se plaignit pas toutefois dans ce réduit, où il trouvait la liberté et portait de belles espérances que ses premières déceptions littéraires ne purent éteindre.

C'est alors que commence cette correspondance conservée par tendresse et qui devint sitôt de chers et de précieux souvenirs.

Je demande grâce pour les badinages familiers que contiennent les premiers fragments que je vais citer. Leur caractère intime appelle naturellement l'indulgence. Je n'ose les supprimer, parce qu'ils peignent merveilleusement le caractère primordial de n:ion frère, et que le développement successif d'une telle intelligence me semble intéressaut à suivre.

Dans sa première lettre, après avoir énuiuéré ses frais d'emménagement (détails qui n'étaient à autres fins que de prouver à notre mère qu'il manquait déjà d'argent), il me confie qu'il a pris un domestique.

« — L*Q domestique!... y penses-tu , mon frère?

» — Oui, un domestique. Il a un nom aussi drùle que celui du docteur. Le sien s'appelle Tranquille, le mien s'appelle Moi-même. Mauvaise emplette, vraiment!... Moi-même est paresseux, maladroit, imprévoyant. Son maître a faim, a soif^ il n'a quelquefois ni pain ni eau à lui offiir; il ne sait pas même le garantir contre lt3 vent qui

souille à travers sa porte et sa fenêtre, connue Tiilou dans sa flûte, mais moins agréablement. »

Suivent les réprimandes du maître au serviteur :

« — Moi-même?...

» — Plaît-il, monsieur?

» — Regardez cette toile d'araignée où celte grosse mouche pousse des cris à m'étourdii? Ces moutons qui se promènent sous le lit, cette poussière sur les vitres qui m'aveugle?...

» Le paresseux regarde et ne bouge pas! et malgré tous ses défauts, je ne puis me séparer de cet inintelligent Moi-mêmel... »

Dans sa seconde lettre, il s'excuse de la première, que notre mère avait trouvée fort

négligée.

« Dis à maman que je travaille tant, que vous écrire est mon délassement! Alors, sauf vot' respect et le mien, je vais, comme l'âne de Sancho, parles chemins broutant tout ce que je rencontre. Je ne fais pas de brouillon ( fi donc ! le cœur ne connaît pas les brouillons). Si je ne ponctue pas, si je ne me relis pas, c'estpourque vous me relisiez

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et pensiez plus longtemps à moi ! Je jette ma plume aux bétes, si ce n'est pas là une Iinesse de femme I...

» Vous saurez, mademoiselle, qu'on économise pour avoir ici un piano; quand ma mère et toi vous viendrez me voir, vous en trouverez un. J'ai pris mes mesures, en reculant les murs il tiendra, et si mon propriétaire ne veut pas entendre à cette petite dépense, je l'ajouterai à l'acquisition du piano, et le Songe de Rousseau (morceau de Cramer forl à la mode alors] retentira dans ma mansarde, où le besoin de songes se fait généralement sentir. »

Que de travaux il médite!... des romans, des comédies, des opéras-comiques, des tragédies sont sur sa liste d'ouvrages à faire. Il ressemble à Tenfant qui a tant de paroles à dire qu'il ne sait par où commencer. C'est d'abord Stella et Coqsignie, deux livres qui ne ^ irent jamais le jour ! De tous ses projets de comédie de ce temps, je me souviens des Deux Pliilosophes , qu'il eut certainement reprisa ses loisirs. Ces prétendus philosophes se moquaient l'un de l'autre, se querellaient

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sans cesse, comme des amis 'disait mon frère en racontant cette pièce).

Ces philosophes, tout en méprisant les hochets de ce monde, se les disputaient sans pouvoir les obtenir, insuccès final qui les raccommodait et leur faisait maudire en commun la détestable engeance humaine !

Pour laquelle de ces œuvres lui faut-il le Tacite de notre père dont l'édition manque dans la bibliothèque de l'Arsenal? Ce désir fait le sujet de sa troisième lettre.

« Il me faut absolument le Tacite de mon père; il n'en a pas besoin, maintenant qu'il est dans la Chine ou dans la Bible!... »

Mon père, enthousiasmé des Chinois (peutêtre à cause de leur longévité comme peuple), lisait alors les gros livres des jésuites missionnaires qui ont décrit la Chine les premiers; il annotait aussi de précieuses éditions de la Bible qu'il possédait, livre qui, en tout temps, causa son aduiiration.

« Il ne te faut pas longtemps pour savoir oi^i est

la clef de la bibliotlièqiie! Papa n'est pas toujours chez lui, il se promène tous les jours! et le farinier Godard est là pour m'apporter le Tacite!

» A propos, Coqsigrue dépasse présentement mes forces, il faut le ruminer et attendre pour l'écrire.

» Je n'aime pas, ma chère, tes travaux historiques et tes .tableaux siècle par siècle. Pourquoi t'amuser [et le mot est mal choisi) à refaire l'ouvrage deBlair? Prends-le dans la bibliothèque, il ne doit pas être loin du Tacite, et apprends- le par cœur; mais^à quoi bon? Cne jeune fille en sait assez quand elle ne /r/casse pas Annibal avecCésar, ne prend pas le Trasimène pour un général d'armée, et Pharsah pour une dame romaine; lis PJutarque et deux ou trois livres de ce caJibre-Ià^ et tu seras calée pour toute ta vie, sans déroger à ton titre charmant de femme. Yeux-tu donc devenir une savante ? Fi !.. . fi !.. .

» J'ai fait cette nuit un rêve délicieux; je fisais Tacite que tu m'avais envoyé!...

» Talma joue maintenant Auguste dans Cinna. J'ai grand'peur de ne pouvoir résister à l'aller voir; mais quelle folie!... mon estomac en tremble!...

» Les nouvelles de mon ménage sont désas-

Ireuses, les travaux, nuisent à la propreté. Ce coquin de Moi-même se néglige de plus en plus. 11 ne descend que tous les trois ou quatre jours pour les achats, \a chez les marchands les plus voisins et les plus mal approvisionnés du quartier ; les autres sont trop loin, et le garçon économise au moins ses pas; de sorte que ton khre (destiné à tant de célébrité) est déjà nourri absolument comme un grand homme, c'est-à dire qu'il meurt de faim I

» Autre sinistre : le café fait d'affreux gribouillis par terre; il faut beaucoup d'eau pour réparer le dégât; or, l'eau ne montant pas naturellement dans mdi ce les te mansarde (elle y descend seulement les jours d'orage), il faudra aviser, après l'achat du piano, à l'étabhssement d'une machine hydraulique, si le café continue à s'enfuir, pendant que maître et serviteur bayent aux corneilles.

» Avec le Tacite, n'oublie pas de m'envoyer un couvre-pied; si tu pouvais y joindre quelque vieillissime châle, il me serait bien utile. Tu ris ? C'est ce qui me manque dans mon costume nocturne. H a fallu d'abord penser aux jambes qui souffrent le plus du froid; je les enveloppe du carrick tourangeau que Grogniart, de boustiquante mémoire,

cousiUonna. [Grogniart était un petit tailleur de Tours chargé jadis d'ajuster à la taille du fils les liabits dup^re, et qui ne s'acquittait pas de ce travail à la satisfaction d'Honoré.)

» Le susdit carrick n'arrivant qu'à mi-corps, reste le haut mal défendu contre la gelée, qui n'a que le toit et ma veste de molleton à traverser pour arriver à ma peau fraternelle, trop tendre, liélas ! pour le supporter; de sorte que le froid me pipe,

« Quant à la tète, je compte sur une calotte dantesque ^'^OMY qu'elle puisse braver aussi l'aquilon. Ainsi équipé, j'habiterai fort agréablement mon palais î...

» Je finis cette lettre comme Caton finissait ses discours; il disait : Que Carthage soit détruite! Moi, je dis : Que le Tacite soit pris! et je suis, chère historienne, de vos quatre pieds huit pouces, le très-humble serviteur. »

Voici une lettre (d'août 1819) que je copie tout entière, après avoir préalablement donné les explications nécessaires pour la rendre intelligible.

Mon père , pour épargner m son fils des froissements d'amour- propre en cas du

non-succès de ses espérances, le disait absent de Paris. C'était d'ailleurs un moyen de le préserver de toute tentation mondaine. M. de Yillers, dont il parle dans cette lettre, était nn vieil ami de la famille, ancien abbé et comte de Lyon, retiré à Nogent, petit village situé près de l'Isle-Adam. Mon frère avait déjà fait plusieurs séjours chez lui; la spirituelle conversation de ce bon vieillard, ses curieuses anecdotes sur Tancienne cour oîi il avait obtenu de grands succès, les encouragements qu'il donnait à mon frère, dont il était le confident, avaient fait naître une telle affection entre eux, qu'Honoré appelait plus tard l'îsle-Adam son paradis inspirateur.

« Tu veux des nouvelles, il faut que je los fasse; personne ne passe dans mon grenier, je ne peux donc te parler que de moi et renvoyer autre chose que des fariboles; exemple :

» Le feu a pris rue Lesdiguières, no 9, à la tête (l'un pauvre garçon, et les pompiers n'ont pu l'éteindre. 11 a été mis par une belle femme qu'il ne connaît pas: on dit qu'elle demeure aux Quatre-

Nations, au JjolU du ponl des Arts ; elle s'appelle la Gloire.

» Le malheur est que le l)rùlé raisonne, et il se dit:

» Que j'aie ou non du génie, je me prépare dans les deux cas bien des chagrins!

» Sans génie, je suis flambé! il faudra passer la vie à sentir des désirs non satisfaits, de misérables jalousies, tristes peines!...

» Si j'ai du génie, je serai persécuté, calomnié ; je sais bien qu'alors W^ la Gloire essuiera bien des pleurs!...

)) 11 serait temps encore de faire partie nulle et de devenir un M. ***, qui juge tranquillement les autres sans les connaître, qui jure après les hommes d'État sans les comprendre, qui gagne au jeu, même en écartant les atouts, l'heureux homme ! et qui pourra bien un jour devenir député, parce qu'il est riche, l'homme parfait !

» Si je gagnais demain un quinè à la loterie, j'aurais raison comme lui, quoi que je fasse ou dise; mais n'ayant pas d'argent pour acheter cette espérance, je n'ai pas celte merveilleuse cliance pour en imposer aux sols!... Patraque d'humanité !...

» Parlons i)lulùl de mes plaisirs ! J'ai fait hier un

boston chez mes propriétaires, oii, après avoir entassé misères sur piccolos et avoir eu des cliances d'innocent (j'avais peut-être songé à M. ***), j'ai gagné... trois sols!...

» Maman va dire : « Allons, Honoré va devenir » joueur !... » Point, mère, je veille sur mes passions.

» J'ai songé qu'après l'hiver laborieux que je viens de passer, quelques' jours de campagne me seraient bien nécessaires!...

)) Non, maman, ce n'est pas pour fuir ma bonne vaclie enragée : j'aime ma vache; mais quelqu'un près de vous, vous dira que l'exercice et le grand air sont bien utiles à la santé de l'homme ! Or donc, comme Honoré ne peut se montrer chez son père, pourquoi n'irait-il pas chez le bon M. de Villers, qui l'aime jusqu'à soutenir le pauvre rebelle?

)) Une idée, mère! si vous lui écriviez pour arranger ce voyage ? Allons, c'est comme si c'était fait; vous avez beau prendre votre air sévère, on sait que vous êtes bonne au fond, et l'on ne vous craint qu'à demi !

» Quand viendrez- vous me voir? boire mon café, manger des œufs brouillés, raccommodés sur un plat que vous m'apporterez? car si je succombe

à Cinna, il faudra renoncer à monter mon ménage et peut-être même au piano et à la macliine hydraulique.

» L'Iris messagère ne vient pas! J'achèverai demain cette lettre.

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