SOINS DE CULTURE DONNÉS A L'ÉPOQUE DES PREMIÈRES INTRODUCTIONS
Lors des premières introductions, les bambous furent considérés comme des plantes très frileuses. Ils furent cultivés en sèrre chaude « à l’étouffée » comme presque toutes les plantes émanant des régions lointaines. Mais peu à peu on s’aperçut que moins on leur donnait de chaleur artificielle, plus on leur prodiguait l’air, et mieux elles prospéraient ; enfin, on les livra à la pleine terre. C’est à Ph. mgra (1) que ce traitement rationnel fut appliqué en premier lieu, depuis, . on n’a plus cessé d’essayer en plein air toutes les espèces d’Extrême-Orient. Beaucoup se sont montrées d’une grande résistance aux intempéries de notre climat, et peuvent y acquérir une grande puissance de développement.
DRE NRERSRESSAIS DE VUEGARISATION.
La diffusion des bambous dans les jardins d'Europe eut de bonne heure ses champions. Cependant, on ne rencontre encore ces admirables végétaux, que dans bien peu de cultures, et l’A.japomca est, pour ainsi dire, la seule espèce largement répandue. La principale raison de cette rareté des bambous ne réside pas seulement dans la difficulté que l’on éprouve à s’en procurer de bons exemplaires — très peu d’horticulteurs en livrent -- mais surtout dans ce fait que l’amateur considère le bambou comme une plante vivace quelconque. Il en veut obtenir immédiatement tout l’effet décoratif,comme d’un Hofteya, d’un Gynerium ou d’un Myscanthus. C’est là une erreur profonde, les bambous rustiques doivent être considérés en Belgique comme des arbres qui ne produisent leur effet qu’à longue échéance. Comme un arbre evergreen quelconque, le bambou demande des soins chaque année, il croît en tailie et en beauté ; mais il n’aura acquis toute son ampleur et toute sa résistance aux intempéries que au bout d’un certain nombre d’années. Aussi avons-nous souvent entendu des professionnels et des architectes-paysagistes déclarer que « les bambous sont de mauvaises plantes ». La vérité est que souvent les professionnels ignorent comment on les cultive, où 1l faut les placer et quel parti on peut en tirer dans l’ornementation d’un parc.
(1) Voyez Rivière, Les Bambous, p. p. 155-156.
Voici une citation (1) qui fera comprendre combien furent fréquents le dépit et le manque de patience qui firent condamner les bambous même sous des climats bien plus favorables que celui de la Belgique.
« Le public horticole n’a pas oublié le concert d’éloges « et de séduisantes promesses qui accompagnèrent à son « apparition sur les catalogues de la maison Van Houtte, « l’Arundinaria falcata. (2) On pronait beaucoup cette gra- « minée gigantesque, originaire des hautes régions de l’'Hi- « malaya, capable de résister sans abri aux froids les plus « rigoureux, circonstance exceptionnelle jusqu’à ce jour dans « les plantes d’une constitution et d’un « facies » analogues « à ceux des bambous. Des amateurs s’émurent : des essais « tentés sur plusieurs points de notre Midi ne répondirent « pas à l’attente fiévreuse qu'avait excitée l’annonce de « M.Van Houtte, et la réaction se faisant proportionnelle à « l'engouement initial, des plaintes s’élevèrent par suite des « déceptions nombreuses,et ma plume traduisit dans l’Hor- « ticulteur Provencal le mécontentement des horticulteurs « marseillais. J’ai vu, en effet, chez M. Fion, l’un des plus « honorables amateurs marseillais, un échantillon d’A. Jal- « cata qui depuis plus de deux ans (3), végétait à peine à la « façon d’un Phalaris arundinacea. Le résultat ne répondait « guère aux promesses de l’annonce, et les horticulteurs du « Midi ne furent pastentés de varier dans des conditions plus « favorables l’expérience malheureuse de M. Fion, dont le « sol un peu sec, se prêtait mal aux exigences du végétal:
Tout récemment à Hyères, j’ai touvé dans le jardin
« de M. Rantonnet une magnifique touffe ayant le port d’un
« bambou, et dont les tiges, d’une longueur de 4 mètres,
« me frappèrent par leur jolie coloration et par l’élégance
« des feuilles dont elles étaient couvertes. Ma surprise fut
« extrême en apprenant que c'était un échantillon d’A. fal-
« cata, et je regrettai amèrement le jugement que j'avais « porté sept ans (4) auparavant.
« M.Rantonnetadoucit monrepentiren me donnant quel-
« ques explications sur la croissance de ce gracieux végétal.
(1) Revue Horticole de France, p. 133 et suivantes, ann. 1855. Dr Turrel.
(2) En réalité c’est de A. Falconeri dont les graines furent récoltées en 1847 par Madden, au mont Pindari, qu'il s’agit ici.
(3) Deux ans, voyez un peu ! Et notez que c'était un jeune semis.
(4) Le Dr Turrel fait évidemment erreur: c’est cing ans qu’il devait dire: En effet, la mise au commerce par Van Houtte, date de 1848, il a examiné chez M. Fion, un individu planté depuis 2 ans; son article de récriminations date donc de 1850, et le présent article cité fut écrit en 1855.
« Confié au sol depuis six ans, l'A. falcata avait eu « d’abord une végétation assez misérable et ne différant « guère, pour l’aspect et l’élévation, d’un Phalaris arundi- « nacca ; depuis deux ans seulement la plante est affranchie « de cette langueur, et a poussé des tiges de 3 à 4 mètres « de développement. »
PRE MFURREL:
Secrétaire du Comice agricole de Toulon.