CÉRNETIRE. TV QUELQUES COLLECTIONS PARTICULIÈRES
En Italie, il y a environ 45 ans, le Signor Fenzi commença à réunir une importante collection de bambous, en introduisit et décrivit de nouvelles espèces et en propagea le goût par son exemple et ses écrits. Il y a 35 ou 40 ans son parc de San Andrea in Percussina dans les environs de Florencecontenaitaumoins25 espèces de bambous cultivées en plein air. C’était, à cette époque, la collection la plus nombreuse, et celle que réunissait alors à Segrez le grand
amateur français Lavallée, pouvait seule lui être comparée. Dans ce splendide domaine de San Andrea, qui appartient aujourd'hui à M. Luigi Cocchi, on retrouve encore une douzaine des espèces de bambous plantées par Fenzi, parmi lesquelles on peut voir un grand Phyllostachys qui semble n’exister nulle part ailleurs en Europe. Il est possible que ce soit le Ph. mdularia (1) Munro M. $. S. dans l’herbier de Kew, espèce chinoise qui monte jusqu'aux confins du Thibet (2). Cette espèce est sans doute l’une des plus rustiques de ce beau genre, et il serait hautement désirable qu’elle soit largement multipliée et essayée partout dans les cultures de bambous.
Le magnifique parc de San Andrea in Percussina, à 7 kilomètres de Florence est desservi par un tram à vapeur. La route qui y mène se déroule dans un cadre très attrayant: tantôt dans une pleine bien cultivée, tantôt dans une vallée étroite et sauvage, passant ensuite à travers une opulente forêt. Le domaine historique de feu le Signor Fenzi et son palais occupent le sommet d’une colline dans un site admirable. Le parc est largement conçu, les vues judicieusement ménagées, les arbres verts exotiques et autres y forment une riche collection où les beaux exemplaires sont nombreux. La santé, la vigueur des plantes sont parfaites et en rapport avec tout ce que l’on voit de mieux en Italie. Il est regrettable qu’une si magnifique Villa soit momentanément inhabitée. De divers points des perspectives sur le domaine, avec les Appennins bleus dans le lointain, sont des tableaux tour à tour merveilleux ou poétiques.
À propos de la collection de feu Fenzi nous devons faire deux remarques :
1° La plupart des grandes collections d'amateurs contiennent des espèces ou des variétés qui y sont restées confinées parfois pendant bien longtemps, passant inaperçues, tant la plupart des bambous se ressemblent pour celui qui n’en a pas fait une étude spéciale. Parfois cependant ces espèces rares se sont répandues dans quelques jardins des environs immédiats de la propriété où s’est faite l’importation primitive, tout en restant inconnues des horticulteurs, voire même des botanistes. Nous avons observé ce fait dans trois collections différentes.
© (1) Pour plus de détails voyez plus loin l’article intitulé: à la recherche de Ph. nidularia.
(2) Cette plante n’a rien de commun avec B. nidularia, Hort. qui est Arundinaria fastuosa (Mitfort) H. de L.
29 La moitié des 25 espèces cultivées par Fenzi sont mortes et ont disparu de son parc. Ce sont évidemment les plus délicates et son B. quadrangularis est au nombre des disparus ; mais le fait à noter c’est que parmi les espèces qui se sont maintenues, 7 n’y en a aucune qui ne soit bien rustique en Belgique, c’est-à-dire à environ 1000 Milomètres plus
au Nord.
Les rives et les îles des lacs du nord de l’Itahie, des lacs Insubriens, constituent une région privilégiée pour la culture d’un grand nombre de végétaux exotiques. Nous y rencontrons des bambous en beaucoup d’endroits, notamment dans les îles du lac Majeur. Le Comte Boromée, amateur distingué, y possède depuis longtemps de beaux bambous et des espèces très délicates, telles que Ayundinaria gracls (Rivière) Blanchard (1), y prospèrent admirablement, développant des chaumes de 5 à 6 mètres. Une touffe de PH. mihis placée vers le sommet de l’Isola Bella fait de puissants chaumes, malgré une situation un peu sèche et le manque d'espace. À l’Isola Madre le Ph. bamb. var. Marhacea dépasse dix mètres et la grosseur du poignet. Sur la côte en face, l'établissement horticole des Fratelli Rovelli à Pallanza contient une nombreuse collection de bambous d’une belle venue dont la nomenclature s’est beaucoup amélhiorée dans ces dernières années. Sur la rive du lac de Come, à Bellagio, les superbes jardins du Marquis Trotti contiennent de très beaux bambous, entre autres les plus grands Arundinaria japomca d'Europe (huit mètres de hauteur). Enfin, à la Riviera, on peut examiner à la Mortola (Vintimille), ce paradis créé par feu Sir Thomas Hamburv, d'assez beaux spécimens de quelques espèces et un bon nombre de jeunes plantes nouvellement ajoutées à la collection. Nous signalons que la Mortola possède certains À. cespiteux que nous n’avons pas pu identifier.
En Portugal les jardins d’un amateur érudit, le Vicomte de Montserrate, situés dans le site privilégié de Cintra renferment de beaux et vigoureux bambous.
En France les collections d’amateur sont particulièrement nombreuses et l’on peut dire que le long de la Riviera une grande partie des jardins contiennent des bambous. Cependant le climat y est trop sec en été et le feuillage en est souvent grillé. Ce n’est que dans les situations où l’on
(1) Revue Horticole, 1886, p. 490, description de l’espèce par Blanchard,
peut les 1rriguer copieusement qu’ils prennent de l’ampleur. L’une des plus anciennes collections (1), cultivée loin de la Côte d’azur est celle de M. Lavallée à Segrez (Seine-et-Oise). Les espèces qu’elle comprenait, au nombre d’une vingtaine (2) ont été transportées au Fruthcetum des Barres, appartenant à M. M. L. de Vilmorin. Cette ancienne collection n’a donc pas disparu ou cessé de se développer comme beaucoup d’autres, mais elle s’est déplacée et elle s accroît rapidement entre les mains de son nouveau propriétaire (3). Jusqu'ici ces plantes n’ont pas pris un grand développement. C’est du reste le sort de la plupart des bambous : souvent, par nécessité, on les déplante, on les divise, on les limite si bien qu’ils languissent sans prendre leur essor. Il y a cependant des exceptions : M. Avesnier, dont le parc est situé dans la Basse Loire, a introduit chez lui le P#. bambusoides il y a plus de trente ans. Sa veuve a laissé cette espèce se développer librement sur un vaste espace, et aujourd'hui c’est une forêt dont les chaumes dépassent dix mètres de hauteur. Ph. mis a pris un développement semblable chez M. Bally à Chanos-Curson, près de Tain(Drôme).
Dans la vallée privilégiée de la Loire, 1l s’est formé depuis quelques années une collection très importante : celle de M. le D' Ed. Bureau directeur honoraire du Muséum de Paris. Cette collection, réunie au parc de la Meilleraie, près Riaillé, Loire Inférieure, comprend déjà plus de cinquante espèces, presque toutes de pleine terre sous ce climat humide et régulier, dont les hivers sont en général fort doux. Grâce à des soins intelligents, la plupart de ces espèces prospèrent rapidement, et quelques unes dépassent actuellement six ou sept mètres. Il faut espérer que cette collection fera pénétrer en peu d’années les bambous dans la plupart des jardins de cette région. À Cannes (Alpes maritimes) il existe deux vieilles collections : en premier lieu celle de la Villa des Cocotiers. Les bambous ont envahi la plus grande partie de ce superbe jardin, escaladant les pentes et les rochers, formant de vrais bosquets. On y peut admirer de superbes exemplaires de Bambusa Thouarsi Kunth, grande espèce cespiteuse très rustique, développant sans soins des chaumes de dix mètres au moins.
(1) Pour plus amples détails sur les collections françaises formées entre 1860 et 1880, voyez. Bull. de la Société d’acclim. de Paris, 1882, pp. 34 à 42, Dr Ed. Mène.
(2) Voyez Arboretum Segrezianum 1877, pp. 304-306.
(3) Voyez Fruticetum Vilmorinianum 1904, pp. 215-216.
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Plusieurs espèces d’Arundinaria cespiteux (gracahs et Falconeri),. des Bambusa, des Phyllostachys, un Sasa y forment d’opulentes touffes ou des massifs étendus. Un jardin tout voisin a été le premier champ d’expérience du grand amateur que fut Mazel. Son jardin est encore plein de ‘bambous, mais ce n’est guère qu’au point de vue historique que nous le citons, car il transporta bientôt ses cultures au domaine de Prafrance, près d’Anduze, Générargues (Gard). Prafrance (étymologie pra fran — pré franc - sous entendu d'impôt, comme appartenant au seigneur) à été acheté le 3 Novembre 1855 par feu Mazel à M”° Anne de Gailière, veuve du Vicomte Ch. de Narbonne-Lara. Ce domaine appartenait à la famulle de Gaullère, les seigneurs de Généraroues, depuis de longs siècles. Mazel se mit aussitôt à l’œuvre avec un jardinier italien, Paoletti, et transforma ce petit coin des Cévennes en un délicieux oasis où, jusqu’à sa mort en 1879, il ne cessa d’accumuler, sans compter, les trésors végétaux recueillis dans les régions sub-tropicales et tempérées. Prafrance (1), d’une étendue de vingt-trois hectares, comprend une petite plaine d’alluvions profondes et fertiles, au bord du Gardon, aux pieds mêmes des Cévennes, et une certaine étendue de coteau et de rochers. C’est une cuve aux pentes abruptes, fermée presque de toutes parts. En amont et en aval la rivière a creusé d’étroites gorges, vrais coups de sabre dans la montagne, granitique en amont, calcaire en aval. Par suite de ces dispositions, les étés y sont torrides, mais les hivers quelquefois sévères. Les premières gelées d'automne s’y montrent pariois dès le quinze octobre et les gelées printanières peuvent s’étendre jusqu’au début de mai; mais pendant tout le cours de l’hiver, les journées sont chaudes quand le soleil brille. Il y neige très peu, la fonte suit toujours de très près la chute. La grêle est rare, mais le vent est redoutable pour la végétation, les orages sont assez subits et violents. Durant l’hiver de 1870- 1880, on a constaté — 20° centigrades et pendant celui de 1904-05 on a enregistré — 14° centigrades trois Jours de suite, sous l’haleine glacée d’un bhizzard du nord-est. Cette gelée intense et persistante accompagnée de grand vent a tué les Mimosa dealbata et Eucalyptus globulus de trente ans environ plantés aux pieds des rochers de Prafrance. Les maxima d'été ne paraissent pas aussi élevés que, par exemple, ceux de Montpellier, mais durant cinq ou SIX
(x) Altitude de Prafrance : 134 à 151 mètres.
mois le thermomètre dépasse très fréquemment 30° au milieu du jour, et parfois 35°. Comme criterium botanique de ce climat nous indiquerons que, outre les Mimosa et Eucalyptus cités plus haut, Chamaerops humilis y est parfois détruit ; Quercus suber, B. quadrangularis y souffrent parfois un peu: 1e rachycarpus excelsa n’y souffre jamais et s’y reproduit spontanément.
Nous ne pouvons ici entrer dans la nomenclature des végétaux exotiques introduits à Prafrance ; nous renvoyons ceux que la question intéresse au catalogue publié par M. Nègre ;1). Après la mort de Mazel, qui avait épuisé d'énormes ressources pour achever son œuvre vraiment remarquable, cette propriété passa aux mains du Crédit foncier de France qui l’afferma pour en tirer parti. Cette période qui dura vingt-trois ans ne fut naturellement pas favorable à l’entretien des collections végétales. C’est dans ces conditions que le 20 novembre 1902 M. G. Nègre, de Cette, acheta Prafrance et le 24 février 1906, à l’expiration du bail de son fermier, 1l commença à gérer lui-même son domaine. Grâce à l’aimable et précieux concours de M. le D' Flahault, le savant directeur de l’Institut de botanique de l'Université de Montpellier, de M. Fabre, Conservateur des eaux et forêts et de M. Daveau, Conservateur au J. B. de Montpellier, M. Nècre entreprit résolument le sauvetage de ce qui reste des collections réunies par Mazel. Bientôt, l’ancien jardinier de feu Mazel, M. Gaghasso, répondant à l'appel du nouveau propriétaire vint l'aider de sa précieuse expérience, dans cette œuvre si déhcate et si intéressante de reconstitution. C’était un heureux appui et une garantie que mainte plante rare enfouie sous les ronces ne périrait pas sous les coups d’un manœuvre. Les vastes plantations de bambous sont au nombre des collections qui ont le mieux résisté à ces vingt-cinq années d'abandon et c’est à ce titre que Prafrance nous intéresse tout particulièrement (2). Le visiteur qui entre par l’ancienne grille du parc, est dès l’abord frappé par l’aspect exotique du chemin : 1l suit une avenue de près de deux cents mètres de longueur, toute bordée d'énormes bambous dont les chaumes, de dix à quinze mètres de hauteur, s’entrecroisent au-dessus de sa
(1) On consultera aussi très utilement à ce sujet
Revue horticole ; 1872 pp. 249-251 et 302-303 ; 1873, pp. 256-250.
Annales de la Société d'Horticulture et d'histoire natureile de l'Hérault, tome xxx, mars
(2) Voyez déjà Le Bambou p.77 et suivantes.
gueur
lon
avenue de Bambous de Prafrance