BREA
en moyenne à 2 ou 3 mètres en avant des chaumes d'avant-garde. Souvent plusieurs rhizomes cheminent dans le sol parallèlement et à peu de distance l’un de l’autre. Mais, après quelques années, 1l se forme un tel lacis de rhizomes entrecroisés, qu’il devient impossible de reconnaître leur direction et qu’il se formerait un fourré épais si la main de l’homme n’intervenait pas.
Dès lors, le cultivateur doit éclaircir prudemment chaque année et s'attacher strictement à produire une futée ou le soleil pénètre assez pour murir tout le feuillage pendant l’été court et souvent froid de la Belgique, mais cependant assez serrée pour que les rayons du soleil et le vent ne puissent atteindre le sol au point de le dessécher. |
S1 la futée est trop dense, les jeunes chaumes et leur feuillage ne sont pas aoûtés et l'hiver suivant les fait périr, ce qui compromet grandement l’avenir de la plantation; si la futée est trop claire, le soleil dessèche le sol, le vent renverse les chaumes, enlève le. paill naturel: inconvénients aussi graves que les précédents.
Le juste milieu est naturellement difficile à tenir: le nombre des chaumes à conserver par hectare varie avec chaque espèce ; il varie aussi avec sa vigueur dans chaque sol. La pratique le déterminera en tenantcompte des données suivantes : 1° Il est inutile de conserver les chaumes âgés de plus de 4 ans, à moins qu'ils ne comblent des vides où de plus jeunes ne se développent pas ; 2° Quand les jeunes chaumes sortent de terre, 1l ne faut conserver que les plus vigoureux et ceux qui sont bien placés pour combler des vides ou remplacer les plus âgés (1); 3° Il faut supprimer tous les ] jeunes turions qui apparaissent trop tard pour avoir chance de s’aoûter, c’est-à-dire après le 15 août au plus tard.
Une plantation bien tenue présente donc l’aspect d’une colonnade régulièrement espacée dans tous les sens, chaque chaume jouissant d’une surface suffisante pour étaler son feuillage de façon à toucher celui des voisins sans s’y mêler. Le sol est uniformément couvert d’un pailli naturel qui n'excède jamais o m. 10 d'épaisseur, et l’on n’y voit pas de ‘ces chaumes jaunis par l’âge et chargés de broussins pen-
(x) La suppression d’une partie des j jeunes chaumes qui pointent à peine n’a pas les mêmes inconvénients que la cueillette d’un jeune chaume complètement développé.
Tn250 —
dants à l'extrémité des branches, qui sont les signes de leur décrépitude.
Ces soinssont minutieux et ilfaut longtemps en Belgique (environ 10 ans) pour obtenir une belle plantation de quelque étendue; son maintien en bon état demande une attention soutenue, et 1l ne faut pas ménager les engrais.
Le terrain qui, d’après lesessais comparatifs, paraît, en Belgique, le plus favorable à la culture des bambous, est un sol sablonneux ou argilo-sableux exempt de pierres. Il doit être assez léger pour s’égoûter facilement, et pourtant assez compact pour que les chaumes y trouvent une assiette suffsante pour résister au vent. Il est aussi à remarquer que plus un rhizome est vigoureux, plus il chemine profondément dans le sol, pour un même degré de vigueur il s’enterre plus profondément dans un sol léger que dans un sol compact. À tous égards les rhizomes sont donc mieux protégés contre les intempéries dans un sol léger.
Nous pouvons distribuer aux plantes de l’eau et de l’engrais à volonté, mais 1l n’en est pas de même de la chaleur, or c’est son défaut seul qui retarde et apauvrit la végétation des bambous en Belgique. Ici encore se vérifie la loi du minimum. Celle-ci ne s’étend pas seulement aux éléments nutritifs contenus dans le sol, elle s’applique aussi à tous les facteurs dynamiques et physiques concourant au développement du végétal : la chaleur, l'humidité, la lumière, l'électricité, etc... doivent être envisagées aussi bien que l’azote, la potasse, l’acide phosphorique, ia chaux, la silice, Etc
L'absence d’un élément quelconque empêche toujours les autres d’êtres utilisés. Sous les tropiques on remarque parfaitement que le départ de la végétation des bambous coïncide avec le début de la saison humide : c’est l’eau qui est l'élément limite. Xci ce départ coïncide avec le réchauffement du printemps : c’est la chaleur qui est l'élément limute. Que faut-il en conclure? Que le choix de l'emplacement est, sous notre climat, le point capital pour la culture des bambous. Si vous possédez une pièce d’eau, plantez les bambous sur la rive doucement inclinée vers le sud. La proximité d’une pièce d’eau présente un avantage dont il faut savoir tirer parti : la réflection des rayons du soleil sur l’eau échauffe le feuillage des plantes placées au nord de l’étendue d’eau. Pour peu que les bambous ainsi placés soient protégés au nord et à l’est par des massifs d’arbres, des construc-
tions ou une colline, vous les verrez croître avec une vigueur extreme ct prendre en quelques années un grand développement : c’est-à-dire que les meilleures espèces arriveront à dépasser 8 à 10 mètres de hauteur dans la basse Belgique et guère moins dans la Belgique ROpESeE Si VOUS suivez nos indications de culture.
À défaut de la rive d’une pièce d’eau, choisissez un emplacement dont le sol soit incliné au sud afin que la terre s’y échauffe le plus possible quand le soleil donne. Les situations plus ou moins tournées à l’est ou l’ouest con- . viennent encore assez bien; mais ne plantez jamais les bambous sur un côteau tourné au nord, c’est peine perdue, . vous n’y obtiendrez rien de bon dans notre pays. Il serait tout aussi inutile de planter en sous étage dans un bois.
Quant à la protection contre le froid, des plantes éta- blies, nous la réduisons à l’emploi d’un pailli de feuilles sèches ou de fumier à demi consommé. Dans les plantations anciennes de quelque étendue, les feuilles sèches tombées des bambous suffisent amplement à garantir le sol . contre les gelées. Sur les bords des massifs, cependant, le vent dénude le sol ; il faut établir un pailli, n’excédant jamais o m. 10,dans ces situations ainsi que sous les touffes qui n’ont pas encore constitué leur pailli.
Nous pensons que le pailli joue en Belgique un rôle d’une extrème importance dans la culture des bambous et nous désirons y insister ici de nouveau et tout particulièrement. En hiver un épais pailli est une excellente protection contre le refroidissement du sol ; au printempset en été c’est un écran qui empêche le réchauffement de la terre, si nécessaire à la bonne croissance des rhizomes et au développement de gros turions. Que faire ? Placer un épais pailli en
décembre et l'enlever en mars ou avril (au moment ou la température moyenne de l’air dépasse la température moyenne de la terre) ? Ce serait tout simple et parfait s'il ne fallait craindre, comme conséquence un dessèchement. du sol si préjudiciable aux bambous qu’il arrêterait bien souvent leur croissance. Que faire alors ? Arroser, copieusement. Le moyen serait excellent si des arrosages copieux ne refroidissaient (1) pas le sol — et c’est précisément contre cet écueil que nous devons lutter. — Et bien quel parti prendrons nous donc ? Nous ne savons si nous avons pris le
ae ) À moins d’être pratiqués à l’eau chaude, ce qui n’est pas possible en gran
meilleur, mais jusqu’à présent nous enlevons le païlli complètement aux premiers beaux jours et nous en remettons une mince couche quand nous constatons que le sol menace de se dessécher ou si le froid fait un retour tardif.Est-ce parfait, non certes, et nous entrevoyons une meilleure solution dont nous pourrons peut-être faire l’an prochain un exposé complet. |
Jusqu’à présent les chutes de neige ne nous ont occasionné que des dégats insignifiants et nous n’avons pas encore dû avoir recours au procédé japonais de protection appelé « Yabu-maky » (x).
Nous inspirant des notions qui précèdent et qui s’appuient strictement sur l’expérience acquise par la culture de centaines de touffes isolées, nous avons entrepris, il y a deux ans, la création d’un bois de bambous. Ce n’est qu’un bien modeste début : sur une surface de dix ares, nous avons planté 600 rhizomes sans aucun chaume (février 1905). L'emplacement choisi permet son extension progressive sur plusieurs hectares. En présence du résultat qui se dessine (2), nous comptons déjà en doubler au moins l’étendue au printemps de 1908. Nos cultures se développent donc régulièrement en nombre d’espèces et en surface couverte.
Les espèces les plus intéressantes en Belgique à tous égards sont :
A) En sol sec avec arrosage (ou irrigation au pis aller) ÉMHÉreE
1° Ph. puberula (Henon:)Ha-chiku et ses variétés Boryana, migra, ngra-punctata, flavescens, fulva, etc.
2° Ph. bambusoides (Ph. Quilior, Riv.) Ma-dake.
3° Ph. mitis Riv. (non Makino) et sa varicté sulfurea.
4° Ph. aurea Riv. Hotei-chiku.
5° Arundinaria fastuosa, mtida et Simoni.
B) En sol humide, mais non marécageux:
1° Ph. wolascens ;
2° Ph. vindi-glaucescens et flexuosa ;
3° À. japonica, Sasa paniculata et sa variété #ebulosa et Sasa borealis.
Soit vingt espèces et variétés. C’est plus qu’il n’en faut pour contribuer à l’ornementation des jardins et pour produire toutes les dimensions,colorations, formes et qualités de
(x) Voyez L, Van de Polder.
(2) En 1907, des chaumes issus de ces rhizones ont atteint 350 de hauteur.
bois susceptibles d’être utilisées par le commerce et l’industrie. Les principaux emplois en seraient : la fabrication du papier , des cannes à pêche, tuteurs, perches, manches d’outilset de parapluies, cannes de promenade, éventails,meubles rustiques, tuyaux de pipes, porte-cigarettes, porte-plume, ustensiles divers de bureau, toute la vannerie, etc. etc... Il faut, du reste, faire un usage courant du bambou pour se rendre compte de son utilité. Quand on dispose depuis plusieurs années d’un grand nombre de chaumes de toutes dimensions, on en arrive bientôt à se demander comment on pouvait auparavant se passer de ces matériaux si maniables et d’un si agréable aspect. On est bien forcé de reconnaître que leur disparition causerait un véritable embarras dans les travaux courants de la maison et du jardin.