CHAPITRE VIII. — CONCLUSION
Nous pouvons donc dire que nos essais d'introduction et de culture des bambous sont en bonne voie, et donnent déjà des résultats encourageants. Ils doivent être poursuivis et étendus, et 1ls le seront si nous le pouvons, pendant un grand nombre d’années encore, pour porter tous leurs fruits. Nous avons dû, en effet, tout d’abord, rechercher, créer, établir et expérimenter la méthode de culture la mieux adaptée aux conditions où nous sommes. Heureusement aujourd’hui cette première période est presque terminée, croyons-nous, et nous poursuivons nos essais avec d'autant plus de confiance et d’ardeur que nous voyons au sein de la population de nosenvironsse dessiner un mouvement intense de curiosité bienveillante en faveur des bambous, et un désir avide d’en faire un usage quotidien. Quant à nos expériences d’acchmatation par le semis, elles sont encore à leurs débuts, et 1l faudra, pensons nous, de longues périodes avant qu’elles donnent des résultats pratiques.
Ermitage (Mons), 12 septembre 1907.
Contribution à l'étude du processus de la végétation chez les Bambusacées. ()
Il nous reste à examiner aujourd’hui les formes d’inflorescence et les modalités de fructification des bambous.
Les formes sont nombreuses, nous en donnerons quelques-unes des plus caractéristiques à le planche qui paraîtra un peu plus tard et nous renvoyons à sa légende sans entrer dans des détails circonstanciés plus à leur place dans une. monographie.
Nous examinerons les modalités de fructification dans leurs rapports avec la biologie des espèces. Nous diviserons tout d’abord les modalités en deux groupes : 1° les espèces à épis terminaux ; 2° les espèces à épis axillaires.
Ces deux modalités, qui se rencontrent parfois réunies dans un même genre, paraissent avoir des conséquences distinctes au point de vue de la vie du chaume fleurissant. Pour toutes les espèces, dont la fructification nous est connue, la formation d’épis terminaux entraîne (en moyenne) la mort rapide du chaume après la maturation des caryopses ; tandis que les tiges nous ont toujours paru survivre longtemps (en moyenne) à la formation d’épis axillaires, Rivière a déjà signalé le fait, mais sans établir de coordination ; 1l cite la survivance des chaumes (2) de Dendrocalamus macro-
Nculmis (Riv.) H. de L.(Bambusa macroculmis, Rivière) (3). Le même fait est attesté par E. A. Carrière au sujet du Bambusa Thouarsi, Kunth (4) Nous avons aussi pu le vérifier depuis trois ans à l’Ermitage sur À. variabilis var. Fortunez.
Quant à la survivance ou à la mort des plantes à la suite de la fructification, elle ne paraît nullement être en concordance avec ces deux modalités. Nous trouvons, par exemple,
des Arundinaria à épis terminaux et d’autres à épis axillaires qui survivent à la fructification.
Ex. : À. variabilis, Mak. (épis axillaires) qui survit ;
A. Simont (Car.) Riv. (épis terminaux) qui survit
aussi.
(1) Voyez pp. 22 et 146.
(2) Rivière, Les Bambous, pp. 102-103.
(3) D’après la description (Rivière, les Bambous, pp. 184 à 100) il est clair que cette plante, qu’il a classée dans le genre Bambusa, doit être rapportée au genre Dendrocalamus.
(4) Voyez Revue Horticole 1873 p. 26. et 1875 p. 235. E. A. Carrière.
De même nous trouvons des espèces à épis lerminaux
dont les unes survivent et les autres ne survivent pas à la
fructification. |
Ex. : À. falcata, Falconeri, gracilis, qui meurent.
Eh: mitis, puberula, À. japonica, qui survivent.
La survivance de Ph. mitis est un fait acquis depuis 105414), cele,de 1e /onica Fee 1868: (2) idee flexuosa depuis 1876 (3).
De ce qui précède, 1l ressort qu’il y a des espèces de bambous qui sont monocarpiennes et d’autres qui ne le sont pas. Parmi les espèces importées en Europe, les 4 ou 5 premières qui ont fleuri ont survécu à la fructification ; ce fut cependant le phénomène inverse, constaté plus tard qui frappa, masqua le souvenir des premières constatations, et fut bien trop vite généralisé. Parmi les espèces de plein air en Belgique, qui ont fructifié, nous n’en connaissons aucune qui Soit monocarpique. Bien plus, sur les 40 ou 45 espèces plus ou moins rustiques en Belgique, une seule, À. nihida, nous parait avoir des affinités avec les espèces monocarpiennes.
Il est digne de remarque que aucune espèce traçante ne se soit jusqu'ici montrée monocarpienne, et que, sauf une seule, À. mhda, toutes les espèces rustiques en Belgique soient traçantes.
Cependant la division des bambous en éraçants et en cespiteux ne nous mène pas non plus à éclaircir la question des modalités de fructification. Certains cespiteux meurent (4) et d’autres survivent ; mais, par contre, nous le répétons, parmi les traçants nous ne connaissons que des espèces qui survivent à la fructification.
La portion de la plante qui survit à la fructification n’est pas toujours la même. Chez toutes les espèces cespiteuses que nous connaissons, si la plante survit, ses chaumes survivent en même temps que la souche.
Par exemple : Dendrocalamus macroculmis, Bambusa Thouars.
Chez les tracants, les uns perdent tous leurs chaumes.
(x) Voyez Revue Horticole 1877. p.p. 356-357. A. Hardy.
(2) Voyez Rivière, Les Bambous, p. 08.
(3) Tbidem p. 90.
(4) Etudiez à ce ‘sujet les nombreux faits cités par Sir Dietrich Brandis F.R, S. dans ses « Biological notes on Indian Bamboos » ex Indian Forester, janvier 1899.
élnites 1. -
Par exemple, tous les Phyllostachys dont la floraison nous est connue.
Chez d’autres les seuls chaumes qui fleurissent meurent :
Par exemple Arundinaria auricoma.
Chez d’autres enfin les chaumes ayant fleuri ne périssent pas :
Par exemple : Aryundinaria variabilhs, Sasa pamiculata.
Il y a encore l’élément de temps à considérer : il faut tenir compte de l’intervalle qui s’écoule entre deux floraisons d’une même plante ou d’une même espèce, si celle-ci est monocarpienne. Chez beaucoup d’espèces deux fructifications sont toujours séparées par une longue période ; on dit que l’intervalle peut atteindre un siècle; il n’est, semblet1l, presque jamais inférieur à 20 ans. Nous voulons parler seulement ici des florisons normales et en grande masse ou de la floraison complète d’un individu et deses divisions ; mais non pas des floraisons exceptionnelles telles qu’en mentionne Sir D. Brandis (1) cu telles que nous en avons constatées à l’Ermitage (2). Certains auteurs cependant affirment que diverses espèces fleurissent chaque année sur les mêmes plantes. Le fait parait bien prouvé pour les espèces appartenant au genre Sasa (3). Il en est probablement de même de À. auricoma et de plusieurs autres : mais divers auteursont, sans doute ,malinterprèté des faits comme celui-ci : A. Simoni (4) fleurit à des intervalles de 30 ans environ, mais sa période de floraison est longue : chez nous il a fleuri sans interruption de 1900 à 1908. M. Latour- Marliac de Temple sur Lot nous affirme que la floraison de cette espèce s’est poursuivie chez lui pendant environ 15 années consécutives, avant que tous les chaumes fussent morts.
Exemples de floraisons à longs intervalles : À. Simom a fleuri en Europe vers 1873 puis aux environs de 1903 ;
A. japonica y a fleuri en 1867-68 et n’a plus fleuri depuis;
Ph. nutis a fleuri en 1856 et n’a plus refleuri ;
Ph. nigra introduit en 1827 en Angleterre a fleuri en 1903-04 pour la prenuère fois (il ne s agit pas. de Ph: mgra introduit en France en 1846 qui n’a pas encore fleuri).
On cite parmi les espèces qui fleurissent chaque année
1) Biological notes, p. p. 19 et 20 du tiré à part. 21e Bambou, pp. 22-36.
(3) Voyez Makino et Shibata « On Sasa, a new genus of Bambusaceae, and its afinities ». Bot. Mag. of Tokyo. Vol. XV, p. 168, I9O1I.
(4) Il est probable que d’autres espèces se comportent de la même façon.