‹ BambuseaeChapitre 74 sur 94 · C. Phyllostachys aurea Rivière, est considéré par tous · texte numérisé non relu

C. Phyllostachys aurea Rivière, est considéré par tous

les auteurs comme une espèce indigène au Japon ; on l'y

rencontre, en eïtet, en dehors des cultures.

Nous appellerons cependant l'attention sur un point.

Ph. aurea est-il bien une espèce ?

Les mérithalles raccourcis de diverses facons de Ph. aurea méritent d’être comparés à ceux de la variété heterocycla de Ph. pubescens. L'analogie physiologique est frappante : même disposition des fibres ligneuses et des diaphragmes. L'analogie biologique n'est pas moindre : dans les deux cas la caractéristique variétale n'apparait pas chez les divisions anémiées ; elle ne se montre que progressivement au cours du développement de la plante. La caractéristique variétale manque rarement aux chaumes iorts, mais elle manque parfois. (1) Ces chaumes faisant

ainsi retour au type normal sont beaucoup plus haut et

plus effilés pour leur diamètre.

Il n’est peut être pas inutile de dire ici que la caractéristique variétale nous parait moins constante en Europe qu’au Japon et qu'elle se montre déjà en Extrême-Orient, sur des chaumes sensiblement moins gros qu’en Europe.

Ce caractère des mérithalles et des diaphragmes se.

retrouve également, et'd'une. facon très accentuee/s1eMe Ph. heteroclada, Oliver, plante chinoise collectée aux confins du Sikkim et du Thibet en Para 1890 par le D’ Aug. Henry.

Les échantillons fleuris que nous avons examinés dans l'herbier deKew nous portent àcroire quePh.heterocladaest une variété de l’espèce dénomméePh.nidularia par Munro, en manuscrit dans l’herbier deKew.Leséchantillons fleuris de ce dernier, soumis à Munro, avaient été recueillis en Avril 1874 dans le district de Patung, province de Changtung, bassin du Yang-Tsé, Chine. L'espèce y est cultivée dans les terrains bas et marécageux sous le nom de Pa-hoo et sert à la vannerie. C’est la même espèce, sans aucun doute que Rendle a dénommée Ph. congesta d’après un

(1) Nous possédons une touffe de Ph. Aurea bien traçante qui dans une direction perd progressivement les mérithalles raccourcis à mesure qu’elle s'étend. Les dernières tiges poussées vers l’extrémité d’unrhizome au printemps nie en sont même complètement dépourvues. Nous espérons done nous trouver dans peu d’années en possession du type.

échantillon îleuri récolté à Ichang, province de Hupeh, lune sen 1897 par le D' Aug. Henry.

Ce Ph. nidularia, Munro, MSS, n’a rien de commun avec les plantes vendues par certains horticulteurs sous le

nom de Ph. nidularia, Hort.

Voici donc trois plaotes présentant des anomalies semblables : pour deux nous connaissons les types d’où elles dérivent, pour la troisième nous ne connaissons rien de semblable.

C’est pourquoi nous ne tirerons pas de ce qui précède

la conclusion formelle que Ph. aurea, KR. est une variété,

mais nous disons, il est possible — ou même probable — que Ph: aurea est une variété d’un type qui nous est encore inconnu.

Nous ajouterons à ce sujet que nous avons examiné — un peu trop rapidement — à Kew (n des tiges appartenant à un grand Phyllostachys à chaumes normaux étiquetés par le Prof. T. Makino : « Yellow Bamboo ». L'aspect général de ces tiges rappelle assez bien les portions normales des Îorts chaumes de Ph. aurea que nous avons récoltés dans le Midi de la France ; toutefois les chaumes de « Yellow Bamboo» nous ontparu plus lisses etplusjaunes.

Trois ou quatre chaumes sont exposés dans une vitrine, 2 ou 3 proviennent de tiges hautes de 5 à 7 mètres, un autre beaucoup plus fort est la partie inlérieure d’une tige qui pouvait atteindre 12 à 14 mètres.

Ces chaumes ne nous ont pas paru pouvoir être rapportés à Ph. sulfurea, K., ni à aucune autre espèce cultivée en Europe à notre connaissance. Nous serions très reconnaissant à M. le Prof. T.- Makino s’il avait l’obligeance de donner quelques éclaircissements à ce sujet dans un prochain numéro du Botanical Magazine de Tokio. Avant de venir à Kew,ces chaumes ontété exposés àS' Louis U.S.

L'origine de Ph. aurea nous parait donc obscure et douteuse.

Nous ne sommes du reste pas seul à penser que PA. aurea pourrait être une variété : dans l'herbier du Polytechnicum de Zurich une étiquette écrite de la main du Prof. T. Makino, attachée à un échantillon de Ph. aurea

(1) Jardins Royaux de Kew, musée des végétaux utiles, situé près de l'entrée principale.

En juillet 1906, quand nous les avons examinées, ces tiges étaient enfermées dans le dessous de la vitrine centrale de l’avant dernière salle Ouest du xer étage de ce batiment. Cette salle contientuue très nombreuse ettrès intéressante collectionsde chaumes de Bambusacées.

authentique porte la mention suivante : Ph. bambusoides

S.et Z. var. aurea. La première partie du nom nous parait inadmissible : Ph. bambusoides S.etZ. étantle Ph. Quiliot R. ; mais la seconde partie du nom marque bienl'hésitation du Prof. Makino à élever Ph. aurea au rang d'espèce.

D) Phyllostachys sulfurea, Rivière.

Nous émettons l'hypothèse que cette plante pourrait être une variété de PA. mitis, R., — espèce incontestaz blement chinoise. — pos |

Ph. sulfurea, en effet, quoique d’un aspect bien distinct de Ph. mitis, grâce à ses chaumes jaunes d’or striés de vert, et à ses feuilles un peu panachées de jaune, sen rapproche étonnemment par ses caractères, à tel point que c’est uniquement parce que nous, mebCornma, sons les Îleursnide l'un, ni del’autre,que nous conservons un doute sur leur unité spécifique.

La probabilité de notre appréciation se confirme par

l'examen et la comparaison de B. vulgaris, Sch.in Wend:

et de sa variété vitata ; B. nana ,Roxb'1et#s41nramèere Alphonse Karri ; } h. nigra Munro et sa variété Jlavescens ; Ph.Quilioi, R., et sa variété Castillomis. On trouve, en ellet, que ces variétés difièrent de leur types respectiis de la même facon que Ph. sulfurea. diffère dette

S1 l'examen dés îleurs vient confirmer cette hypothèse,

il faudra donc conclure que Ph. sulfurea est une variété d’une plante chinoise.

Plusieurs considérations se dégagent des faits que nous avons expOSéS.

1° Maintes grandes ESPÈCES de Phyllostachys qui existent en Chine, manquent au Japon ; tandis que la réciproque ne parait rien moins que certaine. (Nous ne parlons pas ici des variétés.) |

2° Quelques grandes espèces de Phyllostachys existent au Japon qui y ont été certainement introduites de Chine, et la proposition inverse ne s’appuierait sur aucun fait constaté.

3° L’ethnographie de cette partie de l'Asie indique que les migrations de la race jaune s’y sont opérées de l'Ouest à l'Est. Or les peuples migrateurs transportent avec eux les végétaux qui leur sont le plus utiles. [1 est donc proba- ble que le rameau jaune qui a colonisé le Japon par le Sud

y a importé quelques grandes bambusacées de la région

d'où il venait. :

| a UeENESS

Ce sont précisément les espèces importées primitivement par la race jaune, peu après la conquête duJapon,pour lesquelles la tradition d’origine a dû se perdre. La question de leur indigénat ( est d'autant plus difficile à élucider que ces espèces ont pu, au cours des siècles, s'échapper des cultures dans leur patrie d'emprunt, et y donner lieu à des variations, à des « sports » aujourd’hui plus ou moins fixés par l’hérédité sous forme de variétés locales, ou de

« petites espèces » créées sous l'influence de conditions

climatiques nouvelles.

De ce qui précède il résulte qu’une exploration systématique devrait être entreprise au Japon d’abord. Puis, connaissant les bambusaçées de ce pays, le voyageur devrait passer en Corée. Ce pays, dont la flore est encore peu connue, doit être la voie naturelle des espèces subtropicales du continent qui ont passé au Japon sans le secours de l’homme. Il serait donc très probable que les groupes indigènes de la Chine moyenne, non représentés dans la partie chaude de la Corée, n'auraient pas pu atteindre le Japon sans l’aide humaine. De la Corée, l'explorateur devrait passer dans la partie Sud de la Mandchourie. Puis, S'appuyant sur les points de repère constitués par les missions, visiter les provinces du Nord de la Chine, dans la région de la grande muraille. Contournant ensuite par Île Nord-Ouest la grande plaine de Chine, il suivrait la limite extreme en latitude et en altitude de la sous-famille des bambusacées. Enfin, aboutissant vers les têtes d’eau du

Yank-Tsé-Kiank, il explorerait quelques parties de l’im-

mense bassin de ce fleuve géant.

Une telle exploration serait en tout cas fertile en résultats scientitiques de tous genres. La botanique générale n y trouverait pas seule son compte, et la connaissance des bambous en particulier : l’ethnographie, la géographie, la géologie, la météorologie en retireraient également leur part. Et comme dans tout projet d'entreprise 1l est bon de

ne pas négliger le but pratique et utilitaire, nous termine-

rons en disant : des expéditions scientihiques de ce genre sont comme le prélude qui permet de nouer des relations commerciales avec des régions dont le besoin, lesressources, les richessesnaturelles étaientnaguèreencoreinconnues.

(1) La région où ces espèces sont indigène est probablement celle d’où provient le rameau jaune qui a fait la conquête du Japon.

On servirait donc l’ethnographie en même temps que la botanique en élucidant la question d’origine de ces bambous.

la Question des Jardiniers

Pages 88 et 89 nous avons cru devoir mettre en garde contre l’impéritie des aides-jardiniers de notre région. Ces quelques mots nous ont attiré des ripostes et des récriminations. Nous en admettons volontiers le bien fondé et nous consentons avec plaisir à reconnaître qu'il y a des exceptions.

Cependant la question des jardiniers n’en reste pas moins d'actualité et ce que nous en disons ici est comme letentduülanmetde tons les collectionneurs de plantes vivantes : amateurs, serrons les rangs !

Cette question importante, primordiale, on peut même dire qu’elle est vitale pour les horticulteurs, n’est. pas nouvelle. Ne se souvient-on pas d’un incident qui a fait quelque bruit en son temps : M' le Baron Hruby de Gellenghe a dû disperser d’admirables collections végétales, parcequ'il lui ut impossible de trouver des jardiniers capables de bien soigner ses plantes. Ce ne sont pas seulement les amateurs qui ont à se plaindre, les horticulteurs ne sont pas mieux partagés.

Plus d'un nous a maintes Îois entretenu de l'impossibilité où ils se trouvent de recruter un personnel habile et honnête.

L'un d’eux, ls de ses œuvres, qui possède à présent pour plus de un million de francs d’orchidées dans ses serres, nous confiait qu'il était obligé d’arroser iui-même toutes ses plantes précieuses,et de vérifier minutieusement chaque jour l’arrosage des autres. Sans cette précaution, malgré un personnel qu'il considérait comme aussi bon que possible, 1l subirait des pertes irréparables. Le soin de - l’arrosage est en ellet un des travaux que les jardiniers ignorent le plus généralement. Cependant posez à un jardinier la question : Savez-vous arroser ? S'il ne reste pas muet de surprise ou d’ indignation il répondra sans hésiter « Oui ». Pourtant il n’y en a pas un sur cent qui sache arroser convenablement des plantes en pot.

Nous signalerons l'opinion d’une autorité incontestée au point de vue cultural et non suspecte de parti pris, pensons-nous, celle de M' Linden. Lisez dansle « Journal des orchidées » ses articles intitulés « Formons des jardiniers ».

Vous y verrez dans une forme très prudente et circons pecte, mais non équivoque, que M' Linden pousse le cri d'alarme que nous répétons ici.

Nous reproduirons aussi un passage de l'ouvrage de MM. Rivière sur les Bambous (». Il se passe de commentaire.

ee. « la plante alors se dessèche et meurt. C’est du > reste le sort du plus grand nombre des végétaux trans » plantés en motte ; l’incurie, l'inexpérience, quelquelois > l'incapacité de gens que l’on a à son service et qui, sans » en avoir les connaissances, se décorent du titre de jardi- > nier, qu'ils ne devraient jamais porter, conduisent » souvent à ces insuccès. Le jardinage est un art qui >» demande de LONGUES ÉTUDES PRATIQUES, qui réclame > beaucoup de jugement, beaucoup deréflexion et beaucoup » de patience ; celui qui s'en occupe avec passion y met > sa vie toute entière ; celui qui, sans l’approfondir, n’en > a Jamais connu que la surface, se trahit à la première »> difficulté qui surgit en dehors de la routine ordinaire ; » il n'hésite pas, il déplante, il replante, il arrose et .… les » Bambous meurent. »

Ces messieurs connaissaient certes bien le sujet dont ils parlaient, ils ne sont pas suspects de partialité.

Nousrenverrons aussi à un article paru dans le Bulletin de la Société horticole de Genève (2 qui n’est pas tendre pour certains jardiniers de Suisse : il les montre à peu près au niveau de ceux de Belgique !

Voila donc quatre exemples précis, que l’on peut contrôler, prisen Autriche, en France, en Suisse, en Belgique.

Enfin nous relaterons brièvement nos observations personnelles, et la conclusion à laquelle nous sommes arrivés.

Notre famille a pensionné successivement deux jardiniers, l’un après 27, l'autre après 36 années de bonsservices. Depuis ce moment nous avons vu défiler chez nous une série phénoménale de dix ou douze « jardiniers » imbus sans doute de l'esprit nouveau, dont plusieurs diplômés de diverses écoles. Ils ont « quitté notre service » pour les raisons les plus diverses, après un an de séjour en moyenne.

Nos plantes de serre et notre jardins ont naturellement sortis en peu brillant état de ces épreuves aussi malheu-

(1) Les Bambous, végét. cult. etc. par MM, Rivière p. 146

(2) N° de janvier 1906. « Les arbres fruitiers martyrs » par John Wolf, pages 6 à 8.

reuses que nombreuses. Mais nous avons été si dégoûtés et si écœurésdes quelques dernières expériences, que nous avons pris la décision de supprimer l'emploi de jardinier. Alors, dira-t-on, les collections sont dispersées, perdues, ruinées, le jardin est à l'abandon ? Pas du touts manœuvre qui consent à selaisser diriger, travaillant trois jours par semaine, sans se presser un seul instant, produit les légumes mieux que tous les beaux jardiniers diplômés, et nos plantes de serre nous occupent au maximum une heure et demie par jour. Il est bon’de dire queteetes# nous donne, dans tous les genres, des résultats bien supérieurs à ceux des années précédentes. Depuis quatre à cinq mois qu'il dure, tous les gros travaux de l'automne : préparatioa du potager, période du bouturage, nettoyage des serres avant la saison froide, rentrée des plantes, étoveLe se sont ellectués sans peine.

Grâce à ce faible effort qui représente quatre journées d'un travail bien modéré par semaine, le jardin commence à reprendre bonneallure,lesplantesde serre reviennent à la. santé, les pauvres maltraitées. [Il est vrai que aucun dévastateur diplomé ou non n’en approche plus !

Ce qui nous frappe le plus, c'est l'extraordinaire quantité de produits que notre jardin et nos serres fournissent presque sans peine, depuis que aucun vandale n’y fait plus de la haute stratécie.

Cette propriété que représente-t-elle, direz-vous Quatre hectares dont cinquante ares de potager ; presque tout le reste en bois, pièces d’eau prairies fauchées ou paturées. Les serres contiennent em hiver. deux mtMeppetsen 500 espèces environ, et 5 à 600 pots en été, la moitié environ de ces derniers sont des orchidées et des fougères. II n'y a là rien d’extraordinaire comme somme de travail à fournir. Du reste, le résultat que nous obtenons à présent nous le prouve à notre entière satisiaction. Voic: donc une situation de jardinier rénumérée dix huits cents francs par an, y compris logement, feu, lumière, légumes, etc: etc” (D) que nous avons dû supprimer par défaut de titulaire daignant s’abaisser (!) jusqu’à exercer honorablement son métier.

Nous avons donc fait un sans travail de plus. À qui la faute ?

(x) (ce qui équivaut à 2500 francs en France).

Signalons les principales tendances fâcheuses que nous avons constatées chez la plupart des jardiniers.

En première ligne nous étudierons dans ses causes et dans ses efiets, la propention à la destruction. Le besoin de détruire existe dans la nature même de la plupart des individus de notre race. Le massacre, sous une forme quelconque, s’ailirme comme un plaisir et une jouissance pour les mentalités inférieures. Il faut semble-t-il, un haut degré d'éducation et de culture intellectuelle pour atteindre, par le raisonnement, à la notion d'épargne du mondeextérieur, dont l'épargne pécuniaire est le premier échelon.

Be srdinier en général. n'est pas à ce niveau, il ne parait avoir aucune notion du respect des plantes. Il les casse, il les brise, sans aucun souci. Si elles meurent faute de soin, il prend un air dédaigneux pour déclarer que ce sont de mauvaises plantes. Nous posons en fait qu'il n'y à pas de mauvaises plantes, mais qu'il y a de mauvais hommes. Mais naturellement le jardinier n’a jamais pensé que c'était l’homme qui était mauvais et non la plante. Il n'a jamais pensé non plus que dans un jardin le jardinier est l'accessoire, hélas souvent indispensable, et la plante l'être important. Il n’a jamais pensé (c'est bien trop logique et simple pour qu'il y pense) qu'il était aux yeux de l'amateur de plantes, au service des plantes et non celles-ci à son service. À voir son étonnement quand on lui explique qu'il ne doit pas casser les plantes, qu'il doit les traiter avec douceur, s'attacher à les obtenir intactes pour qu’elles étalent toutes leurs beautés, il apparaït clairement-que jamais cette notion importante ne lui a été inculquée à l’école — ou tout au moins qu'il n’en à pas compris la portée.

L'art de détruire se manifeste aussi par l'enlèvement des plantes aussitôt qu’elles ont fini de fleurir, afin qu'elles ne servent qu’une seule fois à la décoration, et par l’extermination des semis naturels.

Pour expliquer l'épanouissement de cette tendance à la destruction, nous croyons utile de remonter aussi à des causes trop souvent en jeu, dont l'exposé touchée à des questions brûlantes et délicates.

L'orientation générale de l’enseignement pratique dans les écoles d'horticulture est l’œuvre des professionnels de l’art horticole : des horticulteurs. |

Or, on ne peut mettre en doute que l'intérêt direct de ceux-ci ne soit le remplacement, aussi fréquent que possible, des plantes dont on s’approvisionne chez eux. Est-ce de leur Lu calcul ou habitude inconsciente, tradition ou routine ? Nous n'en déciderons pas, mais le résultat est le même : ils enseignent ou font enseigner la destruction systématique de ce qui est venu, autant que possible avant la production des graines, la destruction de tout ce qui pousse spontanément, et le remplacement par de jeunes plans achetés, ou provenant de graines achetées.

C’est, de tout l’enseignement pratique, ce qui est le mieux retenu. Cette ivraie, répandue sur un terrain bien préparé, donne un résultat admirable. |

Ici encore nous nous plaisons à reconnaître qu'il ya parmi les horticulteurs sérieux des exceptions, de très nombreuses exceptions. Mais ceux qui ont exception ne sont pas les plus remuants Les plus honnêtes se désintéressent de ces questions et laissent faire les autres ! Notez bien que nous nous en tenons strictement à l'énoncé de toutes opérations partaitement licites claires et nettes aux yeux du code — honnêtes en droit seulement, bien entendu, ce qui est rarement la même chose que honnête en fait. — La discussion des opérations illicites et délictueuses ne rentre pas dans le cadre de cet article, elle l'allongerait beaucoup trop |

Dans les petits jardins, où un homme à la solde d’un entrepreneur de jardinage n’est employé que peu de jours par an , la destruction est uneinstitution développée au pointde devenir une calamité. C’est un mal si ordinaire que Île propriétaire d’un jardinet le croit souvent indispensable et naturel.

Presque toujours, la première opération de l’ouvrier, envoyé par un entrepreneur de jardinage, est de tailler à . fond tous les arbustes, de manière à faire paraître des vides suffisant pour intercaler. Puis il bèche et enlouit tout ce qui n’est pas de force à lui résister, c’est comme une rage de destruction. Il retourne sous terre toutes les plantes vivaces, Si personne n ‘est là pour les lui désigner. Si on réclame, il n'a rien vu, le saint homme, ouWbienReErrs mort ! Enfin lorsque le massacre est terminé, il déclare qu’il faut tant de ceci, tant de cela. Il conseille deprères rence les plantes annuelles, afin d’être sûr detoutremplacer après chaque hiver. Beaucoup d'entrepreneurs de jardinage

font l'éducation de leurs ouvriers dans ce sens. L'un d'eux et non des moindres, me l’a un jour candidement avoué.

Ces pratiques barbares sont les principales causes de l'abandon presque complet des superbes et vieilles plantes vivaces qui faisaient l’ornement des jardins de nos pères. Nous considérons que cet abandon est une véritable calamité. Les plantes vivaces aux fleurs nombreuses et brillantes se cultivent à peu de frais, presque sans soin. Quand un jardin en recèle quelques unes, elles se multiplient rapidement, formant d'opulentestoufies, des massifsentiers qui attirent l'attention des voisins,des passants. Tous ceux qui ont un jardinet en désirent et c’est un bonheur, autant pour celui qui en reçoit quelques rejetons, que pour celui qui les donne. C’est ainsi que l’on fait aimer Îles plantes et celui qui aime son jardin, qui soigne ses léoumes et ses Îleurs pense moins au cabaret !

La diffusion des plantes vivaces dans les ‘jardins des ouvriers serait donc un adjuvant pour les détourner de l’estaminet. Pour que cette diffusion puisse se faire, il est nécessaire que la culture de ces admirables végétaux soit comprise et pratiquée tout d’abord dans les grands jardins bien entretenus, dont les propriétaires ont les ressources nécessaires pour se procurer les plus belles espèces adaptées au climat et au terrain de chaque région. Comme ces plantes se multiplient rapidement, elles passeraient bien vite dans tout les jardins, où elles orneraient jusqu'aux demeuresles plus humbles; mais,nousle répétons,pour obtenir ce résultat il faut d’autres mercenaires que les barbares que l’on rencontre généralement sous le nom de jardiniers dans notre région. Naturellement si on faisaitune enquète, ces pratiques seraient partout déniées, ou dénoncées comme de rares exceptions ; en tous cas, elles seraient réprouvées par toute la corporation. Il y a là comme partout un mélange d’honnèêtes gens et d’autres : il ne fait jamais bon mettre un homme entre son devoir et son intérêt. | Voici maintenant, l’excuse du destructeur, telle qu’elle nous fut contée par un de nos amis.

Un manœuvre d'occasion avait, en son absence détruit tous les semis naturels de girofflées et de pavots, espoir de somptueux brocards d’or et de pourpre de l’an prochain. Il avait retourné en terre une large et florissante plate bande d'oreille d'ours.

2 142 ne

À son retour notre ami ne put retenir sa colère. Le

manœuvre cilrayé ne trouva que cette naïve, EXCUSE

« Quand je n’agis pas ainsi, mon patron me gronde, et je

perdrais bien vite mon gagne-pain si je travaillais » comme vous le voulez. Du reste, ajouta-t-1l, beaucoup

» de propriétaires de jardinets sont habitués à cette

» méthode ; ils diraient que je fais mal mon métier si tout

> n'était propre, c’est à dire nu comme la main après mon

de

S'il faut Combattre la dévastation ordonnée et pratiquée par Le uns, il faut donc aussi faire l'éducation des autres. Ce n'est pas là une mince aflaire. Nous ne tenterons pas ce travail de Pénélope qu'il faut recommencer à chaque génération.

Nous croyons inutile de multiplier davantage les exemples. Ce serait facile, car nous entendons de tous côtés ces plaintes et d’' autres concernant des faits plus graves dont,nous l’avonsdit, la discussion ne rentre pas dans le cadre de ce premier article. C’est donc bien une question

d'intérêt général que nous traitons ; elle vaut la peine.

d’être examinée de près.

Parmi les jardiniers (travailleurs manuels) non diplô-

més, ceux qui, restés honnêtes, sont en état de soigner.

seuls une propriété de peu d’étendue, comprenant un jardin potager avec des arbres Îruitiers, un jardin d’agrément avec des serres en annexes, sont extrêmement rares. Quand ils ont acquis l'expérience nécessaire, ils ne sont plus dans la force de l’âge.

Parmi les jardiniers diplômés sortis d’une école d’horticulture, ceux qui, encore jeunes, sont, eric amer instruction technique, en état de soigner un tel jardin,sont

en forte proportion. Malheureusement le fait d’avoir passé

par l’école d’horticulture les rend généralement si orgueilleux de leur diplôme, si tranchants\ sitpedane dédaigneux de leur patron — ce philistin qui ignore l’école — qu'il leur est extrêmement pénible de se plier à ses désirs. Bien plus, un grand nombre d’entre eux pensent et disent qu'ils ne doivent plus travailler de leurs mains, mais commander à des aides. Ce sont généralement les plus paresseux qui étalent ces prétentions.

Il est aisé de constater que plus d’un se considére comme le vrai possesseur du jardin, théatre de sesexploits, Il y tolère avec peine le propriétaire: lésitime ces

Page 1