‹ BambuseaeChapitre 89 sur 94 · LES NE · texte numérisé non relu

LES NE

porté par la partie rhisomateuse d’un bambou cespiteux,

ou par le caulo-bulbe d’un bambou traçant. Dans cet état, le bourgeon est protégé par un grand nombre de gaînes écailleuses, coriaces, imbriquées, distiques, persistantes. Pendant son élongation 1l devient conique et pointu pour percer le sol ; on lui donne alors le nom de turiou.

Le bourgeon du rhizome traçant, au contraire, est petit et conique dès son jeune âge. Lcgé dars un sillon du rhizome, ou proéminent, 1/ a son axe presque parallèle à celui du rhigome qui le porte.

Il se développe d’abord dans le même sens que celui-ci, puis s'en écarte sous un angle plus ou moins grand.

Si, par accident, la pointe d’un rhizome traçant est détruite, un bourgeon latéral S’allonge AUSSITÔT pour la remplacer, et croît dans une direction presque PARALLÈLE à celle du rhijome étété. Au contraire, st, par accidenñé, la pointe d’un rhigome cespiteux ou d'un turion qui devait se développer en tige est détruite, un bourgeon latéral s’allonge L'ANNÉE SUIVANTE SEULEMENT e{ croit dans une direction presque PERPENDICULAIRE à celle du rhizome ou du turion étété. Telles sont les deux modalités de développement des bourgeons souterrains que nous constatons chez les bambusacées. Les bambous cespitéux ne présentent que la première, les bambous traçants sont capables de produire. les deux (et des intermédiaires pendant le passage plus ou moins graduel du stade cespiteux au stade traçant).

Il n'y a donc ici encore aucune différence spécifique nette entre les deux modalités de développement, mais seulement une différence bilogique.

LE TURION. — On appelle ainsi le bourgeon souterrain en voie d’élongation avant qu'il n'émerge du sol pour former le chaume. Ce nom est aussi parlois étendu au jeune chaume déjà sorti du sol, mais encore couvert de ses gaînes protectrices. D’après Germain, de S'-Pierre @), c'est là une extension qu'il faut rejeter : le turion devient un jeune chaume dès qu’il émerge du sol.

Le mot turion représente donc plutôt un état passager qu'une partie constituante de la plante. En ellet, le turion d’un Phyllostachys, par exemple, deviendra dans la suite pour une part le caulo-bulbe souterrain, et pour une part

__ () Guïde du botaniste, etc, par Germain, de St-Pierre. Seconde partie, dictionnaire, p. 813. Paris. 1851.

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le chaume aérien. Il serait donc plus exéct de dire que nous décrivons le jeune chaume à l’éfat de turion.

Le turion est toujours massif et constitué par du tissus mou, en voie de formation, recouvert de gaînes coriaces, distiques, persistantes, dépourvues de chrorophyile, assez souvent tomenteuses à leur base, blanches, jaunâtres, brunes ou noirâtres. Après s'être développé horizontalement Sur un court espace, son extrémité eltilée et si dure qu’elle traverse les sols les plus compacts, s’infléchit vers le haut et, décrivant une portion de cercle à mesure de son développement, devient enfin verticale pour émerger du sol. Etalées, les gaînes de la partie souterraine ont la iorme d'un triangle isocèle à côtés droits, mais à base courbe. Elles ne portent pas de pseudophylle, et sont terminées par une pointe très résistante. Ces gaînes exsudent dans la terre une grande quantité d’eau, ramolissant ainsi le sol en avant de la pointe du turion pour lui permettre de cheminer plus aisément, et autour de lui pour faciliter son accroissement en diamètre. Les mérithalles du caulobulbe sont très courts, et dès qu'ils ont acquis leur volume, des quantités de racines en sortent, en rangs insérés immédiatement au-dessus de la gaine de chaque entrenœud. Ces racines vigoureuses, d'abord simples, puis bientôt ramifiées, sont déjà bien longues et fortes quand la pointe du turion émerge du sol. Dès lors, elles commencent à concourir à la nutrition du jeune chaume, EHclle- lebfixent solidement, dans le sol. Jusqu'à ce moment le turion avait tiré toute sa subsistance des réserves accumulées dans le rhizome ou la souche. C'est ce qui explique la nécessité d’une souche ou d'un rhizome vigoureux pour qu'il en sorte des chaumes de grandes dimensions. Nous constatons, en effet, que la dimension en diamètre de la base d’un jeune chaume est entièrement subordonnée à la vigueur de la souche ou du rhizome qui le porte, puisque son accroissement en diamètre est /erminé avant que cette base produise aussi des racines nourricières. Or, c’est le diamètre de cette base qui détermine dans des limites très étroites le diamètre du chaume et jusqu'à un certain point (mais d’une façon moins précise) sa hauteur. Celle-ci est iniluencée par d’autres causes encore que nous examinerons plus loin.

LE JEUNE CHAUME.— La pointe du turion qui émerge du sol est constituée par des gaines dures qui sont des

Pi

pétioles engainants. Celles de la base sont simplement

terminées en pointes ; mais à l'extrémité supérieure de celles qui se développent plus haut sur le jeune chaume, apparaissent divers appendices ou organes essentiellement aériens. Le jeune chaume est d'abord massif et tendre ;

mais bientôt, au cours de son élongation, la partie centrale apparaît médullaire, la partie extérieure fibreuse. Puis dans l’axe du jeune chaume s'ouvre une cavité dont les parois ne sont plus que tapissées d’un étui médullaire, pendant que les cellules et les fibres du cylindre ligneux se durcissent. Cependant au-dessusde l'insertion de chaque gaîne le canal médullaire est interrompu par un diaphragme constitué de tissus cellulaires dans lequel les faisceaux fibreux s’incurvent et s'épanouissent sans s'entrecroiser. Des gaînes en ordre distique alterne enveloppent tout le jeune chaume qui s’accroit. Elles sont raides et coriaces et contiennent de la chrorophylle dès qu’elles sont exposées à l'air. Elles maintiennent droite la partie centrale encore sans consistance Elles lui servent

de guide, de soutien et de protection contre les intempéries

et les ennemis, pendant que le tissu li:neux s'organise et se durcit. La protection contre les ennemis est assurée par divers moyens : induration des gaines par de la silice, vestiture de poils raides et piquants, existence de principes amers ou astringents dans les tissus. Mais comme ces moyens sont peu efhicaces, la sélection s'est faite dans un autre sens pour sauver les jeunes chaumes de l’atteinte des animaux qui en sont friands. Tandis que le turion s'est organisé lentement sous terre, atteignant tout le diamètre du futur chaume, émettant des racines, le Jeunetchaume, peu après sa sortie de terre, croit avec une extrême rapi= dité afin de se constituer le plus rapidement possSiblè"en une tige Higneuse et immangeable. Voiciquelque;s exemples de cette rapidité : nous avons mesuré pour 24 heures une élongationtde om 44sSur Pr Ho croissant en 1905 4 l'Ermitage ; Ge Can A SU Je pubescen- croissant en 1909

à Prafrance. A Kew on a mesuré dans la serre tempérée uné élongation de près de un mètre en 211heureet De. giganteus. Il nous paraît évident que ces Chile peuvent être regardés comme des maxima et que dans des conditions favorables, ils doivent être de beaucoup dépassés dans les régions tropicales, où ces mêmes espèces atteignent de bien plus grandes difiensions. Larvitesse

me

d'élongation n'est pas unilorme, faible au début lorsque Île jeune chaume sort de terre, elle s'accroît, atteint bientôt un maximum qui se maintient à peu près constant pendant une partie de la croissance, puis elle diminue progressivement pendant la dernière partie du développement.

La période pendant laquelle les animaux consomment les jeunes chaumes est ainsi réduite au minimum. L’étencite de cette période est cependant assez variable: elle peut être de quelques jours seulement ou de plusieurs semaines. Elle est la plus courte chez les espèces dont cest le principal moyen de préservation contre leurs ennemis. Parnu ceux-ci il convient de signaler en première ligne les grands herbivores. Ils font une énorme consommation de jeunes pousses, et ce sont certainement eux qui ont, pour une large part, concouru à la sélection dans le sens de la rapidité de développement des jeunes chaumes. La couleur du jeune chaume, ou plus exactement des gaines qui le protègent, estextrémement variable. Qu'il soit glabre ou couvert de poils, il est tout d'abord, dans la grande majorité des cas, de couleur foncée, sombre ou terne. Il est comme l’ombre d’un chaume pour mieux se Cacher quand il est encore tendre et savoureux. Le ban Me courpre foncé, le violet, le vert bronzé, le noir y dominent. Il y a cependant des exceptions et certains très jeunes chaumes sont blancs, roses ou jaune vil. À mesure que le chaume grandit, ses couleurs s’éclairent ; souvent des macules, des taches pochées, auréolées, des stries des bandes apparaissent à mesure que les gaînes sortent les unes- des autres pendant l’élongation du hate LÉ dune, le rose, lébvert, le blanc, le-bleu même se mêlent de mille facons aux teintes sombres, et offrent tous les aspects d’une harmonieuse décoration. La forme et les dimensions ne le cèdent pas en variétes aux colorations. Tantôt aigu et mince comme une aiguille à tricoter, tantôt volumineux, dépassant un mètre de tour et ogival au sommet chez les géants de la sous famille. La forme, l'ordonnance des gaînes, ieur vestiture de cire pulvérulente et de poils, le pseudophylle, les oreillettes et la ligule qui terminent ces gaines varient à l'infini, et font de la jeune tige la partie la plus étonnante et souvent la plus caractéristique de chaque espèce en l'absence d'inflorescence. Il ne faudrait cependant pas en conclure que son examen permet toujours à lui seul de déterminer

Ga 178 =.

les espèces. Au sein de chacune, le jeune chaume varie énormément d'aspect (forme, vestiture, couleur) suivant ses dimensions, et le jeune chaume mince et faible de telle grande espèce ressemblera plus à la jeune tige normale d'une autretde momdre taille atilne rappelle le jeune chaume puissant et volumineux de l’espèce à laquelle il appartient. Il n'en est pas une réduction, 1eme 5 différent. Il ne faut jamais perdre de vue que tout caractère spécilique permanent que l'on trouve chez une bambusacée (en dehors de l’inflorescence) se voit, souvent avec plus d'intensité et de netteté, mais à l'éfaf transitoire et fugace chez le jeune chaume d'une où de plus autres espèces. En voici um exemple: Ph°110lasee R. est caractérisé par la présence de striès pourpre foncé sur l’épiderme des chaumes forts, (c'est-à-dire d'au moins 20%," de diamètre). Cesstries n’apparaïssert que quelques mois après le développement du chaume ; elles s'effacent graduellement sur les vieilles tiges, celles de 5 ou 6 ans en sont à peine marquées. Ph. viridi-glaucescens, R. pour lequel ce caractère n'a jamais été donné comme spécifique, montre néanmoins des stries semblables, souvent même bien plus accusées que chez Ph. violascens, sur les jeunes chaumes de 15 à 20 "/" de diamètre. Toutefois ces stries s’ellacent complètement à l’âge où elles apparaissent sur les chaumes de Ph. violascens. Ce sont les multiples modifications de ce genre au cours, soit de la vie de chaque chaume, soit au cours du développement de chaque plante, qui rendent la détermination si délicate en l'absence de floraison, et, qui rendent si diteieie choix de bons caractères spécifiques. Ce sont les gaines, seules visibles pendant la 1'° partie. de la vie du jeune chaume, qui lui donnent son aspect caractéristique. Pa gaîne est en général plus foncée au sommet qu'à la base, celles de la cime du chaume sont ordinairement de couleurs plus claires que celles de la base, ce qui explique les variations de couleur du jeune chaume pendant son élongation. La gaîne change du reste elle =rmemems couleur PA SHACONDE VIe EL IeS detre phénomènes connêxes : 1° de découvrement propressibh des oainesses ue 2 de couleur de ces organes provoquent des modifications très rapides, journalières, dirons-nous, dans l'aspect des jeunes chaumes en voie d'élongation. Plus tard ces gaînes tombent ou ne couvrent plus qu'une

partie de la longueur de chaque mérithaïlle La variété d'aspect du jeune chaume. provient donc de la variété d'aspect de chaque gaine. Celle-ci est un pétiole engainant, embrassant étroitement le chaume. La base de son insertion fait ordinairement une fois et un tiers le tour du chaume. Tout ce que nous avons dit de l'aspect du jeune chaume s'applique donc à chaque gaîne.

LE RÔLE DE LA GAINE est complexe. Tout d’abord elle protège le point végétatif et les jeunes tissus qui s’organisent et se développent ; elle exsude et rejette, principalement par ses organes appendiculaires, l’eau qui a amené les éléments constituant le chaume ; elle protège aussi souvent un bourgeon placé à son aiselle. La gaîne est toujours lisse et polie en dedans, quelquefois comme vernie ou émaillée. Généralement elle s'applique si étroitement jusqu'à son sommetsur les gaînes supérieures qu'elle embrasse, puis un peu plus tard sur le jeune chaume, quand le développement du mérithalle s'achève, que l'eau de pluie ne peut pénétrer entre les gaînes, ni entre celleschetelépidertme du jeune chaume. Pariois cependant l'extrémité effilée et démesurément allongée des gaînes ccmléche molle -ét-ouverte en éventail au sommet du jeune chaume. Souvent aussi les pseudophylles larges et coriaces, disposés en cornets ouverts vers le haut reçoivent et conservent de l’eau d’exsudation ou de pluie autour du sommet du jeune chaume.

ose le bhssu heneux de tda tiger est. constitué, le Miele eine est terminé chez beaucoup d'espèces. Mlorshellese dessèche, grisonne ou jaunit et tombe. Brezduntres ele nestupas caduque, elle se-dessèche néanmoins aussi, mais elle reste étroitement enroulée autour du chaume et continue à protéger la tige et les bourgeons jusqu'à ce que les intempéries la détruisent ou qu'en se développant le bourgeon axillaire l’écarte du chaume. À ce moment, ou bien elle tombe, ou bien elle s'enroule étroitement à la branche issue du bourgeon axillaire et la protège à son tour. La gaîne maintenue plane (sauf chez quelques espèces, elle a une tendance énergique et persistante à s’enrouler) a en général la forme d’un triangle isocèle dont la base est presque toujours plus courte que les côtés (excepté à la base des chaumes). Ceux-ci sont ordinairemeut curvilignes convexes surtout vers le sommet de l’organe. Cependant chez

quelques espèces ils sont droits on curvilignes concaves. Si l’on veut comparer avec fruit les gaînes d'espèces différentes, 1l faut les recueillir provenant de positions semblables sur les divers chaumes : par exémplewess "lemme partie médiane. On en observera alors notamment la longueur par rapport aux mérithalles qu'elles embrassent: les unes sont plus courtes, les autres égales, d'autres entin plus longues que les entre-nœuds. Ces remarques, l'examen des colorations à l'état vivant et à l’état sec, de la vestiture, de la forme des appendices, font de la gaîne complète, judicieusement choisie, l’une des parties de la plante les plus utiles pour la détermination des bambusacées. La gaîne est en général plus ou moins largement tronquée au sommet, sa lame intérieure se prolonge en une LIGULE peu apparente dans l’ensemble d’un jeune chaume ; elle fournit cependant souvent de bons caractères, car elle est d'aspect assez constant dans chaque espèce. lantôt c'est une membrane presque transparente et glabre, tronquée ou un peu laciniée au sommet. Tantôt elle est verte, brune, ou noire, tomenteuse ou nue au dos. Pariois elle est entièrement déchiquetéeren cistomAes: Enhn elle peut'ètre si réduite qu'une hgnesioneeemme quant un simple replis étroit de l’épiderme interne de la gaîne en indique seul l'emplacement.

LE PSEUDOPHYLLE (ou microphyile) est articulé au sommet de la lame extérieure de la gaîne ; il représente le limbe de la feuille modifié. Chez quelques espèces ül est réduit à un très petit appendice apiculé dressé au sommet de la gaîne ; chez d’autres il ressemble plus ou moins par sa forme à une feuille ordinaire ; maisiln'a jamais de nervure médiane ni de nervures secondaires ; il n’a que des nervures tertiaires. Chez d’autres entnñ c'est une grande pièce dressée, triangulaire ou cordée, coriace et résistante, très largement insérée sur la gaîne. Dans beaucoup de cas le pseudophylle est caduc, dans d’autres il est persistant. Dans tous les cas il varie beaucoup suivant la place qu'il occupe le long du chaume: Vers la base il est toujours très réduits" 1Nprendmee l'ampleur à mesure que le point considéré est plus haut ; vers la cime du chaume, il se transforme graduellement en un vrai limbe dont nous indiquerons les caractères spéciaux à la description de la feuille. Le pseudophylle considéré vers la partie moyenne du chaume est très

variable comme couleur et souvent fort distinct de la “aime sous ce rapport ; il est rare que le vert y domine. Son rôle est très important : il laisse écouler, surtout par son extrême pointe, une grande quantité de sève qui a cédé ses éléments nutritifs en traversant les tissus en développement. Pendant la période de grande activité de cetorsane, On peut voir, quänd l'air n'est pas trop sec, les gouttes de liquide se détacher des extrémités des pseudophylles vivants, à intervalles réguliers et rappro- Chés Ettomber au pied du turion sur la terre qu'elles imbibent constamment comme le fait une pluie. Nous avons pu examiner à Prafrance un jeune chaume de Ph.pubescens dont, par temps chaud et couvert, il s'écoulait en moyenne dix gouttes d’eau par minute, en plein jour, et nous avons pu nous assurer que le phénomène est beaucoup plus actif pendant la nuit. Le pseudophylle estsouventaccompagné de deux OREILLETTES dont l'insertion unit les côtés de sa base aux bords de la gaîne, sur lesquels elles sont souvent décurrentes. Ces oreillettes sont caduques ou persistantes, pédicellées ou non, mais toujours constituées par du tissus bien distinct de celui de la gaîne. Elles sont toujours garnies à leur sommet et à leur bord externe de cils frisés ou tortillés. Ces oreillettes sont comme des organes stipulaires.

LE CHAUME. — On appelle ainsi la tige de toutes les graminées Chez les bambusacées, le chaume est ligneux, généralement creux et fermé au sommet de chaque mérithalle par une cloison ou diaphragme compiet. Le diameet chaiume comme nous l'avons dit p' 175; est étroitement subordonné à celui du caulo-bulbe ; il n'en est pas de même de sa hauteur. Celle-ci peut varier dans le rapport de 1 à 3 pour un même diamètre. Le climat influe beaucoup sur la hauteur et dans un climat chaud et humide un chaume sera toujours beaucoup plus haut pour son diamètre quedans un climat froid ou sec; mais ce n'est pas la seule cause modificatrice. Les hautes tiges de bambou ne croissent jamais que vers le centre des plantations de quelque étendue ; à la périlérie les chaumes de même diamètre sont moins hauts. Il y a là une question d’insolation et peut-être une autre influence encore mal nm Ouanc dvladramure d'un chanme, élle”-rest nullement en rapport direct avec son diamètre, ni avec sa taille, et nous avons observé des chaumes de 5 à 6 m.

de hauteur et©;e4 à 0,05 de diamètre, développés à Îa lisière d’une plantation, qui portaient un même développement de feuillage que des tiges de 12 à 14 mètres de hauteur et de 0,08 à 0,09 de diamètre qui n'étaient pourvues de branches que dans leur 1/3 supérieur. Ces dernières avaient poussé vers le centre du massif. |

Le chaume se compose de plusieurs parties : 1° La portion basale ou caulo-bulbe, renîlée en massue chez quelques genres. Elle est massive et les mérithalles en sont toujours proportionnellement très courts. 2° Le chaume proprement dit, ordinairement cylindrique dans toute la partie qui ne porte vas de branches, puis eîlilé en cône très aigu. 2° Les branches de divers ordres : primaires, secondaires, etc... qui me portent piste feuilles, et 4° les rameaux qui terminent les branches et portent les feuilles. Nous exposerons plus loin les raisons pour lesquelles nous faisons une distinction nouvelle entre les branches et les rameaux, et nous décrirons en détail le rôle du rameau et son processus végétatif.

Si on sectionne un chaume en travers on voit qu’il est composé, à partir de l'extérieur, d'un épidermetotun cylindre ligneux et d’une r0ëlle presque toujours vide en son centre et réduite à une mince couche appliquée à la paroi interne du cylindre ligneux. Les branches ont la même constitution, mais assez souvent la moëlle remplit tout l'espace, laissé libre dans le.cylindre lisneuxs tes rameaux sont de même constitution mais toujours pleios. Le chaume est cylindrique ou cylindro-conique. Quand il est faible et débile, eu égard à l’espèce à laquelle il appartient, il porte un ou plusieurs bourgeons axillaires distiques, alternes, au sommet de chaque mérithalle. Quand le chaume a le maximum de vigueur que l'espèce peut atteindre, les bourgeons sont avortés sur toute la partie médiane : seules la base enterrée, et la cime, en portent. de capables de se développer. Chez un certain nombre de genres le chaume porte une dépression longitudinale appelée sullon s'étendant sur tout ou partie de la longueur de chacun des mérithalles qui portent un bourgeon axillaire : capable de se développer. Ce fait est constant sur le chaume et les branches, 1! ne se produit pas sur les rameaux. Au cours du développement des chaumes, le moment où les branches apparaissent varie beaucoup suivant les espèces. Les uns commencent à prendre des

= en

branches avant que leur élongation ne soit terminée, et tout le système de branches se développe au cours d’une même saison, les années suivantes ne verront s'ajouter que des rameaux à l'extrémité des branches. D'autres se développent pendant l’espace d’une saison, restent simples comme des perches jusqu'à l’année suivante, puis chaque année 1ls développent une ou plusieurs branches à chaque nœud de leur cime. D’autres encore poussent simples de toute leur hauteur, puis émettent de chaque nœud de la cime un grand nombre de branches primaires, nombre qui n'augmentera plus au cours des années suivantes. D’autres enlin n’ont jamais qu’une seulé branche à chaque nœud, soit qu'elle se développe au cours de l'élongation du chaume, soit seulement au cours des années suivantes. Lorsque l’on écime un chaume en voie de développement, chez certains genres les branches deviennent plus fortes, mais sans qu'il se manifeste aucun changement dans leur direction pour remplacer l’axe principal détruit; chez d’autres, au contraire, une branche très vigoureuse croît presque verticalement du mérithalle supérieur et prend la position et l'allure d’une cime secondaire.

L'épiderme du chaume et des branches peut être lisse et brillant, ou scabre, tomenteux, verruqueux même. Souvent de la cire le couvre et l’imprègne complètement. Elle est accumulée en plus grande abondance, en un anneau, sous le point d'insertion de la gaîne. La couleur de l’épiderme est souvent verte, mais parfois jaune, violette, noire, en stries, en taches de formes très variables.

Nous appelons rameau l'extrémité de la branche qui porte ou a porté des feuilles. Celles-ci en elfet sont réunies sur une mince et courte portion ligneuse qui termine toutes les branches. Cette portion se distingue par plusieurs particularités qui ne sont pas toujours identiques sur les chaumes terminaux et sur les chaumes latéraux aux rhizomes chez les espèces dites traçantes. Nous les étudierons d’abord sur des chaumes vigoureux. Dans ces conditions seulement les rameaux sont comparables et voici ce que nous observons chez les espèces asiatiques.

1° Le rameau se compose toujours de deux parties :

A) Une partie basale persistante munie de gainettes couvrant des bourgeons axillaires capables de se développer en rameaux, ces gaînettes ne portent que des limbes réduits.

B) Une partie caduque dont les gaînettes portent des feuilles normalemont développées. Elle ne présente qu’un seul bourgeon toujours fermainal capable de se développer dans deux cas seulement : |

a) En rameau sous l'excitation d’un parasite végétal ;

b) Pour donnér naissance à des épis de fleurs.

Dans ces deux cas la caducité est retardée OU Supprimée.

2° Dans un certain nombre de genres la partie caduque du rameau est annuelle ; relle-se désarticule et tombe dès sa mort.

3° Chez d’autres genres l'extrémité du rameau est bis ou trisannuelle ; elle se désarticule moins aisément et ne tombe pas immédiatement après sa mort.

4° Dans ce dernier cas. quel que soit le nombre des entrenœuds qui se développent au cours de la deuxième et de la troisième année, aucun bourgeon axillaire ne se formera durant cette période.

5° Les bourgeons axillaires sont d'autant mieux constitués que la gaînette qui les couvre porte un limbe moins développé; mais souvent ce n'est qu'à l’aiselle des gainettes portant un limbe tout à fait parfait que le bourgeon manque complètement. À un limbe réduit correspond un bourgeon impariait qui ne se développera en rameau que si un accident supprime les bourgeons inférieurs mieux constitués.

6° Les principes énoncés plus haut reçoivent une conHrmation d'autant plus claire et rigoureuse que l’on examine et étudie des chaumes plus âgés. Il faut en elfet tenir compte de ce qu'au évcûurs de la première rnmeente chaume ne porte (en Belgique au moins) presque aucune feuille de dimensions normales. Celles de la cime du chaumèé sont. trop gsfandes,. celles. delextréemiestes rameaux sont trop petites. Ce n’est que la seconde année que les feuilles normales apparaissent ; elles se reproduiront telles chaque année jusqu’à la mort du chaume.

7° De ce qui précède découle une méthode très simple d'apprécier avec une rigoureuse exactitude l’âge dun chaume par l’éxamen de ses rameaux. Chez les espèces dont les branches se développent la première année, un chaume est âgé d'autant d'années que l’on peut compter à l'extrémité d’une branche, de cicatrices successives de la chute des sommets des rameaux. Chez les espèces dont

= em. + UE

les branches ne se développent qu'à partir de la seconde année il faut ajouter une unité à ce nombre. Dans le cas de ces espèces, 1l faut avoir soin de compter à l'extrémité dune branche, développée én premier lieu; caries

chaumes de ces espèces développent des branches chaque

année pendant toute leur existence, et portent donc des branches de tous les âges sur lesquelles le compte donne des résultats différents. La pratique indique bien vite sur quelle branche :il faut faire le dénombrement. Tous les bambous dont les usages commerciaux sont nombreux rentrent dans les catégories ci-dessus. C’est pourquoi nous n'indiquerons pas le mode de comptedes autres catécories; il est un peu différent quoiqu'il offre la même rigoureuse exactitude.

8° Les espèces dont les extrémités de rameaux sont annuelles ne développent normalement des feuilles sur un rameau qu'au cours d'une saison. En Belgique, cependant quelques rameaux sur les. vieilles tiges et les

rameaux des jeunes chaumes poussent tard à l'automne,

ne terminent pas leur croissance avant l'hiver et la continuent en Mars, Avril, Mai et Juin de l’année suivante. Ce n’est cependant pas une dérogation à la règle que nous avons énoncée, ces rameaux achèvent leur croissance ayant l’époque normale de pousse de leur espèce. 11s tombéront auvdébut de Pété avec très: peu de retard-sur l’époque de chute normale des extrémités de rameaux de leur espèce ; mais 11s ne font pas une seconde pousse au cours de l’élé suivant.

9° Parfois, chez quelques genres, on constate que Île sommet des rameaux feuillus, à l'époque où il devait tomben développe 2/son extrémité une série de, ieuilles décroissant en dimensions. C’est un signe précurseur de floraison. Il est à remarquer que ces feuilles réduites sont accompagnées de bourgeons axillaires capables de se développer en épilet, mais jamais en rameau.

109 Parfois aussi le bourgeon terminal des rameaux annuels se développe sous l'excitation d’un parasite végétal. Ce rameau malade issu du bourgeon terminal ne porte que des feuilles réduites. 11 se ramilie abondamment parce que chaque feuille réduite couvre un bourgeon axillaire capable de se développer. 11 se forme en 2 ou 3 ans de volumineux et denses broussins composés de rameaux filiftormes qui ont, à diverses reprises, été envoyés de

Chine etdu Japon par les collectionneurs comte éxemples de iloraison. C’est à ce titre que nous les mentionnons ici. Ainsi donc un parasite au début de son action produit des phénomènes végétatiis semblables à ceux qui marquent le début de la fructihication.

La feuille de bambou se compose de deux parties principales : 1° la gaînette embrassant le rameau ; 2° la lame ou limbe; et de deux parties accessoires : 1° la ligule ; 2° les oreilleites.

La gaïnette est presque toujours beaucoup plus longue (de 3 a 10 fois) que le mérithalle du rarmeanvamele embrasse. Elle est articulée sur le rameau, caduque chez un grand nombre d'espèces, persistante chez d’autres, tronquée au sommet. Son intérieur est toujours lisse, son extérieur souvent Strié. La lipule mérite attenriomset fournit souvent de bons caractères spéciliques ; il n’en est pas de même des oreillettes qui sont dans beaucoup de cas réduites à quelques poils très fugaces, ou manquent parlois. | |

Le limbe est articulé au dos de la gaînette, presque à son sommet. Ordinairement un épaississement en forme de coussinet lui sert de point d'insertion. En général il est lancéolé aigu ; il est toujours asimétrique et sa pointe est ordinairement jointe au corps du limbe par un faible étrangl: ment. Il est plus ou moins brusquement -rétréci en un court pétiole. Sa nervation est assez compleses 1° une nervure médiane qui est la continuation du pétiole s'étend jusqu à son extrème pointe ; 2° un certain nombre de nervures secondaires convergeantes à la base et à la pointe du limbe ; 3° un grand nombre de nervures teruaires parallèles, et 4° des nervures transversales divisant en aréol?s les bandes que les nervures tertiaires laissent entre elles. Ces nervures transversales ou fesselles, comme nous les avons dénommées, ne sont pas toujours apparentes à l'œil nu. Pour toutes les espèces que nous culti-

vons, leur visibilité paraît en corrélation directe avec la

rusticité de l’espèce. IL est probableque ce: n'estpas une simple coïncidence ;: mais le rôle de ces tessellessest encore fort peu connu. Les dimensions et les proportions du lime sont très variables. Leur face iniérieure est toujours plus glauque que la face supérieure et elle a la propriété de ne pas se mouiller au contact de l’eau. Leur anatomie microscopique est très intéressante ; mais ce

ne

n'est pas ici le lieu d’en parler. La nervation et la tessellation fournissent de bons caractères spécifiques ; nous aurons l'occasion d'en reparler. Les bords du limbe sont souvent dentés ; l’un des bords est presque toujours plus fortement denté que l’autre et parfois un seul est denté. La face supérieure du limbe porte quelquefois des poils ; l'inférieure en offre plus souvent ; la base et les côtés de la nervure médiane en sont presque toujours pourvus.

Nous avons ainsi passé sommairement en revue les organes végétatils aériens des bambusacées. Il nous reste à dire un mot d’une particularité de leur ensemble.

Presque tous les bambous sont admirablement constitués pour défendre leur partie aérienne contre la déperdition de chaleur occasionnée par l’évaporation de l’eau à leur suriace. L’épiderme de la partie ligneuse est ciré étneé se mouille presque pas ; leurs feuilles lisses et luisantes au-dessus, terminées par une pointe ellilée, laissent égoutter l’eau aussi complètement que possible ;: la page inférieure des feuilles ne se mouille pas. Les gaînettes des rameaux sont étroitement enroulées et l’eau ne pénètre pas entre elles. Il en résulte que, aussitôt une Pie ini le moindre rayon de soleil sèché toute la plante dont les tissus peuvent immédiatement atteindre une température plus élevée que celle de l'air. (À suivre.)

Ballade d'Aeril

Les premiers beaux jours nous ayant décidé à entreprendre une excursion à bicyclette, nous avons d’abord parcouru quelques centaines de kilomètres sur les roues du «grand îrère qui fume » pour nous trouver sans perdre de temps au milieu d’une région dont l'exploration nous tentait depuis longtemps.

Le troisième jour, nous pédalions depuis quelques heures loin des grandes routes, dans un délicieux paysage vallonné où des bois aux bourgeons naissants alternaient avec de belles cultures et des champs attendant encore les semailles. Le soleil était déjà chaud, le chemin montant et sablonneux longeait une sapinière ; c'était l’occasion d’un repos avant de gravir une côte assez raide. Après avoir franchi quelques kilomètres à bicyclette, rien ne

délasse comme un temps de marche ; c'est pourquoi, désireux d’admirér le paysage vu d’une des crêtes du côteau,; ce fut l'affaire d’un instant de cacher emotre monture dans un fourré, et de commencer a travers boss l’ascension du Îlanc de la vallée. Bientôt notre attention fut attirée par un scintillement à travers les branches. Parvenu à :la lisière du bois, quelle ne futpas more stupélaction d’apercevoir, à quelque distance en contrebas du point où nous nous trouvions ... Ah ldectenr, vous ne pourriez l’imaginer, une vaste serre ! Oh ! l’horrible carré de vitrage : parlaitement laid et ridicule au milieu de ce paysage idyllique.

Le projet de gagner le sommet fut vite oublié et nous n'avons pu résister au désir de nous approcher de cette construction dont l’usage en cet endroit vous eut certainement intrigué autant qu: nous. Aucune clôture n’en défendait l'approche et bientôt, captivé par l'intérêt dont l’amateur ne peut se défendre, nous admirions à travers le vitrage une foule de plantes exotiques en pleine terre. Mais au détour d'un massii de Camélias en fleurs parut un promeneur âgé qui lit un geste de vive indignation lorsqu'il nous aperçut. À ce moment nous sentions nos torts, et, malgré la beauté du spectacle entrevu, nous eussions préiéré pédaler sur la route ! Il-sortitpréeipi tamment et, sans nous laisser le temps de nous excuser, il épancha avec véhémence une colère qui nous parut disproportionnée à l’action que nous avions commise. « Eloignez-vous, cria-t-1l ; il est délendu de quitter les chemins et de traverser mes terres ; c’est scandaleux de venir, ainsi déranger Chez eux les Sens pass « Excusez mon indiscrète curiosité, je n'ai pu résister au désir d'admirer vos trésors, ét comme aucunes n'en déiend l'approche, je ne croyais pas commettre une action Si blâämable .. >» Mais le propnetameems vivement iroissé et ému quil nous fallut parlementer assez longtemps avant d'obtenir l'autorisation d'examiner de près un bambou () que nous avions aperçu au travers du vitrage. Encore ne fut-ce qu'après nous avoirMiait promettre sous serment de ne révéler ni son nom, n1ien

(1) Nous en reparlerons dans un prochain nunéro: car il nous semble appartenir à une espèce non décrite. C’est sa vue qui nous a donné le courage

d= vaincre une résistance si opiniâtre, dont la cause nous échappait en ce moment. |

À + bd

en

quel lieu il demeure que M. X. nous laissa, bien à contre

cœur, pénétrer dans le sanctuaire. À peine entré, un bruit insolite attira notre attention. « C'est le moteur : il emmagasine », dit M. X., qui avait remarqué notre étonnement. Ce mot ne nous disait rien encore, mais

notre attention était déjà captivée par les proportions et ordonnance de la serre, ainsi que par la végétation

exubérante qui nous entourait.

Figurez-vous un vaste vaisseau de 50 mètres de lesHeur Joide larseurret 10 à 15 mètres de hauteur, adossé à une colline boisée de sapins séculaires qui Île protègent au Nord et à l'Est. Le terrain forme un vallon en miniature, ouvert au Sud, dont la partie la plns basse est occupée par un assez grand bassin piein d’une eau hmpide où naissent déjà des nénuphars. Le Nord s'élève en enrochements couronnés de cactus aux mille Îleurs ballamees car là Serre est. en partie enterrée de ce côté au flanc de la colline. Des chemins et des sentiers serpentent et même grimpent jusqu'au haut des rochers. Une mince cascatelle en descend et forme un ruisselet blemtde verdure qui va se perdre dans le bassin. En massiis heureusement disposés sur des pelouses fraichement tondues se pressent ou se disséminent de beaux spécimens de tout ce que les flores exotiques ont fourni de plus attrayant pour parer les jardins de la Riviera. Associez-y par la pensée beaucoup des meilleures espèces

du Mexique, de la Nouvelle-Hollande et du Cap; les

orchidées, les broméliacées, les aroïdées de serre froide garnissant les troncs des palmiers et des fougères arborescentes, les fougères, les lycopodiacées parant le sol à l'ombre, et vous aurez une faible idée de l’admirable jardin d'hiver plein de Îleurs et de feuillages printaniers qui s'offrait à mes yeux !

Mais ce qui m'étonnait le plus en le parcourant, c'était de ne pas découvrir la moindre trace de l'appareil de

chauffage monstrueux qui, d’après ma pensée, devait entretenir la chaleur nécessaire à ces plantes. J'en fis la

remarque à l’heureux propriétaire de ces merveilles qui, en souriant, me désigna un élégant pavillon japonais en partie dissimulé par des bambous et des kakis et sur la toiture duquel flamboyaient des Bouginvilliers. C'est de là que venait le léver bruit d'un moteur en activité qui m'intriguait depuis mon entrée. Après avoir parcouru

de que 190 Le

l’intérieur du pavillon, je n'étais guère mieux renseigné qu'auparavant. Il renfermait simplement un moteur à pétrole de la forcé de dix chevaux et un ventilateur. Ce couple me parut un singulier appareil de chauflage et Je me crus mystitié. Après avoir joui un instant de mon étonnement, M. X. m'expliqua le rôle du moteur. Après m'avoir invité à sortir du pavillon il s’exprima en ces tenmess

« Voyez-vous ces trois gros tubés, collecteurs horizontaux, suspendus sous les faîtes des trois travées de ma serre ? Ce sont des prises d’air qui par des trous pratiqués dans toute leur longueur aspirent l'air le plus échaufté de la serre. Par suite de la disposition spéciale des faîtes, cet air atteint et même dépasse parlois 50° centigrades sans que les plantes en souffrent. Quand le soleil donne, on met le moteur en marche, cet air brûlant se rend, par de collecteur général que vous apercevez, au ventilateur qui par cet autre tuyau le foule dans le sol. Tout le sol de la serre a été l'objet, à deux metres de profondeur, d'un aménagement spécial dont l'ensemble figure un vaste peigne en tuyaux dont voici la disposition : tout le long-du côté Nord de la serre un tuyau distributeur en fonte est enioui à deux mètres de profondeur. Ce tuyau porte des tubulures horizontales espacées à un mètre l’une ‘de l’autre. À chacunesse raccorde une ligne de drains en poterie qui traverse la serre dans toute sa longueur. Ces séries de drains fil y en a 40 de 50 mètres de longueur chacune) sont noyées dans une couche de gravier sur laquelle du gros sable est répandu ; puis 1 m. 70 à 2 mètres de terre sablonneuse très perméable à l'air recouvre l’ensemble. Cette couche s’épaissit régulièrement du Sud au Nord aïin de compenser la résistance dans les tuyaux et celle que provoque la plus grande humidité ordinaire dans le bas de la serre. Quand le moteur et le ventilateur fonc-

tionnent, l'air chaud foulé dans le distributeur sort par

les joints entre les tuyaux de poterie. 11 se répand dans la couche de gravier, puis traverse les éléments supérieurs, leur cédant de sa chaleur, leur empruntant de l'humidité, et vient ressortir à la suriace. Pendant l'été j'ai soin de ne faire circuler l'air que quand sa température estsupérieure à celle du sol à un mètre de protondeur. J'emmagasine ainsi le maximum de chaleur et à l'automne la couche de terre au-dessus des drains atteint trente degrés centigrades

et une forte épaisseur au-dessous des drains est aussi chauîlée par contact et recédera plus tard une partie de sa chaleur. Remarquez bien que toute la tuyauterie qui réunit les collecteurs horizontaux aux drains souterrains est recouverte de calorifuge. Grâce à cette précaution, l'air qui parvient dans le sol est bien plus chaud. Naturellement j'aère et j'ombrage moins que dans une serre ordinaire , mais l'étendue du vaisseau et surtout la circulation à travers le sol qui est un vrai filtre, diminuent beaucoup la nécessité de ces opérations. Quand la saison froide arrive et que la température extérieure descend à zéro ou au-dessous, je fais fonctionner le moteur, j'envoie l'air froid dans le sol, il s’y réchauffe et empêche la gelée de pénétrer dans la serre. J'ai aussi ces avantages énormes sur un chaullage ordinaire, d'avoir l’air le plus chaud au ras du sol, d'avoir un chauffage égal de tous les points et une atmosphère qui n’est jamais desséchante. — N'avezvous pas au contraire trop d'humidité ? lui dis-je. — Ceci est une affaire de réglage de l'humidité du sol à l'automne. S1 J'abordais la saison froide avec un sol gorgé d’eau, mes plantes souf'riraient certainement de la moisissure pendant l'hiver ; mais j'ai soin de diminuer les arrosages à l'approche des froids et de vider le bassin de décembre à mars Ah! tout cela ne s’est pas fait sans tâtonnements, sans écoles et le premier hiver a été fécond en surprises et en enseignements. |l a du reste fallu deux années pour établir le régime thermique de l’ensemble. Comme vous pouvez voir, j'ai pris grand soin d'éviter les causes de refroidissement. La serre est aussi enterrée que possible, le gros œuvre de la charpente est ex fer, il est vrai, mais partout où l’on pouvait, le bois est employé et il revêt toutes les pièces de fer exposées à l'air extérieur. Le vitrage estdouble, les ouvrantsjoignent hermétiquementau moyen de joints en caoutchouc, les portes sont munies de tambours. Pendant l'hiver, l’eau de pluie n'entre pas ici, l'eau de fonte des neiges surtout absorberait sans profit aucun une grande partie de ma précieuse réserve de chaleur. L'eau d'arrosage provient d'un puits creusé dans la serre ; elle a donc toujours au moins dix degrés centigrades quand le moteur l'envoie dans un réservoir placé en haut du rocher. Son trop plein forme la cascatelle, et il permet d’arroser à la lance ou de bassiner en fine pluie toutes les parties de la serre. Le tuyau d'échappement du moteur

traverse ce réservoir ce qui me permet de pratiquer en toutes occasions l’arrosage à l'eau chaude, ce procédé si simple et si précieux dans presque toutes les cultures, que l’on ignore encore volontairement presque partout. Vous savez combien les idées neuves effraient les gardiens de la science oïhcielle ! Le peu d'ombrape:nécessaimeness obtenu, comme vous le voyez, au moyen de plantes grimpantes à feuillage caduc qui s’enlacent à la charpente (des glycines, en eftet, y mettaient des nuées de Îleurs) et d'un peu de chaux étendue au pulvérisateur sur certaines parties du vitrage.

Voici cinq années seulement que cette serre est amé-

nagée, et voyez quel développement énorme les plantes

ont pris. C’est la chaleur de fond qui leur communique une telle énergie d’assimilation, et aussi les arrosages à l'eau chaude. Un autre avantage immense de cette installation, c'est de réduire au minimum la main-d'œuvre de culture. Chaque jour l’arrosage et les bassinages sont laits en bien peu de temps ; la conduite du moteur est l'affaire de quelques minutes et son réglage pendant la nuit, quand il fait iroid, s'obtient au moyen d’un thermomètre métallique placé hors de la serre, qui commande l'admission du combustible. Le plus gros de la besogne consiste dans la taille des gazons et l'enlèvement des feuilles mortes. Un manœuvre suffit pour obtenir Île résultat que vous voyez — et d'un geste large Me désignait à la ronde l’impeccable tenue de sa serre. — Pendant un mois, au printemps, j'ai besoin de secours pour les transplantations en mottes parfois lourdes ; mais

cette période dure peu, et ensuite je suis tranquille toute

l’année. Foin des grands jardiniers hableurs et d'un nombreux personnel : j'en ai goûté, et je n'en veux plus. Cependant, hasardai-je, un bon jardinier diplôme" Ne me parlez pas de cela, s’écria-t-il ; les bons jardiniers

sont légion ; ce sont tous ceux que je ne connais pas ! »

C'était un parti-pris, je n'insistai donc pas ! N'avezvous aucun remords dis-je encore, de cacher au monde un procédé qui, vulgarisé, rendrait d'immenses services à l’horticulture, à la culture maraichère sous verre et même en plein air? J'en areu, en eflet, mais à présentissens dissipés, «et: Je me félicite tous les-Jourstde netpaseson laissé troubler la quiétude dont j'avais besoin pour mener mes essais à bonne fin. Mon idée est en marche et ne

mi sinon 2 CDS

EPST Ces

s'arrêtera plus ; elle a germé dans d’autres têtes que la mienne ; n'ayez aucune crainte, cette idée fait doucement, mais sûrement son chemin. Consultez les mémoires d’un professeur de Gand sur la déperdition de chaleur à travers les vitrages simples et doubles ; consultez ceux d'un professeur allemand sur le chautfage du sol au printemps au moyeu d'une source. de Chaleur artificielle (il n'a pas songé au soleil qui la fourait gratuitement) ; consultez les articles d’un périodique consacré aux graminées, concernant les arrosages à l’eau chaude, vous verrez que toutes les idées appliquées ici germent (de travers parlois) mais serment ailleurs et promettent de beaux jours et de riches HMOISSONS. à CEUX qui sauront en tirer parti, Encore une

lois puis dormir en paix, mon idée est en marche. & {À suivre.

La Question des Jardiniers (suite). (2)

Ce n'était pas sans une certaine appréhension que nous

avions abordé dans un premier article la question com-

plexe des jardiniers Mais les polémiques qu'il soulève indirectement indiquent assez que nous avons réussi à attirer l'attention. C'est un premier résultat qui nous incite à continuer l'exposé de cette question.

Nous avons recu au sujet de cet article beaucoup de communications privées. Nous n’en citerons qu'une, avec l'assentiment de son auteur. Elle résume l'opinion de la majorité de nos correspondants :

« Cher Monsieur, merci et félicitations pour votre « article sur les jardiniers. Non point que je m associe à « toutes vos affirmations ;: mais vous avez dit et écrit ce « que tout le monde pense. C'est l'éducation qu'il faut « avec et avant même l'instruction. Développons la con- « science et cherchons à cultiver chez l'élève jardinier « amour des plantes et letrespeet dela, nature Hélas, « chez nous, 1l y aurait beaucoup à faire, bien que M. dr. « Wolf ait singulièrement exagéré le mal. Notre snstruc- « tion si complète (obligatoire depuis l'époque de la « Réformation déjà) est une bonne chose et ut exceHénte

(1) Dans ua prochain article nous exposerons le côté technique et financier de la question ; car cet excellent M. X., redevenu tout à fait bienveillant, a bien voulu nous l’exposer en détail.

(2) Pour la zre partie voyez: Le Bambou, 15 décembre 1906, pp. 136 à 145.

er VO

« autrefois, car elle donnait aux citoyens de Genève une « supériorité sur ceux des pays voisins (France et Italie). « Mais maintenant qu'on a développé l'instruction proîes- « sionnelle, on oublie la base, on construit sur le vide « parce qu’on néglige l éducation et tout croule. Je me « hâte d'ajouter qu'il y a de très notables exceptions et « qu’on ne doit pas généraliser. Nous avons d'excellents « jardiniers sortant des écoles professionnelles ; mais les « bons ont été ‘‘at home,, les objets d'une éducation « spéciale. Ce contre quoi on ne saurait trop réagir, c'est « contre la vanité de ceux qui croient que parce que sortis « ne école, ils savent tout. Votre dévoué, -Floraire JemoXiPre006: H. CORREVON.

“Voilà donc l'opinion du grand vulgarisateur suisse ! Une autre note typique est celle-ci : « Comment, nous a-t-on dit, avez-vous décrit si exactement notre jardinier: c'est tout-à-fait cela ; le connaissez-vous l'avez-vous eu à votre service ? >» Non, mon cher lecteur, nous n'avons jamais vu votre jardinier ; ce n'est du reste pas nécessaire pour le dépeindre : ici, là, ailleurs, c’est partout la même chose ! Remarquez encore l'entrefilet de la Tribune Horticole de Bruxelles : la reproduction presque in extenso de notre article, dont nous la remercions cordialement, lui a valu, dit-elle, un dossier extraordinaire. Nous n’en doutons pas: un coin du voile se lève, et ce "uen aperçoit n'est pas précisément beau. Nous allons nous ellorcer de l’écarter un peu plus, et si nous recevons quelques horions nous dirons : c’est de la monnaie courante. Et si c'est sous le couvert d'un pseudonyme qu'on nous répond; nous dirons que beaucoup sont forcés par les circonstances de se tenir dans l'ombre, mais que leurs idées n’en valent pas moins. Nous désirons la lumière, d'où qu'elle vienne, dût-elle faire des blessures Nous nous proposons aujourd'hui de traiter la question sous son côté peut-être le moins séduisant : nous parlerons des opérations illicites de certains jardiniers. Nous disons certains jardiniers et que l’on ne vienne pas encore insinuer que nous cherchons à jeter le discrédit sur toute la corporation : il y a une trompette facile à emboucher, cela fait du bruit et cela né prouve rien. Il est toujours facile de prêter à celui que l’on veut critiquer des idées qu'il n’a pas exprimées, afin de les démolir aisément. Le choix des défauts est suffisant pour qu'il ne soit pas

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nécessaire de les attribuer tous à chacun pour en faire des sujets ineffables. Il serait presque aussi ridicule de les charger ainsi, que de les dépeindre tous comme des « Merles blancs ». Nous parlerons donc des opérations illicites de certains jardiniers; nous les grouperons comme suit :

1° Entente avec les fournisseurs pour fraude ou dol sous une forme quelconque ;

2° Entente avec les camarades dans un but qui, au premier abord, paraît correct ;

3° Soustraction de plantes ou parties de plantes, de fruits, de légumes pour la vente.

Nous terminerons en disant un mot de

4° l'efiet utile presque nul et de ses causes.

Il ne suffit pas de posséder un terrain, d'entretenir un jardinier, d'acheter des engrais, des graines et des plantes pour obtenir un jardin agréable et attrayant. Il est encore

indispensable que le propriétaire ait quelques notions de

botanique et d'horticulture. Il faut aussi qu'il sache distribuer la besogne à son jardinier, si celui-ci n’est pas à même de l’organiser. Le rôle de jardinier n’est pas facile à remplir convenablement, et ce fait appelle l’indulgence de l'amateur ; mais celui-ci ne doit pas oublier que son rôle à lui est des plus difficiles à bien remplir, surtout s'il n'a jamais travaillé par lui-même dans son jardin ou dans ses serres. [1 nous a toujours paru nécessaire, en matière de jardinage et d’horticulture, comme en toutes autres, du reste, d’être en-état d'exécuter tous nos ordres. Nous pensons que dans ces conditions seulement l'ordre peut être suffisamment précis, concis, complet pour en pouvoir espérer une bonne exécution. Il ne faut jamais perdre de vue qu'il doit aussi être po/i. Il importe donc d’user d'une grande indulgence réciproque pour que l’amateur (surtout s’il est assidu dans ses cultures) et le jardinier puissent SCHicneare - Car, Si ce dernier mérite Vrairient SON nOM,

il doit avoir au moins voix consultative pour l’arrange-

ment du jardin. |

L'un des plus grands plaisirs de l'amateur n'est-il pas de combiner des scènes nouvelles dans son jardin ? Les avis d’un vrai jardinier ne sont-ils pas toujours très précieux dans cette circonstance ? Il est évident que l'un des éléments les plus indispensables d'une bonne entente,

ie

c'est que le jardinier soit content de son sort Le salaire qu'il reçoit joue donc un rôle aussi capital que la façon dont il est traité dans les rapports journaliers. Si le salaire est trop bas le jardinier se. déplait sileesthtrop ele l'amateur est mécontent Comment éviter à la iois ces deux écueils ? Je me sens impuissant à le dire avec certitude et je crois que seul l’amour des plantes peut accomplir sûrement ce miracle. On à reproché Souvesbams amateurs de Consacrer une trop iaible part del dépenses de luxe à l'entretien de leur parc @erte see pariois vrai; mais la cause n’en est-elle pas souvent dans ce fait que beaucoup ont constaté que d’une augmentation de dépenses il ne résultait que bien rarement une augmentation de l’elfet utile de leur jardinier ou une amélioration de leurs cultures ? C’est une question à étudier ; mais elle ne nous parait pas devoir être tranchée à priori en faveur des jardiniers. Dans notre cas, par exemple (abstraction faite des serres puisque nous les soignons en 1 1/2 h. par jour) nous avons vu. les frais réduits de plusdes pre l'effet utile doublé du même coup! Nous avons vu en même temps la consommation de charbon des serres baisser de moitié et la température y devenir beaucoup plus constante depuis que celui qui entretient le feu n'est plus un de ceux qui dans les annonces s’intitulent « un très bon jardinier ». C’est que, en ellet, nous n'avons jamais pu rencontrer un jardinier qui sût conduire un foyer de serre. Est-ce qu'on leur enseigne à l’école cet art diiierle et indispensable pour obtenir une bonne culture ? A la façon dont ils s’en acquittent nous pensons que non. Ils savent bien consumer (détruire) une grande quantuende charbon ; maisien tirer, bon parti cherchez Presque tous ceux que nous ayons vus à l’œuvre, sont che incroyable stupidité sous ce rapport ; ils n’en ont que plus de vanité et ne veulent pas écouter les conseils. « Estzce qu'on viendra, A EUX DES DIPLOMÉS, léur apprendre jeter du charbon sumunmersniletEsece dqrionmlee prend pour des ignorants ? Voyons, soyons de bon compte, c'est leur faire une grave injure, rien que de leur parler d'une chose aussi simple ! + Tel est leur raisonnement, aussi restent-ils presque tous ânes toute leur vie. Leurs femmes, au contraire, sont en général très expertes en la matière, et nous n'avions jamais de feu aussi bien soigné que lorsque le jardinier s’absentant seul, sa femme venait, pendant

DRE ETS M Te Bot AUS

quelques heures, alimenter le foyer. Mais revenons au salaire. Nous avons parlé (p. 138) d’un salaire de 1800 frs. par an (ce qui équivaut environ à 2500 Îrs en France et à 3500 aux Etats-Unis). Il s’agit du traitement d’un Jeune diplômé débutant dans la carrière (qui sera probablement aussi prétentieux que gafieur) et non pas d’un chef de culture, n1 d’un jardinier ayant déjà une longue pratique et ayant lait ses preuves comme cultivateur, ainsi qu'on a feint de le croire pour nous dauber spirituellement. C’est peu, dira-t-on peut-être ; 1l serait cependant bon d’'examiner ce que l’on constate en Belgique quand un concours est ouvert pour l’obtention de situations rémunérées 1000 à 5200 irancs par an. Nous voyons de nombreux postulants se présenter à l'examen. Est-ce un bonheur, un signe de prospérité ? Loin de nous l'intention d'exprimer cette pensee iltne S'apgit pas de ce côté de la question; mais c'est un fait et il faut vivre avec les j'ais et non pas dans les chimères de son esprit.

La plupart des postulants ont fait des études plus longues, plus solides, plus coûteuses que celles des élèves jardiniers ; certains parfois ont conquis des diplômes universitaires. Ne doit-on pas en conclure qu'il faut bien être de son temps, se plier aux circonstances, tout en cherchant à les améliorer, et que le jeune jardinier diplômé qui pour ses débuts dédaignerait un salaire de 1800, de 1500, voire même de 1200 francs par an en Belgique, dans les circonstances actuelles, ne serait excusable que s'il est le « merle blanc ». Où est-il ce bel oiseau? Amateur trois fois heureux, si vous le possédez, fermez la porte de crainte qu'il ne s'envole !!! Le merle blanc a d’ailleurs mieux à laire, sans doute, que de travailler, c'est pourquoi on ne le rencontre guère dans les jardins. C’est lui qu'il laut envoyer à l’école supérieure de culture et de botanique que l'on a absolument raison de vouloir fonder.

. Un troisième élément d'entente, non moins important, est la probité du jardinier. Rappelons ici la pensée de Sidney Smith : « Nous ayons au milieu de nous des sauvages encore plus sauvages que ceux de la Nouvelle- Hollande ». Ces individus, chez lesquels l’atavisme se manifeste avec tant de violence, n’ont que des aptitudes très faibles pour un métier dans une société dite policée. On les rencontre dans toutes les classes sociales, et c'est d'eux que l’on dit, souvent sans comprendre quelles

Cd 198 en

influences les font agir, qu'ils ne sont bons à rien. D'autre part, nous maintenons formellement ce que nous avons dit (p. 144) de la facon dont se recrutent les élèves des écoles d’horticulture, Si, par les circonstances, une plus forte proportion des hommes dont parle Smith est dirigée sur les écoles d’horticulture que partout ailleurs, ce n’est certes pas leur faute, mais c’est un fait, et il faut en tenir compte. Ces sauvages sont plus nombreux qu’on ne le pense généralement, dans les sociétés dites policées.

Il y a cependant beaucoup d’honnètes jardiniers, et parmi les 10 ou 12 phénomènes que nous avons examinés, il y en avait une bonne proportion d'une probité suilisante, ou même parfaite; mais il y en avait d’autres. Nous en avons vu quelques-uns à l’œuvre et nous allons essayer de signaler succinctement une partie de leurs aimables travers. |

La loi que le Parlement britannique a votée récemment montre à quel point le trahic scandaleux des commissions secrètes est florissant en Angletérre. Il n’est pas moins prospère en Belgique ! L’acceptation d'une commission secrète a de nombreux inconvénients pour l'amateur lésé ; elle en a aussi pour le jardinier, L’amateur paie trop cher ce qu'il achète ; le jardinier pousse à des achats exagérés et doit détruire ou donner une partie des produits achetés, pour dissimuler l’exagération de la commande.En fin de compte, ilobtient une certaine somme issue d’une source illicite, le plus souvent à l'insu de sa femme — qui tient ordinairement les cordons de la bourse. Qu'en fait-il ? Presque toujours cet argent va grossir le budget du cabaret, qui est la perdition de tant de jardiniers. Enfin, quel moyen pour celui qui accepte une telle ofîre à l’insu et au détriment de son patron, de ne pas en être un peu avili et démoralisé. On a prétendu que ces pratiques avaient pour point de départ l’insufhisance du salaire. C'est poss'ble dans certains cas ; mais il serait bon de fournir la preuve de cette affirmation ; en tous cas ce ne serait pas une Justihication.

On nous a fait cette objection : vous reprochez aux jardiniers en général d’être des destructeurs ; cependant pour se procurer des variétés nouvelles, des espèces rares, ils vont quémander des boutures chez leurs camarades assez heureux pour être employés par un amateur qui les a achetées. Cette pratique, des plus louables en apparence,

est, en effet, très répandue chez les jardiniers. Elle confine cependant toujours, et elle mène souvent aux pires abus ! Quel est l’amateur qui n’a pas découvert dans ses serres ou dans son jardin une plante dont l’origine lui est inconnue? C’est généralement une jolie plante, et le connaisseur l'examine avec plaisir, il complimente son jardinier. Si le jardinier est un ange tout se borne là; mais si c'est un homme, et c'est « assez souvent >» un homme, l'affaire ne peut en rester là, et c'est même justice. L'ami du jardinier qui a donné la plante doit recevoir quelque chose en échange, rien n’est plus logique. Quoi ? une plante ? c’est un pis aller, et le moindre backchiche ferait bien mieux son affaire ! Et votre jardinier, ne mérite-t-il rien ? En vérité, je vous le dis, vous êtes un homme sans cœur si vous ne lui donnez bien vite un pourboire ! D'ailleurs, si vous ne vous exécutez bien vite vous serez repincé dans les grands prix, et sans qu'il se passe beaucoup de temps. Mais avez-vous pensé au propriétaire de la plante qui a surgi chez vous ? Est-il inlormé du cadeau ? A-t-il donné son autorisation ? Ne lui a-t-on pas dit que la plante avait péri ? Ce n’est peut-être qu'une bouture, dira-t-on ! Oui vraiment, ce n’est qu'une bouture ; ce n'est aussi qu’un commencement. Si vous n'y prenez garde, il en pleuvra des boutures, puis des plantes établies venant d’ailleurs ; et vos boutures et vos plantes rempliront le même office chez les amateurs vos voisins. S1 bien qu'un jour viendra où le jardinier sera plus maître que vous chez vous, quil vous faudra débourser pour chaque plante qui arrivera chez vous, et que votre jardinier, au lieu de faire voire besogne, rôdera chez les voisins, sous le prétexte de s'instruire, mais en réalité en quête d'une plante capable d'amener dans sa main un bon pourboire. Entin et surtout il vous enlève le plaisir de donner : c'est fait avant que vous n’y pensiez, et cela ne va jamais à qui vous l’auriez destiné. Ceci est de l’exagération, dira-t-on, et il y a un juste milieu qu’il ne faut pas dépasser. Où est-il, s'il vous plaît, ce juste milieu ? Et s’il existe, qui saura s'y tenir ? Le merle blanc ? Pour notre part nous pensons qu'aucune plante ne peut entrer chez nous, ni en sortir sans notre assentiment préalable, ou sans que nous l’achetions ou la recevions d’un ami. Nous pensons que dès le moment où le jardinier commence à introduire sans ordre formel quoi que ce soit, il faut ie prévenir doucement et poliment qu'il

devient suspect. Nous pensons aussi que du moment où il commence à enlever quoi que ce soit sans autorisation, il faut le prévenir doucement que la récidive entrainerait le congé. Il y va non seulement de l'intégrité de vos collections, et de Phomnéetete de otre jardinier, mais aussi de votre probité à vous amateur, et de la bonne entente entre amateurs voisins. Que diable, la plupart des plantes se multiplient comme mauvaise herbe entre les mains d’un homme habile et courageux, 1l y en aura pour tout le monde ; mais, au moins, qu'on laisse au propriétaire le plaisir de les donner, qu'on demande, qu’on ne chipe pas!

Bien d’autres procédés, du reste, sont mis en œuvre par les jardiniers pour faire naître le backchiche : ; en VOICI quelques exemples typiques. Un amateur — mettons que le fait se passe en Chine — avait été chargé oïficiellement devfaire venirdes plantes pour um jardin impérial en même temps que pour lui Auvrecur de lenvorailsrt siassurer du bon état des tplamtesnetules remettre aux mains du jardinier chargé de les soigner. Par malheur, il en était inconnu et il ne lui fut en aucune façon présenté. Le jardinier crut sans nul doute avoir aïlfaire à un fournisseur taillable à merci — nous sommes en Chine, ne l’oubliez pas —. IT était apparemment de fort méchante humeur de ce que cet envoi vint déranger sa quiétude, et il le it bien voir. Malgré des instructions écrites précises, il planta dans des conditions si défectueuses qu’elles devaient amener la mort des plantes. Le fait fut signalé par écrit, avec précision, en temps utile ; 1l n’en fut naturellement tenu aucun compte. Le contraire eutierentn événement épatant. Pensez donc, un vulgaire pékin (nous sommes en Chine) avait osé critiquer les procédés de culture d’un fonctionnaire payé pour les connaître ! A présent, l'amateur est porté à penser que ce jardinier qui lui a faussement déclaré avoir déjà soigné une nombreuse collection des mêmes plantes — voulait lui faire entendre qu'il lui fallait un backchiche pour assurer leur reprise. Eh, que ne l’a-t-1l dit carrément, on l'aurait donné de grand cœur, ce maudit pourboire, pour sauver les admirables spécimens qu'il a détruits. L'introduction de ces plantes avait déjà coûté assez cher à l'amateur pour qu'il ne regardât pas à quelques pièces de monnaie pour assurer leur santé ! Il y a lieu de croire que c'était donc le backchiche tacitement exigé : « Si tu ne me graisse

tr —

la patte, tes plantes mourront, et comme tu as dû garantir la reprise pour fournir ici, tu ne seras pas payé. » Voilà le raisonnement ou un autre analogue. G) Parfois cest une condition posée effrontément ; le jardinier arrivant chez le marchand grainier : « Je viens m'entendre avec vous pour l'achat des graines dont j'ai besoin pour Hensrdiu, de M. Untel. Vous majorerez les factures dé tant pour cent, que vous me donnerez. Si non, vos graines He Seront pas, > C'est clair, net et précis, c'est déjà un grand mérite, et nous prélérons celui qui exige carrément une dime, mais fait pousser les plantes, à l'ignoble destructeur qui, par des procédés jésuitiques, dilapide dans un but caché, qui n’est peut-être pas celui que nous indiquons, mais qui est en tous cas inavouable, une collection unique et impossible à réunir aujourd'hui! Nous pourrions multiplier les exemples, car les procédés sont variés, mais nous prélérons donner la défense des inculpés qui sont en aveu sur toute la ligne. « Sabotage, disent-ils, pratique d’une souplesse infinie qui a pour but de dilapider le capital de l'employeur ». Nous citons textuellement Emile Pouget dans la Voix du Peuple : « À mauvaise paie, mauvais travail... Berte tieuique delütte societe sabotage)... se manifeste souvent par une brensietde coulare..... HobCst pas césiretnte Ale) pemode de lûtte ouverte... HHNESt ASS DrAtiqQuEe en période de travail. » Pardon, citoyen, vous donnez là un fameux croc-en-jambe à la logique. Il faut dire « à s77auyaise paie, faible travail >, car à mauvais travail correspondrait une paie en fausse monnate, et en autre C'est donc l’apologie du vol que fait Pouget. Il dit au salarié : « Le patron vous vole, c’est honteux ; volez-le à NOM LOU VOUS ferez ne action louable... et prolitable.» Pourquoi deux poids et deux mesures? De quelque facon que l’on envisage la question, il n'y a pas progrès moral chez celui qui raisonne ainsi; alors pourquoi Île

(1) Ü paraît que nous nous trompons et que ce n’est pas une affaire de « matabiche ». Ce serait un grincheux à l'esprit étroit se vengeant, certain de l'impunité, sur des plantes qui n’en peuvent rien — destruction préméditée et systématique. — C’est donc du sabotage officiel qui mérite... de l’avancement. Eh, ami lecteur, ne riez pas. Il est, dit-on, coutumier du fait : quand son sabotage aura assez rasé où il est, on le déplacera — avec avancement bien entendu — afin qu’il aille saboter ailleurs ! C’est absurde, direz-vous peut-être. Réfléchissez pourtant : qui oserait briser l'avenir d’un fonctionnaire (chinois) instruit et capable — quand il veut — parce qu’une partie des plantes confiées à ses soins meurent de sa main? Alors, quoi? Eh bien, quelquefois il 1eço:t un suit, et puis... il récommence ! MN. de la R:

mn LOIS

soutiendrait-on contre celui qu’il attaque ? Nous ne conseillerons pas au patron de dire : « À saboteur, saboteur et demi », nous n'exprimons l’idée que pour la condamner sans tarder explicitement et complètement Nous examinerons plus tard les remèdes que la situation comporte.

Voyons à présent le mécanisme le plus usité en cas de soustractions importantes pour la revente. Le fait est tout à fait indépendant de taux du salaire ce qui tend à prouver que le sabotage-coulage n’est une application du principe « à mauvaise paie, mauvais travail » que pour les besoins d'une cause « spéciale ». Chez les amateurs qui ont un jardin et des serres par snobisme, pour s’y promener sans voir, le jardinier qui désire soustraire a beau jeu. Il est assuré de la complicité tacite de tous ceux qui connaissent ses agissements et, au besoin, il achète le silence au moyen de quelques plantes ou de quelques consommations au cabaret Ses débouchés principaux, pour le placement de ses larcins sont presque toujours un Îruitier ou un horticulteur ; exceptionnellement il vend à des particuliers. C’est du reccl, direz-vous, c’est un délit grave, un négo® ciant qui a un capital sérieux engagé dans son entreprise risquera-t-1l sa situation pour si peu ? Eh oui, c'est indéniable, nous en connaissons plus d’un qui se livre à ce petit négoce. C’est cependant, je me hâte de le ‘diretune infime minorité des horticulteurs ; mais 1l y en a toujours assez pour que le jardinier qui veut se livrer à ce trafic ne soit pas embarrassé. D'ailleurs, le risque n’est pas bien orand. Ce tralic ne se fait guère qu'avec des plantes dites «de commerce ». Il y a un Jot de telle espece che horticulteur, on lui en apporte quelques-unes prises ailleurs, il les dépote, il les taille ; qui les reconnaîtra ? II faut le flagrant délit ; comment en faire la constatation ? Il y a donc toute sécurité pour les coupables ; nous avons même vu plus haut que l’on fait l’apologie de leur acte ! La vigilance de l’amateur qui connaît ses collections est son seul garant. |

Une autre méthode est employée par les jardiniers peu scrupuleux, même chez les amateurs les plus avertis. Si l’on s’aperçoitqu’une plante manque, et si l’on en demande la cause, ils répondent : « Cette plante est morte et jetée.» Ne vous y fiez pas trop. D'ailleurs il n’y a rien de plus instructif, sous tous les rapports, que de rechercher les causes du décès de ses plantes. C’est pourquoi nous avons

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toujours tenu la main à ce que toute plante morte nous fût montrée avant d'aller au fumier. Enfin le dépotage est très employé pour masquer l'enlèvement. Il y a quantité de plantes qui se multiplient aisément au dépotage, et auxquelles cette opération de rajeunissement est salutaire. Vous croyez ainsi multiplier telle jolie espèce pour en faire cadeau à vos amis. Du tout, les rejetons ont disparu : quant à votre jardinier, il fait la bête, il ne sait pas, il n'a pas vu, peut-être que Monsieur «s’aura trompé». Si vous vous mettez en colère, vous aurez bien vite tort - si vous ne dites rien, on se moquera de vous et on recommencera impunément. Nous rapporterons une petite anecdote comme exemple de soustraction systématique [Il y a quel- HHetuarante ans un amateur belge bien connu en ce OV Une Superbe lorcerie d’ananas; mais ce niétait que bien rarement qu'il en pouvait apprécier les produits. Ceux-ci étaient fort peu nombreux, et le propriétaire très absorbé par ses aïllaires industrielles n'avait pas le loisir de surveiller ses jardiniers. Etant un jour à Paris, il eut la fantaisie d'acheter un ananas superbe afin de le comparer aux siens. [l entre dans le magasin, ce fruit était une primeur pour la saison; cependant il s'étonne du prix élevé, sans toutetois le discuter. « Oh, Monsieur, lui dit- Oro CCS Cher, mais c'est un iruit extra, venant de la Piemmencuorcente beloe Comment belge, fait-il étonné. Oui, Monsieur, nous ne prenons ces fruits qu’à la meilleure source, à la maison X..,»> Du coup l'ananas alla Honiemartenne, le fruitier venait de citer le nom dé son client belge de passage. L'amateur sortit, oubliant son achat (soidé d’ailleurs), prit le premier train pour la Belgique et, séance tenante, mit son jardimer à la porte. F1 le vilain patron, c'était mal récompenser un si louable « sabotage ». Le jardinier fla sans demander son reste. Si nous n’y prenons garde, dans quelque temps, au lieu de filer, il assigrera son patren pour cause de renvoi non motivé... et obtiendra gain de cause et indemnité. Nous ne prétendons pas que les opérations se passent toujours d’une façon aussi méthodique que le petit commerce international de ce jardinier ; mais les faits de cet ordre sont bien plus fréquents qu’on ne le croit. Ils sont indépendants du salaire du jardinier et dépendants uniquement et directement de sa mentalité : il existe tous les intermédiaires entre l’homme d'une probité parlaite et le cleptomane

tout à fait irresponsable, les deux extrêmes sont aussi rares l’un que l’autre ; mais les intermédiaires sont lécion ! Tout ce que nons’venons de dire (et ce n'estiqnmmes faible partie de la réalité) s'applique aux jardiniers actifs ; mais il y a aussi toute une catégorie de jardiniers qui ont toujours l'air aîlairés, esquintés, pressés, noyés de besogne et dont l'effet utile est toujours introuvable, quand on ne séjourne. pas auprès d'eux. Ce lait se rattacher des causes bien distinctes, dont les effets sont presque identiques. Il peut y avoir — et c'est souvent le cas — manque d'organisation du travail à tel point que le jardinier entreprend plusieurs besognes à la fois, et recommence chacune 3 ou 4 jois avant qu'elle paraisse A mbtte faite. Celui-là, 1l faut le suivre pas à pas pour en obtenir un effet utile quelconques; il ne sera Jamais manœuvre sans initiative, mais bien dirigé, il pourra

rendre de grands services. Il y a aussi une autre cause,

plus difficile à combattre. Vous souvenez-vous, lecteur, de l'opinion des Javanais sur les singes ? « Les singes, disent-ils, sont des hommes, mais ils ne veulent pas parler, de crainte qu’on ne les fasse travailler >». Et bien, il y a aussi des jardiniers dont on pourrait dire quelque

chose a’analogue : « Ils font la bête pour qu'on ne leur

demande qu'une besogne simple ; ils font aussi semblant de ne pas savoir s’y prendre pour qu'on ne s'étonne pas du peu de besogne qu'ils font en un jour ». Mais voyezles par hasard travailler pour eux, c'est toute autre chose. Ils deviennent subitement viis et adroits. C’est pourquoi nous nous relusons à avoir si mauvaise opinion de leur aptitude au travail, et nous croyons que c’est souvent de l’adroite simulation. Mais ce dernier cas est assez rare, car il faut que la duplicité l'emporte haut la main sur la sotte vanité,

: Nous ne prétendons cependant pas qu’un mercenaire puisse atteindre au rendement moyen d'un cultivateur travaillant pour son compte. La différence de rendement a des causes multiples qu'il serait vain de cherchera supprimer. Elles sont de l'essence de l’homme et comme telles inhérentes à toutes les organisations sociales. I y aura toujours un écart entre la production de l’ouvrier et sa part de moyens de consommation ; que cet écart aïlle à divers facteurs — dont un patron —, ou uniquement au pouvoir qui assure les services publics, et la quotité

— LOS — de cette part sera toujours l'objet des mêmes discussions auxquelles nous assistons. Maïs il ne nous paraît pas inutile, puisque nous vivons à la campagne au milieu d'une population agricole se livrant en grand à la culture maraîchère intensive, de fixer en parallèle ce que nous voyons produire chaque jour autour de nous, et ce que la

moyenne des jardiniers exécutent.

… L'exemple le plus extraordinaire que nous avons Mmécueillh eskcelui-ci: Un jeune père de famille, ouvrier de fabrique, de taille et de vigueur moyennes, a cultivé en 1906, sans l’aide d'aucun animal de trait, un hectare de légumes, tout en accomplissant à l'usine régulièrement ses semaines complètes. Comme nous lui disions que c'était ridicule de se surmener ainsi, il nous a répondu : HEniENeL CCtait trop, et, cette année (1907), je me vais plus à l'usine, mais comme je n’ai pas une occupation suffisante en cultivant un hectare de légumes, et que je ne puis trouver plus de terrain à louer, je colporte des denrées coloniales pendant trois jours par semaine ». Rendement exceptionnel, dira-t-on, qui ne prouve rien et surtout ne peut être généralisé ; d’ailleurs, quelle était la part de la femme dans le travail accompli ? D'accord, mais l’aide de la femme, délicate et soignant deux jeunes enfants, a été peu de chose, au dire du mari (nous le croyons sans peine ! !). Ne criez donc pas victoire pour écarter cet exemple de grande productivité. Les principales raisons pour lesquelles il ne faut pas généraliser EM que Péxpémience n'a. duré qu'un an; 2° que cet homme, propriétaire de sa maison et d’un lopin de terre, travaillait pour son compte ; 3° qu'il n’est pas buveur et que son père est sobre également. Voyons à présent comment ce genre de combinaison de travail se généralise dans plusieurs villages de nos environs. De nombreux ouvriers d'usine, faisant régulièrement leurs 6 jours par semaine, cultivent chacun au moins un demi hectare dont une grande partie en chicons (witloof), c'est-à-dire l’une des cultures les plus absorbantes qui existent en Belgique. Naturellement leurs femmes interviennent, et leur travail aux champs est probablemeut une des raisons Îles plus importantes pour lesquelles la race se maintient si vigoureuse ; mais elles sont loin de faire la moitié de la besogne. Ce n’est plus ici un cas isolé, puisque dans les communes considérées la culture du chicon s'étend sur cent hectares

BDD =

au moins, divisés en une infinité de petites parcelles. Il n'y a chez ces très nombreux agriculteurs aucun symptôme de surmenage plus apparent que chez la moyenne des jardiniers : même que chez les plus fainéants bâillant d'ennui à ne rien faire. La cause en réside peut-être dans ce fait que la moyenne tend à exécuter toujours le maximuim de travail dont elle est capable, mais que la répartition seule varie. 51 les heures dites detravailssons consacrées au repos, il y aura presque toujours compensation en dehors de ce temps. Les exemples sont nom breux et faciles à trouver : un jardinier qui ne travaillait

que deux jours tout au plus par semaine, braconnait

durant presque toutes les nuits. Mais nous n 'amplifierons pas Sümice SUjJOLEL. € Si, au contraire, les heures dites de travail sont consacrées à une besogne normale, variée et peu fatigante, comme c’est le cas la plupart du temps dans le jardinage allié à l’horticulture, il y aura détente et repos réel en dehors de ce temps. IÏ nous paraît lozique de tendre vers ce but. Mais revenons à nos exemples, en voici un dernier qui n'est plus collectif. Un maraicher qui aménage pour son compte un peu plus d’un demi hectare de culture intensive, soigne en même temps notre potager et notre wild-sarden (4 hectares) beaucoup mieux que tous les jardiniers diplômés ou non que nous avons employés. Cet homme est loin d'être un colosse, il est de

complexion plutôt délicate et nous présumons qu'en ne

viendra pas soutenir qu'il s’esquinte dans notre jardin pour aller se reposer quand il travaille pour son compte!!! L'état prospère de ses cultures témoigne du restequ'iln'en est pas ainsi. Mais il a de la pratique, il aime son métier, ik apprécie d’être bien traité et il met son point d'honneur à ce que nos cultures et notre jardin soient mieux en ordre que du temps des stupéhants jardiniers diplômés qui l'ont précédé chez nous. Il met aussi son point d'honneur à ce que nos cultures soient aussi soipnées que Îles siennes et que celles des autres maraîchers voisins. Quant au côté dépense, .1l s'est réduit de telle facon que nous sommes, hélas ! mes chers amis les jardiniers, bien au moment de CONSHIreSe que c'est parce que nous payions beaucoup trop que nous étions si magistralement saboté !

Nous pourrions multiplier aisément ces exemples, et en produire des douzaines avec noms et détails circonstanciés ; mais nous croyons que ceux qui précèdent suflisent

CE, Air

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