CHAPITRE VIIT
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GÉNÉRALITÉS. On a de tout temps senti le besoin d'avoir des pessai res de formes et de dimensions variées : et la nécessité de les adapter convenablement aux exigences individuelles à fait recourir à une foule de substances , telles que le bois, la corne, l'ivoire, le métal, le liége, le caoutchouc, etc. L'éotee Sgure-aussi en qualité de support utérin ; @t si sa moilesse et son peü de consistance la rendent passablement impropre à cette fonction, la dureté des autres
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corps précités n’est pas sans inconvénient, dès qu'ils doivent être long-temps en contact avec une partie aussi délicate que le col de l'utérus. Cependant, mollesse et résistance, quelle que puisse être d’ailleurs leur incompatibilité, sont deux conditions indispensables dans un pessaire , et la base première du problème qu'il s’agit de résoudre ici; base, toutefois, qu’on a le plus souvent perdue tout-à-fait de vue.
Quant à da forme et à la dimension des pessaires, chaque femme, pour ainsi dire, et la même femme dans diverses circonstances , a besoin d’une modification particulière dans le moyen; car la nature et la conformation de l'instrument doivent toujours être en rapport avec l’état des parties qui en réclament l’usage, ou qui sont en contact immédiat avec lui. Aussi, en réfléchissant à ce qui se passe assez généralement au sujet des pessaires, on est bien tenté de soupçonner et d'admettre que les idées ne sont pas encore très bien arrêtées sur ce point de pratique, et qu’il y règne, sinon du vague et du décousu, du moins quelques difficultés dans l'exécution et l'appréciation de certains détails essentiels.
Je ne les énumèrerai pas, et je rappellerai seulement cette observation assez constante : c’est que le chirurgien, la sagefemme et les malades elles-mêmes, ont assez rarement à leur disposition le pessaire exactement convenable. Il sera ou trop volumineux , ou trop petit, ou trop gênant, ou trop difficile à introduire, à maintenir, à enlever, à nettoyer ; ou bien il ne sera plus à la hauteur des nouveaux besoins et des circonstances actuelles ; ou, enfin, et c'est ce qui arrivera souvent dans l'asile du pauvre, dans les campagnes, si ce n’est même dans bien des villes, on manquera complétement de ce moyen indispensable, et l’on y suppléera plus ou moins mal.
Ces considérations semblent donc militer en faveur de quelques réformes à apporter dans cette partie. Ne conviendrait-il pas, par exemple, que les modifications fussent telles qu’elles pussent s’opérer bien facilement par Îles gens de l’art eux-mêmes et par les malades, au fur et à mesure des besoins, et en consultant et constatant les exigences de chaque cas particulier? Comme la tailleuse qui fait essayer une robe ou un corset, et qui peut corriger aussitôt les dé: ”
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fauts qu’elle aperçoit ou qu’on lui signale , le chirurgien, la sage-femme et la personne affectée, ne devraient-ils pas être aussi en mesure de corriger le pessaire défectueux? La chose est à peu près impraticable aujourd'hui, puisqu'elle exige la coopération d’un simple manœuvre, et souvent telle combinaison, qu'il est difficile à ce dernier de saisir bien et d'exécuter convenablement, De là naît la nécessité de se servir de ce que l’on a, malgré les imperfections et les inconvénients qu'on y découvre. C’est là du moins la marche ordinaire dans toutes les affaires; et pour l’enrayer ici et lui imprimer une direction plus régulière et mieux entendue, nous aurons recours au fil métallique.
Celui de fer ou de laiton se prête, en effet, admirablement, entre les mains des personnes de l’art, à former la carcasse ou le squelette de toute espèce de pessaires. Le métal pouvant facilement être conduit, contourné, plié et replié dans tous les sens et dans toutes les directions désirables, donnera d’abord le dessin et la forme de l'instrument; et cette figure solide pourra toujours recevoir toutes les modifications qu'on jugera nécessaires. Ainsi donc, l'anneau sera à volonté agrandi ou diminué; s’il est circulaire, on pourra le rendre plus ou moins ovale ; ef vice versé, la forme ovale prendra de suite, sous les doigts, celle d’un cercle régulier. L'anneau tout simple a-t-1l besoin d'une tige? on l'y fixera aisément, ou, si elle est réputée inutile , on la fera aussitôt disparaître; ou bien on lui donnera une longueur, une direction differentes, etc. Tout pourra donc, je le répète, être fait, défait et corrigé sans aucune difficulté et au gré de chaque intéressé. |
On aura une idée assez précise de ce mode de faire et de la facilité qu'il offre, en se servant d’un bout de fil métallique, par exemple du mandrin d’une sonde élastique; car, en croisant ses extrémités, comme pour faire un nœud simple, on aura par là un anneau quelconque auquel on donnera, en serrant plus ou moins le nœud, un développement également plus ou moins considérable. Si ce petit cercle métallique doit être le rudiment d’un pessaire simple, on se contentera d'entoruller, tout autour et en spirales , les restes des bouts du métal ; mais si l’on veut qu'il y ait une tige, on
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rapprochera ces mêmes bouts et on les tordera ensemble , afin de former un cordon au-dessous de l’anneau, et de donner, par ce moyen, à cette carcasse, la figure d'une ombelle. Veut-on que cette ombelle ait plus de deux rayons ? on en ajustéra un troisième en remontant vers l'anneau, et en contournant celui-ci avec un des bouts du fil pour réunir ensuite ce dernier à la tige commune.
Une fois donc que ce premier jet métallique sera admis, comme l'expression des besoins actuels, on garnira le métal de couches suffisantes de ouate de coion, et on recouvrira celui-ci de taffetas gommé. Pour ajuster la ouate et le taffetas, on en fera d étroites bandelettes, et on les applquera autour du métal, de la manière que l’on enveloppe un doigt ou un membre avec une bande ordinaire; puis on passera sur le taffetas quelques points d'aiguilles pour l'arrêter, le serrer mieux sur le coton, et faire disparaître les plis et les rugosités qu'il pourrait présenter.
Le coton, comme substance molle et élastique, protègera les parties sexuelles contre l’action du corps métallique, et servira en rnême temps à faire revêtir à la carcasse de métal une forme plus analogue à l'usage auquel l'instrument est destiné. Cette action protectrice sera nécessairement en raison directe du volume du coton, ou de la quantité de couches de ouate, et pourra donc être poussé fort loin, s’il est nécessaire. Cette réflexion doit s'appliquer, du reste, à tous les autres objets analogues ; c'est-à-dire, que la résistance et la mollesse de ces corps peuvent toujours être graduées à volonté. :
Le taffetas ciré préservera tout à la fois de l'humidité le corps qu'il enveloppe, et permettra au pessaire , surtout s'il est graissé, de glisser mieux sur les tissus qu'il doit traverser pour être rendu à sa destination.
On le voit done, la confection d’un pareil instrument est aussi prompte que facile et peu dispendieuse ; et il est donné à tout individu tant soit peu intelligent, de limiter et établir sans peine, ef d'y apporter tous les changements qui seront jugés avantageux ou convenables. Tout est si simple et si commode dans cette manutention, qu'elle deviendra, comme on dit, populaire , si du moins on entend par ce mot, en mé-
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Je sais fort bien que cet arrangement ne sera pas du goût de tout le monde, qu'il sera trouvé un peu grossier, et qu'il subira , en des mains plus habiles , des modifications importantes; mais je tiens à ces données simples, d'abord parce que je les crois suffisantes, et que, hors de là, le moyen pourrait cesser d'être vulgaire, et à la disposition des masses.
Il est manifeste, en effet, que ce qui contribuera tout particulièrement à répandre ces pessaires et à leur donner une certaine vogue, c'est la facilité qu'auront toutes les sages-femmes d'être promptement éclairées sur cette matière ; d'apprendre elles-mêmes à faire très bien cet instrument , et de pouvoir le mettre constamment et sans hésitation à la portée de tous les besoins et des ressources pécuniaires les plus chétives.
On peut juger, du reste, que ce n’est pas sans motifs que je rattache ce procédé au dessin linéaire en relief, puisque les traits métalliques rendent l’idée exacte que je veux exprimer au sujet du pessaire, et que je pourrais tracer aussi et assez bien avec le crayon et la plume. Mais le métil en fil aura cet avantage incontestable , que mon dessin frappera deux sens à la fois, Celui de la vue et du tact ; qu'on pourra le voir et le toucher sous toutes ses faces ; et qu'après les rectifications que ce doubleexamen permettra, le dessin lui-même servira encore de base matérielle à la confection de l'objet que je veux obtenir. Ce même avantage que je signale ici à l'occasion des pessaires , se trouvera également sur tous le; objets que je passerai en revue dans les autres chapitres de ce travail. J'attache quelque importance à ce fait, parce qu'il est caractéristique et de la plus grande utilité pratique.
Si je ne me trompe, le pessaire, ainsi préparé et réunissant les attributs de la mollesse, de la résistance, de la légèreté et du petit volume, tendra encore à résoudre cette autre question très importante : Ceux à tige sont-ils préférables à ceux qui sont simplement annulaires ? Grâce à mes pessaires , la question ne peut plus être douteuse , et la balance
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penchera hautement et peut-être exclusivement en faveur des tiges. Voici pourquoi : La tige en fil de métal sera nécessairement bien moins volumineuse et embarrassante que toutes celles qu’on a imaginées et auxquelles on a eu recours jusqu'ici; elle pourra donc vaciller aisément et IMpunement dans le vagin et à la vulve Puisqu ’elle n'offrira qu'un COrpS étroit, lisse, mollet, et qui, au besoin, deviendra même flexible et élastique; le lien destiné à fixer le pessaire pourra s'attacher exäctement à l'extrémité de la tige; celle-ci ne fera donc jamais une saillie bien sensible entre les grandes lèvres ; cette légère saillie pourra même disparaître, au moyen du linge dont se garnissent les femmes, ou d’un fichu plié en cravate qui tiendra lieu de ce linge ; ajusté de la sorte, notre pessaire à tige remplira toujours parfaitement son office ; il ne gênera ni la défécation ni l'excrétion urinaire , puisque sa partie supérieure, destinée à refouler et soutenir la matrice, pourra être réduite à une petite dimension ; on pourra l’ôter et le remettre aisément; on n'aura pas cependant à craindre qu'il s'échappe du vagin , ou, ce qui est bien autrement grave, qu'il y soit comme enclavé, enchätonné, incrusté et tellement adhérent au col de l'utérus, qu’il y détermine ces désordres qui accompagnent trop souvent l'usage des pessaires simples. On sait assez, en effet, que ceux-ci ne pouvant se soutenir que par leur frottement contre les parois du vagin, sont par conséquent exposés à agir d’une manière trop forte, s’ils doivent résister suffisamment, ou fort équivoque et os si leur pression est légère et innocente,.
PESSAIRES SIMPLES. (J’appelle de ce nom ceux qui ne sont composés que d’un annéau.}) On les construit en nouant, par un nœud simple , les bouts d'un fil de fer, et en arrêtant ces fils ; lorsque le petit cercle à la dimension requise. On le laisse rond , ou on le rend ovale à volonté:
PESSAIRES EN OMBELLES. Îls sont toujours pédiculés, et se Constrüisent par un prémier nœud, comme Île précédent; mais le cercle. qui résulte de ce croisement des deux bouts du fil, sera, par chacun de ceux-ci, contourné en spirales, jusqu’à ce qu'ils se trouvent vis-à-vis l'un de l’autre et aux extrémités d’un même diamètre de
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l'anneau. On les rapprochera alors pour les tordre :ensemble, et on donnera, aux deux rayons qui résultent de ce rapprochement , une courbe convenable et à concavité antérieure.
Si, au lieu de deux seuls rayons, lesquels suffisent le plus souvent, on veut en avoir trois, on remontera vers le cercle avec l’un des bouts du fil, et, après l'avoir contourné sur l’un des points de sa circonférence , on le réunira de nouveau à la tige commune. Dans le premier comme dans le second cas, on laisse à la tige une longueur déterminée , et on lui donne telle direction qu'on juge nécessaire.
PESSAIRES EN BOULE. Si l'on croit que des pessaires globuleux puissent être nécessaires, dans certains renversements du vagin ou dans les hernies vaginales, on aura soin du moins de les pédiculer ; car ils résisteraient bien difficilement , sans tige et sans point d'appui extérieur. Et s’il peut être utile qu'il y ait, dans quelques cas, à sa partie supérieure un espace vide pour y recevoir et loger le museau de tanche , afin quil ne soit pas blessé par l'instrument, quelques traits en demi-cercle et repliés vers le centre du globe, pour y former un léger enfoncement, puis ramenés vers un cordon commun , satisferont à ces besoins divers.
Je crois cependant que le pessaire de l’article suivant, bien moins embarrassant et plus facile à manier , serait le plus souvent préférable. Ii suffirait de le pousser assez haut , contre la partie de la voûte du vagin où la paroi de ce dernier tend à s'échapper , et de faire, par ce moyen, tendre et refouler cette dernière ; vers la région antérieure , par exemple, si la membrane se renversait et faisait saillie en avant.
PESSAIRES EN RAQUETTES. Il est de règle 1° que les pessaires, quelles que soient leur forme et leur composition, doivent prendre leur. point d'appui au pourtour fout entier de la voûte vaginale, afin de soutenir ou de refouler bien l'utérus ; et 2 que le col de cet organe soit, autant que possible , à l'abri de toute gêne, pression ou violence de la part du corps étranger. Ce second point est sans exception aucune , et on ne perdra jamais de vue qu'on compromet l'avenir d’une femme, et qu’on l'expose aux dangers d’une
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affreuse maladie, en irritant et froissant le museau de tanche, comme cela a lieu si souvent avec les pessaires simples et qu'on laisse long-temps à demeure. Quant au premier point qui concerne l'endroit sur lequel le pessäire doit agir, le praticien aura plus d'une occasion des'en écarter.et de ne diriger l'instrument que sur une portion quelconque de la voûte utéro-vaginale.
Afin de faire mieux apprécier ce point de doctrine, je
transcrirai ici, à grands traits seulement, une des observations qui y ont donné lieu. Elle tendra, d’ailleurs, à confirmer tout ce que je viens de dire sur les pessaires en général ; elle fera connaître, en même temps, la modification toute particulière que j'ai dû apporter à ces supports utérins ; et elle appellera, enfin, l'attention des praticiens sur l'existence et le traitement d'une affection de la matrice, qui, très probablement , est plus fréquente qu'on ne le suppose en général. J'en juge du moins par cette circonstance remarquable, qu’elle a tourmenté pendant plusieurs années une mère de famille bien intéressante , et quelle a échappé à l'investigation et à la sagacité d'un très grand nombre de médecins et de chirurgiens bien justement célèbres. Tous ces motifs feront peut-être excuser cette digression, et ne lui donneront pas trop l'air d'un hors d'œuvre.
OBs. — Madame G.. M... de Chambéry, âgée d'environ 40 ans, nièce d'un officier supérieur des armées de Napoléon, et parente du docteur Pravaz , Connu par ses travaux en orthopédie , éprouvait , depuis 16 ou 20 ans , et probablement depuis sa dernière couche, qui datait de cette époque, des indispositions de plus d'un genre , qu’on reconnut dépendre d’une déviation de la matrice, et qu’on combattit avec succès au moyen d'un pessaire.
Des efforts et des exercices imprudents , l'équitation entre autres , ramenèrent long-temps après des maux analogues, mais avec cette différence que le pessaire , appliqué à réitérées fois , ne faisait plus qu'exaspérer le mal, et que sa présence était intolérable.
A part le repos, qui soulageait toujours, aucune médication ne se trouva efficace ; et cependant, on essaya tout ce que l’art prescrit dans les irritations inflammatoires et ner-
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veuses, et dans les engorgements de la matrice. Les traite— ments les mieux dirigés, les soins les m'eux entendus, ne cessèrent d'être prodigués à cette dame, mais constamment sans résultat avantageux. Après avoir ainsi épuisé les conseils successifs de huit praticiens expérimentés, on consulta à Paris par écrit, et le Mémoire de MM. Dubois, Marjolin et Lisfranc, jeta bien une vive lum ère sur l'affection en général, mais n’apporta aucun amendement au cas particulier de madame G.. :
Rien absolument ne procurait de soulagement que l'opium en lavement, et la position sur le dos ; position à laquelle la malade était réduite, si elle ne voulait réveiller presque aussitôt des douleurs angoissantes dans les reins, aux hanches et dans l’hypogastre.
Tel est l'état où se trouvait madame G.... à la fin du mois d'août 1835, lorsque je fus appelé en consultation.
Le toucher me révéla, ainsi que j'en avais été prévenu, une tumeur arrondie, qui remplissait presque tout le petit bassin, reposait immédiatement sur le périnée, et qu’on pouvait à peu près inconscrire en l'explorant par l'anus. C’étaient bien 14 des caractères de la rétrovers'on, puisque d’ailleurs cette mesure faisait suite au museau de tanche ; mais celuici, bien loin d’être dirigé en haut et derrière le pubis, se trouvait à la vulve et près de l’urètre. Je ne me laissai point imposer: par Cette circonstance , et ayant fait quelques tentatives légères de reposition, je parvins très facilement à reporter le fond de la matrice en haut, et à m’assurer bien qu'elle était mobile, en bon état, et tout au plus lécèrement engorgée par la gêne qu’elle éprouvait dans sa position anormale. Je me confirmai dans cette opinion, en m’apercevant que le col avait fait un mouvement en sens inverse du fond , et qu'à mesure que j'avais ramené en haut et en avant ce dernier, le premier s’était porté en arrière et vers le rectum. Il était cependant évident pour moi que l'axe de ce col n'était point parallèle à celui du corps de l'organe; car son ouverture était dirigée en bas, quoique la matrice füt couchée d'avant en arrière au fond du petit bassin, et le museau de tanche présentait bien alors une lèvre antérieure et une postérieure. Mais l'orifice regardait au contraire le rec-
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tum, lorsque la matrice était ramenée à sa position naturelle, etil n’y avait plus, dans ce cas, une lèvre antérieure et une postérieure, mais bien une supérieure et une inférieure. Lèe col devait donc être recourbé comme le bec d’une cornue, et je n'eus pas de peine à reconnaître bien positivement en effet cette configuration toute particulière. C'est cette anomalie qui avait sans doute fourvoyé tous mes habiles confrères , et qui a été la source de tant d'erreurs de diagnostic. Peut-être y serais-je tombé également moi-même, si je n'avais pas été tenu en garde par quelques cas analogues qui s'étaient offerts à ma pratique, et qui avaient été de même tout-à-fait méconnus.
Quoi qu'il en soit, tout s'expliqua clairement alors, et l'inutilité de tous les traitements, tant internes qu'externes, et l'opiniâtreté du mal, et la presque impossibilité où était la malade d’être assise ou debout, et le besoin d’être étendue horizontalement; mais surtout cette circonstance singulière, que tous les pessaires essayés depuis quelques années avaient toujours été nuisibles. C'est qu’en refoulant le museau de tanche en haut, le pessaire forçait le fond de l'organe à se porter toujours plus en arrière et en bas. Aussi j'eus bientôt pris mon parti sur l'indication à remplir, et je vis, à n'en pas douter, qu'après avoir ramené l'utérus à sa position normale, il fallait, pour l'y maintenir, agir directement sur le fond, et remplacer mes doigts par un corps capable de continuer à faire l'office de ces derniers, Îl repousserait donc et soutiendrait ce fond en s'appuyant sur sa face postérieure ou rectale, et:ük s'interposerait ainsi entre l'utérus cet l'intestin, en laissant. le col en liberté et au devant de l'instrument.
Après les explications données dans ce sens, et qui parurent comprises par les assistants, madame G.... s’empressa de quitter les environs de Genève pour venir à Lausanne faire l'essai de mon moyen.
. Celui-ci fut préparé avec un fil de fer plié en forme de raquette, et dont la longueur totale était de 5 pouces. L'une des extrémités était arrondie et large d’un pouce 3,4, et l’autre se terminait par une tige étroite, formée des deux bouts du fil que j'avais tordus ensemble, A ce métal
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garni de coton et recouvert de taffetas ciré, ainsi que je l'ai indiqué plus haut, je nouai vers son petit bout un ruban de fil par le milieu, lequel me donna deux liens, longs chacun d’une demi-aune , et avec lesquels je me proposai de fixer l'instrument, aussitôt qu’il aurait été placé convenablement derrière la matrice.
Pour procéder plus facilement à la réduction préalable de l'utérus , je fis coucher la malade sur le ventre, au bord et en travers de son lit, et, placé derrière, j'introduisis l’index et le médius entre le périnée et le corps de la matrice, et je repoussai cette dernière avec la face palmaire de mes deux doigts placés vers le fond de l'organe.
Je pus donc ainsi presser et suivre sans peine le fond utérin, jusqu’à ce qu'il eut repris sa place naturelle. Il ne s'agissait plus alors que de l'y maintenir, en substituant à mes doigts le pessaire en raquette que je tenais en réserve. Après l'avoir graissé, je le fis pénétrer doucement le long et jusqu’au bout de mes doigts, de manière que son extrémité inférieure, où étaient fixés mes deux liens, se trouva bientôt enfoncée jusqu’au niveau des grandes lèvres. L'un de ces liens fut alors ramené par derrière et sur le côté, comme un sous-cuisse, et l’autre par devant et sur l'ame opposée ; tous deux furent tendus et assujettis convenablement à un mouchoir plié en cravate, que nous avions placé au-dessus des hanches, en forme de ceinture, et pour compléter cet appareil, nous plaçàmes entre les cuisses une seconde cravate, dont les bouts vinrent s'attacher, l'un par derrière, et l'autre par devant à la ceinture précitée. |
Pendant les premiers jours, je fus obligé de renouveler le pansement soir et matin, parce que la matrice manifestait une grande tendance à se glisser à droite ou à gauche de la petite plaque, pour peu que l'instrument ne füt pas exactement fixé. Mais cet inconvénient céda bientôt, soit que le viscère s’habituât à sa nouvelle position , soit que nos pansements fussent mieux faits, soit qu'on prit quelques petites précautions de plus, lors des évacuations urinaires et fécales, soit peut-être enfin que quelques injections alumineuses et froides aient contribué à resserrer et raffermir les tissus.
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Toujours est-il que, dès les premiers jours de ce traite: ment, madame G.... a pu marcher et s'asseoir; que je l'ai encouragée à faire et qu’elle a: fait, chaque jour, impunément, toujours plus d'exercice; qu'elle na pris aucun remède; que je lui ai recommandé un régime alimentaire tonique tout ordinaire ; qu'au bout d’un mois elle a pu assister à un exercice eut dont elle était privée depuis trois ans, et faire, au bout de cinq semaines, de fréquentes promenades à âne, et une course de huit lieues en voiture , etc. Mais ce qui se rattache plus particulièrement au sujet que je traite , c'est que le pessaire est Ôté et remis par cette dame elle-même, aussi. souvent que la propreté l'exige; qu'elle à également remanié elle-même cet instrument, et qu'il ne l'incommode point.
- Résumé. Il serait ridicule de prouver, par des observations spéciales , que les pessaires que je présente ici peuvent en effet être mis en usage, et répondre au but qu’on se propose par l'application de ce moyen. La chose est trop évidente aux yeux de tout praticien. Je dirai seulement que je m'en suis servi déjà assez souvent ; que je n’en emploie et conseille pas d’autres ; que, de l’aveu de quelques femmes qui en avaient essayé de diverses espèces, celui-ci mérite hautement la préférence ; que l’une d'elles , qui ne pouvait rien supporter, pas même l'éponge, s’en arrange parfaitement; enfin, que toutes trouvent fort commode de pouvoir si facilement le sortir, le replacer, le fabriquer et le raccommoder elles-mêmes avec autant de facilité que de succès.
. En général, elles ôtent l'instrument pendant la nuit , et le replacent dès le matin en se levant, après lavoir lavé. Je conseille cependant aux personnes dont la matrice est accoutumée depuis long-temps à être considérablement abaissée , de commencer l'application du pessaire dès le soir, et de profiter de la position horizontale pendant la nuit, pour refouler mieux le viscère déplacé, et l'habituer ainsi à reprendre graduellement sa position normale. Il est d'ailleurs inutile de dire que la plupart des femmes éprouvent bientôt le besoin d'avoir plus d'un instrument pareil, et qu’elles ne tardent guère à se le procurer.
… Je crois pouvoir déduire de ce qui précède ;
{2 La nécessité, pour le chirurgien, de revoir tout ce qui concerne les pessaires, dans l'intérêt de la simplicité , de la plus facile confection , et du judicieux emploi de ces instruments. | |
2 La solution de la question concernant la préférence à accorder aux pessaires à tige.
3° Le moyen de réunir, dans les pessaires en fil métallique, les avantages de la souplesse et de la mollesse de l'éponge, à ceux qu'offre la résistance des corps durs, et d'éviter les inconvénients respectifs de l’une et de l’autre de ces substances.
ho La facilité, pour tout individu, de se procurer, d'établir et de modifier toujours lui-même ces instruments.
5e La certitude qu'ils deviendront bientôt populaires ; qu’ils pareront aux inconvénients d'en être privé, ou à ceux bien autrement graves de n’en avoir que de mauvais.
6o La prévision. que les pessaires à carcasse métallique remplaceront avec avantage tous ceux qu'on a proposés jusqu'ici et qui sont en usage actuellement.
1° L'extension du cercle des idées actuelles sur le point d'appui et la forme à donner aux pessaires.
8° La possibilité, la facilité même, dans les affections de l'utérus, de confondre les simples déviations du viscère avec l'un de ces désordres organiques auxquels il est si fréquemment en proie.