‹ Bandages et appareils à pansements, ou nouveau système de déligation chirurgicale (volume 2)Chapitre 34 sur 84 · CHAPITRE XIE · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIE

AVANTAGES QUI RÉSULTERONT POUR LES CHIRURGIENS, LES ADMINISTRATIONS PUBLIQUES ET LES MALADES, DE L'ADOPTION DU NOUVEAU SYSTÈME DE DÉLIGATION.

En récapitulant avec rapidité tous les avantages que présente l'adoption de mon système, nous verrons qu'ils se rapportent également aux chirurgiens, aux administrations sanitaires et aux malades eux-mêmes.

Art. I. Le chirurgien pourra se féliciter à l'avenir de n'être jamais embarrassé lorsqu'il devra placer un appareil quelconque ; de le trouver toujours partout; d'être en mesure de l'appliquer d'une manière plus simple, plus rapide et plus sûre qu’il n’est possible de le faire, en suivant les préceptes actuellement en vigueur; d'indiquer facilement au premier venu doué de quelque intelligence, comment il pourra modifier, changer, enlever et remettre, à volonté et au besoin, les pièces de pansement dont il vient de faire

usage; dé trouver presque partout des ‘hommes plus ou moins versés dans l’art chirurgical, de véritables aïdes ; d’avoir la satisfaction d’en instruire des nouveaux chaque jour, et d'en augmenter utilement le nombre ; de prévoir que, s’il n'arrive pas toujours immédiatément après un accident grave, on aura déjà porté des secours éclairés au blessé ; de voir qu’à son arrivée, quoique peut-être un peu tardive, on a déjà fait l'essentiel, ou que, du moins; on a évité avec soin tout ce qui pouvait aggraver la position du malheureux. { Ces dernières réflexions concernent surtout le chirurgien des campagnes et des armées. )

Cet homme de l’art est-il en même temps chargé de l’enseignement, combien sa tâche ne sera-t-elle pas plus légère, par l'adoption du nouveau système ! A peine aura--t-il besoin de farrêter à la partie déligatoire, si c’est du com-

plément d’une opération, du placement d’un appareil qu'il ait à s'occuper. Et si c’est d’un cours de déligation dont il soit chargé, voyez comment il pourra être expéditif, sans cesser d’être extrèmément clair, précis, parfaitement compris, et de communiquer à son auditoire toutes les connaïesances de théorie et de pratique qu’il vient puiser à ses le cons! La chose sera tellement facile, que, dans deux ou trois heures, on pourra passer en revue fous mes moyens de déligation ; ainsi que leur mode uniforme d'agir, dans tous les cas donnés (1). |

Mais, si le praticien et le professeur se trouvent placés dans une situation si favorable, l'élève en chirurgié et le débufant dans l'exercice de l’art-n’auront pas moins à se ressentir des avantages et des facilités que leur offrira la nouvelle méthode. Ni l’un ni l’autre ne seront jamais empruntés, dans cette partie essentielle de la médecine opératoire. La maladresse, l’inexpérience, des erreurs graves, ne déceleront plus chez eux qu'ils n’ont pas suivi assez long-temps des cours publics et particuliers de déligation; qu'ils ne se sont pas exercés suffisamment, et qu’ils n'ont pas fait leur apprentissage et leurs preuves, dans de grands hôpitaux, aux dépens de malheureux, et sur les victimes trop nom breuses de ces bandages compliqués , et de ces appareils ridicules qu’on voit employer encore... quand même!

J'en appeile à ce sujet au souvenir des élèves et des jeunes praticiens, et j'invoque celui des examinateurs chargés de prononcer sur leur aptitude à pratiquer. Du moins, je me rappelle encore, et presque avec effroi, ce que j'ai éprouvé de peines et d’embarras dans le commencement de ma carrière chirurgicale, lorsque j'avais à appliquer certains appareils trop fameux.

(4) Gela est si vrai, qu'une personne de cette ville, absolument étrangère à l'art de guérir, assistant un jour à une démonstration rapide que je faisais de mon systéme à un habile chirurgien de Moscou, qui visitait notre hospice cantonal, nous dit, lorsque j’eus fini, qu’elle avait très bien compris mes pansements, et qué si nous-voulions , elle des répéterait à l'instant même.

Je me souviens aussi d’avoir, en moins d'une heure et demie, démontré tous mes appareils, à l’Académie de médecine de Paris, dans

nne céance qu'elle me fit l'honneur de me consacrer, afin de voir Fexvosition de mon système et de mes liens. *

J'ai dû souvent gémir, en ma qualité de membre du Conseil de santé, en voyant combien étaient gauches etignorants, dans la partie déligatoire, des jeunes gens , d’ailleurs très instruits, et qui sortaient des meilleures ecoles françaises , allemandes et anglaises. Que de fois aussi j'ai souri de pitié en voyant de graves docteurs fagoter de bizarres et lourds pansements, dans des cas qui semblaient à peine en réclamer un tout simple et léger! Mais ces inconvénients, inséparables du mode déligatoire adopté partout, disparaîtront vite, et j'éprouve une bien douce satisfaction. en

pensant que j'aurai puissamment contribué .à cette révolution.

Art. IT. Les administrations des. hôpitaux. su et militaires éprouveront sur-le-champ, surtout sous le rapport de l’économie et des embarras de toute espèce , ce qu'a d’avantaseux le système que je propose. Ainsi, elles n'auront presque plus à s'occuper de fourniture de charpie. La quantité considérable de linges qu'on emploie et détruit pour la confectionner, servira, en très grande partie, à faire des carrés et des triangles. Ceux-ci, mieux que les bandes, seront plus faciles à lessiver, soigner et à resservir plusieurs fois ; ils auront encore sur les bandes ce grand avantage : c'es qu’on pourra toujours les faire à l'instant même, avec toute espèce de tissus; ils seront prêts à être appliqués immédiatement après avoir été coupés ; il sera bien autrement facile, dans le but de prévenir le gaspillage, de tenir un contrôle quelconque avec ces linges entiers, qu'avec les moyens qu'ils remplacent si bien.

Les préposés aux administrations sanitaires, pour ce qui concernera du moins les objets de pansement, seront donc,

‘par l'adoption du nouveau système déligatoire, bien rarement embarrassés pour se procurer abondamment, partout et à bas prix, les fournitures simples ‘que réclamera le service chirurgical, et ils auront plus d’une garantie que ces objets seront mieux soignés et conservés que ceux dont on s’est servi jusqu'ici; ils sentiront enfin qu’il sera bien difficile à l'avenir qu'ils soient jamais pris. au dépourvu , même après des affaires sanglantes, et que les soldats et les eitoyens sauront se suffire à eux-mêmes, toujours facilement,

et se tirer assez bien d'affaire, pour tout ce qui concernera leurs blessures et leurs accidents.

Art. III. Il ne faudrait cependant tenir aucun compte de tous les avantages inappréciables qui résultent pour les chirurgiens et les chefs des administrations sanitaires , de l’a doption de mon système, siles blessés ef les malades devaient le moins du monde en être péniblement affectés. Tout doit, sans contredit , se rapporter au plus grand bien de ces derniers, et leur être subordonné. Or, loin que l'état de ces malhoureux ait à souffrir du changement radical que je provoque, quant à la manière de les secourir, il est évident pour tout homme impartial que ce que je propose tournera au contraire à leur profit.

Ils seront toujours sûrs d’être pansés convenablement, rapidement et avec facilité ; ils pourront l'être sans les bandes et la charpie qu’on croit*si nécessaires, et même sans chirurgien , aide-chirurgien , ou infirmier.

Leur moral sera raffermi en allant au devant des dangers, par la, cértitude qu'ils auront toujours, non seulement de n’être pas délaissés et sans traitement, mais d’être bien soignés én cas de blessures : ils sauront venir au secours de leurs camarades ; ils acquerront des connaissances chirurgicales qui les mettront à même de soigner dans la suite eux et les leurs ; ils seront, de cette manière, tenus en garde contre les efforts du charlatanisme , etc.

En un mot, puisque la gravité de leurs déc nt 18 vie même, dépendent des soins plus ou moins prompts qu'ils pourront recevoir à propos; et s'il est‘constant que, sans charpie et sans bandes, leur pansement séra pour le moins aussi doux, aussi efficace ét aussi rationnel qu'avec ces mêmes agents chirurgicaux, nul doute que la nouvelle méthode, qui seule peut leur assurer tant d'avantages, ne doive mériter aussi toute leur confiance, et qu'il ne faille, en conséquence , s'empresser de l'adapter incessamment à leurs besoins.

Nous allons voir, dans le Chapitre suivant, si l'exemple que je joins au précepte confirmera mon dire, et s’il me vaudra des imitateurs et des continuaieurs du genre , et qui en fasse peut-être oublier... le créateur,

En attendant, je ne puis résister au besoin de donner essor ici aux réflexions suiavntes, et qui, faute d'autre mérite, auront du moins celui de la circonstance et de 1e

+ Quel est le‘philanthrope qui, après avoir médité sur tout cé que je viens de dire et de répéter si longuement, ne porte aussitôt et en soupirant ses regards sur la malheureuse Espagne?.Je lis aujourd'hui même (22 mars), qu'après les combats des 10 et 14, et à peu de distance de Saint-Sébastien, les blessés furent DEUX JOURS sans pouvoir être pansés! C’eût été pourtant l'affaire de deux heures avec mes principes et mes moyens (1). Mais Dieu sait quelle prodigieuse quantité de charpie, de bandes, de rubans divers, de comprésses, de paillassons, etc.; on exigea, et comme on gémissait aussi de ne pourvoir se les procurer tous ensemble! Et cependant le coton et les calicots étaient probablement en abondance dans ce port de mer, et dans une ville occupée par les Anglais. . di

Et qui ne voit pourtant que ces deux objets auraient amplement suffi à TouTEs les exigences? que tous les pansements auraient été faits, défaits et refaits avec bien autrement de facilité, de douceur , de convenance, de sécurité, de premptitude et de propreté, à Faide de ces deux seuls moyens, qu'avec cette masse informe et ridicule de chiffons,

(4) Je m'explique : tous les blessés auraient reçu, sans aucun doute, un pansement quelconque et plus où moins rationnel; et chez le plus grand nombre, ce premier appareil eût été bien suffisant, et n'aurait laissé que peu à désirer. Restait donc cette faible minorité de cas, où des opérations graves, délicates, mais surtout urgentes, auraient élé de rigueur. Tous les blessés de ceite catégorie auraient été désignés, au fur et à mesure , et dirigés, seuls, vers læ salle d'opération, où les chirurgiens opérateurs s’en seraient occupés tout d’abord. 11 n’y aurait eu, de cette manière, ni encombrement, ni presse, ni besogne fouettée, et tous les individus de cette classe auraient reçu immédiatement des soins convenables et en rapport avec la gravité de leurs circonstances, sans, toutefois, que les autres blessés eussent. été négligés ou dans le cas de se plaindre.

Où n’eût pas tardé , en effet, à venir à eux, et à les examiner avec cette attention, cetle maturilé qu’on aurait eu le temps de mettre, et qui manquent , le plus souvent, lorsqu'on ne sait où donner de la tête et des mains , et qu'on est au milieu des scènes de douleurs que présentent les suites d'une bataille.

io on ne cesse d'encombrer encore la chirurgie militaire , t de surcharger les pauvres blessés

HOCS e

if triste événement, ce déplorable exemple du funeste accroissement des calamités de la guerre, par le fàcheux effet des mauvaises mesures que prend l'administration, et que suivent partout les chirurgiens ; ces secours si imparfaits, si insuffisants, si irrationnels et si tardifs, parleront-ils du moins assez haut pour disposer les esprits en faveur des réformes chirurgicales , et les engager à s'occuper des moyens d'y parvenir. sans trop de délais ?

J'invite , ‘au reste, tous les praticiens, et surtout les chirurgiens militaires et tous ceux qui sont attachés à des établissements publics, à faire incessamment l'essai de mon moyen. Jose leur garantir qu’ils peuvent s’y livrer en toute sécurité, et que mon mode de pansement est Lei lement innocent, qu'il ne compromettra jamais et en aucune manière, ni le succès de leurs OPÉFAUORR ni l’état des malheurèux confiés à leurs soins.

J'ajouterai qu'il n’en est pas de mes propositions comme de celles dontda solution doit se faire long-temps attendre et exiger des recherches longues et difficiles ; quelques jours suffiront amplement pour les apprécier à leur juste valeur, et j'ai lieu d'espérer qu’on voudra bien ne pas se refuser à cette facile épreuve qu’éclaireront d’ailleurs incessamment l'expérience et la raison.

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