‹ Bandages et appareils à pansements, ou nouveau système de déligation chirurgicale (volume 2)Chapitre 45 sur 84 · ARTICLE VL · texte numérisé non relu

ARTICLE VL

Résumons en peu de mois, et récapitulons en faveur des militaires les principales directions qu’on vient de lire, en les appliquant à l’une des blessures les plus graves qui puissent avoir lieu , dans la marche même et en pleine paix, tout comme en présence de l'ennemi.

C'est une jambe écrasée par un coup de pied de cheval, sous une roue, par une balle, un éclat d'obus, etc. Il y a déchirement des chairs , hémorrhagie, fracture, et il ne se trouve là ni chirurgien , ni aucun moyen ordinaire de pansement.

Que vont faire les camarades du malheureux ?

S'ils ont reçu quelque instruction analogue à ce que je recommande, voici la conduite qu'ils tiendront sans doute et sans aucune hésitation : |

Pendant que quelques uns prépareront un brancard, d’après les directions données à l'article V, un autre sempressera d'arrêter l'écoulement du sang en portant le doigt vers l'endroit d'où naît l'hémorrhagie.

Un second cherchera des éponges, du coton, de Ja charpie, ou du linge pour remplacer le doigt; il se procurera, en même temps, des mouchoirs qu'il pliera en forme de cravates. Pi

Celles-ci serviront, soit pour appuyer le tampon qui doit arrêter le sang, soit pour fabriquer un tourniquet, s’il est jugé nécessaire, soit pour assujetti tous les moyens propres à fixer le membre sur le coussin, et à attacher les attelles sur celui-ci.

Un troisième ira à la recherche de ce coussin, de linges, de ces attelles ou d’une petite planche, et en fort peu de temps tout sera prêt et appliqué.

On n'aura plus qu’à placer le blessé sur le moyen de transport, et d’arroser largement l'appareil avec de l’eau froide.

Les avantages qu'on obtiendra par ces combinaisons simples, et qui auront lieu sans bruit et sans perte de temps, sont les suivants :

La vie pourra être conservée; les souffrances seront singulièrement diminuées ; les chairs, meurtries le moins possible, causeront moins de gonflement ; l’inflammation sera enrayée.

Lé chirurgien pourra donc procéder plus tard à l’amputation, si elle est indispensable , ou se livrer à l'espoir de conserver le membre, si les circonstances ne sont d’ailleurs pas trop défavorables.

Tel est incontestablement le résultat avantageux que présente la chirurgie populaire et militaire que je propose.

Si l’on s’est vu privé jusqu'ici d'un pareil service sanitaire, c'est qu'on n’a rien organisé ni rien prévu pour l'obtenir, et qu'on ne pouvait y songer sans les moyens sé que je viens d'indiquer.

Mais , je le répète, l'observation ne tardera pas à en constater lé heureux effets, si les chirurgiens veulent bien mettre quelque zèle et quelque importance à faire donner à chaque soldat des directions analogues au grand but qu'il s’agit d'obtenir, et qu’il est si facile et si doux d’atteindre.

Ce que je viens de dire des militaires, devra s'entendre également des chefs d'ateliers et de familles, des pasteurs, des régents, des sages-femmes, des gardes-malades, et de toutes les personnes qui ont à cœur et vocation de porter de prompts secours aux blessés , en l'absence d’un homme de l’art.

Si tous ces individus se procurent cette instruction , ou telle autre mieux rédigée et plus complète; s’ils se la font expliquer dans quelques détails par un médecin ou un chirurgien ; s'ils Consacrent quelques moments à s’exercér eux-mêmes, et à se familiariser avec certains petits moyens d'exécution; tous seront placés dans l'heureuse position que voici :

Ils seront en état de propager des connaissances utiles, de dissiper des préjugés et de mauvaisés pratiques , d'éviter des souffrances cruelles , d'empêcher peut-être d’affreuses mutilations , et souvent la mort même.

Tant d'avantages ne mériteraient-ils pas la peine de s’en occuper, d'y donner quelques soins, ét de fairé partie d’une bonne éducation?

Ne trouverait-on pas, par hasard , aussi important de posséder ces notions chirurgicales simples , que de savoir dänser avec grâce, et, pour lés militaires, de faire avec précision la charge en douze temps ?

Il m'est agréable d'annoncer qu’on a fait dans ce canton un premier pas dans la carrière. Les infirmiers militaires font pendant six sémaines le service d’infirmiers à l'hôpital, et fous les fraters sont ‘tenus d'assister aux pansements ; au fur et à mesuré que léürs compagnies arrivent à l’école d’instruction.

Du reste, il m'est revenu que la simple lecture du préinier article de ces fragments a sauvé la vie à un père de famille.

Il était à la montagne , lorsqu'une glissade pendant qu’il tenait son couteau ouvert, fit diriger la pointe de celui-ci directement sut l'artère crurale, laquelle fut largement incisée.

Cet homme intelligent et ferme ne perd point la tête en face du danger qu’il court et qu'il n'entrevoit que trop: il porte donc rapidement les pouces sur la plaie d’où jaïllissent des flots de sang; il devient à l'instant. maître de ceux-ci, appelle du secours, et indique, avec un admirable sang-froid,

comment il faut fairé un tourniquet avec un mouchoir, et de quelle manièré on doit l appliquer.

Deux chirurgiens eurent ainsi le temps d'arriver et de se préparer à fairé le nécessaire. Ils découvrirent, en effet, le tronc artériel , et ils en firent la ligature.

Je conserve la pénible impression que j'éprouvai au commencement de ma pratique , dans un cas de médecine légale.

Une jeune et jolie épouse venait de se marier et était à diner avec de joyeux convives et des amis de noce, lorsque, voulant intervenir entre deux d’entre eux, que le vin avait échauffés, elle reçut ua coup de couteau qui lui ouvrit l'artère brachiale un peu au-dessus du pli du bras. Elle est effrayée et

se retire préeipitamment dans une chambre voisine, où elle ne tarde pas d'expirer.

La simple application du doigt ou d’une cravate n'auraitelle pas sauvé cette intéressante victime ?

Giterai-je le cas suivant qui a failli avoir les mêmes suites ?

J'avais saigné, un soir, UN MÉDEGIN. Le lendemain matin, il met un gilet de flanelle un peu étroit et qui refoule la bande au-dessus du coude , de manière à la transformer en un lien circulaire très serré. |

Le gonflement veineux survient , la plaie se rouvre largement et le sang ruisselle,

On accourt chez moi, les messages se succèdent, comme pour un accident des plus graves, et je trouve, en arrivant’, une chambre, un lit et un corps baignés dans le sang, et toute la maison en émoi et en pleurs.

J'enlève le gilet et la bande, et l’hémorrhagie s’arrête à l'instant et d'elle-même.

En consultant leurs souvenirs , la plupart des praticiens n’auraient pas de peine à citer nombre de faits pareils, que le plus léger principe de chirurgie populaire eùt empêchés de devenir funestes. Mais on vient de voir que cetté partie constitue une spécialité , un art à part et à créer, puisqu’un médecin d'ailleurs très renommé , en ignorait Li PR éléments.

Du reste, on ne tardera pas à en sentir toute l'importance, et je connais quelques personnes qui n'entreprennent pas le plus petit voyage, sans avoir mes fragments pour les guider en route, en cas d'accidents , sinon pour elles-mêmes, du moins pour leurs gens et leur entourage. Qui oserait les blâmer ?

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