‹ Bandages et appareils à pansements, ou nouveau système de déligation chirurgicale (volume 2)Chapitre 46 sur 84 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

La médecine obtient chaque jour les résultats les plus avantageux et les moins contestés de l'application du calori-

que ; et depuis les linges ou sachets chauffés jusqu'aux moxas et au fer incandescent, nous possédons, pour graduer et modifier cette application les moyens les plus variés.

Dans ce nombre figure, à juste titre, l’eau plus ou moins chauffée ; et nous trouvons en elle , surtout lorsqu'elle est portée à l'état d’ébullition, un agent calorifère aussi prompt qu'énergique.

Sans la difficulté de la faire agir à volonté et sur tel ou tel point déterminé, on doit croire que l’eau bouillante serait dès long-temps d’un usage général en médecine, et qu'elle serait mise à la portée de tout le monde, sous le triple rapport de rubéfiant, vésicant et escharotique.

Mais cette difficulté en a trop imposé aux praticiens, et les a privés par là d’un précieux moyen de guérison, puisqu'on le maîtrise aisément par l’intermédiaire d'un métal, et que celui-ci se prète admirablement pour faire agir at bouillante au gré de l’homme de l’art.

Plongé dans le liquide et appliqué ensuite immédiatement sur la peau, le métal produit sur celle-ci et à l'endroit touché , des effets analogues à ceux qu'aurait fait naître le contact de l’eau elle-même , lorsqu'on l'avait élevée à la température de 80 degrés.

Il ne nous reste donc qu'à choisir cet instrument métallique pour qu'il soit propre au but que nous désirons. La chose ne sera pas difficile, et nous pourrions ètre surpris qu'on n’en ait pas trouvé un plus tôt, si nous ne savions pas que les choses les plus simples sont souvent celles auxquelles on songe le moins vite.

Le moyen dont je me sers depuis long-temps , c'est le marteau. I m'a paru réunir toutes les convenances. Ainsi, on en trouve partout; son manche le rend d'une application extrêmement facile; il n’effraie point comme le ferait un instrument particulier de chirurgie, et les enfants, tout comme les personnes les plus méticuleuses, n’en redoutent pas l'application. « Pourquoi, en effet, se défier d’un marteau qu'on plonge dans l’eau chaude et AL on approche un instant de la peau? »

Et cependant , ce marteau, suivant que nous l’appliquerons rapidement ou que nous le laisserons plus ou moins de se-

condes.en contact avec le derme , produira des effets extrèmement variés et puissants. Ce sera une opération d'où résultera sur-le-champ, ou l'effet d'un sinapisme, ou celui d’un vésicatoire , ou même celui du plus fort moxa.

Cette opération particulière de la chirurgie , d’où dépendra , instantanément et à notre choix, la rubéfaction, la vésication, ou la destruction d'une portion déterminée du derme, serait sans doute facile à désigner sous une dénominaton nouvelle, empruntée du grec. Mais je m'y opposerais volontiers , et je désirerais qu’on lui laissât le nom tout sim— ple de marteau, en y ajoutant au besoin les spécialités, aw premier, deuxième et troisième degré, suivant qu'on voudrait cautériser d’une manière plus ou moins forte.

Si Je conserve à ce mode d’ustion le titre tout uni de marteau, c'est que sa destination ne peut donner lieu à aucune méprise ; que déjà il est connu dans ce sens; que ce nom, qui ne dit rien, en dit assez; qu’il n’effarouche point comme celui de moxa, de cautérisation , etc., etc.

Le MARTEAU, ou son application, est donc cette partie de la pyrotechnie chirurgicale au moyen de laquelle en se servant d'un corps métallique plongé à l'avance dans un liquide quelconque, élevé à une température plus ou moins haute, on produit sur une partie de la peau tous les phénomènes des trois Premiers degrés de la brûlure.

La manière d’appliquer le marteau, ou ce qui peut en tenir lieu, est aussi simple que facile. L’instrument auquel on aura recours pourra n’ayoir que quelques lignes de diamètre, ou un ou deux pouces en carré. Ces dimensions dépendront de la manière plus ou moins énergique avec laquelle on voudra agir, de la brülure plus ou moins large qu’on voudra produice, et du hesoin qu’on aura de réitérer ce moyen, un plus ou moins grand nombre de fois.

Ce marteau sera plongé dans de l’eau ou dans le liquide quelconque qui doit lui communiquer ses qualités, et il les acquerra en moins d'une minute.

“Le vase qui contiendra l’eau et le marteau sera placé tout près du malade, afin que l'instrument ne perde pas sensiblement de sa chaleur, lorsqu'on le portera sur l'endroit choisi pour son action, Ce transport sera donc fait très rapi-

dement; et l'application même ne sera guère que d’une à

dix secondes. Ce temps sera déterminé par l'effet qu'on voudra produire, le volume du marteau, la délicatesse® des

tissus qu'il doit affecter et le degré de chäleur'du liquide.

Quant à cette dernière condition, il est à observer que, bien que le terme de l'ébullition soit presque toujours celui que l’on doit choisir, il pourra arriver qu'on se contentera de quelques degrés de moins, et même de soixante degrés seulement; tout comme aussi, il pourra se faire qu'on croira avoir besoin de quelques degrés de plus que les quatrevingts. Dans ce dernier cas, on choisira un autre liquide que l'eau, ou bien l’on fondra du sel dans celle-ci.

Dans toutes ces suppositions, le thermomètre indiquera, au besoin, la température du liquide, et par conséquent celle du marteau, afin que l'opérateur se dirige en conséquence.

On comprend au reste que l’action du métal sur la peau ne se compose pas uniquement du degré de chaleur qu'on lui aura communiqué, mais encore du temps plus ou moins long qu’il restera en place. On pourra donc, avec quatre-

vingts degrés, n’avoir qu’une simple rubéfaction, si le marteau -n’effleure que bien légèrement la peau, et obtenir la destruction totale ou partielle de celle-ci avec moins de degrés, si l'application du marteau est prolongée, et si surtout l'instrument est volumineux, et le tissu cutané mince et délicat. Dans tous les cas, la brülure ne s'étend jamais en largeur au-delà des parties touchées par le marteau, et l’instrument y laisse son empreinte, exactement comme un çachet.

La sensation que produit le, marteau ne laisse pas que d'être parfois assez vive, mais elle ne se prolonge pas, elle s’affaiblit sraduellement, et cette douleur ne laisse aucune impression trop fàcheuse. Les malades ne se refusent pas beaucoup: plus à un second et troisième marteau, qu’à un second ou troisième vésicatoire : ii n’est pas rare qu'ils le redemandent eux-mêmes.

On peut d’ailleurs rendre moins vive cette première impression en interposant entre le marteau et la peau, du pa-

pier ou une couche de fin linge.

Du reste, cette brülure artificielle ne tarde pas à s 'enflam-

mer, et se comporte comme on sait qu'il arrive aux lésions accidentelles de cette nature. Je me contente de les couvrir d'un morceau de taffetas gommé, qui suffit pour faciliter l'écoulement des matières séreuses et purulentes et pour empêcher les pièces de vêtements de s'attacher et d'irriter par leur frottement. Quand la brèlure est légère et superficielle, on peut ne pas la recouvrir.

: L'application du marteau peut être sujette à une foule de Me ou importantes, tout comme elle est susceptible de se prêter aisément à toutes les combinaisons des praticiens, et aux exigences de tous les systèmes et de toutes les opinions. Car si ce marteau , ainsi qu'on le conçoit, peut remplacer parfaitement la plupart des moyens avec lesquels on se propose de faire l’application du calorique , il n'est pas moins propre à agir dans le sens des agents thérapeutiques, qui ne font qu'irriter, ou de ceux qui provoquent, outre l'irritation , un écoulement séreux et puriforme. Mais il aura sur tous ces moyens variés, le très grand avantage de la rapidité d'action , de l'énergie, de Ja ÉCRIRE de là-propos, et d'une exécution si simple et tellement facile, qu’on pourra le confier hardiment à toute personne intelligente. *

Le marteau servira en conséquence de révulsif, de dérivatif, de stimulant, de suppuratif, de modificateur de la vitalité, soit pour concentrer au rappeler celle-ci sur un point déterminé , soit pour lui donner une impulsion spéciale et salutaire. | |

Je n’ai donc pas besoin de m’étendre davantage pour faire entrevoir aux praticiens tout le parti qu’ils pourront tirer du marteau , dans cette foule de maladies où l’on emploie avec tant de succès les stimulants, les caustiques et les divers exutoires. Îls auront dans ce moyen un agent toujours prompt, toujours sùr et foujours à leur portée, pour obtenir la plupart des résultats heureux qu’on retire des différentes substances que je vais énumérer, et dont le marteau n'aura pas les inconvénients.

C’est ainsi qu'il pourra remplacer au | besoin la moutarde, leë cantharides, l'ammonñiaaue, le tartre stibié , le garou , le séton, le phosphore, la potasse, les différents moxas et le fer rouge. ] y aura toujours cependant quelque chose de

spécial dans le marteau, qu’on saura tôt ou tard mieux apprécier, et qui le rendra tout particulièrement utile dans tel ou tel cas donné.

Mais je crois déjà pouvoir le fécommander dans les maladies aiguës, et dans toutes les affections où le danger est imminent, où il n’y a pas ün instant à perdre, et où un révulsif énergique et brusque est particulièrement indiqué pour dégorger un organe essentiel et pour le soustraire à une fa-

tale dégénérescence. Il fera ici ce que fait le moxa dans les affections chroniques. :

Comme le moxa,le marteau communique à la partie sur laquelle on l’applique une certaine quantité de calorique, et désorganise le derme en tout ou en partie ; mais son irritation est plus rapide, plus passagère , que celle du moxa , et elle est plus promptement suivie d’un certain écoulement de liquides , d'où dépendent en partie sans doute les heureux effets de la médication révulsive en général et qui caractérisent celle qui nous occupe.

D’après tout ce qui vient d’être mentionné, d'après ma propre expérience et celle de, mes confrères qui n’ont pas crainé de faire usage de mon moyen, il résulte clairement qu'on pourra et qu'on devra avoir recours au marteau :

1° Lorsqu'il y aura indication manifeste à produire l’un des trois degrés de la brülure , c'est-à-dire la rubéfaction, la vésication et la cautérisation d’une partie du tissu dermoïde, et qu’on n'aura pas sous la main les moyens convenables pour obtenir ces mêmes résultats.

2° Lorsque l’un ou l’autre de ces effets sefont jugés tellement urgents , qu'on ne pourra ni n’osera les attendre de l’action beaucoup trop lente des moyens ordinaires.

3° Chaque fois que dans les maladies aiguës et éminemment dangereuses, il s'agira de soulager promptement et vigoureusement un organe essentiel à la vie, lors même que ce moyen thérapeutique nouyeau ou toute autre médication analogue n'auront pas été particulièrement recommandés contre ce genre d'affection.

4° Lorsque dans les maladies aiguës ou chroniques, les révulsifs ordinaires ne répondront pas aux espérances qu'on fondait sur leur application, |

9° Chaque fais qu'on croira pouvoir associer le marteau à ces mêmes révulsifs ordinaires pour arriver plus tôt et plus sûrement au but.

60 Chaque fois qu' une répugnance ini incible of une contreindication bien évidente s’ *apposeront à l emploi des dérivatifs cutanés anciens, et qu'il faudra surprendre le malade par une cautérisation plus rapide et qui n'ait rien d’effrayant.

7° Chaque fois que les réyulsifs anciens ne pourront pas être appliqués sur endroit jugé convenable, et que le marteau seul y arrivera commodément et sûrement.

Il suit encore de tout ce qu’on vient de lire, que le marteau, en suppléant très bien à cette foule de moyens énergiques que nous avons indiqués, doit être considéré comme un des éléments essentiels de la chirurgie populaire et militaire, et qu'il mérite d'être associé au mémoire précédent.

On conçoit également que si le marteau est le moyen par excellence pour porter sur nos tissus l’action de l’eau chaude, il est cependant un grand nombre d'objets métalliques qui peuvent fort bien le remplacer. C'est ainsi, par exemple, que j'ai eu recours dans des ças urgents à une cuillère à bouche et à café que j avais trempées dans un poire e houillant.

On n'a de même pas de peine à comprendre que le marteau pouvant, dans des cas extrêmes, nécessiter sa réapplication à des intervalles très rapprochées (toutes les demiheures, , PAT exemple), un psarde-malade, une sage-femme, peuvent s'acquitter très bien de cette mince opération ;

Qu'il peut être u ile, pour produire une plus profonde impression, ou quand on aurait à faire à une peau épaisse et peu sensible, comme le cuir chevelu, par exemple, de mettre le mar teau deux ou trois fais de suite sur le même

endroit ; |

Qu'il n'est aucune région cutanée qui ne puisse aisément le recevoir ; chose qu’on ne peut pas dire du moxa ou du vésicatoire, Ainsi, rien n'empêche qu’un fer quelconque, chauffé par l’eau, ne soit placé dans le canal auditif, aux commissures des paupières, dans l’intérieur de la bouche, vers l'anus et les parties de la génération de l'un et de l’autre sexe. Je puis dire, par exemple, que pour certaines urétrites chroniques et rebelles , le marteau au périnée et Le long du’canal

de lurêtre m’a déjà rendu de très bons services, et j'en ai tiré un parti pour ankyloser une articulation accidentelle ; Qu'on a droit surtout de compter sur l’action énergique du marteau dans les asphyxies ; dans l'état cérébral avec coma ou délire furieux ; dans les suffocations imminentes par le croup ou autres maladies du thorax; dans les perturbations vio— lentes et effrayantes de l'estomac et des arganes digestifs ; dans certaines indigestions menaçantes , et par analogie dans le choléra-morbus , la fièvre jaune”; dans la disparition brusque de la goutte, d'un érysipèle, d’une éruption cutanée; dans la tendance fâcheuse d’une inflammation érysipélateuse ; dans une gangrène imminente; en un mot, dans tous les cas pathologiques où il n'y à pas un instant à perdre pour rappeler l’action vitale à un état moins anormal ; pour la concentrer sur un point et pour modifier avantageusement la circulation capillaire, et cette puissante et magique innervation qu'il nous est donné de faire fléchir parfois au gré de nos désirs.

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