‹ Bandages et appareils à pansements, ou nouveau système de déligation chirurgicale (volume 2)Chapitre 50 sur 84 · DE L'HYPONARTIHECIE EN GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

DE L'HYPONARTIHECIE EN GÉNÉRAL

Qu'il y a loin de tous ces inconvénients aux avantages qu'offre la planchette suspendue (1)! Avec elle est résolu ce problème si difficile, qu'il semble presque un paradoxe, de

(4) Je continuerai à me servir du mot planchette, quoique, depuis assez long- temps, je lui aie substitué un analogue bien préférable, a gouttière en fil de fer. En la décrivant plus tard, on verra que le mot seul est changé, que tout le reste est identique, et qu’il ne s'agira avec

le métal que d’une construction, application et explication plus faciles qu'avec le bois.

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traiter un membre brisé , même avec les plus fâcheuses complications, par la simple position et SANS AUCUNE AYTELLE; ef de permettre en même temps à ce membre D'EXÉCUTER SANS INCONVÉNIENTS NI DOULEURS TOUS LES MOUVEMENTS PA- RALLÈÉLES A L'HORIZON.

Cet appareil consiste dans une planchette recouverte et garnie convenablement, et sur laquelle on place et fixe le membre malade dans la position qu’on veut lui donner ; et cette planchette, ainsi chargée, est attaché au plafond ou au ciel du lit par des cordes qui, passant dans des trous pratiqués aux bords, la suspendent au-dessus de ce lit, de manière à la rendre mobile. Le membre y est donc ainsi comme sur une couchette à part, ou sur un plan distinct du lit du malade, et qu'on arrange à volonté.

La position qu’on aura donnée au membre se conservera sur ce plan isolé, sans qu'on ait besoin le plus souvent de moyens plus ou moins génants et propres à le fixer. Deux où trois simples cravates seulement sont nécessaires pour cette fixation , si elle est jugée nécessaire et utile. Ces mêmes cra-. vates pourront, au besoin, servir à faire des tractions graduées , légères et permanentes (extension et contre-extension des auteurs).

Malgré cette fixation et ces tractions, les membres brisés, déchirés même, sont toujours sous l'inspection immédiate du chirurgien ou des assistants. Les déplacements possibles sont incessamment aperçus, et l’on peut y remédier de suite avec une rare facilité.

Ce membre convenablement placé ne réclame que fort peu de soins, et ceux-ci sont toujours donnés au gré de l’homme de l’art. Ces pansements , à peine nécessaires , sont si faciles et si peu douloureux, qu’ils peuvent être confiés sans crainte à un aide tant soit peu intelligent. On peut même le plus souvent faire abstraction de l'état de l'os, et soigner celui des parties molles comme si le premier était intact et sain.

Les blessés, aussitôt qu’ils sont placés sur l'appareil hyponarthécique en suspension, peuvent exécuter sans douleur et sans danger tous les mouvements parallèles à l'horizon, quelles que soient d’ailleurs la gravité et les complications de leurs fractures. Il est facile, en conséquence , de faire et re-

faire leurs lits à volonté, de soigner leurs évacuations et de les tenir propres. Une seule personnne peut suffire à toutes ces opérations ainsi qu'aux divers pansements.

La petite machine est facile à construire partout, et son mécanisme se comprend à l’instant même par tout le monde. Il est toujours loisible à l’homme de l’art ou au malade luimême de faire changer à volonté telle ou telle position , direction ou inclinaison du membre malade , etc.

On saisira plus facilement tout le bien que doit apporter à la chirurgie le moyen qui nous occupe , lorsqu'on l’envisagera Surtout pour ce qu'il est réellement et sous le triple rapport d'une ATTELLE , d’un PETIT Lir et d’une ÉCHARPE.

La planchette n’est ici en effet qu’une véritable attelle; elle en fait parfaitement l'office. Aussi pourrait-on contester au docteur Sauter (le premier qui a indiqué ce moyen), sa prétention de traiter les fractures sans aucune attelle, tout

en lui faisant observer qu’il en applique où l'on ne s'avisait

guère d'en mettre avant lui, et qu'il les supprime tout-à-fait dans les endroits où, jusqu'à lui, on les plaçait exclusive ment. C’est cette réflexion et ce motif qui m'ont engagé à donner à ce procédé curatif des fractures le nom d’HYPONAR- THÉCIE (vre, SOUS ; vapÜnE nxs, attelle), qui rend bien la chose essentielle et spéciale de cet aparareil.

Mais cette attelle, placée sous le membre et qui le déborde en tous sens, offre, outre beaucoup plus de.solidité que les attelles ordinaires , des points d'appui nombreux et précieux qui peuvent servir à donner aux parties qui sont étendues dessus les directions les plus variées et les mieux choisies, ainsi qu'il est facile de s’en assurer en jetant un coup d’œil sur les figures tracées à la fin de cet ouvrage.

Tout individu atteint d’une fracture grave, du membre abdominal surtout, réclame un endroit pour y reposer la partie lésée , et c’est le lit, ordinairement, qui lui offre ce commode refuge. Mais ce lit pourra être mauvais, dur à l'excès , un sale etchétif grabat, qu'il n’en remplira pas moins les conditions essentielles à la guérison, si l'endroit même qui doit recevoir et protéger le membre malade est convenablement disposé, et en rapport avec les seules exigences de la partie en souffrance. Or, l'appareil hyponarthécique

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offre toutes les garanties qu'on peut désirer à cet égard, et se prête admirablement aux combinaisons les plus variées , à tous les arrangements convenables et nécessaires , dans telle ou telle circonstance, et dans tous les cas donnés. C’est un lit, une couchette en miniature, qu’on peut manier à volonté , et sur laquelle il est facile de concentrer et de localiser les moyens les plus divers, et de les mettre, le mieux possible, en rapport avec les besoins des blessés et de leurs chirurgiens.

Si déjà le lit ordinaire est envisagé par quelques praticiens judicieux comme l’écharpe des membres abdominaux, et s'il tient lieu bien évidemment de cette dernière dans la plupart de leurs affections, certes on conviendra que l'appareil hyponarthécique, lorsqu'il est suspendu, a bien autrement de rapports avec le bandage du membre thoracique qu’on désigne sous le nom d'écharpe. Il l’emporte même sur cette dernière, puisqu'il est, sans contredit, plus mobile que l’'écharpe, qu’il soutient mieux le membre, qu'il permet d'exercer des tractions dessus, de le fléchir, l'étendre et le fixer à volonté ; de sorte qu'il nous est donné, avec les diverses conditions attachées à ce nouvel agent chirurgical, de simplifier beaucoup tous nos moyens contentifs connus.

Nous verrons plus tard que le choix de ces moyens contentifs , la situation à donner au membre entier et sa suspension , sont les conditions essentielles de tout bon traitement des fractures , et que l'office du praticien doit consister à combiner ces trois choses le mieux possible, s’il veut atteindre, le mieux possible aussi, le but qu'il se propose. Or, on voit que tout est si bien localisé, et si heureusement disposé et calculé, dans l'appareil hyponarthécique , qu'il ne laissera le plus souvent rien à désirer à la science, aux malades et à l'homme de l'art.

ARTICLE Ier. De l'extension et de la contre-extension, des tractions et de la résistance, dans le traitement par l'hyponarthècie.

Si l'on trouve par trop singulier que je fasse tant de bruit d’un point de pratique qui semble avoir si peu de valeur, je

dirai : c'est afin d'éviter de fausses interprétations et de mauvaises manœuvres ; c'est pour rester dans le vrai, et mettre le langage chirurgical en harmonie avec la marche progressive de la science, dans ce qui touche, du moins, le traitement des fractures ; c'est que, sans les explications qui vont suivre, il n’existerait que confusion et imbroglio, dès qu'il s'agirait d'extension, de contre-extention , de traction, de résistance, de flexion; c'est, lorsqu'il s’agit de réuntr, simultanément sur le même membre, ces divers états, qu’on a besoin surtout d’être clair; c'est, en un mot, qu’ils forment la base de tout système de déligation en fait de fractures.

On ne saurait parler de ces lésions osseuses , sans invoquer

aussitôt les grands mots EXTENSION, CONTRE-EXTENSION, et sans même trop s’embarrasser s'ils ont le sens qu'on leur prête. Je dois donc en parler aussi, mais ce sera pour signaler ce qu'ils ont de défectueux, et pour leur substituer un langage plus convenable.

L'extension d'un membre ne constitue point ce qu’on veut désigner par là, c’est-à-dire la traction qu’on exerce sur ce membre, et ne l'indique en aucune manière, Car , pour faire vraiment l’extension des extrémités inférieures , il suffit de peser sur le genou , tout en soutenant ou relevant le talon ; et pour procurer celle des extrémités supérieures, vous n’avez qu’à repousser le coude en avant et tirer le poignet en sens opposé. L'extension forcée et continuelle de ces parties est donc déterminée par la permanence de ces diverses pressions.

Or, c’est si peu cet état là qu’on a en vue, que s’il existe une ankylose du genou ou du coude, ce genre d'extension est, ou impossible, si le membre affecte une direction angulaire, ou sans aucun but, si les os sont soudés en ligne droite. Cependant, vous pouvez être dans le cas d'ordonner gravement cette manœuvre impraticable ou ridicule si du moins vous continuez à vous servir d’une expression aussi peu exacte.

Quoi qu’il en soit , et en admettant l'extension et la contreextension dans l’acception voulue par les auteurs, et comme des puissances qui tirent en sens opposés, pour produire l'allongement d’un membre , nous dirons que la contre-extension est souvent une simple force d'inertie, et qu'elle ne

DE L'HYPONARTHÉCIE. 255 doit être envisagée que comme une résistance aux efforts gi Ans par l'extension. Que cette résistance provienne du poids du membre, ou de la masse du corps seulement, ou qu’elle soit le résultat de l’effort d’une ou de plusieurs personnes, de liens attachés à quelque objet fixe et solide, de la répulsion simultanée de la même puissance qui DO uit l'extension etc. ; on ne peut voir, dans tous ces cas qu'un mode de résistance purement passive, et qui ne doit jamais être ce qu'est au contraire toujours l'extension, une force essentiellement agissante. La résistance n’est véritablement active que lorsqu'elle résulte de l'état physiologique, ou pathologique des parties, de la contraction musculaire, C'est la seule que nous avons sans cesse à combattre , contre laquelle nous réunissons tous nos efforts, qui les élude quelquefois, mais que dompte , mieux que tout autre moyen connu, l’appareil hyponarthécique.

Nous dirons donc : « Pour réduire une fracture ou une » luxation des extrémités, il est nécessaire d'allonger les » membres, en faisant sur eux telles et telles fractions, » et de fixer en même temps les autres parties de ces mem- » bres, ou le corps entier, de manière à procurer une ré- » sistance suffisante. Et pour maintenir réduites certaines » fractures , il convient que les tractions méthodiques soient » permanentes et convenablement graduées; tout comme » alors il importe d'offrir à ces tractions une résistance » proportionnée à leur mode et à leur degré d'action. »

Ces changements , réclamés par la raison, seront surtout appréciés dans le traitement par l'hyponarthécie, soit pour exprimer bien exactement ce qui a lieu, soit pour éviter des contre-sens. C’est ainsi qu’on dira très bien, à l’occasion d'une fracture de jambe : « La résistance s’opère déjà » suffisamment, dans certains cas , par le poids seul du mem- » bre brisé, et par son frottement sur le coussinet ; elle peut » être augmentée par la pression des cravates, et ce poids, » ce frottement et ces liens doivent étre envisagés comme les » antagonistes inertes de toute espèce de tractions sur le » pied. »

Je sais bien qu'on n’a pas manqué de dire, et qu'on ne laissera pas d'affirmer encore, que, dans cette discussion,

je suscite une véritable querelle de mots; que l'on s'entend de reste ense servant de ceux d'extension et de contre-exten- . sion, et que ces locutions sont consacrées, depuis les temps les plusreculés, dans la pratique de tous les hommes de l'art, dans tous les pays, dans toutes les langues et dans tous les livres.

Le soleil aussi n’a pas cessé de tourner autour de la terre, à toutesles époques, chez toutes les nations , dans la bouche et dans les écrits des plus savants astronomes, et cette imposante allure du grand astre autour de notre planète a été même attestée dans nos livres saints! Mais dût-on me faire subir le sort de Galilée , et dussé-je passer pour un entêté, un sot, un homme difficile à vivre, et qui ne s’attache qu’à des minuties', je ne cesserai de réclamer en faveur de la réforme d’un langage peu scientifique , d'une fausse application , et qui peut donner lieu à des non-sens et à des erreurs pratiques. J’insisterai sur ce point aussi long-temps que ces expressions seront consacrées au lit dés malades, en chaire ct dans les livres, et, cela va sans dire, tant que d'ailleurs je serai intimement convaincu d'avoir la raison pour moi.

On concevra toute ma répugnance pour ces formules surannées , et on sera presque tenté de me la pardonner, lorsqu'on saura que je ne suis jamais dans le cas d'avoir recours à la soi-disant extension (c'est-à-dire aux tractions), lorsque je place le membre dans l'extension, et que je n’emploie cette extension (ces tractions), que quand, au préalable, j'ai relâché la plus grande partie des muscles opposants, en plaçant les articulations dans la double flexion : fnde iræ ! Aussi ne puis-je résister au besoin que j éprouve de transcrire ici, comme à sa véritable place, ce que j'ai dit ailleurs sur ce même sujet.

J'entends par l'extension d'un membre, la seule et raison- . pable acception qu’on puisse donner à ce mot, c’est-à-dire le contraire de la flexion de ce membre-là , et par conséquent, s’il s'agit du membre abdominal, le placement du bassin , de la cuisse et de la jambe sur une ligne droite, ab. traction faite de tout effort et de toute puissance qui tendraient àallonger ou tirailler ces parties ; et je désignerai par le mot de TRACTION,

DE L'HYPONARTHÉCIE. 257 l'effort ou la puissance destinés à produire l'allongement de ce membre, ou à lutter contre son raccourcissement possible.

Cette distinction est indispensable , si l’on veut rester dans le vrai et se bien comprendre ; car on pourra avoir une extension continuée et forcée de la cuisse et de la jambe ou du bras et de l'avant-bras sans aucune traction, comme, par exemple, dans les fractures-de la rotule et de l’olécrâne; et une flexion assez forte de la cuisse sur le bassin et de la jambe sur la cuisse pourra être accompagnée de tractions plus ou moins énergiques , comme cela a lieu dans les fractures du col fémoral. En d'autres termes, on peut étendre complétement un membre, sans tirer dessus en manière quelconque , et avoir au contraire les parties de ce même membre diversement fléchies, bien qu'on exerce sur elles des tractions assez fortes.

Les mêmes chirurgiens qui ont sans cesse le mot extension à la bouche, et qui ne veulent absolument pas qu’on en mette un autre en place, recommandent-ils, par hasard, à leurs élèves d'étendre bien ou de tirer fort, lorsqu'ils procèdent à la réduction d’une fracture ou d’une luxation ? Et ces aides, ou les moufles qui en tiennent lieu, font-ils donc l'office d’extenseurs ou de tireurs ?

On le voit, l'extension telle qu’on s'efforce encore de la conserver, est une mauvaise locution , un véritable non-sens en anatomie comme en chirurgie, qui peut donner lieu à d'étranges quiproquo, et qui, dans l’état actuel de la science, n’est plus tolérable. S'il en était autrement, nous éprouverions le besoin ridicule de nous servir du même terme pour exprimer deux choses différentes, et qu’on doit bien se garder de confondre : la véritable extension, celle qui tend à ramener sur la même ligne droite les diverses parties qui constituent un membre, et l’action qui tend à allonger un membre, en tirant dessus dans le sens de son axe.

Extension , et sa fidèle compagne contre-extension, ne doivent donc plus figurer qu’en qualité d'expressions monumentales, propres à rappeler ces temps qui s’en vont, où l’on ne savait traiter les fractures des extrémités abdominales qu’en étendant bien ces membres, et où le suminum du savoir-faire ne semblait consister qu’à forcer cette extension, même par des tiraillements douloureux. Et pourtant on avait tous les

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jours sous les yeux l’heureuse position de, l’avant-bras , lors. des fractures du cubitus, du radius , de l'humérus et de la clavicule ! | 4

Voici entre autres un exemple. frappant qui prouve tou-jours plus comment les, mots influent sur les choses, et où ceux de redressement et de tractions sont pitoyablement confondus avec celui d'extension, quiles comprend tous: si mal à propos; c’est lorsqu'il s’agit du traitement des gibbosités. — Or, on a cherché ici. à redresser en tirant sur Y'épine dorsale, et en identifiant tout cela avec l'extension.et la contre-extension. Mais , pour le malheur des malades, on. n’a point voulu. s’apercevoir que sices expressions. ont l’assentiment unanime: des écoles, lorsqu'il s’agit de redressement osseux, elles n’ont la sanction ni de la raison ni du sens commun,

J'ai voulu remonter à la source d’une. pareille bizarrerie scientifique , et j'ai cru la trouver dans. ce. qui,se passe sous nos yeux et à chaque instant dans le redressement et l’allonsement d’un bout de fil, et lorsqu'on applique, à ses deux extrémités les principes consacrés de l'extension et de la contre-extension. Alors, tout va à merveille, sans doute, et si l’on n’avait affaire qu'à des corps souples ou facilement “extensibles, comme le fil, mes réflexions pourraient paraître déplacées.Toutefois, et même dans cette supposition, les pressions latérales et directes sur les parties convexes seront bien préférables. et exigeront bien. moins d'efforts, pour peu que le fil soit long ou roide. Voyez, par exemple,, l'impuissance de ces forces extensives et contre-extensives pour le redressement d’une corde, dans les efforts que font quinze ou vingt chevaux, afin de remonter une barque contre un courant rapide. Malgré cette extension extraordmaire , la corde est loin d’être en ligne droite; elle forme constamment un arc à convexité inférieure; et cet arc, quelque prononcé qu'il soit, pourrait. cependant être aisément ramené en sens opposé, au moyen d'une fourche qui l'élèverait en: pressant de * bas en haut sur sa partie la. plus.convexe. Il me semble que voilà bien en regard et à nu les deux ordres de forces dont il s’agit dans le traitement des fractures, et une manière assez simple de s’en rendre compte pour leur application dans la pratique.

DE L'HYPONARTHÉCIE. 259 Pouren finir avec l'extension et la contre-extension, j'ajouterai que cette dernière doit signifier, ce semble, qu’elle agit en sens contraire de la première, c’est-à-dire qu’elle tend à produire la flexion du membre, qu’elle neutralise par conséquent l'effet de l'extension, et qu'elle rend celle-ci nulle et comme non avenue. La contre-extension rentrerait donc de droit dans le sens précis qu'ont une foule de mots tout pareils, dans les dictionnaires de toutes les langues. Citons ceux-ci, par exemple : « Balancer et contre-balancer, — dire »et contre-dire, — mander et contre-mander, — ordre et » contre-ordre, — poids et contre-poids, — poison et contre- » poison, — stimulus et contro-stimulus, — irritation et » contre-irritation , — révolution et contre-révolution , — » ruse et contre-ruse, — miner et contre-miner. » Mais, dira-t-on, il existe dans les hautes régions politiques, diplomatiques et administratives des faits très graves de la plus bizarre inconséquence , et qu'on vénère néanmoins sous le nom élastique et commode d’ACCOMP»LIS. Pourquoi n’aurions-nous pas aussi quelque chose d’analogue en chirurgie? Et pourquoi les savants professeurs, les praticiens habiles et les écrivains célèbres n’auraient-ils pas le droit de se retrancher de même derrière un langage accompli? Mais je m’arrête, car la plaisanterie sied mal dans un sujet aussi sérieux ; et je ne me soucie point d’ailleurs d’ameuter davantage contre moi tous les coryphées , petits et grands, du monde chirurgical , ni de succomber sous le poids d'une opposition trop ardente et de beaucoup au-dessus de mes forces.

ARTICLE IL. Description de l'appareil hyponarthécique simple.

La planche ou la pièce qui constitue ce que j'ai appelé hy-

ponarthécie , c’est-à-dire l’attelle propre à être placée sous un membre brisé, doit être au moins de deux à trois pouces plus longue que ce membre dans l’état sain, et avoir six à neuf pouces de largeur. Il n’est nullement important que ces dimensions soient exactes et en rapport avec celles du membre, . puisque, quelle que soit la petitesse ou la ténuité de celui-ci, il peut toujours y être reçu et bien traité. J'ai cependant cru devoir indiquer des mesures qu'il est fort inutile de dépasser, à moins de cas insolites et qui sortent de la règle commune.

Cette planchette sera recouverte d’un coussin qui ait tout au moins la longueur et la largeur de la planche, et qui soit assez épais pour pouvoir bien garantir le membre contre toute

espèce de lésion ou de sensation douloureuse que pourrait faire naître la position sur un plan aussi dur.

Figurez-vous donc un petit matelas, garni de balles de céréales appropriées, de crin, laine, coton, étoupe, foin, paille , feuilles, etc., qui, en offrant une couche molle et tendre , permettront en même temps de l’ajuster suivant la forme du membre, d'y creuser uné place pour les parties plus saillantes , et de refouler le corps qui constitue le coussinet vers celles qui sont plus minces, qui ont besoin d’être mieux appuyées et soutenues; en un mot, d'établir de cette manière une gouttière ou coulisse propre à emboîter exactement le tiers postérieur du membre. Aussi, craignez de faire ce sachet trop mince et trop dur, et n'oubliez pas qu'il est destiné à servir de soutien pendant plusieurs semaines peutêtre à des parties malades ou très sensibles. Il pourra donc avoir de trois à cinq pouces d'épaisseur, suivant la grosseur et le poids du membre, et suivant la nature de la substance dont il sera composé.

Tous les praticiens entreverr ont déjà dans ces deux pièces la base essentielle d'un bon traitement des fractures, et la plupart ne craindraient pas de soigner toute espèce d’affections de ce genre avec ces seuls moyens (1). Combien ne

(4) Quelques chirurgiens sentant l'utilité de la SIMPLE POSITION dans le traitement de certaines fractures , ont cru pouvoir se contenter déjà de placer le membre d'une manière convenable. Mais des succés obtenus sont-ils de bien sûrs garants qu’ils se reproduiront sous des mains moins habiles ? Que de soins et de peines pour lutter contre le chevauchement et l’action musculaire , pour arranger le lit, satisfaire à des besoins variés, lorsque c’est sur un plan immobile qu'on fait reposer le membre malade ! La déviation peut avoir lieu sans doute par les contractions des muscles sur le fragment inférieur, mais c’est surtout par la pression puissante du supérieur contre l’inférieur qu’elle est le plus à craindre; car si celui-ci est fixé contre un plan immobile , il ne saurait résister à l'action du supérieur, et ils-glisseront l’un sur l’autre. Mais sur un plan mobile au contraire , le fragment supérieur, en appuyant fortement sur: la planchelte , ne communiquera qu’à cette dernière le choc ou l’'impulsion, et jamais au fragment inférieur qui suivra paisiblement tous les mouvements de l'appareil, sans changer ses rapports avec. l’autre fragment. Si l'observation vient à l’appui de ce raisonnement , pourquoi les

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seront-ils pas plus satisfaits encore, quand ils $e seront assurés que cet appareil tout simple leur offrira la facilité de fléchir plus ou moins le membre , de le coucher sur tel ou tel côté, de l’étendre, de l’allonger en tirant dessus, quelle qne soit sa situation, de le mouler à volonté, et de le fixer invariablement dans la position qu’ils lui auront donnée; le tout, sans avoir besoin d'autre secours que celui d’un ou, au plus, de trois légers liens.

Voici comment s’opèrera cette fixation : dans les cas les plus fréquents, et sans en excepter les fractures comminutives ou les plus compliquées , il suffira le plus soavent de presser doucement le membre contre l'appareil et dans sa partie moyenne avec une frès large cravate, laquelle, embrassant l’un et l’autre, les liera ensemble, et n’en fera de cette manière qu'une seule et même pièce.

Si l'on suppose maintenant la suspension de l'appareil et la mobilité qui en résulte, on concevra qu'il n’y aura guère qu'une vive contraction musculaire qui puisse déranger ce membre, incliner, dans telle ou telle fausse direction, lun ou l’autre des fragments, les faire chevaucher, etc. Mais alors on se rendra facilement maître de ces tendances diverses et fâcheuses, soit en élevant, baissant ou fléchissant telle ou telle partie de l'extrémité fracturée, soit, s’il le faut, en agissant directement au moyen d’une ou de deux autres cravates convenablement disposées. |

Ces derniers liens seront disposés de la manière suivante : l'un d'eux sera placé autour de l'extrémité inférieure du

partisans de la position pure et simple ne préféreraient-ils pas un plan mobile qui réunit tous les avantages et n’a aucun inconvénient ? Ces réflexions s'appliquent surtout au traitement des fractures du col fémoral, par le simple plan incliné. |

Je conseille donc à tous ceux qui sont assez confiants, j'allais presque dire assez imprudents, pour oser abandonner la guérison à la simple position, de choisir tout au moins pour celle-ci notre planchette suspendue, comme ce qu'ily a de plus convenable et de plus rassurant ; et je puis leur garantir alors des résultats plus doux, plus heureux et bien autrement faciles. Je les préviens cependant qu’ils n’en resteront pas là, et que, profitant de la facilité qu’ils auront de faire mieux, ils se mettront : à l’abri de toute inquiétude , et préserveront leurs malades de tout accident, en assujettissant leurs membres d’une maniére à la fois plus satisfaisante et plus rationnelle,

membre, et tendra à allonger celui-ci par une traction modérée et dans une bonne direction. Et le second, entourant l'autre extrémité de ce même membre, concourra , avec le poids et le frottement de celui-ci contre l'appareil, à produire une résistance suffisante, et propre à favoriser les manœuvres. destinées à ramener et maintenir les fragments dans l’état où on les aura mis par la coaptation.

Mais si, malgré ces deux forces, il y avait encore une certaine déviation, comme courbure de l’os dans un sens quelconque, élévation de l'un des fragments, etc., il serait facile de faire céder ces désordres , et de compléter la réduction au moyen de la troisième cravate intermédiaire, dontl'action sera d’autant plus énergique et sûre qu’elle tombera, d’aplomb et perpendiculairement, sur le mal auquel elle devra remédier. Ainsi, ce troisième lien pressera directement d'avant en arrière , si l'os fait saillie en avant; il agira de dedans en dehors, si le membre affecte une courbure vers son côté interne ; et il ramènera, au contraire, vers l'axe du corps, la convexité ou la saillie qui se manifestera au côté externe,

Il suffira, pour bien comprendre les divers modes d'agir

de ce troisième lien, de savoir où on peut lui faire prendre son point d'appui. Or, la planche nous l'offre dans tous ses bords de la manière la plus commode et la plus solide, et voici comment. S'agit-il, en effet, d'exercer une pression d'avant en arrière? la cravate plus ou moins large passera directement sur l’es à comprimer, puis au-dessous de la planchette, et ses bouts seront liés sur l’un des côtés de cette dernière. Faut-il faire agir le lien de dehors en dedans? on fera glisser l’un des bouts de la cravate sous le membre, afin que le milieu de ce lien vienne à appuyer précisément sur la saillie elle-même, c’est-à-dire au côté externe du membre, d'où on le ramènera par-dessus ce dernier, et vers le bord interne de la planchette, où il sera lié avec l’autre bout de la manière que j'indiquerai dans un moment. Tout se passera enfin exactement dans le sens contraire , s’il est question de forcer l'os de s’incliner de dedans en dehors, c’est-à-dire que le milieu de la cravate répondra sur la courbure osseuse en dedans, et que ses bouts seront passés et liés sur le bord externe de la planchette. |

DE L'HYPONARTHÉCIE. 263 ‘On voit par là que l'hyponarthécie se distingue éncore en ceci du traitement ancien, c'ést qu’elle peut agir comme ce dernier par des tractions suivant l'axe du corps (extension Continuelle) ; mais encore par de sémblables tractions directement transversales, et qu'il n’est pas donné aux attelles de produire. Celles-ci, à la vérité , peuvent agir par là répulsion; mais quelle différence entre ces deux modes d'action pour la Simplicité , la douceur et la certitude du succès! On sera à même. de l’apprécier quand nous traiterons, en quelques lignes , des fractures de l'extrémité inférieure du péroné.

Voulez-vous maintenant avoir une idée assez nette de ce qui advient à un os sur lequel il existe une où plusieurs Solutions de continuité et des esquilles, et lorsqu'il est bien réduit Sur l'appareïl hyponarthécique? Prenez un os brisé ; faites mieux, mettez en pièces les deux os de la jambe d’un squelette, et placez ces os sur une planche suspendue. Rapprochez-en les divers fragments comme dans la Coaptation, et voyez si ces fragments, même sans aucun lien , Se dérangeront le moins du monde par les mouvements variés que Vous imprimerez à la planchette, et si vous ne pourrez pas la tourner en tous sens sans faire Vaciller l'os qui réprésente ici une fracture comminutive.

Allez plus loin ; ajustez ces os fracturés sur le coussmet, liez-les judicieusement et d'après les données que vous devez avoir, d’abord avec une seule cravaté, puis avéc deux, et enfin avec la troisième, et observez bien chaque fois-ce qui se passera sur ces fragments , lorsque vous imprimérez vousmême dés mouvements quelconques à l'appareil, ou que les oscillations seront produites par l'impulsion du fémur et du Squelette entier. Répétez de la même manière ces épreuves faciles sur l’os de la cuisse, sur les divérses articulations du Membre inférieur, sur la rotule , et vous serez en bonné po- Sition , je pense, de porter votre jugement sur ce qu'on doit, à peu de chose près, espérer ou craindre de l'emploi du nouveau moyen. |

J'ai dit à peu près, parce que, sans nul doute , il faut toujours faire la part des tiraillements musculaires. Mais ces Contractions auront bien vite un terme , si l’on a la facilité de calmer les muscles irrités en les relàchant par de judicieuses

flexions articulaires ; si ces spasmes ne sont pas excités et entretenus par un appareil lourd et offensif; si on peut leur opposer, avec facilité et sans inconvénient, tous les moyens thérapeutiques nécessaires, et si tout cela peut être combiné avec l’action seule et innocente de quelques fines cravates.

Ce n’est pas tout. J'EXIGE que vous fassiez immédiatement la contre-épreuve avec tel autre appareil connu et que vous voudrez bien choisir. Vous l’ajusterez, si vous pouvez, à ce même membre brisé, et vous me direz, je vous prie, quels sont les résultats que, dans un cas donné, vous devrez nécessairement attendre de votre appareil comparativement à ceux que vous venez d'éprouver avec l'hyponarthécie.

On ne sera nullement surpris de cette absence d’oscillation des fragments entre eux, et du repos relatif qu’ils éprouvent, alors même que l'appareil hyponarthécique est en mouvement, et qu'il est emporté dans tous les sens. C’est que le membre, ou les diverses parties du membre qui sont superposées à la planchette, ont, avec celle-ci, un mouvement d'ensemble et de totalité, lequel s'oppose à tout changement de position relative entre l'instrument et les organes affectés. C’est qu’en effet celui-là et ceux-ci sont censés ne faire plus désormais qu'un seul et même tout, et sont comme identifiés en un corps unique, en une masse indivisible.

Les corps terrestres par la rotation de notre globe; les passagers dans un ballon qui fend l'air, ou dans un bateau qui descend le cours rapide d'une rivière ; les vases fragiles et pleins de liqueur qu’on transporte vivement sur un plat; tous ces objets ne balancent ni ne se heurtent lors même que la terre, l’aérostat, la barque et le cabaret changent de place à chaque instant; et l'on n'aperçoit aucune variation dans leurs rapports respectifs, si du moins les mouvements dont il est ici question sont réguliers et sans saccade. Il en: sera tout de même des deux bouts d’un os brisé, et qu'on aura mis en contact plus ou moins parfait sur l’appareil hyponarthécique. Ils resteront donc dans la position qu’on leur aura donnée d’abord, ou qu’on pourra, au besoin et successivement , perfectionner enicore, et ils la garderont imvariable pendant tout le temps qui sera nécessaire au complet affermissement entre eux. mn

DE L'HYPONARTHÉCIE. 265

Mais comment lie-t-on tous ces divers lacs à la planchette? comment y prennent-ils leur point d'appui? Au moyen de clous, de chevilles, de vis, d'anneaux, de trous, d’échancrures, etc., placés aux bords ou aux bouts de la planche dans les endroits où doivent s'attacher les liens. Rien n’est à la fois plus simple à faire et plus facile à saisir, et cette simplicité et facilité s’accroîtront encore, comme nous le verrons, si, au

lieu de la planchette, on se sert de la souttière en fil métalli-

que. Mais si le lecteur conservait encore la moindre incertitude à cet égard, un coup d'œil jeté sur les planches la fera, j'espère, disparaître entièrement.

Je dirai que, pour ce qui concerne les fractures de la jambe et de la cuisse, on a coutume d'adapter au bas de la planchette un montant en forme d'échelle, auquel on attache la cravate qui entoure le pied, et qui sert très bien en même temps à garantir celui-ci contre le poids des couvertures , et à empêcher une déviation que la pression de ces dernières pourrait peut-être déterminer. Cette adjonction à la petite planche est assez convenable; mais on peut s’en passer au besoin, ou la remplacer par une cheville, ou un fragment de cercle, l'un et l’autre assujettis au bas de la petite planche.

ARTICLE IL. Hyponarthécie mobilisée par la suspension.

L'hyponarthécie est simple ou unie à la suspension, et par celle-ci à la mobilité. La première , telle: que je viens d’en donner un aperçu général, est une véritable conquête chirurgicale, et elle facilitera déjà singulièrement le traitement des fractures. Mais, jointe à la suspension, l’hyponarthécie est le mode le plus heureux et le moyen le plus parfait qui existe pour remédier aux accidents les plus graves et les plus fréquents qui assaillent l'humanité.

J'opère cette suspension au moyen de deux cordes, dont l’une passant par quatre trous pratiqués près des angles de la planchette , y forment deux anses transversales ou collatérales, auxquelles vient aboutir verticalement l’autre corde destinée à la suspension. Celle-ci est fixée soit au plancher, soit à tel autre point d’arrêt placé au-dessus du lit du malade.

Ce point peut être encore une traverse soutenue par deux montants fixés au lit même. Ce mode offre cet avantage qu'il

ne gâte pas le plancher d’un salon, et surtout qu’il permet au lit de changer de place, puisque le moyen suspenseur est affecté à ce lit , et indépendant d'objets étrangers à ce dernier.

Au moyen de cette suspension, l'appareil sur lequel se trouve le membre {brisé sera suffisamment élevé au-dessus du lit pour être isolé et pour céder à l'impulsion d’une force même légère, sans que le membre en éprouve ou en ressente le moindre choc. Tout se passera, dans ces différents mouvements , d’une manière inaperçue pour l'os fracturé , et celui-ci suivra paisiblement tous ceux de la planchette avec laquelle il est lié sans changer ses rapports avec ellé, et en conservant exactement ceux que le chirurgien lui a donnés sur la machine. De là vient que ses mouvements ne sont nullement douloureux, qu'ils ont lieu impunément, et que rien n’est plus commun, en conséquence , que de voir les malades abuser de la facilité qu’ils ont d’en faire , puisqu'ils n’en sont pas incommodés.

Si on réfléchit à ces circonstances , qui sont des réalités exemptes d’exagérations, ét à ce que j'ai dit plus haut de la position du membre combinée avec l’action des liens, on comprendra que si le chirurgien a bien réduit une fracture,

quelle qu'elle soit, il ne sera plus guère que le spectateur du travail de la nature pour la consolidation des 06s. Je puis dire à juste titre spectateur ; car la jambe n’étant recouverte que d'un simple lien , le praticien pourra, à son gré et sans rien déranger à son appareil , voir tout ce qui se passe et s'assurer du bon ou du mauvais état de la fracture , et de celui de tout le membre qui en est atteint.

Tout son office consistera dans cette facile inspection, afin de s’assurer si tel lien a besoin d’être resserré ou relâché, opération qu’il fera toujours seul, très facilement et sans occasionner de douleurs au malade. Il pourramême hardiment confier cet affaire à un aide tant soit peu intelligent ou à de simples gardes-malades. Aussi, il m'est arrivé plus d’une fois,après avoir bien placé et assujetti une jambe cassée, compliquée même d’affreux déchirements, et après avoir donné dés instructions simples et faciles à l’un des assistants ; il m’est arrivé, dis-je, de n'avoir revu le blessé qu’au bout de plusieurs semaines , et, comme j'en étais sûr d'avance, sans qu'il en fût

DE L'HYPONARTHÉCIE. 967

résulté le moindre inconvénient. Les fomentations, les cataplasmes et les pansements convenables, tout s'était fait sans moi avec autant de facilité que si l’os n’eüt pas été atteint. Tel ést en effet le grand avantage de cette nouvelle méthode , C’est que tout se voit, tout se fait, tout se corrige sans aucun embarras, sans douleur, et on pourrait presque dire sans chirurgien ; il suffit le plus souvent d’un simple assistant doué d’un peu de bon sens et d'intelligence (comme-on peut en rencontrer partout), pour suppléer l’homme de d'art le plus habile.

ARTICLE IV. Réduction des fractures avec l'hyponarthécie.

La réduction des fractures, lorsque pour leur traitement on a recours à l'hyponarthécie, est des plus simples et des plus faciles, et s’opère de la manière suivante. Vous avez d'avance préparé la planchette ainsi que l’épais coussinet qui doit la recouvrir en plein; le point d’appui pour la suspen-

sion est convenablement choisi ; la corde verticale y est bien

fixée ; et celles qui doivent former les anses de la petite plan- Che sont ésalement bien arrangées et prêtes à être accrochées ou attachés à la première corde. Alors , vous portez et glissez le membre sur l'appareil, et sans aucun aidé, si vous le voulez , vous faites la réduction et la coaptation presque én même temps que vous adaptez le membre sur la planchette , ét vous fixez les fragments de la manière qui à été indiquée plus haut. Tout au plus auriez-vous besoin d’une personne pour appuyer la partie supérieure du membre, afin de produire par là un degré convenable de résistance ; mais vous 6btiendrez, s'il le faut, cette même résistance par l'effet d'une cra-

vate que vous placerez à l'endroit même où doivent être les

mains de cêt aide.

Quoi qu’il en soit, vous donnez aux os la direction èt la longueur normales par une douce traction et pression, et vous maintenez cet état ou cette position, soit par l'élévation et l’abaissement des pièces de l'appareil, soit par la flexion et l'inelinaison du membre dans tel ou tel sens: soit enfin, si c’est nécessaire, par l'application d’une , de deux ou de trois des cravates dont je viens d'indiquer l’action facile, sûre et permanente. Cela étant fait, vous élevez l'appareil au degré de

hauteur que vous jugez nécessaire de lui donner, en consultant même le sentiment du malade, et vous maintenez cet appareil chargé du membre à ce degré d'élévation par l'action de la corde verticale sur les anses de la planche.

On fera bien, du reste, d'établir déjà l'appareil, avant ou pendant la réduction , à la hauteur qu’on jugera convenable de lui donner, et en plaçant au-dessous un corps queiconque propre à le soutenir. Par ce moyen facile, on n’aura plus qu'à enlever l’oreiller, le livre , etc., qui auront servi à cette élévation , et la petite machine n'étant plus retenue que par la corde, sera à l'instant même librement suspéndue et complétement mobilisée. La manière de faire agir la corde de suspension pour élever, abaisser et fixer l'appareil avec facilité, sera indiquée plus bas.

EE 1 ARTICLE V. Mode de couvrir les fracturés.

* Une chose assez importante, et qui peut parfois embarrasser un moment, c'est la manière de recouvrir et de protéger contre le froid un membre ainsi placé et suspendu. Si on le laisse sous les couvertures ordinaires , l'autre jambe n’est pas très bien couverte, et l'appareil peut être surchargé et gêné dans ses mouvements. En été, ou dans un appartement où la chaleur est tempérée, tout est simple et même heureux, car les malades ne demandent pas mieux, ainsi que leur chirurgien, que de sentir les parties fluxionnées moins chargées de couvertures , et qu’elles puissent jouir d’un certain degré de fraicheur.

Mais dans des circonstances tout opposées, et lorsqu’on est dans l'asile du pauvre , ou, ce qui est pis, dans les salles glacées des grands hôpitaux, je le répète, on peut éprouver quelques légères difficultés. Cependant on en vient encore à bout au moyen de quelques épingles qui servent à fixer les couvertures , ou en mettant sur l'appareil un petit duvet ou de la flanelle, et en le recouvrant à peu près comme le petit lit d'une poupée. Le bon sens et l'intelligence suppléeront du reste et facilement à ce que j'omets de dire ici, et peutêtre trouvera-t-on que je me suis déjà trop étendu sur ce mince sujet.

DE L'HYPONARTHÉCIÉ. | 269 ARTICLE V]. Traitement local de toutes les fractures.

Le traitement local des membres fracturés, lorsqu'ils sont bien appliqués et suspendus sur notre appareil, est on ne peut plus facile. Il a lieu exactement de la même manière que si l'os était parfaitement intact. On fait presque abstraction de l’état de celui-ci, et comme si la fracture n'existait pas ; aussi donnons-nous carte blanche à chaque praticien pour l'emploi de ses moyens de prédilection. Les sangsues, les résolutifs de toute espèce, en cataplasmes , en fomentations, en lotions ; les emplâtres, la charpie , l’eau froide , la neige, les irrigations continues, tout peut être mis en usage au gré du chirurglen ; et le premier venu, doué de quelque intelligence, pourra en quelque sorte toujours exécuter les ordres de l'homme de l'art et de la manière la plus exacte et la plus facile. On à pu voir, du reste, au chap. IIE, que je me contente maintenant et dans la plupart des cas, même les plus graves, de recouvrir les parties contuses, gonflées ou déchirées, avec d'épaisses couches de coton cardé; que ce topique suffit le plus souvent, et qu. on pourra s’en servir constamment et dès le début, si du moins on l'a sous la main.

S'il s'établit une suppuration très forte et fétide, avec ou sans mortification des tissus, je fais laver fréquemment le membre avec de l’eau chlorurée ; j'en injecte sur les plaies, et, afin de préserver le petit lit où repose immédiatement la jambe, je passe sous celle-ci une pièce de taffetas sommé ou de toile cirée, qui permet aux liquides de s'écouler, sans trop salir les pièces de notre appareil. Une simple mousseline, une petite compresse ou du coton suffisent toujours sur les lésions les plus graves des parties molles ; et, je le répète, je puis soigner ces dernières, et je les soigne en effet, exactement comme s'il n'existait aucune lésion des os, ceux-ci fussent-ils même dénudés dans une étendue considérable de leur surface. C’est qu’en effet tout gît essentiellement dans les soins à donner aux tissus qui se trouvent en dehors de la charpente osseuse, chaque fois du moins que celle-ci est en bonne position, et suffisamment soutenue ou remplacée par un corps résistant, Mais ce point de pratique est trop

important pour que je n’y attache pas quelques courtes ré flexions.

Si l'os est seul malade, et si les tissus environnants n’ont Que peu ou point souffert, tout est facile en général, et se passe souvent inaperçu. Ainsi par exemple, certaines fractures du bassin, des côtes et du crâne, se guérissent sans qu’on s’en doute, ou qu’on les ait même soupçonnées; et si l'on a pu n’y faire aucune attention, c’est parce que les organes voisins n'étaient affectés, ni simultanément , niconsécutivement à ces lésions osseuses. ,

Admettons l'inverse, et supposons que, conjointement à ces mêmes lésions, toutes les parties adjacentes aient été violemment ébranlées. Où sont alors les indications? Contre quel état pathologique devons-nous diriger nos vues? D’après quelles données établir notre pronostic ? et sur quels systèmes avons-nous à faire agir nos moyens thérapeutiques? Ce sera évidemment sur l'aspect et les exigences des parties molles que l'espérance , les craintes et la conduite du chirurgien se règleront ; et le meilleur appareil à fracture sera par consé- -quent celui qui permettra’ le mieux possible le traitement des parties délicates, dont les désordres graves auront accompagné ou suivi ceux des os, autour desquels elles se groupent. Or, c'est là, précisément aussi, ce qui distingue nos procédés hyponarthéciques. (Voyez mon mémoire sur les amputations ; dans les fractures , à la fin de ce volume. )

ARTICLE VII, Avis divers au sujet de l'hyponarthécie.

ÇI. Les partisans de la simple position, pour le traitement des fractures des extrémités , et tous ceux qui croiront | avoir besoin de cette position préliminaire, pour préparer le membre cassé à recevoir leur appareil contentif, feront bien de donner la préférence à l'appareil hyponarthécique , pour y placer le membre brisé, au lieu d’attacher et de chercher à assujettir ce membre sur le propre lit du malade,

$ IT. Les partisans exclusifs de l'un ou de l’autre des nombreux procédés connus, pour le traitement des fractures, se trouveront bien de méditer les conseils suivants :

« Après avoir fait à l'habitude lesacrifice qu’elle impose » ordinairement, après vous être retranché assez long-temps

AVIS SUR L'HYPONARTHÉCIÉ. 971

» derrière des scrupules que je conçois et qui font honneur à

» votre prudence ; après avoir reculé en présence d’une in-

» novation si hostile aux principes Œui vous ont guidé jusqu'ici

» et dont Vous avez toujours été satisfaits : après votre vi-

» goureuse opposition à l’hyponarthécie, eh bien! faites , je » VOUS en Conjure, un innocent essai du nouveau moyen ;

» mais en mettant votre conscience à l'abri de tout reproche. » Appliquez donc d'abord au premier cas de fracture qui » VOUS arrivera , TOUS les moyens contentifs dont vous êtes » si fiers ; mais, au même instant, placez ce membre, si so- » lidement arrangé, sur l'un de mes appareils. Que risquez- » vous , de grâce? Rien, absolument rien » Si ce n'est d’être » agréablement surpris de voir votre malade se remuer sans » peine dans son lit, et être déjà plus à son aise. Mais cétte

-» première épreuve sera décisive pour vous, et vous vous » Convaincrez chaque jour que, chaque jour aussi, vous

» pourrez, à votre grand étonnement, vous relàchér de tel » ou tel de vos moyens de prédilection, jusqu’à ce qu’enfin » VOUS SOyez COnverti, en voyant le membre en question par- » faitement guéri, bien que vous l’'ayez dépouillé successi- » vement de toutes les nombreuses ét inutiles pièces dont

» il était surchargé. »

Ce conseil, ainsi que le précédent, se rattachent, comme on voit, à un système de concessions mutuelles et de transition ; lequel, appliqué même à la médecine, ne manquera pas de produire, s’il s’agit de PRoGRÈS, les résultats Jes plus heureux et les plus désirables.

S LL. Où et comment ÉTABLIR LA CORDE verticale qui sert à embrasser les anses, à suspendre et mobiliser l’appareil hyponarthécique?

Gette question est oiseuse dans les campagnes et les caba-nes, Où un anneau, une vis, un clou, une simple cheville, sont vite placés à un plancher très bas et garni de poutres , et que chacun peut facilement atteindre. Mais , le moyen de penser à des points d'arrêt pareils , dans les hautes salles d’un vaste hôpital, dans un appartement très élevé? Comment se résoudre à gâter le plafond d’une belle chambre , ou à perdre Son temps à chercher , longuement , et en vain peut-étre, un point d'appui solide, dans un salon , un cabinet à coucher?

972 TRAITEMENT DES FRACTUREÉS.

‘Toutes ces circonstances et d’autres pareilles, faciles à ima giner, ont arrêté, j'en suis sûr, maint expérimentateur de bonne foi, fait échouer pendant long-temps les meilleures intentions , et servi probablement aussi d'innocent prétexte pour repousser un essai qu'on ne savait pas faire, ou dont on ne se souclait pas.

On pare aisément à tout cela en prenant le point d'appui au ciel dulit, s’il offre assez de solidité, ou en établissant, à Ja tête et au pied du bois de fit, un montant en bois sur lesquels on fait passer une traverse. C'est à cette potence qu’on ajustera très commodément, non seulement la corde verticale, mais encore tel autre moyen qui permette au malade de s’accrocher et de se soulever avec les bras. Ce mode de suspension offre encore cet autre avantage de ne pas fixer le blessé sur le même point, mais de permettre que son lit soit changé de place , amené près d’une croisée, dans un salon, une terrasse, un jardin, etc. Ce moyen nous met en même temps sur la voie d’un arrangement quelconque, applicable à un fauteuil ou au-dessus d'une chaise longue, d'une calèche, afin d'y recevoir le malade pendant quelques heures.

Ç IV. Le trépied (la chèvre) est très propre encore à servir de soutien à une hyponarthécie quelconque, lorsqu'il s'agira de placer sur un fauteuil ou une simple chaise l’individu atteint d’une fracture, quelque grave qu’elle soit , et dele TRANSPORTER ensuite, loin de son triste lit, dans une salle à manger, de travail, de jeu, dans un jardin, etc. Pour cet effet, on commencera par faire soutenir l'appareil , ainsi chargé du membre, par un aide quelconque , puis on le séparera doucement de sa corde verticale, et quelqu'un d'intelligent, tenant lieu de cette dernière , portera tout l'appareil, en passant ses mains vers le point de réunion des anses, précisément comme si c’était celles d’un panier, et il portera le tout exactement comme on porte un de ces derniers.

L'office de cet aide qui, pour les premières fois, sera le chirurgien lui-même, consistera à suivre alors tous les mouvements qu’on fera faire au blessé pour l'approcher du bord de son lit, l'en descendre et le porter à l'endroit destiné à recevoir le patient. Cet endroit sera probablement tout près du lit; et si c’est un fauteuil à roulettes , on le poussera dou-

AVIS SUR L'HYPONARTHÉCIE. . 2974 cement sous le trépied, ou vers le lieu où l'on aura assujetti la corde verticale , et avec les précautions indispensables pour soutenir et porter l'appareil pendant le trajet. Si celui-ci se fait à bras, depuis le lit même, ces dernières précautions consisteront à suivre bien exactement tous les mouvements des porteurs, jusqu’à la place destinée À recevoir le malade. Ici, les anses seront accrochées à la corde de suspension, et la planchette, abandonnée alors et livrée à elle-même, pourra se mouvoir sous ce peut dôme portatif, avec toute la facilité désirable, et sans compromettre le moins du monde le succés de la curect la responsabilité du chirurgien ou des assistants. h

Craint-on le froid ou le soleil? Rien n’est plus commode que de recouvrir le trépied d’une manière quelconque et de l'isoler sous cette espèce de tente.

Tout ce que je viens de dire n’est que l’exposé fidèle de ce que j'ai pu faire , le # septembre 1832, à l'hôpital, avec un individu qui y était depuis quelques jours pour une fracture des deux os de la jambe. Nous l'avons transporté vers la fe nètre de sa chambre, avec unie aisance qui a surpris tous les assistants, et qui, après une vive émotion préliminaire et passagère , n'a pas peu réjoui et soulagé celui qui était l'objet de ce transport et de cet innocent essai. Il a passé, ce jour-là, huit heures hors de son lit, se remuant sur sa chaise et avec Sa chaise, comme s’il n’eût eu qu’une simple entorse du pied. Chaque matin , il fut ainsi placé sous la chèvre , et il y restait : unegraude partie de la journée. £i l'on avait le moindre doute sur la possibilité et l'innocuité de ce traitement, en quelque sorte nomade , des fractures , je prie qu'on l’essaie avec un squelette ou un cadavre, et qu'on en suive bien les effets produits. | |

De pareilles dispositions ne tendent pas’uniquement à pro- -curer du soulagement et de l'agrément aux blessés ; mais, comme elles donnent lieu à quelques mouvements et à un changement d’air avantageux, à des recréations accompagnées d’utiles exercices, etc., on comprend déjà que toutes : ces circonstances auront la plus heureuse influence sur l'état sanitaire des malades, et que le temps de la convalescence à

celui peut-être de la guérison, seront par là sensiblement raccourcis (1). | & V. Le mode le plus simple de FIXKER LA CORDE VERTI- CALE à l’anse, est celui-ci : on établit à quelque distance (deux pieds environ) d'un des bouts de cette corde une boucle pareille à celle qu’on fait, lorsqu'il s’agit d'avoir une boucle ou un auneau pour un nœud coulant. On fait ensuite passer le bout de la corde sous l'anse , puis dans l'anneau ei-dessus ; et après avoir bissé l'appareil à la hauteur convenable, comme sur une poulie, on arrête la corde par un simple nœud, qu’on obtient après avoir doublé cette même corde (nœudordinaire des charretiers et des emballeurs).

$ VE. La manière d'établir à l'appareil une ou deux anses

portatives et de les faire collatérales ou transversales; avec une seule corde ou avec les deux moitiés de celle-ci, consiste à passer ces cordes dans les quatre trous qui se trouvent aux. coins de la petite planche , et de les diriger en travers, ou dans de sens longitudinal de cette dernière, Mais s'il s’agit d'un mode plus simple, et qui donne lieu à un mouvement de

BASCULE , je dois le faire précéder de quelques réflexions. .$ VAE. Il est en effet des cas où, aux mouvements parallèles à l'horizon , il peut être intéressant , nécessaire même, de pouvoir joindre ceux de la BALANCE. Si ces derniers sont presque de rigueur pour l'avant-bras, il:est des fractures de jambe ,-et il peut en exister du bras, où l'irritation musculaire estentretenue par la position horizontale, contre laquelle elle tend à lutter sans cesse. Ces tractions vitales peuvent donner lieu à un léger soulèvement d’un des fragments. Ou bien , il existe chez le malade de tels besoins de se soulever et de s'asscoir, que si la fracture est à la partie supérieure dutibia ou de F’humérus, là aussi pourra s'établir, par ces mouvements souvent brusques , et dont on ne connaît pas d'abord toute la portée, une espèce de réaction pareille à ce qui se passerait dans une articulation gynglimoïdale. Gette sorte de charnière résulterait alors de l'impossibilité où peut se trouver

+ (1) On devine peut-être que l'auteur de ces lignes connaît par sa propre expérience tout ce qu'éprouve un malheureux qu'un membre brisé retient sût le même lit de douleur pendant quarante à cinquante jours étquarante à cinquante nuits ! On a deviné juste.

AVIS SUR L'HYPONARTHÉCIE. 279 le fragment inférieur de s’abaisser et de s'élever à l'instant et à l'instar de l'élévation et de l'abaissement de l'extrémité inférieure de l’autre fragment, et de rester sur la même ligne.

Dès qu’on s’apercevra de cette disposition, à la vérité rare, ou qu'il existe telle autre circonstance où la bascule pourra être utile, rien ne sera plus simple que d’obtenir celle-ci facilement et sans efforts; deux qualités qui sont l'apanage constant de l’hyponarthécie. Pour cet effet on établira une seule anse transversale à peu près au centre du mouvement de la planchette, et le membre setrouvera par à transformé de suite en véritable balancier. + if

Par ce moyen, l’une des extrémités de ce dernier ne pourra s'élever qu’à l'instant l’autre ne s’abaisse, et vice versd : de sorte que le membre restera toujours dans la même direction, malgré ces balancements au-dessus et au-dessous de la ligne horizontale. | ne

Ce mode de suspension est si simple, je dirai si ingénu , que je le recommanderais exclusivement pour les fractures de jambe , si ce n’était la circonstance que, dans les mouve-

ments de l'extrémité inférieure de la planchette , cette extrémité pourrait bien, par hasard, plonger trop, et heurter par conséquent contre le matelas. ; pa

Tout obstacle à la libre oscillation de la planchette pouvant réagir sur lé membre et s’y manifester par un choc plus ou moins fâcheux, on comprend que la prudence exigera , en général , qu on donne la préférence sur cette anse ainsi placée © aux anses qui rendent plus difficile le jeu dit de bascule, Du

réste, celle-ci peut être rendue plus libre, si on -porte l'anse plus haut que le centre de gravité, ou plus difficultueuse , si on établit cette anse au-dessous de ce centre. C’est au praticièn à se décider suivant l’état des. choses; mais il ne perdra jamais de vue que ce jeu de bascule a, en chirurgie comme dilleurs, quelques inconvénients, et qu'il est plus sage . de savoir l'éviter.

. À tout prendre cépendant, ce mode de suspension devrait prévaloir dans la plupart des cas, car il a pour lui la facilité, la commodité et la bonté, trois conditions presque toujours inséparables de la simplicité. {I ne saurait avoir d’autre incon- Yénient que celui que je viens de signaler, c'est-à-dire que,

permettant un très facile balancement de bas en haut, ce mouvement pourrait bien aller beaucoup trop loin, et donner lieu au choc de la planchette contre le matelas, ou à des imprudences.

Toutefois, il y a deux moyens de prévenir cette bascule excessive ; et de la limiter au-besoin ; le premier, en plaçant l’anse au-dessous du centre de gravité, puisque nous avons vu que cette disposition rendait le mouvement dont il s’agit plus’difficultueux ; le second , plus sûr, consiste à fixer entre Ja corde verticale et l’ extrémité de la planchette une espèce de MARTINGALE, qui ne permettra plus à cette extrémité de

s’abaisser au-delà de certaines bornes qui seront faciles à déterminer. Cet arrangement favorisera singulièrement ladoption du nouveau moyen, et lui conciliera bien des partisans. Mais alors, on ne manquera jamais d'établir une large cravate circulaire à la partie supérieure de l'appareil, afin de “bien identifier Ce dernier avec le membre même, et afin que un suive toujours et bien exactement les impulsions de Pautre, et vice versé.

On trouvera, au surplus, que les anses, reçues et solidement arrêtées par un arrangement quelconque vers le bout inférieur de la corde verticale , donneront, suivant leur longueur respective, la position horizontale de l'appareil, ou son inclinaison de haut en bas, ou celle de bas en haut. Un facile tâtonnement, pareil à celui qui se passe lorsqu’on pèse avec une balance romaine, vous donnera Bientôt le terme que vous chercherez, et pourra vous guider lorsque vous aurez quelque raison de changer l'inclinaison actuelle de votre appareil.

$ VIIT. Une circonstance re laisse pas que d'être incommode pour les malades, si lon n'y fait attention, lorsque surtout le membre est volumineux , et peu en rapport avec la largeur de la planche, c’est que ces anses peuvent meurtrir par leur PRESSION SUR LA PEAU. On obvieà cet inconvénient, aussitôt qu'il est aperçu, soit en interposant un remplissage entre la corde et le membre, soit au moyen d’un petit morceau de bois dont les deux bouts, appuyant sur les deux. cordes qui sont vis-à-vis l’une de l’autre , les écartera convenablement. Ce mince et passager froissement dépend du reste quelquefois de ce que le membre n’aura pas été placé

AVIS SUR L'HYPONARTHÉCIE. | 977

bien au milieu de l'appareil, ou que le coussinet sera luimême trop de côté, ou enfin, ce qui.est plus ordinaire, que ce petit matelas sera trop étroit pour bien garnir les parties latérales du membre.

SIX. La manière d'ARRANGER LE LIT sur lequel doit être reçu le malade, n'offre rien de particulier, et permet de se prêter absolument aux habitudes et aux exigences individuelles de chacun; nouvel avantage de l'hyponarthécie. La seule précaution à prendre, c’est de faire attention que la planchette ne touche pas le matelas, afin que la mobilité de l'appareil ne soit jamais entravée. On aura donc l'attention de diminuer l'épaisseur du lit sous le membre fracturé, de . passer de temps en temps la main sous la planche, et de presser le lit pour l’affaisser , là où le jeu de la petite machine ne serait pas entièrement libre. On pourrait même, au besoin, élever davantage cette dernière.

$ X. d’ai répété si fréquemment qu'il était Hi d'AR-. RANGER LE LIT chaque jour, et même plus d’une fois, qu'il convient de dire un mot de la manière de procéder à ces opérations 2mportantes.

. Le plus souvent, il suffira que le malade quitte un instant la place qu'il occupe actuellement, et qu'il soit plus rapproché de l'un des côtés du lit. Ce changement peut avoir lieu de deux manières, également sûres et faciles :

a) Le blessé embrassera une personne assez forte pour qu’elle puisse le saisir et l'entraîner de côté; ou bien, b) il s’accrochera à un point d'appui convenable, ou se soulèvera en s'appuyant sur ses bras, pour se glisser doucement sur l’un ou l’autre bord dé son lit.

Mais il est dans les deux cas une précaution essentielle à observer, c'est celle de découvrir bien l'appareil , afin que son jeu soit entièrement libre, et qu'il puisse se mouvoir aisément en sens inverse du corps , eten obéissant entièrement à tous les mouvements de celui-ci, afin que, par ce moyen, il n’y ait aucune secousse , aucune fausse direction. On pourra dans ce même but confier la planche à des mains intelligentes qui en dirigeront avec prudence tous les mouvements , en les combinant exactement avec ceux du Corps.

Lorsque de l’une ou de F autre manière on aura déplacé le

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