APPAREIL DE SAUTER
Cetie dernière pièce est, chez notre auteur, en effet, une
bande ordinaire , qui a tous les défauts des bandes en général. Je lui ai substitué un large lien matelassé. & Le pied est arrêté, par Sauter, au moyen d'un bandage tout particulier et nouveau, et le membre est fixé par de simples bandes. Mes cravates offrent les avantages que nous leur connaissons et qui ressortent de la manière la plus frappante.
La machine pour les fractures du col du fémur est une accumulation extraordinaire et pourtant jugée indispensable, de moyens contentifs, de larges pièces de fer-blanc rembourré et qui emboîtent le bassin. Des bandes nouvelles, leurs boucles, etc., tout cela ajouté à la planche fémorale, avait de quoi effaroucher bien des praticiens. On connaît mes moyens, et en les mettant en regard avec cette machine compliquée, difficile : à préparer et à appliquer, on pourra s'assurer qu'ils n’ont absolument rien de commun avec elle.
Les plus intrépides expérimentateurs ont dû se cabrer encore tout-à-fait lorsque le docteur Sauter les a prévenus qu'il fallait avoir absolument de ces appareils pour chaque cuisse et pour chaque sujet en particulier. Aussi ne crains-je pas d'ajouter au nombre des services que je crois avoir rendus à l'hyponar- ‘thécie, celui de l'appareil modèle dont j'ai donné la deseription plus haut. Il est portatif, et, sous un très petit volume, il comprend tous ceux dont le docteur Sauter à besoin pour compléter son grotesque arsenal hyponarthécique. |
Mais c’est surtout pour la suspension de la machine que je réclame, sinon des éloges, du moins quelque attention. Ma manière de suspendre est entièrement différente de celle de mon célébre confrère, et se recommande par sa simplicité et sa facile application. Je dois, à mon grand regret, dire tout Je contraire du mode adopté et proposé par l’auteur allemand. C’est d'abord un bâton qu'il lui faut, et qu'il suspend horizontalement par le moyen d’une corde dont le milieu est fixé au plafond, et dont les bouts viennent en divergeant s'attacher aux deux extrémités de ce bois.
C'est à ce même bâton que viennent se nouer ensuite, et d'une manière toute particulière, deux autres cordes en forme d'anses transversales et qui passent par quatre trous percés aux quatre coins de l'appareil. Et pour celui que j'ai désigné
sous le nom d’hyponarthécie fémoro-tibiale articulée, Sauter a besoin d'une troisième anse placée immédiatement à côté et au-dessus du genou, et qui est destinée à élever ce dernier.
J’ai dù, pendant nombre d'années, subir la dure nécessité de ce mode compliqué, je dirai presque rebelle, de suspension; et j'avoue que les difficultés et les tàtonnements incommedes et sans nombre qui l'accompagnent ont presque failli me rebuter et me brouiller pour toujours avec l'instrument le plus parfait que possède la chirurgie, et le plus fécond en résultats favorables à l'humanité.
La manière d’ajuster ces divers cordes et de les fixer au bâton, demande une certaine habitude qu'on ne peut guère exiger des chirurgiens, et sans laquelle ils paraissent gauches et embarrassés, ce qui est peu convenable. J'ai éprouvé tout cela fort désagréablement, et j'ai vu souvent qu'un simple charretier était à cet égard beaucoup plus habile que moi. J'ai eu donc une très grande satisfaction de trouver pour la suspension de ma planchette un moyen plus simple, plus à la portée de tout le monde et plus facile à employer. Cette découverte, que j'envisage comme très heureuse, contribuera puissamment à mettre en crédit le nouvel appareil , à lui créer des partisans, j'ose presque dire à le faire goûter partout.
Si, du reste, je me tais sur le coton substitué à la balle d’avoine; sur des gouttières en fil de fer, mises en place du bois ; sur quantité de détails, de changements et de modifications apportés au fond même du traitement; en un mot, si je ne vais pas-plus avant dans la critique , C'est par respect pour l'homme de mérite, c’est parce que son premier jet, malgré ses défauts, ne cessera pas un seul instant de porter l’empreinte du génie.
C'est d’ailleurs d’une question humanitaire, et nullement d'amour-propre et de vanité puérile, qu'il s’agit ici. Je plaiderais l'une peut-être , si les convenances me le permettaient, etsi je ne savais pas qu’on n'est jamais qu’un triste avocat, qu'un mauvais juge en sa propre cause.