DU TRAITEMENT SPECIAL DES DIVERS MEMBRES FRACTURÉS
Le traitement spécial de chaque partie des extrémités, par
le moyen de l'hyponarthécie, est contenu presque en entier dans les généralités que je viens d'exposer, et je n’aurai que fort peu de chose à ajouter pour compléter ce sujet.
ARTICLE Ier. Du traitement des fractures de la jambe,
Ce qui concerne le traitement des FRACTURES DE LA JAMBE par l'hyponarthécie, est compris dans les quaire points suivants: {0 la planchette doit s'étendre du jarret jusqu’au-delà du talon (hyponarthécie tibiale); 2e le lien inférieur sera formé par une cravate ; le milieu en emboîtera le talon et les malléoles ; les chefs viendront se croiser sur le cou-de-pied, afin de gagner ensuite la plante de ce dernier, où ils seront unis et serrés par un simple nœud pour être enfin attachés au bas de la planchette ; 3° le lien supérieur entourera le genou audessous de la rotule ; il sera fixé, le plus souvent, du même côté que la première cravate, si l’on a cru utile dé donner à celle-ci une direction oblique ; 4e le lac intermédiaire sera dirigé d'après les indications qu’il aura à remplir, et dans le but d'assurer mieux la position de l’ensemble.
La FRACTURE DU PÉRONÉ, dont on a dû faire quelque bruit dans le temps, rentre exactement dans les données CIdessus, et les fera encore mieux apprécier; c’est-à-dire que le lien inférieur sera dirigé obliquement vers,le bord interne de la planchette, afin de ramener le pied en dedans, et d'en incliner la plante de manière qu’elle soit légèrement tournée | vers l'axe du corps ; que la cravate supérieure sera également portée vers le côté interne; et que le milieu de la troisième ‘cravate sera placé à la partie inférieure et interne de la jambe, afin de ürer cette partie directement en dehors, et d ernpécher par là le chevauchement des fragments du petit os de
la jambe. On voit ici pourquoi le lien supérieur et l'inférieur sont dirigés obliquement de dehors en dedans : c'est qu'ils doivent opposer une résistance au lac intermédiaire, lequel est chargé d'agir, par une traction directe, de dedans en dehors.
ARTICLE ÎE. Du traitement des fractures du fémur.
L'hyponarthécie offre trois manières’distinctes de traiter LES FRACTURES DU. CORPS DE L'OS DE LA CUISSE :
.49 Par une planchette qui s’étendra du jarret à lischion (hyponarthécie fémorale). L'extrémité supérieure de cette planche sera liée au bassin par une cravate qui, partant du -bord interne de cette extrémité, se portera d'abord sur l’aine correspondante, puis au-dessous et Le long de la crête iliaque, ensuite derrière le sacrum, d'où, après avoir longé l’autre crête iliaque , elle passera sur le bas-ventre, la région pubienne et le pli de Ii cuisse, pour s'attacher au bord externe du bout supérieur de la petite planche. Ce lien ; qui doit être large, épais ou matelassé, fait, comme on voit, l'office de bandage de corps et de sous-cuisse , et offre un très bon point d'appui à F extrémité supérieure de la planchette (1).
90 Par une longüe planche qui s’étendra de la tubérosité ischiatique jusqu'au-delà du talon (hyponarthécie fémorotibiale simple}. Elle est fixée au bassin par un lien en tout semblable à celui déerit ci-dessus, et au pied par la cravate indiquée pour les fractures de la jambe.
3o Par les deux planchettes, fémoraïe’et tibiale, réunies sous le jarret au moyen d'une charnière (hyponarthécie [émoro-libiale articulée).
’ Ce troisième mode de traitement est le préférable dans les
(4) Ce large etlonglien, pour étre facilement appliqué, serré et desserré, sera terminé à Chaque bout par deux attaches d’un pied environ de longueur , et par un où deux bouts de rubans cousus en travers. Ces derniers seront à plusieurs pouces de l'extrémité du lien, et tendront, comme dans nos autres liens, à recevoir Pautre ordre d' attaches qui pourront y passer ét glisser comme sur une poulie de renvoi. Mais aupa- ‘ravant où les aura fait enfiler deux trous situés aux déux bords de l'extiémité supérieure de la planchette, étoù chaque bout du lien prendra son point d'appui. Ce mode de lier. n'ost qu'uné modification de celui
adopté pour tous nos liens matelassés, et c’est à peu prés celui del emballeur,
FRACTURES DU COL DU FÉMUR. : 287 cas difficiles , parce qu’il permet au chirurgien de mieux fixer le membre, et de lui donner, en même temps, telle ou telle direction ou flexion qu’il aura jugée convenable, s’il croit surtoutavoir besoin d'exercer sur le pied une traction permanente quelconque {extension continuelle des auteurs).
Au moyen de la charnière sous-poplitée, qui réunit et articule les deux planchettes, on peut, en effet, fléchir à volonté la jambe sur Ja cuisse, et celle-ci sur le bassin. I] suffira dans ce but de soulever l’appareïl à sa jonction vers le jarret, en faisant tendre la corde qui s’y trouve, et qui est destinée à suspendre l'appareil et le membre, |
(Il sera question dans l’article suivant, et au sujet du traitement des fractures du col fémoral, d’un quatrième mode hyponarthécique, que je crois progressif encore.)
ARTICLE I. Du traitement des fractures du col du fémur.
Quant aux FRACTURES DU COL DU FÉMUR, je dois entrer dans quelques développements que réclament l'importance du sujet, et le besoin de fixer mieux les indications qu'il présente , ainsi que le mode de traitement qu'il requiert.
Je désignerai sous le nom générique de fractures du cel du fémur toutes celles qui ont lieu depuis la tête de cet os jusqu'aux trochanters, en y comprenant ces éminences etda tête elle-même ; et je ne ferai d’ailleurs, comme praticien ,'aucune différence entre les fractures intra et extra-capsulaires.
Toutes ces distinctions n’ont certes aucune valeur pratique, 4° parce qu’elles sont difficiles à constater; 2° que les recherches à ce sujet sont douloureuses, dangereuses même et à pure perte ;-30 que toutes ces lésions réclament le même appareil et le même traitement; ke que.ce dernier est nécessaire d’ailleurs dans les cas où il y a doute sur l'existence d'une fracture; et enfin 5° qu’il est encore réclamé, alors même qu il y a certitude de l'absence de toute lésion osseuse, et que le mal ne consiste évidemment que dans une vive commotion articulaire, uné violente contusion au pourtour de la hanche.
Nous verrons plus tard les motifs qui nous portent à recommander l’hyponarthécie dans les cas douteux de fracture du col fémoral, et même dans quelques circonstances
où il y a certitude de l'absence de cette fracture. En disant, par avance, de notre appareil qu'il remplira, pour les extrémités inférieures, le même office que l’écharpe pour les supérieures, on apercevra bien vite les résultats auxquels nous voulons arriver par ce moyen, et le besoin que nous éprouverons d'y recourir souvent. En effet, l’écharpe brachiale ne sert pas seulement pour les fractures de l'extrémité thoracique, mais on l'utilise également pour les simples lésions des parties molle; de cette région; de même aussi l'hyponarthécie fémôrale doit trouver son application aux affections du membre abdominal, quoiqu'il y ait absence de lésion osseuse.
Trois systèmes différents se disputent aujourd'hui la prééminence pour l’heureux traitement des fractures du col fémoral.
Le premier prétend triompher des grandes difficultés qu'il présente à l'aide de l'extension de Pextrémité tout entière, et de tractions exercées sur le pied. (Desault, Boyer, Hagedorn, Dzondi.)
Le second système, mieux avisé, cherche à tourner ces difficultés en plaçant les muscles récalcitrants dans une position telle, qu’ils soient hôrs d'état de nuire, ou du moins facilement réduits au silence. Telle est l'origine et le résultat qu’on veut obtenir du double ” incliné. (Mursinna, Ast. Cooper, Dupuytren. y «
Le troisième système cumule äa position mi-fléchie de la cuisse et de la jambe avec des trachons convenables. (Sauter.)
Ainsi, dans le premier système, il ÿ a extension et traction simultanées ; dans le second,.double flexion sans aucune traction : et dans le troisième, double flexion et traction en même temps. Ces définitions sont simples, précises, en rapport exact avec ce qui existe, et chacun comprend de reste ce qui signifient les trois mots : extension, double flexion et traction.
‘Dans le premier système , on voit clairement que le bassin, ‘Ja cuisse et la jambe sont placés ou étendus sur une même ligne droite ; mais qu’on exerce en même temps des tractions sur le pied, soit pour maintenir le membre dans l'allongement qu'on lui a donné, soit pour lutter éventuellement contre un raccourCissement possible.
On aperçoit, par la définition du second système, que la
cuisse est fléchie en avant du bassin, tandis que la jambe cor-
co
respondante est portée en arrière, et forme avec la cuisse un angle quelconque; mais qu’il ne s’agit de tractions en aucune manière.
La troisième définition est également très explicite; car la demi-flexion ci-dessus y est combinée avec une certaine puissance qui, en tirant, allonge le membre , ou résiste à tout ce qui pourrait tendre à le raccourcir (1).
Je suis pour le troisième des systèmes que je viens d'énumérer; mais , au rebours des opinions généralement reçues, j'accorde une érès large part à la convenance de la position, et une assez mince à la puissance des tractions à la soi-disant extension.
Nous retombons donc toujours, comme on voit, dans notre thème ordinaire, et nous répêterons ici, et avec plus de raison encore, la position avant tout! Mais pour l'avoir aussi heureuse qu'il est permis de l’espérer avec nos moyens actuels,
voici les gradations qu'il a fallu successivement parcourir. C’est d’abord avec des oreillers'qu’on a procédé pour obtenir le double plan incliné.
Trop infidèles, difficiles à manier ct singulièrement émbarrassants, ces corps, exclusivement doués de mollesse, ont été remplacés par une planche Loporn : c'était un premier progrès.
A ce coude on a placé une charnière, et l’ appareil a fait, un pas de plus.
Il a acquis un nouveau perfectionnement lorsque la planche , coudée et articulée , a offert un moyen d’exécuter sur le
(1) 1! est assez curieux de voir comment on devrait s'exprimer en empruntant les formules obligées des praticiens et de l'école, pour rendre les trois définitions que nous venons de donner. Il faudrait dire : « Les » moyens consistent, pour le premier système, dans l’extension jointe. » à... l'extension; pour le second, dans la double flexion, sans aucune » extension simultanée ; et pour le troisième, dans cette même flexion, » mais combinée en même temps avec l'extension. » Je défie qu’on sorte de cegâchissilonn ’abjure le langage scientifique et traditionnel qui est consacré partout, et si l'on n’adopte pas le néologisme. que je propose. En attendant je ne cesserai de. m'écrier : Non! votre extension n’est pas de l'extension! Oui! votre contre-extension doit prendre rang parmi les absurdilés chirurgicales ! Oui H'une et l’autre ne sont que.des chimères enfantées par l'ignorance etnourries par la routine!
pied (1) des tracticns convenables, et d'agir par lui favorablement sur le fragment inférieur. :
La machine laissa bien moins à désirer engore, ne que j par un mode quelconque de suspension, elle accorda au malade la faculté de faire avec impunité plusieurs mouvements dans son lit; quand elle lui permit de sortir du lit de douleur avant le terme, parfois si long, fixé pour la consolidation , et qu’elle rendit par là la position du malade plus supportable.
Enfin , cette partie de la thérapeutique chirurgicale, si diffis cile , sicontroversée, qui a fait et fait encore le désespoir des dbeons les plus célèbres , et de leurs nombreux malades, est parvenue à un plus haut degré de perfection, par la sub: stitution de la gouttière métallique à la planche, et par les garanties de succès que présentent l'association sur cette gouttière, «du membre sain avec celui qui est en souffrance;ret le » placement simultané des deux membres-abdominaux sur » le même appareil hyponarthécique, lors mônie qu'un seul » d’entre eux serait lésé, »
C’est en effet à une combinaison de ce genre que je suis par+ venu, et je ne saurais assez la recommander aux méditations des praticiens, Au lieu done dk ne Plagars sur Sanaa mi= (4) Le picd doit, en effet, dire Phienré comme le vétitabe régulateur du fragment inférieur, et comme le mobile ou le levier propre à donner à ée fragment telle position qu'on juge favorable. C’est done vers le pied qu’il est nécessaire de tourner ses premiers regards lorsqu'il s’agit des fractures du col fémoral, tout comme il faut se servir presque exclusivement du coude dans les fractures de la clavieule. Aussi, malgré la pratique (routine) de trés habiles chirurgiens, je n'hésite pas d’envisager comme peu réfléchi l'appareil, d’ailleurs si grotesque el.si compliqué , des fractures du corps du fémur, lorsqu'il est appliqué aux {ractures du Col ct des trochanters. On n’a pas plus de motifs de F FRAONSE dans ces cas-là, qu'on n'en aurait à garnir de bandes, de remplissage nombreux, d’attelles et de Tiens hi ariés, Je bras et l'avañi-bras dans une fracture de ia clavieuie, et que, pour ‘compléter le tableau , on étendit prudemment et pendant ur mois le mémbre entier à côté du corps. J'entends, du reste, pour ce qui concerne Ja posilion du pied dans les fractures du col, qu'il soit ramené au niveau de l’autre, et placé de ma- - nière à former un angle droit, non pas avec l'horizon, mais avec lappareil. Or, il cstintéressant de saÿbir avec quel ile facilité on oblient et l'on
maintient ces dispositions impor (antes, quand. les muscles sont bien.et dûment relâchés. Hi suffit, en effet, d’une trés légère traction indicieuse-
IP
ment faite, pour réaliser et l'allongement el la bonne direction de cette partie. Ç
FRACTURES DU COL DU FÉMUR. 291 fléchi, que le membre affecté , je lui associe son congénère sain, et l'un et l’autre partagent par là, et affectent ainsi la même position, c’est-à-dire qu'ils ont tous deux la cuisse fléchie sur le bassin, et la jambe plus ou moins pliée sur la cuisse.
Les avantages que présente cette combinaison nouvelle , et qui, bien évidemment , n’a rien de commun avec cé qui se passe dans l'emploi des moyens recommandés par quelques chirurgiens allemands , sont les suivants :
D'abord, cette attitude, bien loin d’être plus pénible que si une extrémité seule était en position, est au contraire plus naturelle , et par conséquent plus facile à supporter, comme j'ai pu m'en assurer, en me plaçant moi-même sur l'appareil, J'y étais en quelque sorte dans la position d'un homme assis,
mais qui a la facilité, malgré cette attitude, de varier ses poses, de se remuer presque en tous sens, d’être transporté hôrs de
son lit, de se faire promener sur un fauteuil et même en voi: !
ture; en un mot, de jouir de tous les avantages, si souvent répétés , et inhérents à l'hyponarthécié mobilisée.
Elle facilite singulièrement tous les mouvements de totalité du corps , et ils ont lieu avec toute l’aisance qui caractérise ce mode déligatoire.
Ges mouvements pourront être considérables , etils auront cependant ‘1 moins de retentissement vers l'articulation malade.
“Le centre des mouvements ne se passe plus sur cette dernière seule.
Il est évidemment déplacé et reporté en quelque sorte vers la ligne médiane et près des dernières vertèbres lombaires ; puisque les deux cuisses, garrotiées sur la gouttière et avec le bassin , sont ici solidaires l'une de l’autre , et ne peuvent guère recevoir d’impulsion séparément.
Ces deux fémurs partagent donc, mais en les atténuant ; toutes les impressions qui tendraient à les ébranler, et à changer leurs rapports avec le bassin.
L'articulation iléo-fémorale qui est lésée souffre donc incomtestablement moins, par l'effet des saccades , des imprudences, des contractions musculaires partielles, et des mouyements généraux et divers du malade.
Il existe une facilité de plus de diriger et de placer mieux
le pied malade, puisqu'il peut être solidement accollé à l’autre.
Enfin, et comme c’est précisément de cette même manière qu'on place les pieds, lorsqu'on veut s'assurer de l'état du fragment inférieur, et apprécier avec justesse les rapports qui existent entre l’un et l’autre membre, ou aura toujours: sous les yeux la position respective des fragments, et celle-ci se trouvera dessinée assez bien par celle que présentéront les deux pieds placés constamment l’un à côté de l’autre (1). ”
Si ces réflexions sur la réunion des deux cuisses sont trouvées justes, elles engageront probablement les chirurgiéns à des essais propres à en constater la valeur pratique. Ils pourront s’y livrer d'autant mieux que le moyen est très simple , qu'il n'offre que des avantages sur tous ceux recommandés jusqu'ici, ef pas le moindre inconvénient.
La large bande piquée, destinée à lier l'appareil au bassin dans la planchette fémorale, est également de rigueur ici, et s'applique de la manière suivante : fixée d’abord par l’une de ses extrémités sur la partie supérieure de l’un des côtés de l'appareil, elle est dirigée de là au bas et au devant de l’abdomen, puis sur la hanche , ensuite derrière le dos, et après avoir croisé son premier jet au-dessus des pubis, elle va s’attacher à la partie supérieure de l'appareil , et au côté opposé à celui d'où elle a commencé à partir. J'ai soin, d’ailleurs, de placer entre les deux gencux un petit coussinet, afin de prévenir toute pression réciproque de ces parties.
Je le répète , je crois ce mode de traitement des fractures du col fémoral le plus doux, le plus sûr et le plus convenable. Il est du reste facile à remplacer sur-le-champ, soit qu'il ne fût pas très bien supporté, tel que je l'ai décrit, soit qu'on ne l’eût pas sous la main , soit enfin que, par une circonstance quelconque, il convint de le changer. On aurait recours, pour
()ilest bien entendu, mais il est bon toutefois de le rappeler, que si cette position des deux pieds ne doit laisser aucun doute et rien à désirer , il faut avoir égard, tout particuliérement encore, à la position respective des deux épines iaques : car si ces saillies osseuses n'étaient pas exactement sur le même plan, il faudrait défalquer toute la différence que l’obliquité du bassin apporterail nécessairement dans la longueur apparente des deux membres.
Je n’ai rien à dire de la différence accidentelle ou congéniale des deux membres; antérieure au cas actuel, elle doit toujours être estimée à sa juste valeur.
cet effet, à un épais coussin, qu'on placerait derrière les jarrets, et on passerait par dessous une large-cravate qu’on nouerait par ses deux bouts pour en faire une espèce d’anse. À celle-ci viendrait s’attacher la corde destinée à hisser et suspendre l'oreiller et les membres superposés, et on produirait par elle le degré convenable de cette double flexion, qui est envisagée à bon droit comme une des plus heureuses conditions du succès.
Mais il serait alors nécessaire de placer un petit bâton transversal entre les deux extrémités de la cravate-anse, afin d'empêcher que les genoux ne soient trop refoulés l’un contre l'autre, et que le coussinet intermédiaire puisse les protéger suffisamment. J’ajouterai enfin qu'il existera bien évidemment un certain degré de traction sur ces genoux ainsi soulevés , et dont le contre-poids se trouvera dans la résistance opérée par le bassin etle corps du malade, lesquels seront dans une position déclive vis-à-vis des parties suspendues.
Voyons maintenant ce qui devra résulter, pour le traite ment des fractures du col fémoral, de la modification hyponarthécique telle que je l'ai conçue et qu’on vient de l'entrevoir.
Vous aurez sur-le-champ les avantages’ que vous vous promettez du double plan incliné, au moyen des areillers ; mais vous aurez de plus vos deux flexions invariables, ce qu'on est loin de se promettre avec des corps tendres et compressibles.
Vous pourrez varier ces'flexions plus facilement qu'avec des corps épais et disposés à s’affaisser, et votre malade jouira surtout du bienfait inappréciable d’être impurément soulevé : et remué en tous sens ; de se soulever et remuer lui-même, sans aucun aide ; de prendre dans son lit telle position qui lui paraîtra indispensable ; de se mettre sur un bassin, d’avoir son lit fait chaque jour, de pouvoir être mis au propre aussi souvent qu'il sera nécessaire, et même d'être placé sur un fauteuil, chaque fois que des circonstances particulières sembleront l’exiger ou le permettre. Ce dernier avantage s’obtient d’une manière si facile et si commode, que sans aucun doute On y aura souvent recours.
OBs.—L'épouse d'un vénérable doyen de cette ville, madame R***, âgée de soixante-douze ans, trés repléte, sujette à des tremblements nerveux
continuels, se fracture le col du fémur. Elle oublie à chaque instant qu’elle est retenue au lit pour un cas aussi grave , ne veut souffrir aucun appareil. Il faut lui faire son lit deux ou trois fois dans les vingt-quatre heures , la retourner à chaque instant, l'asseoir, lui donner les attitudes les plus variées, la placer dans un fauteuil, etc. Tout cela se fit, et toutes ces concessions eurenf lieu avec la SEULE précaution de mainteair par l’hyponarthécie tibiale, le genou toujours bien dans la même élévation, et de conserver par ce moyen la jambe, la cuisse et le bassin dans les flexions respectives que je leur avais fait prendre d’abord. Le délire allant en augmentant et se joignant à une affection gastrique, madame R°*** mourut le soixantième jour après sa chute,
Malgré tous les contre-sens qui ont accompagné Ce traitement,le membre resla parfaitement identique à l’autre, méme pour la position du pied. Je ‘conçus alors quelques doutes cruels d’une erreur de diagnostic de ma part, et soit pour les lever, soit pour prendre la nature sur le fait, j'obtins de pouvoir examiner l'articulation. J'avoue que tout se présentant d’abord dans un état tout-à fait normal, je ne pus me défendre de quelque émotion en découvrant le col de ce fémur, dont la tête roulait si bien dans sa cavité. Cependant, en voulant luxer avec quelque force cette articulation, il se fit un pelit bruit crépitant que je reconnus aussitôt pour être l'effet d’un léger écartement au niveau de la tête, écartement que j’augmentai légérement afia de reconnaître èt de faire voir le travail de la consolidation : il était presque complet, et les fragments se trou-
vaieut dans une heureuse coaptation que désormais rien n'eûtété capable de déranger.
Il peut y avoir quelque intérêt à remonter au cas fortuit et extraordinaire qui a donné lieu à la combinaison nouvelle dont je viens de parler, et que j'extrais de mon ouvrage Sur le fil de fer et le coton, pages 100 à 104.
« Ogs. — Rodolph Gfeller, de Heutigen, au canton de Berne, âgé de quarante-quatre ans, journalier, trés fortement constilué, travaillait, le 4 août 14835, à la construction d’une nouvelle route, lorsqu'il fat couvert et écrasé par un éboulement considérable et subit de terre et de pierres, Aprés avoir reça les premiers secours de deux chirurgiens voisins, il fut dirigé sur l'hôpital de Lausanne, où il arriva le onzième jour aprés l’accident. J'étais précisément à la fin de ma visite du matin, à laquelle assistaient, avec quelques autres praticiens, MM, les docteurs Pravaz, de Paris, et Pantaleone, de Rome, et nous procédämes ensemble à examen d’un cas qui s'annonçait sous un aspect tout particulier.
» Ce qui nous frappa d'abord, ce fut les deux picds renversés complétement en dehors et se touchant par la partie postérieure des talons. Impossible au maïade de leur faire changer de place etencore moins de soulever les membres. Les hanches étaient {e siége d’une violente contusion, et la douleur y était exaspérée à chaque mouvement qu'on imprimait à l'un ou à l’autre membre. Les pieds étaient facilement ramenés à leur position naturelle en faisant décrire un quart de cercle aux orteils; mais ils retonibaient dans leur situation premiére aussitôt qu’on les abandonnait,
» Dans ces mouvements alternatifs de rotation des pieds en dehors et
en dedans, la main-et l'oreille placées vers le trochanter gauche y pércevaient les signes évidents de la crépitalion ; mais l’'éminence osseuse ne paraissait pas participer aux mouvements de circonduction qu’on communiquait au reste appréciable du fémur. C'était tout le contraire du ‘côté droit, et le trochanter y tournait lorsqu'on imprimail à l'os entier des mouvements de rotation. Les deux extrémités étaient d'ailleurs également longues.
» Nous crûmes en conséquence devoir diagnostiquer une fracture vers letrochanter gauche et une semblable lésion du côté droit, mais av-1essus de cette éminence. Je me contentai pour le moment de placer un oreiller sous les jarreéts, d'affronter les deux pieds par leurs bords internes, de les maintenir dans cet état en les attachant ensemhle avec une large cra- -Vate, et de passer un pareillien au-dessus des genoux afin d'assurer mieux cette position favorable et provisoire.
» Cetappareilsimple eût été suffisant peut-être pour amener la guérison, mais la position du malade était loin d’être assurée ; il était difficile de la changer impunément; et Gfeller aurait été réduit à rester presqueimmobbe sur son lit de douleur tout le temps nécessaire à sa guérison. Or, je suis trop accoutumé à procurer à mes malades le bienfait des fexions variées de leurs membres fracturés et celui de la locomotion de tout leur corps, pour avoir pu rester en arriéreavec celui-ci. J'ordonnai donc pour lelendemain matinune planche assez large et à charniêre, ct un sac de coton assez épais pour recevoir commodément les deux membres abdominaux tout entiers, et pour leur donner la position du double plan incliné.
» Is furent maintenus sur cet appareil par le large lien ouaté et piqué dont j'ai donné.plus haut la description, Une large cravaté réunit ensemble les pieds et alla s'attacher ensuite à un montant perpendiculaire placé au bas de la planche, où une tréslégère traction les fixa invariablement,
» Par ce moyen, les deux membres furent serrés ensemble et contre la planche, et celle-ci fut mise en communication avec le bassin pour faire un seul et même tout du bassin, des deux extrémités et de l'appareil. La suspension eut lieu du reste comme à l'ordinaire, et tout cela fut l'affaire d’un instant.
» Avant ce pansement, Gfeller n’osait remuer sans augmenter ses dlouleurs aux hanches, ettous les mouvements qu’on imprimait à son corps étaient également suivis de souffrances aiguës, Mais aussitôt qu'il fut placé et suspeñdu comme je viens de le dire, Ja sensibilité morbide sembla s’évanouir, et le malade put, en s'aidant de sa suspente, se porter hardiment et sans douleur dans toutes les directions de son lit.
» Que s'était-il donc passé dans l'intervalle de ces quelques minutes, pour transformer des mouvements presque inaperçus, mais trés doulou- - reux, en véritable locomotion exempte de tiraïlements et de saccades péribles? Rien... qu'un changement de position dans les fragmentset les muscles, et en méme temps une quasi impossibiiité de faire varier cette position malgré certains mouvements assez forts el étendus de tout Ie
train inférieur.
» Ainsi, grâce à la FRA TLE à la faculté locomatrice qui en résultait pour le malade, et à la facilité qu'on éprouvait de varier les inclinaisons respectives des diverses parties de ses extrémités, en aHongeant on en raccourcissant telle ou telle corde, etc., etc.; grâce, dis-je, à ces heu-
reuses combinaisons, Gfeller à passé pendant deux mois sur cet appareil sans accuser la moindre douleur, le plus léger malaise.
» 1] est vrai que chaque jour on pouvait arranger son lit, et que trés fréquemment il se faisait porter sur le fauteuil à roulettes pour s’y récréer et s’y balancer impunément. Et cependant je n’ai pas retouché à son appareil (véritable inamovibilité) jusqu'à sa guérison. |
» Il marche maintenant, 15 novembre, et ne se plaint que de quelques roideurs et douleurs du côté droit, là où le col mêmeétaitcensé fracturé. Il n'existe du reste aucur raccourcissement, aucune déviation des pieds en dehors. Cette dernière circonstance n’était guère possible, vu que les deux pieds ont élé constamment à côté l’un de l’autre et accolés l'un à l'autre dans une direction perpendiculaire à l'appareil.
La facilité avec laquelle est supportée la position simultanée des deux membres abdominaux sur un même plan, et telle que je viens de l'indiquer, n’a révélé tout d'abord l'effet avantageux que produirait cette même position, lors de toute autre fracture de la cuisse, et il me tardait, en conséquence, de saisir une occasion d’invoquer et de faire prononcer l’expérience clinique.
Mon interne, M. le docteur Recordon, s’est donc empressé, en mon absence, de choisir ce mode simple, pour une fracture oblique du corps du fémur, à son tiers supérieur. (Chauvet, de Morges, âgé de trente-huit ans.) À ma visite, le lendemain matin (16 novembre 1836), je trouvai le membre si bien pansé ; et le malade si satisfait, que je n’eus garde de changer quoi que ce soit.
Les deux extrémités inférieures sésterbne donc fléchies , attachées l’une à l’autre et l'une à côté de l’autre, au moyen d’une cravate passée au-dessus des genoux ; le pied correspondant à la fracture continua d'être fixé au montant qui se
trouve au bas de l'appareil; l'endroit même où existait la fracture , lequel était tuméfié et très douloureux au toucher, fut maintenu garni d'une épaisse couche de coton cardé, et celui-ci ne cessa pas. d'être retenu en place par une large cravate:
Ces moyens, si simples, furent plus que suffisants pour conserver antacte la position des fragments et amener leur consolidation. On n’y a absolument rien changé pendant les cinquante jours qu’on les a laissé agir, de sorte que, sous ce rapport, Cet appareil pourrait, à juste titre, réclamer une large place parmi les inamovibles connus.