‹ Bandages et appareils à pansements, ou nouveau système de déligation chirurgicale (volume 2)Chapitre 56 sur 84 · MOYENS DE SE PROCURER L'APPAREIL HYPONART · texte numérisé non relu

MOYENS DE SE PROCURER L'APPAREIL HYPONART

l'hyponarthécie , et j'ai traité le cas comme une fracture compliquée. J'ai pu combattre très facilement par des émollients le gonflement phlegmoneux du membre, donner une libre issue au pus, et faire tous les pansements convenables, sans changer en aucune manière le rapport des surfaces pseudoarticulaires entre elles , et sans nuire à ce travail spécial, dont l’adhérence est la suite inévitable, |

Aussi , et sans trop de trouble et de peine , Je suis parvenu en moins de trois mois au but proposé, et le jeune homme est sorti de l’hôpital, les premiers jours de mars, se soutenant sur son membre et marchant à l’aide d’un bâton. Mais cinq ou six mois après, cet intéressant montagnard fit une nouvelle chute, 'et se fractura la même cuisse. Fort éloigné de tout autre secours que de ceux qu’auraient pu lui offrir les mêmes hommes qui avaient si malheureusement ‘échoué lors de son premier accident, cet infortuné se décide à se traiter lui-même, d’après le procédé qui avait réussi sur lui et que, pendant son long séjour à l'hôpital, il avait souvent vu appliquer avec tant de succès et de facilité. El ordonne à en conséquence, la confection d’un appareil, y fait placer son membre, et indique comment il faut s’y prendre pour Jui donner une bonne position , une forme régulière, et pour les maintenir invariables. Sûr alors » avec dela patience, d’obtenir sa guérison, il a attendu celle-ci pendant deux mois. Un succès complet a heureusement couronné son savoir-faire, son intelligence et sa ferme volonté, sans lesquelles, assu= rément, il aurait encouru les reproches que méritent toujours l'imprudence et la témérité. Son pis=aller. était, dit-il, de

venir reprendre plus tard son lit à l’hôpita

AU

ART. VIIL. Moyens de se procurer facilement l'appareil à #3

dues avec ce dernier, ‘si la chose est possil

de la réduction est alors si promptement terminée:

qu’elle réduit l'office du chirurgien à fort peu de chose.

Mais, dans la pratique particulière, dans les campagnes, ag UE 0 Q

sp

dans les endroits isolés et dans les circonstances imprévues, toutes les pièces de notre appareil seront toujours trés faciles à se procurer, de sorte que le chirurgien le moins intelligent ne sera jamais embarrassé. Je me suis du Moins constamment tiré d'affaire, et sans beaucoup d'efforts.

Ainsi, j'ai sabétitue quelquefois de SIAPIES bandes où cravates aux cordes qui me manquaient ; j'ai cloué ces moyens de suspension lorsque je n'avais pas de quoi percer ma planchette ; j'y ai mis des clous ou des chevilles en place de vis. De la balle de céréales, l'étoupe, la laine, le son, la sciure, les feuilles, la mousse, et même du foin menu, m'ont été utiles pour garnir la planchette en en remplissant de petits sacs.

L’écorce de certains arbres, des nattes, du cuir, du carton, du fer-blanc, ont remplacé la planchette. Des bouts de corde,

de peau ou de toile forte, ont très bien suppléé les charnières métalliques. J'ai même été dans le cas, faute de mieux, de

mettre la jämbe sur un mouchoir de poche, et de suspendre celui-ci par les quatre coins. Enfin, dans les mêmes circonstaices, j'ai dù mé résigner à faire l'application provisoire de l'appareil ordinaire des aûteurs, auquel je substituai bientôt, et à la grande satisfaction des malades, mon appareil ordinaire.

Dans tous les cas, au surplus, où le chirurgien sera appelé pour une fracture, il fera bien d'apporter lui-même un appareil tout préparé, afin d'éviter une perte de temps, et quelques embarras que pourrait nécessiter sa Confection instantanée. Celui que je propose n est pas trop compliqué, et il affre avantage de pouvoir s'adapter A TOUS LES CAS qu'on voudra-traiter par l hyponar thécie, ainsi qu'aux ue Jongueurs de membres qu'on désirera y placer.

Dans ce but, les deux planchettes seront très courtes ; car la fémorale n’aura qu’un demi-pied, et la tibiale un pied environ de longueur. Mais, commeilest rare qu'on ait des jambes ét des cuisses aussi courtes à traiter, j'ai pratiqué à chacune de ces planchettes une allonge qui, glissant dans une coulisse, permet de proportionner ? hyponarthécie à la longueur de chaque membre. Une vis de pression fixe latéralement ces allonges au point déterminé , et afin d':voir au besoin l'avantage d'un appareil articulé, les deux allonges à coulisse sont

MOYENS DE SE PROCURER L'APPAREIL HYPONART. 9307 garnies de charnières qu'on peut à volonté réunir ou disjoindre. La planchette fémorale est percée d'un trou assez large à chacun de ses deux angles supérieurs, afin d’y assujettir commodément les deux extrémités de la ceinture sous-cuisse, qui fixe l'appareil au haut de la cuisse et au bassin. La planchette tibiale porte à son extrémité inférieure un montant, également à charnière, qui, ainsi que je l'ai déjà dit, offre un point d'arrêt commode pour la cravate du pied, et en même temps pour protéger ce dernier contre la pression des couvertures. Ïl est probable que les chirurgiens de campagne engageront les communes à se procurer un appareil aussi simple et si peu coûteux, afin qu'il soit toujours prêt au besoin, et j'ose leur garantir même qu'après les deux premiers cas de fractures qu’on aura vu traiter de la sorte, ils auront la satisfaction de trouver, lorsqu'ils seront appelés pour un troisième, que le membre sera déjà placé sur l’une ou l’autre des planchettes, et dans la position la plus heureuse. J'affirme que cela m’es arrivé , et qu'un simple vigneron avait si bien établi sur une petite planchette la jambe de sa fille à l'occasion d'une fracture de cette partie, que je n’ai pas eu à y retoucher, et que même je n'ai revu cette enfant que ie après sa parfaite guérison.

I me tardait de signaler FA meilleur de tous les moyens propres à remplacer la planchette dont il a été question jusqu'ici; c'est le fil métallique.

Ce moyen l'emporte tellement sur la planchette en bois, que j'ai complétement renoncé à cette dernière. On comprendra aisément Cet: abandon de ma part par les considérations suivantes.

Les avantages du fer sur fé bois sont, en général, les aa que ceux qui distinguent le fer d'avec le bois dans la confection de tous les lits. Les appareils hyponarthéciques en fil de fer sont beaucoup plus faciles à construire, à modifier età manier; plus simples, plus légers, moins volumineux et moins embarrassants qu’en bois. Ils se rapprochent davantage du lit de sangle, tandis que ceux en bois ressemblent trop au lit de camp, au fond dur et inflexible. Ils sont susceptibles d’être formés en gouttières plus ou moins concaves, et de prendre mieux Ja forme des membres qu'ils sont destinés à recevoir et

protéger. Ils présentent constamment sur tous leurs contours une baguette très commode pour les divers points d'appui qu'on doit y prendre, tandis qu’il faut avec le bois des trous, des mortaises, des vis ou des clous à part. Leur articulation à charnière est simple et prompte à établir, etc., etc.

Mais ce qui distingue tout particulièrement ces appareils métalliques, c’est qu’ils sont très rapidement et très facilement établis. Le premier venu en vient de suite à bout, et ne sera jamais embarrassé un seul instant pour peu qu’il ait vu comment on arrange, plie, courbe, façonne, croise et fixe le métal, et avec quelle facilité on DESSINE, avec ce PROTÉE filiforme et consistant, toute espèce de formes, de figures et de contours.

Non seulement on exécutera mieux et plus elabienent au moyen de ce NOUVEAU DESSIN LINÉAIRE qu'avec la plume, le crayon, le pinceau, la craie, le charbon, le burin, etc, ; mais (et c’est bien ici le cas de le répéter et de le faire sentir), « on obtiendra encore, par ces simples tracés, les objets réels » qu’on a en vue, et de manière à les faire servir à l'instant » même qu'ils viendront d’être dessinés. »

. On n’aura donc que faire du menuisier et d’autres artisans desquels il est le plus souvent si difficile de se faire comprendre, et plus difficile encore d'obtenir d'eux ce qu’on désire sans délai. (Voyez, dureste, page 89 à 103.)

Je reviendrai d’ailleurs sur cette inépuisable matière dans un autre chapitre à l’occasion d'un objet (les attelles) qui touche de très près au traitement des fractures, où se trouve le complément de ce dernier, et où l’on prendra une idée plus juste encore de tout ce que je viens d’esquisser.

Page 1