DES REMPLISSAGES
Tous les remplissages auront, avec mon moyen, une signification bien différente que ce qu’on entend généralement sous ce nom.
On comprend, en effet, qu'avec des barres de bois inflexibles, et destinées à s'appliquer sur des membres inégalement arrondis, parfois tortueux, où l’on remarque des élévations et des enfoncements , et où il importe de ménager les unés et de comprimer les autres ; on comprend, dis-je, que l’habileté et la sollicitude du chirurgien ne sauraient assez s'émouvoir pour satisfaire à toutes ces exigences.
De là ces bandelettes, ces compresses, ces gros paillassons que l'on distribue, avec tant d'adresse et de soins, pour faire du membre un corps cylindrique bien régulier (1).
De là encore ces draps fanons, et toute la série des petits moyens qu'on sait distribuer bien sérieusement avec tout l’art possible, et avec une exactitude admirable!
J'avoue, cependant, que je suis un peu revenu de ce sérieux et de cette admiration, quand je considère le temps qu'on prodigue en pure perte à la confection et à l’application de tous ces magnifiques appareils, et celui qu’on fait dépenser aux élèves auprès du lit des fracturés, pour qu'ils apprennent longuement, péniblement et comme importantes, des choses que plus tard ils seront heureux d'oublier comme futiles.
Il y a près de vingt-cinq ans, par exemple , que l’idée ne me vient plus de faire usage des bandelettes de Scultet, si fameuses pourtant, et si fastidieuses à appliquer ; et je n’ai jamais eu lieu de me repentir de cette omission, très volontaire et bien réfléchie. En effet, quelle que soit la prétentieuse
(4) Un cylindre pour y ajuster des barres inflexibles, larges et plates! |
DES REMPLISSAGES. 341 habileté avec laquelle On. à construit ce premier plan, souple et mou, je le crois parfaitement inutile, pour s'opposer aux déviations des fragments si les attelles $6nt mal placées ; et il sera tout au moins superflu si ces dernières sont judicieusement appliquées.
V, a-t-on recours, par hasard, dans les fractures de la première catégorie “ E et pour lesquelles les attelles ellesmêmes seraient. en pure perte ? Celles de la clavicule, du col fémoral et huméral, et celles du maxillaire inférieur, se guérissent-elles moins bien, parce qu'il serait ridicule de vouloir -leur opposer tous ces petits bouts de rubans ?
Ce n’est pas certes par la grotesque Mbmienen, des moyens , mais par leur choix judicieux, qu’on se ménage des triomphes en chirurgie; et, on ne.saurait trop le répéter, pour les fractures comme pour toutes les choses de la vie, l'essentiel consiste moins à compter 1 à peser les ressources dont on dispose.
Je n'ai donc besoin , ni de ces remplissages obligés, ni de toutes ces garnitures minutieuses ; et je ne suis occupé qu’à placer sous ma gouttière une seule substance , un corps wntique, afin de garantir les téguments contre l’action du métal.
Ce Corps, destiné à faire l'office de la pulpe moelleusé de Ja main.et des doigts, et de représenter l'élément mollesse, en face de celui dit de résistance, lequel est ici absolument nécessaire ;.cette: substance est.le coTon. fol .ai
Je ne l'épargne pas, et pour deux raisons init dl la -première a trait à la mollesse que je. viens d'indiquet:;: et la seconde résulte de ce faït bien constaté, queile coton cardé est le résolutif le plus convenable , le topique le mieux choisi pour résister aux symptômés atnele et pour, Rae ‘aux aCCidents futurs.oriuoc 264: |
‘En conséquence, je Dieu d' étendre: . Fe et épaisses couches de-coton sur tout ce qui est: Contusionné ,
-altéré et déchiré , et. de protéger avec un coussinet analogue toutesles autres parties sur lesquelles devra s ’appuyerlemétal.
Ce coussinet, ou petit matelas de coton, aura donc exac-
. tement la forme de la gouttière, et n’en différera que par la mollesse: et. par des dimensions, un peu plus étendues, afin qu ‘déborde dans tous les sens ze corps métallique superposé.
3h92 TRAITEMENT DÉS FRACTURES.
On peut découper ce matelas en forme de Ÿ, Yérs celle de ses extrémités qui doit correspondre à l'échaticrare semicirculaire du LU. ou se contenter de l'inciser, suivant sa longueur, afin que les deux oreilles latérales, quinattront de cette simple incision, puissent se rabattfe et être ramenées aisément SOUS les deux prolongénients inférieurs du Châssis.
‘Je n'ai pas besoin de dire que cé même matelas pourra ? avant son application , êtré indépendant du châssis, ou qu’au lieu d'en étre séparé, on ne puisse l'y fixer très bien, afin
d'avoir, dans lamême petite machine à contention, tout comme
dans la main, les deux éléments essentiels accolés ensemble : ;
la résistance et la mollesse étroitément unies entre elles.
CHAPTERE XXIV.
MOYENS CONSTRICTIFS DES GOUŸPTIÈRES.
0% TE ‘à PATES
La manière d’assujettir ét de lier le tout peut très bien se passer d'explication ; si du moins l’on s’est identifié avéé mes
-principaux moyéns déligatoires. Ainsi pour les:fracturés de
la jambe , le triangle métatarso:malléolaire suffira: toujours vers le pied'ét le tiers inférieur de la jambe; ét un second
triangle, où une large cravate serrera aiséméntletreste. Mais ‘pour qûe’ces liens restént bien en place, ét ne se dérangent
plus, j'ai soin dé les sommer dans°urie gelée d'amidon , au moyen de laquelle j'obtiens sur=le2champ un appareil inamovible parfait (1). L’avant-bras et le bras pourront, de mème, être assujettis par des moyens analogues et qu'il ést inntile de rappeler à ceux qui n'ont suivi ét Compris; et plus inutile encore à céux qui n'ont ni su fl voülu mé Suivre ét me
OM EIRINS
(4) Comme le MaRbré fracturé ‘est enchassé AN un treillis métalli-
que dont la fésistance ne péut étre modifiée par des liens Huinides , je
‘puis meservir dé ces derniers toutla mon aise, ét sans érathte d'avoir ün | appareil qui n'acquerra de consistance qu'après qu'on lui aura; Jaissé.le temps de se durcir en se séchant.
MOYENS CONSTRICTIFS DES COUTTIÈRES, 343
I est du resté une autre manière de constriction assez commode : c'est celle qui s'opère au moyen de mes liens circulaires matelassés , et de la double rangée d'attaches qui les termine. Ces agents constricteurs feront donc ici exactement l'office des Sangles où du surfaix appliqués à une selle : on pourra Choisir entre cés deux modes.
Mais, puisque le mot de SELLE m'est échappé , et afin de mieux faire ressortir le mode simple , facilé, commode et prompt d'appliquer mes moyehs constrictifs et de les fixer, je me permettrai de comparer l'opération dont il s'agit, avec l'une de celles qui se pratiquent journellement sous nos yeux, Ou ; du Moins, Que nous pouvons voir tous les jours ; je veux parler de Ia manière de seller un cheval. Cette gouttière sera, en effet, une espèce de selle qu’on établira sur le membre comme sur une monture, et qu’on serrera ou sanglera comme celle d’un coursier. |
Si notre selle métallique est rembourrée et garnie comme Celle du cavalier {et ce sera non seulement très faisable, mais
assez souvént préférable), nous pourrons, tout comme fait celui-ci, en couvrir les téguments de suite, et sans autre préliminaire. Mais si la gouttière est supposée n'être pas garnie et matelassée, et si le coussinet est un objet à part, on pourra | comparer ce derhier à la couverte que l’écuyer met et étend sous la selle. | |
Toute l'opération du pansement d'une fracture serait donc réduite, en quelque sorte, à celle d’appliquer et de sangler une petite selle sûr un membre cassé; à serrer et desserrer, à Ôter et remettre cétte gouttière , tout comme on place, dte et replace une selle ordinaire (1). J’ajouterai d’ailleuré:
1° Que si là même selle peut s'adapter sans inconvéhient au dos de plusieurs chevaux, la même gouttière peut s’ajuster également sur plusieurs membres de dimensions différentes , et cela sans nuire en aucune manière à l'effet qu’on en attend.
2° Que La selle à fracture aura, sur celle du coursier, cet
(1) E va sans dire que, dans tous les cas, on fera une trés large part au Coton cardé, et qu'on n’oubliéra pas ce que j'ai cru devoir dire à la louange de ce topique comme résolutif et anti-orgastique. On en étendra donc une, épaisse couche sur la solution de continuité et sur tous les endroits contusionnés.
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avantage de pouvoir être élargie, rétrécie etarrangée à volonté sur-le-champ, afin de la faire correspondre au volume du membre affecté.
30 Qu'il n’est, toutefois, pas nécessaire , ainsi que je l’ai déjà fait observer, que les rapports soient très exacts entre les proportions du membre et les dimensions du moyen contentif.
40 Qu'il suffira de lâcher ou de resserrer les liens, tout comme on sangle ou dessangle une selle, pour serrer ou desserrer à l'instant même l’ unique instrument contentif qu'on a sous les yeux.
5° Qu'on est privé de cet avantage avec les compresses circulaires et les bandelettes de Scultet ; car on est obligé le plus souvent de panser à fond et de tout remanier, lorsqu'il s’agit de serrer et de desserrer l’agglomération grotesque de tant d'agents constrictifs.
Toutes ces réflexions, que je pourrais multiplier encore ;, n’échapperont pas surtout aux chirurgiens militaires. Ils y
apercevront aisément tout le parti qu’ils pourront tirer de “mes gouttières , dans les cas urgents, et lorsqu'ils seraient réduits à n’en avoir qu’un très petit nombre sous la main.
Ils y verront un appareil facile à manier, sûr et LORS prêt à recevoir son application.
Ts ne manqueront pas non plus de l'abpru aie se sous le rapport de sa légèreté, de sa facile confection partout, et de la commodité qu'il offre d’être transporté à la suite d’une armée, sans embarras.
Ils se féliciteront à coup sûr de l'adoption d’un mode qui leur évitera de la peine, des soucis, du temps perdu , et qui leur permettra de confier certains blessés impunément à des mains peu exercées, comme aussi de donner aux malades ou à leur entourage des directions précises, simples, faciles à saisir et à suivre avec exactitude.
‘Je leur prédis enfin que, ce premier pas fait, ilsiseront ra- : pidement entraînés dans la même bonne direction, et que le fil de fer deviendra pour eux un objet de première nécessité, d’une application heureuse et de tous les instants.
Après ces généralités, il ne me reste presque plus rien à dire de spécial, d'autant plus que je n’écris pas un traité sur les fractures, leurs causes , leur diagnostic, ni même sur la