COMPRESSES A L'AVANT-BRAS
manière de les réduire. Je me borne uniquement à l'appareil qui convient à ces lésions, à leur partie déligatoire, et j'ai droit de supposer chez mes lecteurs toutes les autres connaissances qui se rattachent à ce vaste sujet. Un mot cependant sur quelques points particuliers et qui méritent notre attention.
SI. Des compresses à l'avant-bras. Que ben les compresses graduées entre les os de l'avant-bras afin de les tenir écartés l’un de l’autre? ils n’auront pas la tendance qu’on leur suppose, à se rapprocher sans cesse, pourvu {° qu'ils soient bien réduits ; 2° que, pour les maintenir en position, on ne fasse pas usage de liens circulaires préalables, et dont l'action est un vrai Contre-sens ; et enfin 3° qu'on fasse agir les moyens contentifs essentiellement sur les régions palmaire et dorsale de l’avant-bras. |
Je suis amené à cette opposition à la règle généralement établie par l'observation pure , car depuis quelque temps j'ai renoncé à ces corps ‘compressifs dans les fractures simples du radius et du cubitus, et je suis bien loin de voir que mes malades s’en trouvent mal. Mais dans les fractures compliquées de ces mêmes os, qu'observe-t-on? Il ne saurait y être question de ce moyen répulsif, puisque l’avant-bras ne réclame guère qu'une position favorable, et qu'on doit le coucher tout simplement sur une gouttière , et l'y laisser libre ct presque sans entraves. Cependant, et malgré l'absence de tout moyen intermédiaire et répulsif, les os ne prennent pas une fausse direction, si du moins on ne gâte pas par de mauvais moyens la bonne position qu'on leur aura donnée. Aussi je suis presque tenté de supposer que c'est pour remédier à des procédés et à des moyens irrationnels qu'on a cru devoir recourir aux compresses graduées ; et donner quelque valeur pratique à leur présence.
Ne s’est-on pas figuré peut-être qu’il fallait entourer l’avant-bras tout d'abord d'une bande circulaire, comme on s'imagine encore devoir en agir de même à l'égard de la jambe au moyen des bandelettes de Scultei? Dans cette supposition, qui.pourrait bien n'être pas gratuite en présence de tant d’autres manœuvre irréfléchies qu’on se permet encore dans le pansement des fractures , les observateurs auront été bien
346 TRAÎTEMENT DÉS FRACTURES.
inspirés sans doute en inventant lesdites compresses et en les associant à leurs liens circulaires ; ou bien faudrait-il admettre que ces mêmes compresses étaient essentiellement destinées à consommer un contre-sens en donnant à l'avantbras une forme cylindrique plus prononcée ?
Quoi qu'il en soit, le temps a consacré ce moyen, et on sait assez ce que sont les habitudes, leur ténacité et le respect qu'elles inspirent quand elles ont la vénérable Sanction du temps, j'allais presque dire de l’aveugle routine.
Tous les cas de fractures de l'avant-bras ne dévraient pas réclamer du reste et indistinctement ce surcroît de compression latérale. Celles, par exemple, qui existent près du poignet et du coude, n’en ont que faire, et ce serait tout au plus le cas d’y recourir lorsque la lésion occuperait les deux quarts moyens des os. Encore suffirait-il de ne faire agir ces moyens que vis-à-vis la solution de continuité.
Toutefois, et si, malgré ces réflexions, les praticiens tiennent encore à ce corps compressif, rien n'empêche qu'ils ne l'appliquent tel qu’ils l’entendent et sous la gouttière ; mais je leur indiquerai le procédé suivant, plus simple et plus commode : c’est de presser et d'enfoncer sur le trajet qui sépare les deux os les fils de fer qui se trouvent placés vis-à-vis de la fracture.
On comprend d’ailleurs combien il est facile avec une gouttière métallique de faire porter toute la compression sur le voisinage de l'articulation, tant supérieure qu'inférieure, des os de l’avant-bras, et de ne faire agir les moyens contentifs que sur les faces dorsale et palmaire de ce dernier. Rien de plus simple en un mot que de faire jouer au fil de fer le même rôle que celui des doigts et des mains qui seraient chargés de maintenir réduite une fracture de l'avant-bras, et d’appuyer sur les points essentiels du membre thoracique.
N'’aurait-on pas encore la ressource, par exemple, de multiplier les fils qui devraient agir entre les deux os, et de les prendre d’une certaine force, où de les choisir parmi ceux qui seraient doués de quelque élasticité?
S'agit-il du reste dans certaines fractures du radius de maintenir la main inclinée sur le cubitus? On y parvient aisément au moyen d’un léger prolongement métallique qui, par-
- GOUTT. À LA JAMBE:— POSITION AVEC LES ATTELLES. 347 tant de l'extrémité inférieure de la gouttière, irait en se courbant presser vers les os métatarsiens du pouce et de l'index.
S IL. De la gouttière à la jambe. Dans les frétilités de la jambe , du moins dans celles de son tiers inférieur, et tout particulièrement dans celles qui affectent le péroné, la direction à donner au pied doit fixer toute l’attention du chirurgien. Or, on le fera incliner et déjeter en dedans ou en dehors de la ligne médiane, avec la seule précaution de pousser vers l’une ou l’autre de ces directions l'un des deux prolongéments de la gouttière qui se trouve au-dessous des malléoles, tandis qu'on agira en sens contraire de l’autre côté. Ainsi, par exemple, si l’on veut repousser le pied en dedans , où courbera dans ce sens la partie latérale inférieure et externe de la pouttière , et on aura soin de faire une courbure parallèle de l’autre côté de l'instrument.
Si la fracture ést dans le tiers supérieur du tibia, je l'ai déjà dit, on peut placer sous la rotule l’'échancrure semi-lunaire de là gouttière ou faire donnér la forme de fer à cheval aux deux extrémités de cet agent contentif. Le motif est connu. On veut assurer au fragment supérieur du tibia une position que son peu de longueur rendrait précaire, si l’on n'avait pas la facilité de prendre un point d'appui au-delà et
“sur une partie qui ést intacte et hors dé cause (les condyles ‘du fémur }.
Il va sans dire que l'appareil serait trop vite sali et sujet à être trop souvent renouvelé, si dans une fracture quelcon— que il existait une abondante suppuration. On pare àces deux ‘inconvénients en recouvrant la gouttière de taffetas ciré, sur ‘lequel on se contente de passer l'éponge à chaque pansement.
IT. De la position avec les altelles. Un objet très important du traitement des fractures des extrémités , c’est la position à donner au membre, et aumembre tout enter, lorsqu'il vient d'être recouvert d’une gouttière, et convenablèment “protégé et emboîté par elle.
La règle est ici générale pour TouTESs les fractures ; et s’ap-
. plique aussi bien aux cas qui sont traités avec les gouttières
… dont rious nous occupons dans ce moment qu’à ceux qui ré- - clament l'hyponarthécie, La voici :
« Tout membre fracturé et qu’on vient de panser doit être » convenablement soutenu et SusPENDU ! ! » |
Nous apercevons ces deux conditions, ces deux éléments de la position (la sustentation et la suspension) , bien nettement formulés dans toutes les fractures de l'extrémité supérieure lorsque l’avant-bras repose sur une ééharpe, et. que celle-ci est elle-même suspendue au cou du malade.
J'envisage ce genre. de pansement comme TYPE, et comme un type que nous ne devons plus perdre de vue, quenous aurons souvent occasion de rappeler , et dont malheureusement on na pas su apprécier les nombreux avantages afin d'en généraliser l'application à toutes les fractures quelles qu’elles soient et où qu’elles se trouvent. Dans les fractures du membre abdominal par exemple, on repousse généralement et presque avec dédain tous les moyens qui tendraient à associer la suspension à la simple position; et cependant ces lésions osseuses sont, toutes choses égales d’ailleurs, beaucoup plus graves et plus fâcheuses que celles des extrémités thoraciques et la suspension y est en conséquence plus nècessaire et beaucoup plus utile que dans ces dernières.
Qui ne voit, en effet, que des résultats d’une importance palpable, et qui peuvent faire de la suspension une question à la lettre VITALE, sont attachés à ce second point de la règle précitée ! Si nous examinons ces conséquences en les comparant avec ce qui a lieu sous l'influence de l’écharpe brachiale 5 nous VerrOns : |
1° Que, dans la très grande majorité des fractures du bras, de l’avant-bras et de la main, le blessé ne garde pas un instantle lit; qu'il se lève, marche et vaque à ses affaires, sans crainte de voir ni sa guérison retardée, ni son état s’aggraver;
. 2° Que, dans la très faible minorité des autres lésions de ces mêmes parties , et lorsque leur gravité fait du séjour au hit une nécessité, on s’empresse néanmoins d'en faire sortir les malades aussitôt qu'ils se trouvent assez bien pour. pouvoir supporter l'écharpe, et pour jouir des bienfaits immédiats de ce moyen suspenseur.
Que devait-il arriver avant l'invention en faveur du membre thoracique de ce précieux agent de suspension? Exactement ce que nous voyons partout aujourd hui dans les frac-
POSITION AVEC LES ATTELLES. .. 349 tures du membre abdominal, c’est-à-dire que les blessés étaient obligés de rester au lit, et dans une inaction complète jusqu'à leur parfaite guérison.
Il est probable cependant que les plus intelligents d’entre eux, vaincus par la gêne de leur situation, auront enfin pris leur grand courage! Ls se seront donc hasardés à soutenir leur avant-bras avec l’autre membre.
L'avantage subit qu'ils auront éprouvé par un moyen si simple, j'allais presque dire si étrange, puisque c’est précisément cette même main qui me sert de guide en pareil cas ! cet heureux essai, dis-je, leur aura suggéré plus tard l'idée d'appeler à leur secours quelque objet plus commode que la main. Or, c’est ce même objet qu’on devra envisager comme le rudiment de notre écharpe actuelle.
Nul doute, en effet, que ce qui probablement n’était d’abord qu'un simple osier passé autour du cou et de l’avant-bras ; que ce premier et grossier lien brachial sera parvenu enfin, de progrès en progrès, à ce degré de perfection que nous lui savons, et qui en fait pour tous les chirurgiens et pour tout le monde un objet de la plus indispensable nécessité.
Que les choses se soient passées exactement de cette manière, ou que le hasard et le besoin impérieux aient eu à l'heureuse invention de l’écharpe plus de part que les calculs du génie et de l'intelligence, toujours est-il qu'on peut présumer qu'il aura fallu quelques mille ans avant qu'on soit parvenu à résoudre la moitié seulement de l’intéressant problème qui se rattache au jeu si simple de l’écharpe.
Ne serions-nous donc pas mürs encore pour son autre moitié? etle temps n’est-il pas venu pour nous d'oser poursuivre la solution complète de cette question, et d’en hasarder de nos jours la prudente application?
Qui voudra répondre à ces interpellations en mesurant de l'œil notre position actuelle, et le peu de progrès que nous avons faits dans cette carrière? Oui! nous sommes encore à cet égard, non seulement pour le traitement des fractures ‘du membre abdominal, mais encore pour celui de toutes les autres lésions graves de ce même membre; nous sommes, dis-je , exactement dans l’état où se trouvaient les chirurgiens aux temps les plus reculés, et à la première enfance de l’art,
350 TRAITEMENT DES FRACTURES, lorsqu'il était question des fractures et des affections du mette bre supérieur.
Ainsi, tout comme ils faisaient, eux, pour fous leurs fracturés .sans exception, nous le faisons encore religieusement aujourd'hui pour la moitié d'entre eux. Nous obligeons impitoyable-
ment ceux-ci à rester au lit, et couchés sur le dos jusqu’à ce qu'ils soient guéris, et que leurs jambes ou leurs cuisses aient acquis assez de solidité pour les soutenir et leur servir à la progression.
Si toutefois l'on trouve que j'exagère, je suis prêt à convenir, et pour cause, que de temps en temps on veuille bien soulever ces blessés, les TRANSPORTER hors du lit, eux et leurs membres, et les placer sur une chaise longue ou une autre couche, le tout sans AUCUN inconvénient.
C’est un peu là, j'imagine, ce que faisaient aussi nos premiers confrères, quand ils avaient à traiter des fractures du membre thoracique; et Dieu sait comme ils croyaient être utiles à leurs malades en se prêtant à ces manœuvres délicates, et en les dirigeant adroitement !