CHAPITRE XX V
Mais serions-nous donc condamnés à ne pouvoir sortir de cette fatale ornière, et serait-il vrai que ce qui convient si bien, et qui s'applique si heureusement aux fractures des extrémités supérieures, ne puisse pas trouver son application à celles des inférieures? que les unes doivent jouir à perpétuité du privilége de la suspension, tandis que les autres.en seront privées à tout jamais ?
Et pourtant nous venons de voir qu'on peut soulever sans risques ni périls une cuisse, une jambe cassées ! Nous savons tous fort bien encore qu'il est possible d'imprimer divers mou-
vements à ces membres sans crainte d'occasionner des dou leurs , ou de nuire à leur parfaite guérison! Nous sommes CON» vaincu également que les blessés peuvent être transportés , impunément et assez facilement, d'un lit dans un autre, et même dans un l'eu très éloigné, bien qu'il existe de graves ‘solutions de continuité dans la charpente osseuse de leurs extrémités inférieures.
Mais alors pourquoi, et malgré l’innocuité et la facilité de ces manœuvres, ne se livre-t-on, même aux plus lésères d’entre elles, que très rarement, et seulement lorsqu'on y est poussé par des besoins impérieux , par la dure nécessité? Pourquoi s'imagine-t-on que ce qui peut se faire chaque jour el à chaque instant, pour peu qu'on s' y prenne ayec quelque soin et quelque intelligence, on ne puisse l'obtenir de même et constamment si l'on redouble d'attention, ou si l'on a re— Cours à quelque INSTRUMENT NOUVEAU?
C’est parce qu’on ne connaît ni l’écharpe des membres ab= dominaux, ni la manière de l'appliquer et de s’en servir. C'est qu’on ignore comment il faut agir avec les membres inférieurs, lorsqu'ils sont fracturés, pour les mettre à peu près au niveau des supérieurs, et dans les conditions où l’on place ces derniers quand leurs os sont brisés. C’est qu’on s’imagine qu'il est impossible de ranger sur la même ligne thérapeutique les lésions osseuses de ces deux ordres de membres , et qu’on ne veut, en conséquence, rien faire, ni rien tenter peur résoudre cette grande question. C’est, pour tout dire, et je ne crains pas de le dire, c’est qu’on est dominé par la ROUTINE et sous la funeste influence de la PEUR.
Pour aborder et éclaircir ce sujet important, revenons un moment à notre type avoué, à la fracture de l’avant-bras à
quand elle est soutenue avec l’écharpe ordinaire. Que VOyOnsnous ? Dans le premier plan, deux attelles en bois, ou une gouttière métallique, qui sont appliquées et fixées de manière à maintenir les fragments dans la bonne position qu’on leur à donnée. Eh bien! appliquons à une jambe cassée deux ou trois atielles ou une gouttière métallique, ou bien encore un appareil byponarthécique, et nous aurons, je pense, par l’un ou l’autre de ces moyens contentifs, exactement ce que nous avons vu à notre avant-bras.
Allons plus loin, et examinons quel rôle joue l’écharpe brachiale au-dessous et sur les côtés de l'appareil contentif. Elle soutient celui-ci, et tend encore à l'appuyer tout comme feraient deux mains placées vers ces mêmes parties. Or, croyezvous qu'un mouchoir, une serviette, des mains qu’on passerait exactement de la même manière sous la jambe en question auraient le résultat d’une coupable témérité, causeraïent de graves désordres, et produiraient un effet différent que l'écharpe sur l’avant-bras?
- Mais, dites-vous , l'écharpe est suspendue, elle est immobile, et elle maintient l'avant-bras sans qu'aucun mouvement puisse avoir lieu. Eh bien! suspendez donc aussi le mouchoir, la serviette, que vous avez étendus sous la jambe, et vous verrez si celle-ci bougera, et si elle ne sera pas immobile aussi, et tout comme l’avant-bras!
Il n’est cependant pas très fixe votre avant-bras, car il suit bien tous les plus petits mouvements que vous faites ; et, qui plus est, je n’aperçois pas, ni vous non plus, que les os vacillent ou qu'ils se dérangent. Mais qui osera prétendre qu'il n’en sera pas précisément de même de ma jambe suspendue? Personne n'en a le droit; parce que cette jambe pourra exécuter, sans aucune conséquence fâcheuse, des mouvements de totalité et dans les limites que lui aura assi- : gnées la corde à laquelle elle est attachée.
I y a plus, si la corde et la jambe sont limitées dans leurs mouvements , c’est parce qu’elles sont l’une et l’autre fixées au-dessus d’un lit, d’une chaise ou du banc d'une voiture. . Mais rien n'empêche de donner plus d’étendue à ces mouvements, en faveur de la jambe, en déterminant, pour cette dernière un point d'appui différent et plus favorable à la locomotion.
L'écharpe brachiale doit les principaux avantages dont elle jouit à sa suspension sur le blessé lui-même. Or, s’il suffisait de cette simple condition pour obtenir au bénéfice d’un individu qui a une jambe cassée, des mouvements plus explicites et plus excentriques , n'y aurait-il donc aucune possibilité de trouver sur tout son corps un seul point convenable, pour y appuyer et suspendre cette même jambe?
En cherchant, j'aperçois d’abord les épaules. Mais qui ne
DE LA PROGRESSION DANS LES FRACTURES. 353 voit qu’en établissant sur l’une d'elles un large lien en forme de baudrier, celui-ci ne puisse servir en qualité de soutien pour la jambe opposée? Qui pourrait douter qu’à cette bandoulière ne puissent s'attacher très bien le mouchoir ou la serviette que nous supposons placés sous la jambe cassée , et qui sont prêts à la soutenir et soulever ?
Pour cet effet, on commencera par faire fléchir la jambe sur la cuisse , comme on fléchit également et préalablement l'avant-bras sur le bras. On étend ensuite le lien suspenseur le long de la partie antérieure de la jambe, exactement comme on étend l'écharpe derrière la région cubitale de l’avant-bras. Puis on élève et l’on fixe les deux bouts du lien , en les nouant au bas du baudrier en question, ainsi qu’on la nuque , s’il s'agit de l'écharpe brachiale. |
N'avons-nous pas, dans ce lien scapulo-tibial (KLVI), l'équivalent de l'écharpe ou lien cervico-cubital (XXIV), ainsi que toutes les heureuses conséquences qui se rattachent à ce
moyen déligatoire , et que chacun connaît ? |
Mais je vais plus loin encore, et ceci est tout-à-fait en dehors des combinaisons diverses qu’on peut obtenir avec les deux liens que je viens de nommer. Cette jambe cassée, mi-fléchie, et telle qu’elle est supposée dans le cas précédent, ne puis-je pas la placer encore sur une gouttière, ajustée à une jambe artificielle, au lieu de l’étendre sur le lien scapulo-tibial? Ne puis-je pas marcher sur cette même jambe , je veux dire sur le genou, au moyen de béquilles ou d'un bâton ? Que pourrais-je redouter pour la coaptation exacte des fragments ? Ne sont-ils pas suffisamment contenus par les moyens que nous connaissons, et sur l’action desquels nous avons appris à compter ?
Que si, dès les premiers moments, la prudence nous défend de nous livrer, sous de pareils auspices , à une locomotion aussi complète ; si, peut-être, quelques complications nous font une loi d'y renoncer pendant plusieurs-jours, et si même un état plus grave nous force à rester plus longprivés de plus de liberté et réduits à la simple suspension clinique; si, dis-je, des circonstances particulières empêchent cette progression d’avoir lieu, un jour doit venir cependant où nous pourrons hardiment sortir de cette trop grande inac-
les noue derrière
temps encore
tion , et reprendre tous nos droits au baudrier et à la jambe artificielle. Cela est de toute évidence, en principe et en théorie ; mais je me hâte d'ajouter que l'observation la mieux constatée en a consacré également l'application à là pratique.
Oui, j'ai fait marcher, et je fais marcher des fracturés avec le baudrier et la jambe artificielle, sans que cette prudente progression ait d’inconvénient pour la formation du cal, et sans qu'on remarque aucune différence de résultats avec ce qui se passe ailleurs, sous l'influence de l’écharpe brachiale. Ïl ne saurait en être autrement , et on le comprendra de reste, si l’on a bien suivi mes déductions, et si l’on en a compris toute la portée.
Les individus atteints de fractures de jambes peuvent se livrer également, sans peine et sans risques, à la progression, à l’aide de béquilles et en tenant la jambe étendue, comme s'ils avaient une entorse uh peu grave, ou une affection douloureuse du pied. C’est bien là aussi ce que permet M. Larrey, en pareilles circonstances, après qu’il appliqué son appareil inamowvible ; et c'est ce que d’autres ont cru pouvoir autoriser également, ef à leur très grande satisfaction, moyennant l'adoption du même mode de pansement.
Cette manière de marcher n’a rien, toutefois, qui doive surprendre , et elle distingue si peu ce procédé déligatoire, qu’elle s'effectuera exactement de même avec rous les autres appareils à fractures , pouryu qu'ils soient judicieux et bien appliqués. C’est tellement évident, que je ne puis comprendre comment on à pu s'extasier en présence de ce prétendu phénomène. Il ne tient au premier venu que‘d'oser, pour constater sur-le-champ un fait aussi simple et aussi naturel. Tout au plus entendra-t-on tel individu se plaindre que son membre, doublé ou triplé de volume , par l'accumulation de moyens contentifs passablement grotesques, est beaucoup trop massif pour lui permettre une marche leste et
facile ! Un second dira avec quelque raison, que les attelles
débérdent trop le pied; et ‘un troisième, que le plâtre, le sable , dans lesquels on à moulé sa jambe , ne peuvent guère Jui convenir pour cheminer, et que sans doute c’est pour rire qu'on veut l'engager à sortir du lit avec ces lourdes entraves.
- Mais ce mode est entaché évidemment de tous les vices
qu'on reconnaît et qu’on à signalés dans une progression pareille , lorsque la jambe est en souffränce et sous l'influence d’une irritation inflammatoire. La position déclive du membre est, sans contredit, irrationnelle, lorsqu'elle ëst intempestive , et qu'il existe encore un foyer mal éteint de subinflammation, de congestion profonde, et une source incessante d’engorgement des parties. Dans cet état, ainsi que chacun le sait, la position HORIZONTALE est de rigueur, et je ne perds jamais de vue cette condition première et indispensable.
Aussi, lorsque je viens à permettre la marche avec les béquilles , le membre restant dans l'extension, et dans la seule position qui soit compatible avec l'appareil Larrey, c'est parce que long-temps avant et très impunément j'ai pu faire marcher mes malades à l’aide du baudrier et de la jambe artificielle. Avec ces moyens, ils pouvaïent faire sans peine, non pas quelques pas seulement, mais des promenades, que, bien sûrement, ils n’eussent pu supporter avec la position perpendiculaire d'une jambe malade, et malgré l'appareil le plus léger, le plus inoffensif, et à la fois le plus solide.
Chacun concevra aisément cette différence notable en fa-
veur de mes procédés de progression, et je ne m'arrêterai pas davantage à à démontrer une vérité pratique aussi RAA et si bien reconnue.
- Mais toutes les questions au sujet de la progression précoce et insolite lorsqu'il existe une fracture des extrémités inférieures, sont si neuves et encore si peu comprises, elles peuvent donner lieu d’ailleurs à tant de faux calculs, de cruelles méprises, de lourdes bévues et de ridicules raisonnements, que je crois utile de reproduire ici quelques pages qui se trouvent dans mon ouvrage : De l’usage en chirurgie du fil de fer et du coton. |
Le lecteur n’y apercevra rien de nouveau que je n’aie déjà abordé. Mais si l’on trouve que la matière y soit présentée pn quelques variantes qui puissent la faire mieux saisir, on voudra bien user d'indulgence et me pardonner deux fautes graves dont je me suis rendu coupable en maintes occasions : celle de me citer complaisamment moi-même et celle de me répéter à tout propos.
La'gouttière , bien ajustée sur une jambe cassée, assurera
suffisamment la position des fragments pour permettre même la progression avec des béquilles, lorsque la jambe sera mifléchie et portée par un baudrier comme sur une écharpe. Et pourquoi pas? La jambe ainsi soutenue et protégée, ne seraitelle pas dans les mêmes conditions que les fractures de l’avant-bras? Ne voyons-nous pas sans étonnement et sans crainte le corps et le membre sain s’agiter diversement et 4mpunément dans ces dernières affections? Ne serions-nous pas révoltés au contraire si quelqu'un osait soutenir que les choses
devraient se passer différemment ? |
Ce raisonnement et ces faits un fois admis pour le membre
supérieur, comment voudrait-on prétendre que, dans les
fractures du membre inférieur, le corps fout entier, et une jambe saine en particulier , ne pourraient pas remuer également lorsqu'une seule jambe serait malade ?
Mais si cette dernière est bien soutenue et suspendue à l'instar de l’avant-bras dont les os sont fracturés, pourquoi ne serait-il pas permis à l'autre jambe de remuer séparément et de fonctionner librement dans le genre du bras qui n’est pas atteint? La progression avec prudence et à l’aide de béquilles aurait-elle de graves inconvénients? Nepourraiton pas assimiler en quelque sorte le fracturé avec l’amputé, lorsque ce dernier s’essaie à marcher , et qu’il marche assez bien en effet, quoiqu'il n'ait pas encore sa jambe artificielle.
Mais ces derniers mots m'inspirent ou trahissent ma pen— sée, car si mon principe est admis (et il est incontestable }, qui ne voit qu'on arrivera tout droit , à cette autre conséquence : qu'il sera loisible de placer une jambe cassée bien contenue sur une jambe artificielle lorsque celle-ci sera convenablement construite? “5%
Comme du reste cette matière est évidemment neuve + qu ’elle peut paraître ardue, et qu’elle ne pourra être appréciée qu'après bien des développements, je vais en hasarder quelques unsici. Mais ce qui vaudra mieux pour mes lecteurs, c’est l’assertion que ce qui leur est présenté. dans cé moment comme des aperçus de pure théorie et de simples raisonnements,a déjà reçu la sanction de la pratique et une heureuse apphcation, je ne dirai pas au lit des malades, mais hors de leur ht, etenfin de hâter pour euxle bonheur d'en sortir auplus tôt.
Je demanderai d'abord ce que peut avoir de commun le libre exercice d'un bras ou d’une jambe, quand ces parties sont en état de santé, avec le besoin d’un repos absolu qu’éprouvent leurs congénères en état de souffrance? La solidarité est-elle par hasard de rigueur , est-elle seulement utile? N'est-elle pas plutôt le résultat de la pénurie de nos moyens et une affaire de circonstance, plutôt que d’absolue nécessité? N'est-il pas probable qu'avant de connaître écharpe les chirurgiens étaient obligés de faire garder le lit à leurs malades dans les cas de fractures du bras ou de l’avant-bras? Et nous-mêmes pourrions-nous mieux faire que d'imiter ces anciens si l'écharpe etses heureux effets nous étaientinconnus?
C'est donc de la découverte de ce moyen de suspension qu'a pris date le perfectionnement des procédés curatifs des fractures brachiales. Mais la découverte, bien que tardive, d'un moyen analogue de suspension propre aux extrémités inférieures , ne devrait-elle pas avoir pour ces dernières le même favorable résultat qu'ont éprouvé les extrémités supérieures lors de la première apparition et de l'heureuse application de l’écharpe brachiale ?
Supposez deux praticiens , également habiles , et auxquels on aura donné à traiter des lésions du poignet et du coude, ainsi que des fractures du cubitus, du radius, de l’humérus et de la clavicule. L'un d'eux permettra à'ses malades, déjà dès le premier jour ou plus tard , de sortir dulit et d'agir avec leurs trois autres membres , comme il l'entendront ou le pourront ; tandis que l’autre chirurgien croira devoir dans sa sollicitude pousser la circonspection jusqu’à retenir tous ses patients au lit et dans une inaction complète jusqu'à leur parfaite guérison. Et cependant il fera usage des mêmes moyens mécaniques que son confrère |
Quelle sera, en définitive, de ces deux catégories de malades celle qui se trouvera le mieux de la conduite de son chirurgien? et quel est de ces deux hommes de l’art celui que vous irez prendre pour traiter vous et les vôtres?
Ne peut-on pas mettre sur la même ligne les lésions analogues du membre abdominal, et leur appliquer par conséquent le même raisonnement'que nous venons de faire pour le membre thoracique ?
Si la réponse à ces énoncés généranx ne peut être douteuse,
J'application du principe dans les cas particuliers (et jem’empresse de le reconnaître) certes n’est pas sans quelques difficultés. Pourqu'’elle ait lieu sans inconvénient, et tont en prenant toujours pour point de mire ce qui se passe ordinairement dans les fractures de l’ayant-bras, il conviendra tout d'abord de faire une juste appréciation de la différence respective de volume , de position, d'importance, de fonctions, etc., qui existe entre les deux ordres d’extrémités.
Au surplus, et afin qu'on ne me prête pas une doctrine absurde, ou qu’en la suivant d'une manière trop absolue on n’aille pas donner dans une coupable exagération, je dois à mes lecteurs les réflexions suivantes.
En général on ne sera guère sujet à errer si l'on suit tout bonnement les règles immuables d’une sage médecine ! Ainsi donc il ne s’agira nullement d'exercices, ni généraux, ni partiels, hors de ceux que permet la simple suspension lorsqu'il existera des signes d'inflammation , de la fièvre, ou de ces désordres bien connus qui réclament impérieusement la cha- Jeur du lit, le repos de tout le corps et le traitement antiphlogistique. On ne se permettra pas davantage des concessions inconsidérées dans les cas de fractures, qu'on ne les tolèrerait lors d’une simple fièvre catarrhale ou éruptive, d’un érysipèle, d'une entorse ou contusion grave, d'un abcès même.
Mais si les symptômes d'irritation sont tombés, s'ils sont insignifiants, et si l’on peut sans inconvénients, c’est-à-dire sans réveiller la douleur et l’engorgement , et sans nuire à la consolidation, si l'on peut, dis-je, faire sortir impunément un fracturé de son lit, en faisant supporter sa jambe cassée d'une manière quelconque, mais assurée, on aurait tort de lui refuser ce bienfait. Or, les occasions de’le lui accorder ut lement se présenteront toujours et tôt ou tard dans le cours souvent bien long d’un traitement pareil, C’est donc au chi- : rurgien à les épier et à savoir en profiter pour le plus grand bien de son malade.
Pans les fractures simples du bras où de lavant-bras, il est rare que les malades soient tenus de garder le lit, et le plus souvent on leur permet quelques exercices aussitôt que la chose est possible, Ce moment est arrivé lorsque le pan-
sement avec l'écharpe suffit pour préserver le membre de toute saccade douloureuse et de tout changement dans la position qu'on vient de choisir, et lorsque ces changements deviennent impossibles , malgré que la locomotion partielle ou générale ait lieu.
Voilà une règle qui pourra et devra trouver aussi son application à foutes les fractures, et qui a droit, en conséquence, d'être rangée au nombre des règles générales et des principes fixes.
Jusqu'ici, et lors de certains accidents graves du bras et de l'avant-bras, on forçait les blessés de rester dans leur lit, et d'avoir le membre atteint immobile à leur côté. Ce ne sera plus le cas maintenant, et, grâce à mes souttières, le membre thoracique le plus maltraité pourra jouir toujours du grand ayantage de Ia mobilité, lors même que le malade devrait garder le lit. Mais, si au bout de quelque temps ce même membre se trouve mieux, et si rien ne s’y oppose d’ailleurs, il pourra être suspendu au cou avec sa gouttière , et il sera permis à l'individu de quitter le lit ; de se promener, et de vaquer à ses affaires.
Des circonstances toutes MAT UE doivent aujourd'hui se présenter exactement de même dans les fractures du membre abdominal. Ainsi, lorsque l'accident sera sans complications grayes , et si la jambe est convenablement pansée, elle pourra de suite être soutenue et suspendue par le baudrier, ou même simplement placée sur une jambe de bois, afin de permettre au blessé, dans l’un et dans l’autre cas, la progression avec des béquilles.
Mais si la lésion se présente avec quelque gravité ou chez des individus faibles et incapables de se tenir debout, force sera bien de les coucher d’abord, de suspendre les parties fracturées dans le lit même, ou peut-être sur un fauteuil, dans une voiture, etc., et de les maintenir invariablement dans ces positions alternatives TOUT LE TEMPS NÉCESSAIRE,
Or , cette nécessité aura à coup sûr unterme, et pourra cesser précisément dans les mêmes circonstances que j'ai rapportées plus haut à l'occasion des fractures des extrémités supérieures.
On voit donc toujours mieux par ces réflexions que je suis
obligé d’abréger, que la différence, quant aux exercices permis , n'est pas très grande dans les fractures des extrémités tant supérieures qu'inférieures, et qu’elle ne résulte guère, toutes choses égales d’ailleurs , que de la différence d’organisation et de fonctions de ces mêmes parties.
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